31 décembre 2011

Le royaume de France en gloire résonne encore à la Madonna dell'Orto

La belle église de la Madonna dell'Orto, sur le joli campo qui porte son nom est surtout connue pour abriter, dans la chapelle à droite du chœur, la dépouille du Tintoret et de deux de ses enfants, Marietta, la fille adorée, morte en couche et Domenico. Tous deux peintres et musiciens.  

L'édifice un peu en retrait, situé dans un quartier pittoresque sans rien de somptueux est pratiquement le seul monument des environs et n'en impose pas. Datant d'une époque où Venise dominait une partie du monde, ou du moins des mers du monde, elle devrait être chère au cœur des français. En effet, ce fut jusqu'à la chute de la République, la paroisse de l'ambassade de France. Les bancs d'honneur réservés au ministre du roi que l'on drapait selon l'usage à Venise de somptueuses parures de soie damassée de lys d'or étaient lors des offices un peu des bribes du royaume. 

Ce temple (comme d'ailleurs San Giobbe où est enterré un ambassadeur de Louis XIV, voir le billet s'y référant ICI) a vu de nombreuses cérémonies organisées pour fêter les évènements importants de la monarchie : naissances et mariages princiers, décès de nos rois, leurs couronnements, tout donnait matière à des messes ou des Te Deum (dont un qui fut composé par Vivaldi et dont on n'a pas retrouvé à ce jour la partition). Les ambassadeurs, au nom du roi, commandaient aux plus grands musiciens des œuvres spécialement pour ces moments où la France devait célébrer sa grandeur et montrer à Venise son importance. Longtemps ces manifestations ostentatoires furent des actes de politique. Avec la perte d'influence internationale de Venise, les évènements se réduisirent peu à peu. Les visites princières officielles, dûment mandatées par le roi cessèrent et seul le train de vie de l'ambassadeur et la somptuosité de ses réceptions rappelèrent la puissance et la grandeur du royaume. 

Un jour sombre de 1797, le général Buonaparte, mal mis comme à son habitude, ses cheveux noirs sales et décoiffés, suivi de toute une cohorte de va-nu-pieds devenus par leur bravoure de brillants officiers, tout aussi dépenaillés que leur chef, vinrent visiter l'église. Une messe y était dite, organisée par les français de Venise et les amis de la France, pour célébrer la grandeur retrouvée de la France et sa victoire contre le despotisme autrichien. Buonaparte pas plus que ses officiers n'étaient croyants, pourtant leur éducation, la tradition chrétienne qui dominait la pensée et les actions des hommes de cette époque, les fit s'agenouiller là-même où des rois et des princes s'agenouillèrent. A peine modifiés, les mots employés dans le rituel, priaient pour la république et ses héros là où elle priait peu avant encore pour la santé et la longue vie du roi. 

On m'a raconté qu'un jeune séminariste dont le père était employé aux écritures à l'ambassade, pria à haute voix pour l'infortuné Louis XVI mort quatre ans plus tôt... Le jeune chef de l'Armée d'Italie ne broncha pas. La révolution, sûre d'elle ne craignait plus la dissidence ni l'ombre du roi assassiné. Après cette ultime grande cérémonie où tous les ors et les parures que possédait l'ambassade furent déployés pour la dernière fois, la Madonna dell'Orto redevint une simple paroisse de quartier. La somptueuse ambassade du palazzo Surian-Bellotto sur la Fondamenta di Cannaregio, aux Tre Archi, dont les jardins s'étendaient jusqu'à la lagune, et où furent organisés de mémorables soirées musicales perdit faste et utilités. Après le passage du corse, Vnise allait devenir une bourgade colonisée par et nul besoin désormais d'une ambassade... Son histoire mériterait un billet spécial. A suivre donc. 

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Petits riens...

L'année bientôt va s'achever. Plus que quelques heures et nous découvrirons une nouvelle année. Le ciel est gris. Il fait froid. Mais nulle tristesse ne semble vouloir se répandre dans l'air en ce jour tranquille. Gérard Jarry et l'Orchestre de chambre Jean-François Paillard illumine la maison avec les concerti pour violon de Bach. Le chat ronronne près du feu. Dehors, le marché bat son plein. pourtant peu de bruits nous parviennent protégé que nous sommes du froid et des rumeurs de la ville par les fenêtres closes. Sur la table de la cuisine la pâte pour les shortbreads repose. Il y aura aussi des petits gâteaux au chocolat, crémeux et fondants. Ma tasse de thé fume à côté de moi. Il fait bon. Un de ces petits moments de bonheur simple comme je les aime, où rien d'extraordinaire ne se passe. Où rien ne se passe en fait. L'odeur des jacinthes, l'ambre sur les radiateurs, et bientôt le délicieux fumet des gâteaux qui vont cuire... Ces petits riens qui font ricaner les esprits supérieurs toujours trop occupés de grandes choses. 

C'est toujours dans ces moments-là que j'aime prendre mes carnets et noter. Souvenirs, idées, recettes, bribes de conversations partagées ou volées en passant. Je faisais ce matin une liste. Celle des choses à faire en 2012. Traditionnelles résolutions qu'on parvient rarement à tenir ? Plutôt une série de tout ce que j'ai envie de faire ou que je dois faire. Il y a notamment l'idée d'un petit livre de cuisine, des textes à peaufiner pour parler de Venise aux enfants. 

Car Venise sied bien aux enfants. L'esprit d'enfance, voilà le seul bagage indispensable pour découvrir Venise ou la savoir bien connaître. Les enfants savent d'instinct ce qui est important. Ils reconnaissent instantanément ce qui compte vraiment. Leur art spontané du temps perdu, leur capacité d'émerveillement, ces yeux neufs qu'aucun a-priori ne vient encore voiler... Avec les chats, ils sont les vrais princes de Venise. 

Leur consacrer un livre qu'illustrerait des images anciennes et des photographies d'aujourd'hui. Ci penso... Les shorbreads sont dans le four. Je les ai fait en forme de bâtonnets piqués de trou. J'ai découvert sur un site gourmand un tampon qui permet de marquer les biscuits du label fait maison. Envie soudaine d'avoir le même. Commande passée sur Amazon

Un de ces objets peu coûteux qui ajoutent au quotidien une once de plaisir supplémentaire. Le ciel est blanc. Comme s'il contenait des flocons de neige prêts à tomber et à embellir la ville. Hélas, ce ne sera que de la pluie, fine et glacée. Trop tôt encore pour la neige. En février certainement. Deux moineaux picorent les miettes déposées sur le rebord d'une des fenêtres du salon. Les violons de Bach s'harmonisent à merveille avec l'atmosphère de ce samedi matin... Dans quelques heures nous découvrirons 2012. Bonne journée à tous. 
Recette des shortbreads 
C'est tout simple, et tout est en fait dans la qualité des produits utilisés et dans la lenteur de la cuisson (trente minutes à 150°). Pour la forme, vous avez le choix : soit des bâtonnets - les "fingers" anglais - piqués à la fourchette, soit en rond à l'emporte-pièce (6cm environ), soit en grand, genre fonds de tarte, marqué en portion et piqué avant la cuisson). Autre truc pour bien les réussir : mettre les biscuits au frais avant de les enfourner. 

Il vous faut 100 g de sucre en poudre, 200 g de beurre demi-sel et 300 g de farine tamisée. Si vous n'avez pas de beurre salé, prévoir une 1/2 cuillère à café de sel fin à rajouter à votre mélange. C'est plus long à la main mais cela donne un très bon résultat et c'est bon pour les muscles des bras et des mains ! 

Mélanger le beurre ramolli (mais pas fondu !), le sucre et la farine jusqu'à l'obtention d'une belle pâte moelleuse et compacte. Préparer une feuille de papier à cuisson sur la quelle vous étalerez les biscuits de la forme que vous souhaitez, la tradition les voulant ronds et lisses ou en bâtonnets piqués à la fourchette. Mettre l'appareil ainsi préparé au frais puis mettre au four (150°) pendant 30 minutes environ. Ils doivent rester clairs. a déguster avec un bon thé anglais (mon préféré reste le mélange de thés d'Assam de l'Irish breakfast appelé aussi "Builder's tea" . mais un verre de bon lait frais ou chaud se mariera bien aussi avec ces merveilleux petits sablés écossais. 

Photo ci-dessus extraite de l'excellent blog Sucrissime 

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L'enfant et les pigeons







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