30 août 2006

Esquisses vénitiennes

J'ai dormi, cette première nuit, dans un tel silence qu'il me semble que je ne me réveillerai jamais tout à fait. Cependant l'air matinal rafraîchit mes yeux, mais les choses qu'ils voient contribuent à me maintenir, dans un demi-rêve : ces eaux muettes, ces pierres taciturnes, ce ciel lumineux, – tout le décor de la ville enchantée où la noire gondole qui me mène paraît signifier, par sa forme funéraire, qu'on est mort au reste du monde.
N'est-ce pas, en effet, ici un lieu étrange par sa singulière beauté? Son nom seul provoque l'esprit à des idées de volupté et de mélancolie. Dites : "Venise", et vous croirez entendre comme du verre qui se brise sous le silence de la lune.... "Venise", et c'est comme une étoffe de soie qui se déchire dans un rayon de soleil... "Venise", et toutes les couleurs se confondent en une changeante transparence... N'est-ce pas un lieu de sortilège, de magie et d'illusion ?

Ce ne sont pourtant ni des ombres, ni des fantômes qui l'habitent, mais des hommes, et des hommes qui naissent et meurent, qui vivent et qui mangent, car ma gondole croise des barques chargées de légumes et de fruits, et l'eau roule des feuilles et des écorces. Sur les marches de ce petit quai, on entasse des paniers de poissons et de coquillages. Des gens marchandent ces nourritures. Ils n'ont l'air ni étonnés ni anxieux d'être là. Je voudrais leur parler et leur avouer mon angoisse. Ah ! qu'ils m'apaisent et me rassurent, qu'ils me convainquent que tu n'es pas un rêve fragile et vain, ô Ville enchantée, que tu ne vas pas, comme une vision de sommeil, te dissoudre et t'évaporer; que tu n'es pas seulement un mirage passager de ta lagune, un peu de lumière et de couleur entre le ciel et les eaux, - car j'ai peur, j'ai peur, si je fermais un instant les yeux, de ne plus, en les rouvrant, retrouver à ta place, ô Ville marine, que l'étendue des ondes désertes au-dessus desquelles planerait le vol de bronze, Venise, de ton Lion ailé !
Henry de Régnier
"Esquisses vénitiennes",
in - Revue de Paris, 1er août 1905
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29 août 2006

Une rue de Venise

Une rue de Venise par Walter Ahlfeld
© Walter Ahlfeld, 2006 - Tous Droits Réservés
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Mon musée vénitien

L’Accademia. J’aime ce musée. L’atmosphère des grandes salles protégées du soleil par les hauts rideaux de toile blanche. Lorsque les fenêtres en été son ouvertes, on dirait les voiles d’un navire en pleine mer… Il y a dans ce musée des trésors que l’humanité entière vénère. Mais ceux que j’aime ne sont pas toujours les plus célèbres. Un critique d’art rirait certainement de mes préférences.
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Plus que tout, ce sont les primitifs vénitiens qui depuis mon enfance m’attirent. J’avais dans un livre offert par mes grands-parents, la reproduction d’une peinture de Jacopo del Fiore. Cet amour pour la peinture des XIVe et XVe siècles ne s’est jamais démenti. C’est sur les peintres vénitiens de cette période que j’ai travaillé quand j’étais étudiant en histoire de l’art dans le vieux bâtiment aujourd’hui en cours de reconstruction, qui jouxte l’église de San Sebastiano. Je m’étais pris de passion pour ce lien entre la peinture à vocation spirituelle et l’inspiration païenne des primitifs (la représentation du martyre de Saint Sébastien en est un exemple sur lequel j’ai travaillé deux ans, étudiant l’évolution des représentations depuis les mosaïstes jusqu’au XVIe siècle. La relation entre ce sujet fort de l’iconographie chrétienne dès les origines et la représentation physique des héros de l’antiquité est flagrante). Le Trecento (XIVe) me fascinait. Une époque encore rude et primitive bien que très raffinée. Des concepts sociaux et moraux très prégnants dans une Venise toujours sur ses gardes mais triomphante, qui encourageait une effervescence artistique au service de son pouvoir et de l’Eglise certes, mais qui se traduisait par un véritable laboratoire de pensée et de réflexion artistiques. Leur peinture faisait le lien entre le monde antique et ce monde nouveau que le développement du christianisme généra dans les mentalités et donc dans l’art. On trouve tellement d’indicibles indices qui expliquent l’éclosion de la Renaissance, là, déjà dans ces œuvres du Moyen-âge néo-oriental nées à Venise…

.Paolo et Lorenzo Veneziano, Giambono sont encore, comme Del Fiore, sous l’influence des mosaïstes byzantins mais peu à peu, on sent qu’ils découvrent la matière et leur style se libère des contraintes de la mosaïque. Les attitudes se font moins hiératiques, les visages moins figés. La vie s’exprime. J’aime leurs figures allongées, les yeux fixes encore, la plupart du temps écarquillés par l’extase et la majestueuse solennité des scènes gothiques ordonnées autour du Christ et de la Vierge, avec des personnages qui n’ont d’existence que par rapport au Sauveur et à sa Mère.
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Une autre salle fait mon bonheur. Celle des Bellini, Carpaccio, Cima da Conegliano, Basaiti et les non-vénitiens : Mantegna le padovan, Pietro della Francesca le toscan dont on dit dans ma famille qu’il aima une des sœurs de notre aïeul Elio, Tura de Ferrare, Memling le flamand… Autant d’influences pour l’école vénitienne. Mais je reviens à mes primitifs. J’aime particulièrement un tableau de Michele di Matteo Lampadini-Bolognese (vers 1416). C’est un polyptique très orné qui provient de la belle église conventuelle de Sant’Elena. On raconte que ce tableau avait été choisi pour rejoindre les collections du Louvre à la demande de Napoléon mais que les moines, prétextant le mauvais état du placage de bois et de l’encadrement,mirent tellement de temps à le décrocher que les navires chargés du butin de Bonaparte appareilla avant qu’il ne fut livré sur le quai des esclavons. Il ne retourna jamais pour autant dans l’église, mais au moins n’a pas quitté Venise. Une vingtaine de saints sont représentés sur un fond d’or. En haut l’artiste a peint la crucifixion et les quatre évangélistes, au milieu la Madone sur un trône avec son fils adoré par les anges. Sainte Hélène, Marie-Madeleine et Catherine entourent cette scène très pure. Sur les prédelles on voit un commentaire très imagé de la découverte de la vraie croix et tout en bas, l’émouvante signature en majuscule : "MICHAEL MATHEI DE BOLONIA FECIT". Plus loin, six petits tableaux de l’Ecole de Rimini, datés de la première moitié du XIVe siècle relatent l’histoire du Christ, la passion et le jugement dernier. Elégance des fonds dorés, ampleur des mouvements, personnages pleins de vie… Les tableaux les plus récents font le lien avec la peinture vénitienne "moderne " née au XVe siècle avec la famille Bellini. Le tryptique de Saint Sébastien entre Saint Jean et Saint Antoine. L’adolescent martyr a une très belle tête mais ses jambes et son corps sont lourds…
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J'aimerai parler aussi de Giorgione, de Longhi, de Rosalba Carriera... Mais mes tableaux préférés demeurent ceux de la fameuse Ecole de Bellini. J’aime ces jouvenceaux en bas rouge, aux joues très roses que l’artiste devait ramasser dans les rues ou sur un campo, comme on ramassait devant Saint Marc le Balloto qui devait tirer au sort les électeurs du Doge. Moyennant quelques pièces, ils posaient en saint martyr. On a longtemps retrouvé dans les rues de la Venise moderne, les sosies de ces jeunes hommes immortalisés par les Bellini, Carpaccio, Vivarini : la mode des longs cheveux, souvent ondulés, les petits bonnets roulés sur le haut du crâne, les pantalons étroits et moulant leurs longues jambes fuselées… Tout dans leur allure rappelait les vénitiens d’antan, leurs ancêtres… Quand je vivais à Venise et que je les voyais le matin au marché du Rialto, sur la Lista di Spagna ou le soir à San Luca ou à San Bartolomeo, je ne pouvais m’empêcher d’associer leurs voix rauques et leurs poses affectées aux personnages figés pour toujours dans les grandes peintures de l’Accademia. Depuis, chaque fois que je vois un tableau de Carpaccio ou de Bellini, j’entends leurs voix, leurs rires et ils semblent vivre comme nourris de la vigueur et de la jeunesse de leurs descendants d’aujourd’hui.
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Dans le grand couloir, une série de vedutisti me plait beaucoup aussi : Ricci notamment avec ces scènes champêtres où à première vue rien ne semble bouger, et qui, si on les regarde plus attentivement, révèlent une foultitude de saynètes : un cavalier qui effraient volailles et lavandières, pâtres fuyant l'orage qui menace, promeneur endormi que renifle un chien intrigué...
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Mais il y a aussi dans ce musée des toiles plus ou moins reconnues et célébrées. J’aime notamment le Christ mort de Basaiti, petite toile devant laquelle on passe souvent sans la remarquer en allant vers le cycle de Sainte Ursule de Carpaccio. Le Christ étendu sur une pierre entre deux anges qui le soutiennent dans un paysage mystérieux. L’un des chérubins porte sur le bras une délicieuse couronne de fleurs.
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Il y avait naguère juste à côté de cette toile, dans le même couloir qui mène au merveilleux voyage où Carpaccio nous convie, une petite toile de Guardi, une miniature ovale représentant un beau paysage et aussi une ébauche en plâtre d’une sculpture de Tiepolo aussi.
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Mais je n’ai pas vérifié depuis longtemps l’installation des toiles du musée. Je crois que la sculpture a disparu mais le Basaiti est toujours là comme le petit Guardi ovale.

Quand je vivais à Venise, mes amis étudiants aux Beaux Arts m’attendaient souvent dans la cour de l’école. J’aimais m'y promener, et j'aimais beaucoup regarder dans les salles. La collection de plâtres avait ma préférence. Toutes ces répliques de statues célèbres, ces moulages dont les plus anciens datent du XVIIIe siècle, me fascinaient. J’ai connu aussi un vieil antiquaire qui avait dans son palais, sur le grand canal, une collection de plâtres presque aussi importante. Au milieu des tissus anciens, des meubles antiques et des tapis d’Orient, on rencontrait la Vénus de Milo, l’Ephèbe d’Olympie ou les Grâces de Visconti. La blancheur fantomatique de ces sculptures me faisait une impression très particulière. Comme passer à travers un miroir et depuis le monde réel côtoyer un monde enfoui mais toujours vivant. C'est cela aussi Venise.

posted by lorenzo at 20:21

27 août 2006

Le condom de Venise : vogue la gondole contre le sida...

Demain, lundi 28 août 2006, des gondoles d'un type particulier partiront du Squero san Trovaso vers 19 heures... Petites, munies d'un felze, 5000 barques noires contenant chacune 7 préservatifs colorés comme une fête de carnaval, vendues habituellement 15 euros, seront ainsi distribuées...
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C'est la dernière trouvaille du comité vénitien de lutte contre le Sida avec l'aide d'une société au nom évocateur : la société Casanova, spécialiste des préservatifs "colorés comme du verre de Venise" (c'est l'image utilisée dans un des ses discours par un parlementaire italien). Cela peut faire sourire, mais c'est tout à fait sérieux. La société est l'un des premiers fournisseurs de la Péninsule depuis sa création. Elle portait alors le nom d'une antique pharmacie "al Perdon", à San Apponal et fournit en leur temps Lord Byron ou Rudolph Valentino... Mais avant tout, il vous faut savoir que beaucoup d'historiens sont d'accord pour attribuer à Venise l'origine du préservatif. Le Marquis de Sade parle ainsi dans sa "Philosophie dans le boudoir" d'un "petit sac de peau de Venise, vulgairement nommé condom, dans lequel la semence coule, sans risquer d'atteindre le but"... 

Mais revenons à l'évènement de demain. Sous la présidence du NH Comte Girolamo Marcello au nom de la Sérénissime, une vingtaine de personnalités locales parraineront chacune un de ces vaisseaux. parmi elles, citons le peintre Ludovico de Luigi, la comtesse Fiora Crespi, vice-présidente de l'A.N.A.I.D.S., le consul d'Espagne, Antonio Simionato, secrétaire du corps consulaire à Venise qu'il représentait ...
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Mais cette manifestation placée dans la lignée traditionnelle des campagnes contre le sida, en voulant rappeler aux jeunes la nécessité de se protéger, soulève déjà une polémique. Aldo Rosso, le président du syndicat des gondoliers n'apprécie pas l'appropriation de l'image la plus forte de Venise pour une campagne prophylactique de ce genre. "Pourquoi n'ont-ils pas pris le pont du Rialto ou une bricola" (ces poteaux de bois qui marquent l'entrée des palais vénitiens et sont peints aux couleurs des propriétaires de ces palais)... Les auteurs de la manifestation ont répliqué en expliquant que le choix de la gondole voulait exprimer une comparaison entre la fragilité de la Cité des Doges et la fragilité de l'être humain que menace le Sida comme les eaux et l'érosion menace la ville... Je vous laisse juge mais pourquoi polémiquer après tout. Il s'agit de prévention et tous les moyens sont bons, car suivant l'adage, "'il vaut mieux prévenir que guérir"...
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Mais revenons au produit lui-même. Avec la gondole lancée demain, la boîte "bricola" existe avec à l'intérieur 30 capotes vendue 35 euros. Si on peut acheter cette protection à l'unité dans un bel emballage pour 1 euro, on trouve aussi des boites à l'ancienne, ornées de très belles peintures s'inspirant de la Commedia dell'arte, le chapeau de paille des gondoliers en réduction avec 7 capotes, un fac similé d'une rareté bibliophilique, "La Ninfomania o sia il Furore Uterino", livre interdit par l'inquisition imprimé à Venise en 1783 (25 préservatifs) pour 30 euros. Il existe aussi un CD reproduisant le célèbre guide de 1796, "Il forestiere illuminato", avec 10 préservatifs...
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Bref un marketing peut-être un peu outré mais dynamique et terriblement inventif. Et pour les touristes, un nouveau souvenir pour le moins original à ramener d'un séjour vénitien ! En tout cas, moi je dis bravo. Voilà une initiative qui montre au monde que Venise n'est pas un musée figé dans son passé ni un parc d'attractions à la Walt Disney, mais un lieu de vie, en pleine évolution et tourné vers l'avenir.
posted by lorenzo at 23:10

Musica, musica !

Est-ce la chaleur de l’été qui revient ce matin quand le vent a cessé de souffler ? Est-ce cette lumière presque orange qui éclaire le jardin ? Mais j’ai dans la tête un de ces airs italiens qui nous viennent du sud, de Naples ou de Sicile et que les américains ont repris pour les populariser … Vous savez ces airs de Lou Monte, Julius La Rosa, Franck Sinatra ou Jerry Valle ; mandoline, accordéon et guitare et voilà que défilent des images en noir et blanc, celles du cinéma des années 50. 
La fenêtre de la chambre d'Alix à la Toletta ©Tramezzinimag, 2005.
Rien à voir a priori avec Venise me direz-vous. Pourtant, par une grossière simplification venue d’Outre-Atlantique, la musique napolitaine et les promenades en gondole, les dîners romantiques au bord d’un canal et le son de la mandoline sont aujourd’hui mêlés dans l’inconscient collectif universel. Les  asiatiques qui se promènent la nuit en gondole seraient déçus si on ne leur chantait pas "O Sole mio" au clair de lune ! Allons ne faisons pas les difficiles. Certes la musique populaire vénitienne existe, certes elle est parfois très belle mais n’a malheureusement pas cet écho universel de la pauvre musique un rien nostalgique née sur les plages de Sorrente, à Capri ou dans les bouges du port de Palerme. La chaleur, le plaisir que ces airs procurent sont pour moi depuis toujours je l’avoue, l’accompagnement sonore de ma vision de Venise en été.



Imaginez un quartier tranquille. Peu de passants. Le ciel est aussi bleu qu’on puisse l’imaginer, mille parfums différents viennent vous solliciter, une soupe qui cuit, la vase des canaux, le jasmin et les lys d’un jardin, l’eau de Cologne dont s’est aspergé le monsieur qui passe sur le pont à côté son journal à la main… La lumière envahit tout portant chaque couleur à son paradoxe comme à saturation. Jamais le moindre pan de mur, le plus petit reflet argenté sur l’eau d’un canal ne vous paraîtront plus beaux. Vous êtes seul avec vous-même face à tant de beauté et la joie qui vous gagne rejoint cette musique un peu sirupeuse parfois, la voix de Julius la Rosa ou celle de Dean Martin s’incruste dans chaque détail du paysage que vous avez sous les yeux et vous sentez derrière vous le visage extasié de Katherine Hepburn ou le sourire d’Alida Valli. Je pense par exemple à "Come back to Sorrento" devant cette photo…


Comment peut-on se contenter d’assimiler ce délice visuel permanent, même l’hiver quand la lumière se fait froide et noire, à un adagio funèbre de Mahler et au visage d’un adolescent triste et malingre comme le grand art de Visconti nous y avait contraint avec Mort à Venise. C’est bien plus la tarentelle ou des chansons d’amour pour clair de lune qui conviennent pour illustrer Venise dans toute sa beauté. 



Regardez cette vue sans prétention. Aucun monument, rien de particulier. Seulement une "atmosphère". Là aussi j’entends une de ces mélodies comme "O mio babbino caro". Du temps de ma vie d’étudiant, il y avait près du jardin Papadopoli, un petit bar fréquenté par des gondoliers. Un vieillard y jouait de la mandoline. Je me souviens de son visage buriné par les années. Il lui manquait plusieurs dents. Parfois quelqu’un l’accompagnait à l’accordéon. Le soir, ils jouaient sans façon tous ces airs : Santa Lucia, Luna Rosa, Mamma Rosa…


Cette musique générique italienne dans sa capacité à réchauffer les cœurs et à porter la joie et la fête, n’est-elle pas après tout pour notre époque ce que la joyeuse musique de Vivaldi ou de Veracini, Galuppi, Geminiani, les chansons de Monteverdi furent autrefois pour ceux qui les fredonnaient… En tout cas, sans aucune prétention musicologique, quand je suis loin de Venise et que je ferme les yeux, ce que je vois en moi est illustré par cette musique joyeuse ou mélancolique du lointain sud italien revisitée parfois à la sauce yankee

Texte inspiré de la lecture de The saint of lost things, roman de l'écrivain italo-américain Christopher Castellani. L'auteur a écrit son livre en écoutant cette musique des années 50, mélange de chansons populaires italiennes et de rythme américains que les migrants italiens écoutaient en boucle avant d'arriver à New York ou une fois installés...


posted by lorenzo at 13:04

25 août 2006

Coup de Coeur : Alain Crozier


Connaissez-vous Alain Crozier ? 
J'ai découvert son site par hasard. Un personnage !
Il écrit de belles choses et je vous livre ici, en même temps qu'un raccourci vers son site, deux poésies . Sobres. Très pures. Très fortes. Elles sont imprégnées de l'atmosphère de Venise...
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Une place vénitienne
.Une place vénitienne,
A l'ombre d'un campanile.
Le temps est tellement beau,
La fin de l'après-midi.
En train de devenir amoureux
Depuis le train,
Ne sachant pas que c'était réciproque.
Une place vénitienne,
Ma future amante à mes côtés.
Je suis loin du monde,
Je suis hors du temps.
Venise est en train de nous appartenir,
Depuis le train,
Les plus beaux jours de ma vie.
Le cerveau déconnecté,
Je ne pense à rien,
Plus à rien.
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Échos du quai ensoleillé
( publié dans Bastet n°3 - juillet 2004)
.Le jour se lève sur le quai,
Un matin ensoleillé.
Seul sur ce quai,
Je repense à elle,
À Venise et son train.
Au départ ou à l'arrivée
Du voyage fantastique,
C'est ici que tout a commencé.
Suis-je déjà venu ici
Avant de succomber ?

.© Alain Crozier
Tous Droits Réservés
posted by lorenzo at 16:35

24 août 2006

Dachine Rainer, poète et anarchiste

"La pierre sous l’orme / prend forme maintenant / la pierre se courbe sur son bord / la pierre qui dans l’air prend forme... "

"L’arbre a pénétré dans mes mains, / la sève est montée le long de mes bras / l’arbre dans ma poitrine est devenu grand, / vers le bas, / les branches sont sorties de moi comme des bras / tu es arbre, / tu es mousse, / tu es violette que caresse le vent... / les arbres meurent et le rêve reste. "
Ezra Pound
Canto XC

En 1984, j'ai rencontré entrée par le plus grand des hasards à la galerie Graziussi où je travaillais, une vieille dame anglaise qui se prit pour moi d'amitié. Je me souviens de son allure, petite, un peu ronde, elle portait ces inénarrables jupes de tweed qui font invariablement penser à la Miss Marple des romans d'Agatha Christie. Ses cheveux étaient blancs et assez courts. Elle ne marchait pas mais courrait. 


Un air décidé et sévère tempéré par un sourire moqueur, elle m'expliqua son passé anarchiste, ses déboires en Amérique et au Royaume-Uni avant et pendant la guerre (elle fut emprisonnée aux Etats Unis pour propagande pacifiste). J'étais fasciné par ses aventures. Nous discutions autour d'une tasse de thé dans ce salon de thé aujourd'hui disparu qui était aussi à l'époque le seul restaurant végétarien de Venise, Calle della Mandorla. Je lui faisais visiter les recoins méconnus de la Sétrénissime. Je lui plus et elle fit du jeune homme que j'étais son compagnon de promenade, sorte de secrétaire particulier et de drogman on demand.
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Elle avait loué un tout petit appartement à deux pas de l'église Santa Maria del Giglio, près du Gritti. Cette maisonnée me fascinait. Située au rez de chaussée d'une vieille maison, on y pénétrait par une porte peinte en vert. A gauche du couloir, une salle de bain en marbre rose, puis la cuisine et le living, vaste pièce éclairée par une grande fenêtre ornée d'un rideau de cretonne fleuri, tout cela respirait une atmosphère de campagne anglaise. Toujours Miss Marple... Bien meublé, cet appartement m'attirait. Il était tellement à l'opposé de mon appartement. Puis quelques mois plus tard, elle s'installait à Dorsoduro, dans une maison jouxtant la Guggenheim, tout près de la galerie de Ferruzzi où j'allais travailler les deux dernières années de mon séjour vénitien (devenue aujourd'hui la boutique de la Guggenheim)... Vaste appartement à l'étage, avec deux ou trois chambres dont les fenêtres donnaient sur les jardins du palais. Une merveille. La décoration, les meubles, les tableaux au mur, tout respirait une atmosphère de paix et de raffinement. Je me souviens d'une chambre avec deux lits jumeaux très année 50. La lumière y était très belle. Le calme absolu. 
Je rêvais de m'y installer pour écrire et lire. Je lui proposais à demi-mots d'entrer à son service comme factotum : j'aurai fait les courses, le ménage, la dactylographie de ses travaux et en échange, elle me permettait d'occuper cette chambre, à l'autre bout de la maison, en haut de ces quatre marches de bois qui craquaient délicieusement et sentaient l'encaustique. Elle refusa, prétextant qu'elle avait besoin d'être seule et qu'elle trouvait
"scandaleux de m'employer comme un vulgaire laquais alors que je méritais mieux et qu'il me fallait toujours rester libre et ne pas me vendre pour un lit et un bol de soupe"...
Elle avait certes raison, mais mes vingt ans affamés ne comprirent pas tout de suite ce refus. J'avais déjà lu trop de romans...
 
Dachine s'intéressait aux chats du quartier et aimait m'entendre lui raconter les péripéties de Rosa, ma petite chatte grise. Elle prenait beaucoup de notes et lorsque, après le déjeuner, l'inspiration lui venait elle me chassait, me priant de la laisser vite travailler. Elle venait me chercher à la galerie pour une promenade ou une démarche administrative et souvent, me racontait en s'appuyant sur mon bras, ses péripéties pendant la guerre, quand elle fut internée pour ses opinions libertaires et son opposition violente à la guerre. Lorsqu'elle quitta Venise, elle laissa une assez grosse somme d'argent à la vieille dame de la calle Navarro, tout près de ma nouvelle demeure, qui abritait dans sa grande maison des dizaines de chats. Elle m'écrivit une ou deux fois, m'envoya des extraits de son Giornale di Venezia et d'un texte sur Ezra Pound (elle l'avait bien connu et le considérait - à juste titre - comme un des plus grands auteurs modernes) et Olga Rudge qu'elle rencontra à plusieurs reprises à Venise avec moi.
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Je crois qu'elle se méfiait un peu de moi : j'avais faim, j'étais désargenté et j'étais jeune,
"trop beau et trop jeune, pas assez pauvre et pas assez affamé"
me disait-elle. Elle l'écrivit aussi dans un de ses textes... Elle ne concevait pas que je puisse être autre chose qu'un idéaliste révolutionnaire, anarchiste ou nihiliste... Peut-être craignait-elle que je m'intéresse à elle uniquement parce que j'étais fauché et elle fortunée... C'était une romancière... Elle avait tellement de choses à raconter. Nos journées étaient passionnantes.
Elle aussi avait lu beaucoup de romans et elle s'en faisait un aussi dans sa tête... Quelques années plus tard, retourné en France et jeune marié – elle était repartie dans son manoir écossais – je l'avais invitée à Bordeaux pour faire la connaissance de ma femme et de notre fille qui venait de naitre. Elle hésitait, m'écrivant qu'elle avait besoin d'un lieu paisible pour terminer je ne sais quel ouvrage, qu'elle se sentait toujours poursuivie, harcelée par ses ennemis de toujours... 
Je lui proposais de venir s'installer dans notre chambre d'amis tapissée de livres, tout au fond de notre appartement, éclairée par le plafond comme un atelier d'artiste. Elle y serait vraiment au calme pour écrire. Devenue un tantinet paranoïaque, elle se croyait épiée et menacée par les Services Secrets anglo-saxons, l'idée d'un refuge bordelais lui plût. Ravie de mon invitation, elle hésita cependant. Nous avions convenu d'une date et après quelques arrangements, elle devait prendre l'avion pour Bordeaux sous quelques semaines. Elle ne vint jamais.
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Elle mourut deux ans après, en 2000. Je ne l'ai plus jamais revu. Elle m'a dédicacé un exemplaire du Giornale di Venezia où elle parle quelque part de nos journées, de nos promenades et des lieux que je lui ai fait découvrir, mais je n'ai jamais reçu le colis... Il m'a été adressé par sa fille quelques mois après sa disparition. Je le conserve précieusement avec ses lettres et les pages du tapuscrit qu'elle m'avait envoyée qui concerne nos promenades ainsi qu'un texte où elle parle du jeune érudiant fou que j'étais alors.
Sur sa tombe à Londres, au cimetière de Highgate, non loin de celle de Karl Marx et de Rossetti, il y a pour seule inscription :
"poète et anarchiste"
posted by lorenzo at 21:44

23 août 2006

L'image du jour

Tous Droits Réservés © Yves Phelippot

Buon Compleanno, Claire !

Qualche candelina in più sulla torta non può far altro che illuminare maggiormente il tuo cammino... I miei più belli auguri  !

posted by lorenzo at 20:01

Quiétude estivale



Je ne sais pas vous, mais moi j'aime particulièrement ces débuts d'après-midi, l'été, quand il fait déjà passablement chaud, que les rues ombragées gardent la fraîcheur du matin et que la plupart des touristes écrasés de soleil et de vin rosé trop frappé paressent aux terrasses des trattorias (trattorie devrait-on écrire). Les chats dorment, les vieilles dames en tablier à fleur épluchent leurs haricots devant leur porte, les enfants font la sieste. Un bateau qui passe en direction du Lido trouble un peu le silence et les remous de l'eau du canal bercent ma rêverie. C'est l'heure où j'aime m'attarder accoudé à ma fenêtre, regardant cet horizon de toitures et de cheminées qui fait mon bonheur depuis plus de vingt ans. Le ciel est d'un bleu vif et les oiseaux qui chantent couvrent presque la radio qui s'échappe d'une fenêtre entrebâillée de l'autre côté de la rue. Un air ancien (1984 !) remplit toute l'atmosphère de la rue, "Hotel California" par Joe Walsh et The Eagles
 
"...Last thing I remember, I was
Running for the door
I had to find the passage back
To the place I was before
Relax, said the night man,
We are programmed to receive.
You can checkout any time you like,
But you can never leave!"...
    
Voilà qui s'applique particulièrement bien à Venise par un bel après-midi d'été. Comme cela s'applique aussi parfaitement au doux farniente qu'il faut savoir y vivre. Bonne fin d'été à tous !
 
posted by lorenzo at 13:52

22 août 2006

Alerte rouge à Santa Maria Zobenigo


La très particulière église Sante Maria del Giglio, en vénitien Zobenigo, située près du Gritti, sur le campo qui porte son nom, entre San Marco et Santo Stefano, fait la une de l'actualité ce matin : son état devient plus qu'alarmant et l'un des principaux autels supportant une des magnifiques peintures du Tintoret menace de s'écrouler... 

Des dommages de plus en plus difficilement réparables font de cette très belle petite église, célèbre pour sa façade ornée de bas-reliefs représentant les places-fortes que tenaient Venise en terraferma, mais aussi pour son magnifique Rubens et ses Tintoret, un nouveau lieu de curiosité pour les touristes et les vénitiens effarés par ce qu'ils découvrent en y pénétrant. Le recteur de la paroisse, Monseigneur Gino Bortolan, vient d'ailleurs d'alerter solennellement le surintendant aux Beaux Arts et le monde entier, devant la recrudescence de la "chute des marbres".
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C'est le premier autel de gauche qui a été endommagé, celui-là même qui fut commandé par Francesco Duodo victorieux commandant des galères de la Sérénissime République à la bataille de Lépante. Orné de la célèbre toile représentant le Christ avec Sainte Justine et Saint François de Paul, œuvre importante de l'artiste réalisée en 1592; présente de graves fissures Depuis dimanche les gens défilent dans l'église pour se rendre compte de la situation et certains font même des propositions financières. Mais, il faut maintenant qu'interviennent les services publics afin de déterminer la cause des dommages et les moyens à mettre en œuvre pour sauver cette église presque menacée aujourd'hui d'effondrement.
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Depuis quelques années les paroissiens eux-mêmes, leur curé en tête avaient proposé de financer les travaux de restauration mais les services municipaux avaient décliné l'offre... Sans commentaire ! Après le baptistère quasiment écroulé, s'ajoute donc maintenant l'autel du Tintoret, sans parler des marches et des gradins des autres autels dans un état de consumation avancée. "Église ou cimetière de guerre ?" se demandait ce matin dans le Gazzettino la journaliste Titta Bianchini







 
posted by lorenzo at 12:41

I Sfrattai

A Venise depuis les années 50, le problème du logement est un souci pour un grand nombre (la majorité ?) de vénitiens. Derrière les façades des palais appartenant à de grandes familles à l'Etat italien ou à des entreprises de toutes nationalités, souvent "saucissonnées" en appartements (depuis plusieurs centaines d'années, la plupart du temps), il y a l'habitat urbain moyen.
Immeubles de location, propriétés familiales transmises depuis la nuit des temps, maisonnettes sans autre cachet que la patine des lieux, ces immeubles composent la majorité de l'habitat urbain vénitien. Y faire des travaux n'est pas une sinécure, trouver l'argent pour les financer, une entreprise herculéenne... Alors depuis la fin de la guerre surtout, la plupart des vénitiens ont dùu abandonner leur chez-eux pour aller loger sur la Terre-Ferme, à Mestre, parfois encore plus loin : Mogliano, Conegliano, Padoue... Bon nombre de ces immeubles sont restés à l'abandon, le coût des travaux étant souvent diabolique et les contraintes administratives très lourdes, la plupart des propriétaires n'a pas eu d'autre choix que de laisser en l'état un habitat parfois multi-centenaire. Les difficultés économiques de l'après-guerre avaient aussi amené les différents gouvernements à bloquer les loyers. Ne pouvant pas compter sur des revenus suffisants pour leur permettre de financer la rénovation des appartements, les propriétaires ont souvent préféré perdre leurs locataires et condamner les maisons en attendant un hypothétique changement de politique gouvernementale. 

Quand celui est effectivement arrivé, une libéralisation que l'on croyait rendue nécessaire par l'état préoccupant du parc immobilier, a créé cette nouvelle catégorie de vénitiens : i sfrattai (les expulsés) : les propriétaires pouvaient envisager de percevoir une aide de l’État pour la restauration de leurs biens immobiliers sous certaines conditions. Les prix ont grimpé à une vitesse vertigineuse, le m² à San Marco ou à Dorsoduro devenant aussi cher que le centre de New York, les Champs Élysées ou Hong Kong... Les vénitiens sans grands moyens n'ont pas pu rester locataires devant la libération des loyers, les candidats à la propriété n'ont pas pu acheter leur appartement. Mestre et les banlieues environnantes ont enflé. 
Aujourd'hui, le mal est fait, presque 80% des logements rénovés sont vendus à de riches étrangers, à des entreprises. Beaucoup deviennent des gîtes plus ou moins luxueux loués en permanence et de préférence pour de courtes durées aux touristes du monde entier, des palais entiers deviennent le show-room d'entreprises internationales florissantes en mal de prestige (comme les grandes propriétés du Médoc et de Saint Émile) et Walt Disney comme Las Vegas s'intéressent à ce qui pourrait devenir dans les cinquante ans à venir un eldorado pour milliardaires et incentives où les derniers rescapés de la civilisation vénitienne ne seront que garçons de café ou femmes de chambre. Vous vous souvenez, ces paroles prophétiques de l'Archiduc Otto de Habsbourg (prononcées certes dans un autre contexte - au Parlement européen - mais qu'il aurait pu répéter lors de ses nombreux séjours dans la ville) : 
"si nous ne réagissons pas, nos enfants deviendront les garçons de café des touristes des super-puissances".
Voilà la signification de la légende de ce t-shirt en vente chez mes amis de Venessia.com

17 août 2006

Le Cotentin comme une île

Le Cotentin comme une île m’éloigne de mon quotidien... Un climat plus difficile ou l’aléatoire beau temps soulève des cris de joie lorsqu’il daigne se présenter et réchauffer nos virées à la plage. Il y fait très calme et le cri des mouettes se mêlant au braiement des ânes dans le pré voisin remplace assez avantageusement chaque année le bruit des moteurs sur le Grand canal et la rumeur des foules sur les Esclavons.
L’ADSL n’étant encore qu’une légende dans le village où nous déposons chaque année nos bagages, je ne puis alimenter aussi régulièrement que je le souhaiterai mes blogs. Lorsque Constance, ma dernière va faire sa promenade équestre hebdomadaire à Coutainville, j’en profite pour me rendre à Coutances, la jolie petite ville voisine, où un cyber-café me permet de reprendre mes chroniques. Mais, que mes lecteurs se rassurent, je serai de nouveau devant mon clavier la semaine prochaine : prochain article, le 22 août 2006
posted by lorenzo at 14:41

La tour de l’horloge après dix ans de pérégrinations

Il aura fallu plus de dix ans pour que soit restaurée la superbe tour de l’horloge vieille de 500 ans. Pérégrinations en tout genre, procès et recours administratifs, incidents, conflits, grèves et rumeurs jusqu’à ce que, miracle digne de l’Evangéliste Saint Marc, patron de la ville, le monument puisse se montrer de nouveau au public venu nombreux le 27 mai dernier pour l’admirer dans sa splendeur originelle retrouvée.

Les travaux avaient pourtant été décidés en février 97. L’état pitoyable de la tour jamais rénové depuis l’occupation autrichienne nécessitait une intervention musclée. C’est sur un projet des architectes vénitiens Giorgio Gianighian, Matteo Pandolfo et Alberto Torsello que la municipalité se décida. Malheureusement, les méandres administratifs ne permirent l’attribution du chantier à l’entreprise Brandolin Dottor Group qu’en… juillet 2004 ! Pour compliquer la sauce, il faut savoir que la tour ayant plusieurs propriétaires, cette indivision a nécessité un certain nombre de réunions de copropriétés pour que tous les co-propriétaires puissent se mettre d’accord. Il y a eu ensuite une quantité incroyable de recours déposés par des artisans éconduits qui contestaient l’appel d’offre simplifié (sept ans pour que la décision soit rendue officiellement !) qui attribua les travaux à la société pressentie par les maîtres d’œuvre… Passons sur les nombreux contentieux entre les corps de métiers intervenant, les délais non respectés, les devis dépassés ou les matériaux non livrés.

Finalement, sous la férule de l’architecte Roberto Benvenuti, les travaux ont pu être menés à bien près de dix ans après la décision de la municipalité. L’horloge, réparée par Piaget depuis 1999, attendait bien sagement au Palais des Doges où elle fut exposée pendant quelques mois pour fêter le 500e anniversaire de son installation. On pu voir ainsi le mouvement restauré, ainsi que la cloche et les automates. Une polémique sur cette restauration anima quelque temps les conversations dans les bars vénitiens et amena le maire Massimo Cacciari à faire devant la presse une mise au point musclée qui fit taire les esprits chagrins toujours prompts à critiquer – parfois avec raison d’ailleurs – les initiatives des pouvoirs publics en matière de restauration et de protection de la cité des doges.

Mais tout semble bien s’être terminé comme le plus souvent ici. Giandomenico Romanelli, l’actuel directeur des Musées Civiques de la ville, se disait très satisfait du résultat et la foule des vénitiens présents le 27 mai dernier pour l’inauguration du monument. C’est Marco Balich, le chorégraphe vénitien qui organisa l’ouverture des Jeux Olympiques de Turin, qui mit en scène les retrouvailles de Venise avec sa tour, ses rois mages et ses maures resplendissants.

Car tout a été refait le plus possible à l’identique selon les plans, schémas, croquis, peintures et descriptions conservées dans les archives et les musées. Il a fallu revenir sur la restauration du XIXe qui avait voulu accentuer le côté renaissance du bâtiment en utilisant de lourds matériaux modernes, notamment pour la façade des briques vernissées d’un rouge Véronèse très théâtral mais totalement éloigné de l’esprit et de la technique d’origine. Exit donc les lourdes briques rouges. Des fondations à la toiture, en passant par les escaliers, les pavements, les encadrements de fenêtres, les pierres de la voûte, les encorbellements, tout a été refait. On s’est ainsi aperçu que les poutres qui soutenaient la voûte ne reposaient pratiquement plus sur rien et menaçaient vraiment de s’écrouler, risquant de faire s’effondrer le bâtiment, ce qui aurait pu coûter la vie à de nombreuses personnes et entraîner une partie des Procuratie par terre ! 

Un miracle que cela ait tenu jusqu’au bout. Mais Saint Marc n’est pas loin. Feu d’artifice, discours officiels, spectacle musical et chorégraphique, grand bal et festin, tout y était pour fêter ce magnifique travail mais beaucoup reste à faire : la piazzetta, consommée par les hordes de touriste est dans un état lamentable, l’ensemble des bâtiments de la piazza sont d’année en année défigurés par les déjections des pigeons, la zinguerie des façades et des toitures s’écroulent rognés par la rouille et les fientes et les nombreuses acque alte endommagent les fondations des bâtiments comme le pavement de la place. Mais nous en reparlerons avec le peu orthodoxe Ludovico de Luigi et son idée de Piazza San Parco.
posted by lorenzo at 14:37

03 août 2006

L'image du jour




Bonnes Vacances a tutti !
 
posted by lorenzo at 23:57

Il fauno allo scoglio

Je contemplais ce soir le petit faune de Augusto Murer que j'ai acheté en 1984, ma première œuvre d'art, à Venise. Je l'avais acheté sur les conseils d'Arbit Blatas à la galerie Graziussi où quelques mois plus tard je serai embauché. Toutes mes économies y étaient passées ! Devant cet élégant petit faune de bronze tiré à quelques exemplaires, c'est "The Day between" de John William, qu'il composa pour le film Stepmom (Ma Meilleure ennemie), qui me sauta à l'esprit. La délicatesse de la lumière sur les formes de ce merveilleux bronze me rappelait l'air du film. Une grande bouffée de nostalgie et en même temps une grande tendresse. 
Un joli titre, Le Jour entre deux. Mais entre deux quoi ? Entre hier et demain bien sûr. Entre une journée de travail avec sa cohorte d'appels téléphoniques, de paperasses à trier, de lettres à signer, et la journée de demain consacrée au voyage. car demain, je quitte Bordeaux pour rejoindre mes enfants en Normandie, dans notre vieille "maison de famille". Presque une journée de train ! Alors aujourd'hui est un de ces jours différents, où rien n'est vraiment comme hier ni comme demain. Demain sera une journée de lecture et de rêverie. Mansfield Park de Jane Austen m'accompagnera. J'aurai pu choisir un lourd roman de Dickens mais c'est davantage pour les voyages d'hiver, avec un chocolat chaud ou un vieux porto dans un compartiment bien clos. Non, demain ce sera Mansfield park avec une bonne tasse de thé (j'emmène toujours mon petit thermos à thé quand je voyage) et des Digestive, ces délicieux biscuits de Mc Vities. Le temps passera très vite avec Jane Austen.
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Il passe très vite tout court ce soir. Le train part tôt. Je dois encore finir mes bagages, mettre mes blogs à jour (pour ne pas décevoir mes fidèles lecteurs dont je remercie au passage l'assiduité), le chat à cajoler - il faut le préparer psychologiquement à notre absence - et mille choses à ranger. Sur un air de guitare de John William ou un air de flûte d'un concerto guilleret de Benedetto Marcello, car Venise dans cette maison n'est jamais loin.
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Bonnes vacances à mes lecteurs. Notre maison du Cotentin est un petit paradis mais, si nous captons merveilleusement bien la BBC de Jersey - qui est en face de notre jardin - Internet n'est pas très répandu. Je vous le promets, j'irai au cyber-café de Coutances (oui, je crois qu'il y en a un !), la seule grande ville à proximité, ou à Coutainville, pour entretenir un peu TraMeZziniMag pendant ces quinze jours. 

posted by lorenzo at 23:50
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