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Venise, la colonne de San Salvador


..En dépit de ses presque neuf mètres de hauteur, la colonne du campo San Salvador est un des éléments "invisibles" de la cité des doges. Située sur le campiello qui fait le lien entre le Rialto et San Marco, presque toujours envahi par les On passe à côté, on lui tourne autour, mais on ne sait rien d'elle, ou pas grand chose sauf qu'on l'a toujours vue là. Et pourtant, elle a un sens pour les vénitiens qui connaissent l'histoire de leur nation. 

..Ce monument commémore la flambée d'émeutes qui secoua Venise en 1848, le 22 mars précisément, quand la population tenta de reconquérir sa liberté et fut proche d'y parvenir, tenant la ville à l'écart des autrichiens pendant dix huit mois, jusqu'à la fin de l'été suivant, après avoir poussé les autrichiens et leur gouverneur militaire, le comte Palify, à capituler et à se retirer sur la terraferma. L'Europe secouée de spasmes révolutionnaires vit l'empire austro-hongrois prêt d'imploser, comme faillit imploser le royaume de France quasiment au même moment. La colonne, trouvée dans des fouilles à Rome, fut offerte à la Commune de Venise par le sculpteur Antonio Dal Zotto, à qui l'on doit la statue de Goldoni qui trône sur le campo San Bartolomeo. Son chapiteau et les ornements de sa base sont en bronze comme l'habillage représentant une feuille de palme qui décore le fût de marbre antique, sur laquelle est inscrite la date, XXII MARZO MDCCCXLVIII. 

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le général Mezzacapo
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Le monument fut inauguré le 22 mars 1898 par le maire Grimani descendant d'une des plus grandes familles patriciennes de l'ancienne république, en présence du dernier héros survivant de cette épopée, le général Carlo Mezzacapo, qui commanda le Fort de Marghera puis ensuite celui de l'île de San Secondo pendant la résistance déterminée des vénitiens. Originaire de Capoue, le vieux militaire, était à l'époque officier des armées de l'armée des Bourbons (du Royaume de Naples), alliée des piémontais contre l'Autriche. Lorsque l'ordre de retrait arriva, il décida de désobéir et rejoignit Venise en compagnie de son homologue le général Pepe, lui aussi napolitain, qui mourut sur la lagune. Il s'unit aux insurgé vénitiens. Il refusa ensuite de réintégrer l'armée napolitaine et choisit de s'exiler. Il existe un bas-relief, calle Larga de l'Ascension, édifié à la mémoire de ces officiers napolitains qui défendirent Venise en 1848. Il représente les généraux Pepe, Rossarol, Cosenz, Mezzacapo. La dédicace : 
"Ufficiali napoletani offersero vita e sangue a Venezia per convincere il mondo esservi tutta una Italia insoffe­rente al giogo straniero, 1848 - 1849."
(Des officiers napolitains donnèrent vie et sang à Venise pour convaincre le monde que l’Italie ne souffrira plus le joug étranger, 1848-1849)

Le Risorgimento est présent aussi non loin de là, avec deux boulets de canon incrustés dans le mur de façade, côté extérieur de la Piazza, pour rappeler la pluie de bombardements qu'avait subie la Sérénissime entre le 29 juillet et le 22 août de cette terrible année. Plus de 23.000 projectiles furent ainsi tirés sur la ville par l'artillerie autrichienne. Après l'assaut des troupes ennemies, ce fut le choléra qui s'insinua dans la ville infortunée. Le poète et patriote Arnaldo Fusinato, qui s'illustra sur les barricades, a écrit sur ces moments terribles dont Venise ne s'est jamais vraiment remise. Pour la première fois de son histoire, l'ennemi l'atteignait en son cœur... : 
“Il morbo infuria / il pan ci manca / sul ponte sventola / bandiera bianca”
(La maladie fait rage, nous manquons de pain, sur le pont nous agitons le drapeau blanc...) 


crédits photographiques : veneziatiamo.eu

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