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Plongeon interdit dans le grand canal : encore des touristes qui violent les règles à Venise

Une fois encore, et pas plus tard que ce matin aux alentours de 6 heures, de jeunes touristes étrangers ( ressortissants belges) ont montré leur méconnaissance  des us et coutumes de la cité des doges. Surpris par la police qui a été prévenue par des passants, un groupe de jeunes gens avait entrepris de plonger depuis le pont de Calatravà qui unit la Piazzale Roma à la gare Santa Lucia. Un  des endroits les plus dangereux ( par sa hauteur et la fréquence des bateaux qui passent par là). Aussitôt interpelés par les forces de l'ordre, ces jeunes abrutis semblaient ne pas comprendre ce qu'il y avait de répréhensible - et encore moins de dangereux - à se jeter dans l'eau du grand canal !  

S'il est vrai que de tout temps, les eaux de la Sérénissime ont attiré les voyageurs, si les enfants se baignaient l'été devant la porte de leur maison, si Byron allait parfois rendre visite à ses amies à la nage, le contexte était différent. Mais comment les étrangers de passage, écrasés par la chaleur et qui confondent facilement Venise avec n'importe quelle cité balnéaire, ne seraient pas tentés de se rafraîchir dans ces eaux bien attirantes ? L'absence ou le manque de bancs et de toilettes, de corbeilles et de poubelles, et avant tout de panneaux précisant ce qui est interdit et ce qui est autorisé, rendent les choses difficiles. Souvenez-vous l'argument de ce touriste allemand ou hollandais qui, interpelé par la police parce qu'il circulait en vélo sur la Lista di Spagna, a r2torqué aux policiers "Mais montrez-moi les panneaux qui indiquent que la circulation des deux roues est interdite ?". Logique non ? Si nul n'est censé ignorer la loi, cette règle vaut-elle pour des étrangers arrivant à Venise. Il faut un minimum de culture et d'éducation pour saisir qu'il ne s'agit pas d'une ville comme les autres et que donc, on ne peut y déambuler ni y vivre comme ailleurs. Longtemps, les vénitiens tentaient d'expliquer cela à leurs hôtes. Devant le développement massif de l'invasion touristique et la croissance de la mauvaise éducation, ils ont le plus souvent baissé les bras...

Cet incident suscite une fois encore la polémique. Le maire Luigi Brugnaro, a aussitôt réclamé une "loi spéciale' qui autoriserait une garde à vue d'au moins une nuit pour les jeunes vandales pris en flagrant délit qui sévissent dans Venise (les infractions sont nombreuses, comme par exemple les tags, les tenues inadéquates, le camping sauvage dans les rues, ou comme ici plongeon et la baignade dans les eaux de la lagune), certains réclament même le bannissement des indélicats et une interdiction de séjourner de nouveau dans la ville ! D'autres voudraient que soient installées des caméras de surveillance partout... Sans tomber dans l'excès, il est évident que des mesures s'imposent mais ne doivent-elles pas porter davantage sur la prévention et l'éducation des visiteurs ?


Ce qui est terrible c'est que devant la croissance incontrôlée du flux touristique des incidents comme celui de ce matin risquent de se produire de plus en plus souvent et nécessiteront de nombreuses interventions de la police ou des pompiers. Les jeunes belges qui se sont jetés dans le grand canal ne réalisaient pas le danger. Si autrefois les jeunes vénitiens, pour se faire admirer des filles et gagner quelques pièces, longeaient souvent dans les canaux, si on laissait les enfants barboter l'été dans les quartiers retirés, si souvent - j'en étais - des jeunes organisaient un bain de minuit du côté des Fondamente Nuove ou de la Giudecca, la situation n'était pas la même. L'eau ne contenait pas toutes les saletés qui en font un poison dangereux et la circulation maritime était bien moindre, avec des embarcations lentes et menées à l'aviron... Les temps changent et la vingtaine de millions de visiteurs annuels face à une population réduite au chiffre le plus bas de son histoire pose un problème d'organisation compliqué. 

TraMeZziniMag depuis sa création défend l'idée d'une prise en main du flux touristique, de la mise en place de règles claires qu'il faudra médiatiser et en même temps la prise de conscience par les autorités d'une réflexion à long terme pour que la ville redevienne un lieu de vie quotidienne pour ses habitants, et non pas une réserve visitée par des millions de curieux à qui on oublie de dire que Venise n'est ni un musée ni un parc d'attractions. Non messieurs-dames, il n'y a pas d'horaires d'ouverture et de fermeture, mais en revanche, il existe des règles dont la plupart découlent du simple bon sens, de l'éducation et du respect des autres.






















Commentaires

  1. Solita storia dell'inefficienza dei servizi pubblici italiani : non passa mai un vaporetto quando serve....
    In caso di incidente la chiamerei selezione naturale...

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. Après tant de séjours à Venise, je crois que les vandales sont toujours stigmatisés chez une catégorie : l'étranger aka le touriste. Pourtant, quand je vois un Vénitien jeter nonchalamment une bouteille de bière dans un canal intérieur de la Giudecca, je constate l'état déplorable des palines des Fondamente Nuove à Torcello, et les tentatives de torpiller les fêtes vénitiennes (comme le Rédempteur), l'impression qui en ressort n'est pas du tout la même. Qui donc profite de ces cambi d'uso opportunistes, de ces découpes de palais en suites pour oisifs ? Il y a sûrement une carence de l'action publique parce que la notion même d'esprit public ne revêt plus grand sens à Venise : lui survivent la ciacola et le partage de l'espace public comme lieu d'expression privilégié de la venezianità. Pour le reste, les pouvoirs publics vendent peu à peu le patrimoine immobilier et l'entretiennent a minima (témoin la façade noire du Palazzo Labia). Il a fallu que des mécènes privés prennent à leur compte la restauration du pont du Rialto et bientôt celui de l'Académie. Alors, on peut s'offusquer d'hurluberlus qui confondent le Grand Canal avec la piscine municipale mais ceci ne représente que l'arbre qui cache la forêt : bien peu ont véritablement envie de réduire la masse touristique en-deçà du seuil de charge, encore moins souhaitent redonner au centre historique une fonction résidentielle et personne ou presque ne manifeste l'intention d'en faire un lieu de partage de l'espace.

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  4. Je vous retrouve enfin ! Les onglets en haut de page sont trompeurs et de nature à égarer le visiteur. Par exemple, pour un habitué des blogs, "accueil" désigne la première page, celle qui contient le ou les dernier(s) article(s) publiés(s), et qui devient ici "Éditorial". Bref, je suis prêt à faire, pour vous lire, l'effort que vous méritez amplement, tout en me permettant de vous conseiller plus de clarté, et peut-être même de revenir à l'une des formes "classiques" de "blogger". En attendant, je me régale !

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