22 décembre 2005

Splendeurs de Venise

Très agréable soirée aujourd'hui à l'invitation du Consul d'Italie. Madame Stéphane Felici qui recevait - une fois encore somptueusement - ses invités pour une visite privée de la magnifique exposition qui vient d'ouvrir ses portes à Bordeaux. Après plus d'une heure passée à admirer les peintures du Titien, de Veronèse, Bassano et les somptueux dessins de Carpaccio, Bellini ou Campagnola, notre dame consul nous a convié à un très joli concert au programme pour le moins inattendu, dans le hall du Musée des Beaux Arts, à deux pas de l'exposition, dans les jardins du Palais Rohan.
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La foule des invités, élégants visons et jeans fashion mélangés, se déplaça gentiment vers les jardins de la Mairie, éclairés par des bougies pour marquer le chemin. Le Trio de Genova, - formé de trois jeunes musiciens de la Scala di Milano, Sergio Casellato (clarinette), Andrea Bellettini (violoncelle) et Vittorio Costa (piano) -, interpréta pour nous une pièce inédite d'un compositeur allemand oublié, un trio de Glinka et un autre de Nino Rota, aux accents très chostakovichiens. Le public, apparemment assez connaisseur en redemanda, en dépit du froid que les musiciens réussirent à maintenir à distance (le jeune pianiste avait les doigts gelés!).
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Après les bis d'usage, qui nous permirent d'entendre notamment un joli morceau - inattendu - de Schumann, le consul offrait aux 150 invités ravis, le traditionnel panettone de Noël - dont les effluves nous charmèrent presque autant que la musique pendant tout le concert -, arrosé d'un délicieux Moscato d'Asti. Un agréable moment comme le sont toujours ceux que sait organiser notre charmant consul.
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je vous reparlerai en janvier de cette belle exposition que Bordeaux va partager avec Caen, et de son catalogue.


20 décembre 2005

COUPS DE CŒUR N°1

Je voudrais ici présenter les livres, les expositions, les musiques et le lieux que j'ai apprécié et vous les faire découvrir. Comme je maîtrise encore assez  mal le langage «html», je vais limiter dans un premier temps mes ambitions... En mai dernier, revenant à peine de mon voyage annuel à Venise, j'avais cité plusieurs lieux qui me semblent pouvoir plaire aux voyageurs, à ceux du moins qui aiment se plonger dans des atmosphères authentiques sans tomber dans la carte postale eastmancolor. Je republie ces commentaires car certains semblent ne pas pouvoir les retrouver dans mes archives. Ils sont en fin de rubrique sous le titre «à VENISE». En août, revenu de mon Cotentin favori, j'avais profité d'un «Ferragosto » beau et chaud - ce qui est asseze peu courant en août dnas le Cotentin - pour livrer à mes lecteurs quelques commentaires sans prétention des livres des disques et des films que j'ai apprécié. A quelques jours de Noël, je vous livre quelques coups de cœur récents. N'hésitez-pas à me livrer les vôtres : A vos commentaires.

Mario Rigoni Stern   
En attendant l'aube
«En attendant l'aube exhale, à lui seul, son talent de conteur. Qu'il s'adresse comme à un camarade au peintre Jacopo Bassano, 1515-1592 (Lettre à Jacopo, bijou de surréalisme), qu'il déroule le fil d'une histoire d'amour cruelle parce que éphémère (Neiges de janvier, sublime narration) ou qu'il confesse son impossible pardon à son ancien instituteur, délateur à la solde des chemises noires (Noël 1945, cinglant de douleur), Mario Rigoni Stern écrit à hauteur d'homme, et trace les chemins de la vie.» dit de cet ouvrage Martine Laval de Télérama. Ce grand écrivain pas encore très connu en France écrit comme le paysage de son enfance, comme les lieux où il vit, à 120 kilomètres de Venise, non loin de Vicenza, dans la montagne d'Asiago. Il couche sur le papier la vie, le temps qui passe, les gens. Avec pudeur et réalisme. Avec des mots doux, il décrit des situations parfois à la limite du tolérable, d'autres très heureuses. Il laisse ses personnages s'en aller d'eux-mêmes vers d'autres. Un régal parfaitement rendu dans la traduction de Marie-Hélène Angelini : «Il avait recommencé à neiger ; la chienne s'était endormie contre mes jambes ; mes vêtements étaient presque secs et il y avait là un bon silence. La chaleur du feu, l'amitié d'Albino que je sentais, le lièvre que j'avais dans mon sac, les trois gorgées de marc donnaient un bon goût à la vie.» Primo Levi a dit de lui «On trouve rarement pareille cohérence entre l'homme qui vit et l'homme qui écrit, pareille densité d'écriture.»
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Francesco Rapazzini 
Elisabeth de Gramont, Avant-gardiste
Le portrait sans concession de cette femme indépendant qui fit scandale et fut surnommée la duchesse rouge par son milieu d'origine. J'évite en général les gros pavés consacrés ces monstres sacrés de l'histoire ou des arts. J'ai fait une exception avec cet ouvrage d'abord parce que je l'ai reçu en hommage de l'auteur et que celui-ci est de mes plus chers amis. Mais aussi parce que, de retour d'un séjour à Venise, après un petit déjeuner royalement servi chez l'auteur, j'ai passé les trois heures de voyage plongé dans la vie incroyablement riche de cette aristocrate qui aida Proust à s'introduire dans la société dont il fera plus tard la matière de son chef-d’œuvre. Imprévisible jeune femme mal mariée, mère peu heureuse dont les choix sociaux et politiques, lorsqu'elle embrasse la cause du marxisme et celle du Front populaire, aux côtés des grandes figures révolutionnaires françaises et étrangères, fera sursauter une société parisienne moderne mais conventionnelle. Au fil des pages, on voyage avec elle, on vit ses rencontres avec Robert de Montesquiou et Marcel Proust, Natalie Clifford Barney, Remy de Gourmont, Romaine Brooks, Paul Valéry, Colette, Georges Clémenceau, Paul Morand, Gertrude Stein, Isadora Duncan, Valery Larbaud, Arthur Honegger, Jacques Ibert, Léon Blum, James Joyce, Louis Aragon, René Crevel... Tous ces êtres rares qui ont fait de Paris la «Nouvelle Athènes » ont gravité autour d'Elisabeth de Gramont. 
A VENISE...  
Margaret DuChamp. 
Campo Sta Margarita 3019. 
LE Lieu Where to go du quartier Dorsoduro. Après le Caffè Rosso qui est maintenant envahi par les bobos du coins et les touristes parisiens, et le DoDraghi, davantage quadras-alternatifs, c'est là qu'il faut s'asseoir vers midi à la terrasse, directement sur le campo, ou le soir à l'intérieur après la passegiata. Agréablement situé à l'angle du campo depuis 1996, face aux étals des marchands de poissons. Vous pourrez y observer les mouettes habituées de la place qui sont là tous les jours attendant l'aubaine. Très fréquenté par les gens du quartier et les étudiants, surtout après 21 heures (ferme à 2 heures du matin). La musique est bonne (jazz souvent la nuit). le décor intérieur sympathique. Bon choix de bières, délicieux Spritz. Le vin n'y est pas cher mais il n'est pas terrible non plus. Cheap, cheap... En revanche le café est l'un des meilleurs de Venise. Délicieux tramezzini, crostate maison et croque-monsieurs goûteux (se dit «toast» en italien, si vous ne voulez pas faire trop touriste...). 
Saluez pour nous Manuele. C'est le plus jeune serveur du bar. De père napolitain, ce vénitien de 17 ans, tout droit sorti d'un tableau de Carpaccio (l'Accademia n'est pas loin), est toujours souriant, toujours très patient avec les touristes et toujours prêt, après le service à bavarder avec vous. Branchez-le rollers et musique et vous le verrez s'illuminer. Ah, j'oubliais : tant que vous êtes dans le quartier, allez donc faire un tour à La Toletta, la grande librairie à prix réduits. Trois magasins y proposent tout ce que l’édition italienne fait de mieux, livres d'Art, littérature, photos, architecture, cuisine, histoire, BD, littérature enfantine. Un joli lieu en plus. C'est un peu ma bibliothèque car la maison que j'occupe à Venise est quasiment mitoyenne de la librairie ! En sortant du café de Santa Margherita, prenez donc une glace et dégustez-la en vous dirigeant tranquillement vers la Toletta. N'oubliez-pas : à Venise, on marche sur la droite pour ne pas déranger ceux qui arrivent dans l'autre sens. Un code de conduite que les touristes respectent peu en vérité ! 

Taverna da Baffo. 
San Polo 2346, campo sant'Agostin. 
Un autre endroit très sympathique, derrière San Polo. On y passe en revenant à pied de S.Stae ou se tient en ce moment une exposition des inventions de Leonard de Vinci, et à côté, dans la petite scuola qui donne sur le Grand Canal, où sont présentées des œuvres de Paladino sur le thème de Pinocchio (mais je vous en reparlerai plus tard). C'est un campo très calme qui donne sur un rio avec deux ponts pittoresques. La taverne porte bien son nom. Lieu rustique (tables de bois, poutres apparentes et murs de pierre). Accueil chaleureux. le patron et les serveuses (très mignonnes) circulent entre la grande salle intérieure, fréquentée par des ouvriers et des hommes d'affaire du quartier, et une agréable petite terrasse devant l'église. Ici pas de menu touristique (la plaie de Venise), mais des plats traditionnels : pâtes, risotto, et pour les gens pressés, polpette (croquettes de pomme de terre, de fromage ou de viande) et bien entendu, tramezzini. Le vin, servi au verre est de qualité : Soave, Merlot, Lambrusco, Pinot Grigio et même, si vous passez assez tard, un délicieux Clinto, introuvable parce que réputé dangereux et interdit. Même le Fragolino est bon. 

Centrale Restaurant Lounge. 
S.Marco 1659, Piscina Frezzeria. 
Un endroit très fashion. Dans un vieux bâtiment du XVe, éclairé par des tas de petites veilleuses, une décoration gris, prune et noir, de l'acier, du lin, du bois. Les serveuses sont très froides mais attentives. La musique excellente. Nourriture traditionnelle et sophistiquée. Un lieu branché où l'on arrive par la rue ou par le canal. Inutile de préciser que les prix vont avec le style du lieu. Mais on y passe un agréable moment. C'est New York, Berlin ou Londres à Venise. Il faut y aller une fois bien que dans le genre raffiné branché, je préfère de loin le Harry's Dolci à la Giudecca. 
Voici ce qu'en dit le site http://www.2night.it/2night/venezia/locali/membri/5332.html : Nel cuore di Venezia, uno spazio che coniuga la ricerca culinaria con la passione per il design ed il dettaglio, il tutto in un'atmosfera innovativa ed internazionale.Entrare al Centrale è come immergersi nell'essenza del lounge: un "salottino" nato dal sapiente restauro di un'antico palazzo ed ora fatto di alte vetrate, mattoni a vista accostate all'acciaio e al vetro. Tutto ciò in un rilassante sfondo musicale dal jazz al chill-out. Qui, baciata dalla tenua luce di numerose candele, la clientela può deliziarsi con piatti della cucina mediterranea, reinterpretata in modo creativo: dai tagliolini neri con scampi crudi fino all'astice alla Catalana, dal carpaccio di branzino in salsa di kiwi ai filetti e tagliate di carne. L'estro dello chef si accompagna ad un servizio puntuale che concerne la presentazione delle portate fino alla freschezza degli ingredienti.Il Centrale è anche sede di vivaci proposte come l'aperitivo Happy Live del giovedì, con un ricco buffet offerto dalla casa, invitanti cocktails e musica live dal jazz alla bossanova. Periodicamente si organizzano anche cene di cucina esotica ed eventi culturali.

19 décembre 2005

Citation du jour

"Depuis dix ans, il y a un recul apparent de civilisation : Venise enchaînée, la Hongrie garrottée, la Pologne torturée; partout la peine de mort."  

Victor Hugo, Actes et paroles.


Jean et Constance improvisant un jeu sur le campo Sto Stefano. Mai 2005.


Cette image me permet de signaler aux lecteurs italianisants, un très bel album paru en 2003 aux Éditions Marsilio, dans la collection Insula sous le titre "I giochi a Venezia tra campi e campielli dall'Ottocento a oggi". C'est un ouvrage collectif publié sous la direction de Leopoldo Pietragnoli, journaliste émérite du quotidien Il Gazzettino, le quotidien de Venise, et spécialiste du XIXe vénitien. Joliment illustré, bien documenté, il décrit les usages en vigueur sur les places et dans les cours de la Venise d'avant la télévision, quand les enfants inventaient des jeux que, de quartier en quartier, chaque génération reprenait. Tous milieux confondus - ou presque - les petits vénitiens de castello, ceux de la Giudecca, de San Polo ou de Burano, se lançaient dans des parties endiablées après l'école, le dimanche après le repas dominical. Pas seulement un joli "coffee table book" qu'on prend plaisir à feuilleter mais aussi un texte très documenté et passionnant... 

(reprise d'un article de mai 2005 sur tramezzinimag.blogspot.com)

18 décembre 2005

A thing of beauty is a joy forever...



Lettre au maire de Venise

Depuis 2003, Umberto Sartori et son organisation tentent d'alerter l'opinion publique et les responsables politiques et administratifs de la situation paradoxale où se trouve aujourd'hui la Cité des Doges avec la très rapide infection de tous les composants de base des constructions vénitiennes : les briques (silicate), la pierre d'Istrie et les marbres (carbonate de calcium) qui par un phénomène d'hydrolise se transforment en une matière poreuse et très friable, menaçant ainsi l'ensemble des bâtiments de la ville. D'autre part, les enquêtes (cd-rom vidéo et photographies à l'appui) menées par le Comité depuis sa création, montrent que les restaurations et remises en état des monuments mais aussi des matériaux urbains (ponts et rambardes en pierre par exemple) sont faits en dépit du bon sens et sont parfois plus dangereux qu'utiles pour la sauvegarde de la ville (couverture des briques par du ciment par exemple).

Le texte ci-dessous est en italien. Il existe en anglais. Je vous le livre dans sa langue originale et j'enverrai à ceux qui le souhaitent la version française que je n'ai pas encore eu le temps de terminer pour la mettre sur ce site. Vraiment, au-delà du plaisir que nous avons tous à parler de Venise que nous aimons, il y a cette situation très préoccupante. 

Venezia,15 ottobre 2003
Al signor Sindaco del Comune di Venezia, Commissario Straordinario del Governo per il Moto Ondoso. 

Con la presente segnaliamo il gravissimo decadimento di larga parte dei silicati (mattoni) e dei carbonati di calcio (marmi e pietra d'Istria) che costituiscono il corpo edificato del centro storico di Venezia. Come viene esposto nell'allegata "Relazione Chimica" (all. 1) e illustrato nella documentazione fotografica e video (all. CDROM), moltissimi mattoni dei piani bassi degli edifici in tutta la città presentano avanzato stato di disgregazione per idrolisi, mentre i marmi e le pietre d'Istria dimostrano un altrettanto rilevante grado di degrado superficiale e strutturale per solfatazione ovvero trasformazione in gesso. .

Relazione di Umberto Sartori

"Tengo sotto osservazione, documento e pubblico lo stato della città da alcuni anni, dapprima per mia iniziativa e in seguito su incarico del Comitato Spontaneo per la Difesa di Venezia. Testimonio che solo negli ultimi due anni i fenomeni disgregativi hanno assunto il carattere di diffusione, rapidità e profondità che li rende oggi il più' immediato ed effettivo pericolo per la sopravvivenza di Venezia come centro edificato. I rilievi effettuati nel maggio 2003 mi hanno indotto a costituire un nuovo Comitato, denominato di Salute Pubblica per sottolineare la gravità dello stato di fatto che rilevo, documento e denuncio come drammatica". Noto che le disgregazioni osservate sono dovute a reazione chimica tra le piogge acide e i sali che compongono le pietre edificatorie e ornamentali (vedi all. “Relazione Chimica”), il drastico aggravamento del fenomeno a nostro modo di vedere deve essere posto in relazione con l'aumento del traffico marittimo nel porto per i seguenti motivi :
1 - La peculiare conformazione logistica fa di Venezia insulare un microclima meteorologico poco influenzato dall'atmosfera continentale. D’altro lato, risulta estremamente rilevante ciò che in tale microclima viene immesso dal suo interno.
2 - Le macchine navali, anche quando alimentate a gasolio, emettono ciascuna inquinanti solfo-cabro-nitrici equivalenti alle emissioni di migliaia di TIR.
3 - Nella maggior parte dei casi tali macchine sono invece alimentate con "bunker fuel", un olio pesante a bassissimo prezzo che nella combustione rilascia quantitativi di solfati e nitrati particolarmente ingenti.
4 - Negli ultimi tre anni si è verificato un notevole incremento del traffico navale, con particolare riguardo alle enormi navi da crociera e ai traghetti adriatici (questi ultimi in maggioranza effettuati con imbarcazioni desuete alimentate esclusivamente con bunker fuel).
5 - Il numero di passeggeri sbarcati dalle grandi navi ha prodotto come conseguenza il moltiplicarsi sfrenato della flottiglia locale di imbarcazioni a motore diesel e benzina per il loro smistamento in città e nelle isole nonché per l'approvvigionamento merci.
6 - L'aumento di reddito indotto sulla popolazione dall'incremento dell'afflusso turistico ha moltiplicato il numero di possessori di imbarcazioni private a motore, ed elevato la potenza e quindi la capacità inquinante dei motori stessi.
Il Comitato individua come essenziale al salvataggio in extremis di Venezia una nuova regolamentazione del traffico a motore nell'ambito interno e lagunare. Per rendere operativa ed efficace tale regolamentazione il Comitato stesso chiede di poter conferire con Lei al fine di illustrare le proposte di soluzione. A titolo informativo comunichiamo di essere in procinto di esporre quanto sopra al Magistrato alle Acque, con particolare riguardo ai lavori marittimi e lagunari che riteniamo necessari al Progetto per il Salvataggio in extremis di Venezia, e di avere già depositato i materiali e le bozze alle seguenti autorità cittadine : 
Nucleo Carabinieri per la Tutela del Patrimonio Artistico 
Sovrintendenza ai Beni Architettonici Capitaneria di Porto 
Autorità Portuale - Ente Porto 

Il materiale documentario contenuto nel CDROM allegato viene aggiornato sul sito http://savevenice.net

Per il Comitato di Salute Pubblica __________________________________________________________________________ 
Umberto Sartori n. Ve 7/7/1953 – res. Ve DD. 604 - venetian@ombra.net - mob. 3489298579

Une alerte rouge comme la robe du Père Noël

En ce temps de Noël, je suis certainement mal avisé d'insérer sur ce blog qui fait rêver les amoureux de Venise, des informations sur l'urgence de la situation de la plus belle ville du monde. Car c'est bien d'urgence qu'il s'agit face à la gabegie de l'administration italienne incapable de résoudre les problèmes qui s'amoncellent depuis cinquante ans sur la Sérénissime. Je vous livre ci-dessous une image très parlante et vous invite, lecteurs qui aimez Venise, à réagir, à en parler : la pollution atmosphérique qui contamine les pierres, la montée des eaux, le dépeuplement de la ville, l'invasion des hordes de touristes pire que les huns d'Attila qui rendent la vie courante très difficile. Allez à Venise, regardez-là, aimez-là mais respectez-là. Ce n'est pas un musée, ce n'est pas un parc d'attractions. C'est un lieu de vie, un monde pétri d'art et d'histoire, mais c'est un lieu malade, mal soigné et qui souffre. 



Ce cliché (propriété de Umberto Sartori, Comitato di Salute Pubblica a Venezia) représentant un bas-relief situé rio Barba Frutarol près de l'église Santi Apostoli, montre l'irréparable désagrégation des pierres, liée à la pollution par les dégagements de sulfure et autres dérivés chimiques des gaz émanant des moteurs de bateaux, des usines, des cheminées, transformant les pierres et marbres utilisés à Venise en... craie ! Partout dans la ville les monuments commencent à se désagréger rendus friables par des inclusions de calcite cristallin qui rend la pierre comme le marbre pareil à de la craie. Cette photo prouve l'urgence d'une réaction. Si vous êtes à Venise, ou la prochaine fois que vous y serez, allez voir par vous-même : touchez les pierres, vous aurez des morceaux sur les doigts, pareils à des résidus de craie. 

Dans quelques années, si rien n'est entrepris pour Venise d'une manière draconienne, la ville est vraiment définitivement condamnée !

SIGNEZ

la pétition pour la sauvegarde de Venise : 
http://ourvenice.org/petition/petition.php


17 décembre 2005

Reflets


Je n'habiterai jamais assez Venise... par Paolo Barbaro

de Paolo Barbaro
 
..."Ville du futur", écrivent, sur Venise et les îles, mes amis spécialistes. Qui, bien sûr, habitent ailleurs, viennent ici une fois par an. Ils expliquent : circulation bien répartie entre rues et canaux; regroupement par insulae, vie de quartier, tout autre chose qu'à Milan.
...
C'est possible. Mais la circulation, je ne la vois pas ; îles ou insulae sont à la fois délabrées et englouties ; vie de quartier, il n'y a pas un chat. Est-ce vraiment ça, la ville du futur ? Oui, une présence, il y en a une, là au coin, la dernière qui attend (les autres sont déjà en Amérique) : l'orbite gauche est vide, l’œil droit a été peint par un fou... Elle vacille, ma dernière statue, sous les coups de la bora. Le vent arrache la peau, s'engouffre entre les murs resserrés, force les entrées du dédale. Entrer ou renoncer ? Je touche le mur de brique, friable, tendre et humide : l'accès s'ouvre, nous aspire. C'est bien elle, la ville "sex-femelle" d'Apollinaire et de tous ceux qui l'effleurent avec un peu d'amour, le soir qu'il faut. "Soir dément", comme on dit ici, froid et désert : un quelconque dimanche d'hiver, première lune du nouveau janvier.
 ...
Un restaurant à moitié ouvert ; sans enseigne ni publicité. A l'intérieur, guère plus qu'une soupente : dominé par deux femmes de l'île, énormes, la voix rauque, toujours en mouvement, des mains comme des battoirs. Des tables de bois, de vieux buffets, une photo de groupe avec les drapeaux des régates : la vieille auberge que nous croyons disparue. Sur le banc, de petits poissons frits, de la polenta, du vin blanc. Malgré le tourisme, quelque chose demeure, pour la raison que c'est une ville démentielle, selon les spécialistes : malgré des millions de "présences", elle n'est pas encore touristique au sens propre, logique, occidental. Les plus beaux soirs de l'année - ceux d'hiver -, elle se libère, prise dans une sorte de coma, inhospitalière ; en rien touristique. Le maximum de la désolation est atteint au moment des fêtes plus populaires : entre Noël et le nouvel An - ni un bateau, ni un café, ni un WC, ni un théâtre, ni un cinéma. Le résultat est la totale disponibilité - plus besoin de réserver - durant des jours et des nuits, d'une ville entière, fantomatique, eau et pierres, tout compris. La dernière du monde, habitée juste ce qu'il faut : pour ne pas vous laisser tout à fait seul, quelqu'un continue à allumer la lumière, ça et là dans les maisons. 
...
De la fenêtre de l'auberge, je suis du regard deux gamins dehors, dans l'obscurité, sur le bord de l'eau : ils vont et viennent sur la pointe des pieds, sans but et sans interdiction. Ils s'arrêtent où cela leur chante, ils regardent, éblouis : jeux superposés de rives, grands palais blancs, campaniles morts. Désespoir pour cette infinité de choses à voir, tourment pour celles que je ne verrai jamais. Je n'habiterai jamais assez Venise. Tout à coup, selon les deux énergumènes, "c'est l'heure" ! Il faut sortir par la porte de derrière : on ferme, on ferme... Je m'enfonce dans de petites cours de prison, je réapparais le long des arches sonores. Dans le noir, tout se découvre : les pierres gonflées, soulevées et comme éclatées, les murs ruinés, les couches superposées du temps et de l'incurie ; chaque cour a son désastre. Un peu plus loin, une suite de palais, sans une lumière : au-dessus, de petites arcades, bancales ; combien de gens y ont-ils dormi tranquillement et y rêvent toujours, malgré ces trous lépreux. Tandis que, sur l'autre rive, les voix se précisent : voix slaves, de femmes, russes peut-être. Elles suivent d'étranges cercles comme dans les figures d'un ballet : jeunes ou pas, elles aussi essayent. Et se perdent. 
...
Une ombre me précède, à présent ; puis se retrouve à mes côtés, me suit. L'homme observe porte après porte : il cherche un numéro, explique-t-il, communal. Mais ici, ce n'est pas le lieu où trouver des numéros, qui forment l'essence du monde moderne ; communaux ou pas, les numéros continuent à monter ou à descendre, en avant et en arrière, sans logique : à Venise, ils augmentent avec les années, ou avec les siècles, et non en suivant les rues. Celui qui arrive en premier a son numéro en premier; comme au paradis ou peut-être en enfer. Mais alors, demande l'ombre à elle-même, pourquoi perdre du temps, pourquoi continuer ? Et un instant après : quelle année était-ce ? Nous ne cherchons plus un numéro, nous cherchons une année, ou un fil. Et alors, passe un couple enlacé : le fil, eux, ils l'ont trouvé. On dit que les amours à Venise sont brèves ; en tout cas, à ce que l'on voit, elles sont intenses. Maintenant, nous nous suivons un peu tous : eux deux, l'ombre, les deux jeunes gens, les femmes russes, les numéros de maison, tous attirés par un son, une flûte, flûte enchantée, dans la profondeur des calli... Quelqu'un s'arrête sur le pont, écoute. Tout comme un autre en bas sur la barque, du canal : nos sosies, dans l'eau. La musique, c'est Mozart, sous les murs de la Fenice : la flûte se répand dans la ville silencieuse, nous fait revenir à l'esprit - nous fait espérer - un printemps dans ce soir d'hiver.
Extrait de "Lunaisons vénitiennes" (Éditions la Découverte, 1992).

Paolo Barbaro, Ennio Gallo de son vrai nom, est originaire de Vénétie et vit à Venise. Comme nombre d’autres écrivains italiens réputés, citons ici Primo Levi ou Emilio Gadda, Paolo Barbaro partage sa vie entre l’écriture littéraire et l’exercice d’une profession technique, il est en effet également ingénieur spécialisé en hydraulique. Ce qui du reste explique de son angle d’attaque de Venise qu’il explore depuis les années 1980 à travers l’écriture littéraire. Lunaisons vénitiennes (La découverte 1992; 10/18, Odyssée 1997) est l’exploration poétique de Venise durant une année. A raison de deux chapitres par mois, il explore les paysages et lieux de la cité des doges, îles, campi, ponts, quais ... avec une attention particulière aux problèmes écologiques de la lagune. Aussi n’est-ce pas la Venise touristique qui s’expose ici, mais une Venise au quotidien, avec ce qu’elle peut aussi avoir d’âpre, de froid et d’inhospitalier. Paolo Barbaro nous invite à porter sur Venise un regard plus responsable.

L'image du jour (34)


réclames, pubs et palimpsestes

16 décembre 2005

Olga Rudge, une grande dame rencontrée à Venise ...

«Nous allons déjeuner chez Montin où nous avons le plaisir de rencontrer, très âgée mais armoniosa toujours la femme d'Ezra Pound, Olga Rudge. Une présence est là, la beauté chez cette presque centenaire qui sourit de toute sa jeune intelligence et séduit encore au-delà du compagnon merveilleux qu'elle n'escorte plus.»
 Yves Peyré,  
Venise réfléchie
éditions du limon, 1988. (p 14). 

De 1982 à 1985, tout jeune homme encore mal dégrossi, j'ai eu l'incroyable privilège de croiser à Venise de très grandes dames. Je les ai pour la plupart assidument fréquentées. Elles m'ont reçu, m'ont présenté, souvent m'ont aidé et toujours m'ont fait l'honneur de leur amitié et souvent de leurs conseils avisés : la comtesse Marcello, la Princesse Clari, Madame Couvreux-Rouché, Olga Rudge, la duchesse Decazes, Dachine Rainer, Regina Resnik, Liselotte Höhs...
 
Olga Rudge avait plus de quatre-vingt-dix ans, en 1986, quand j'ai eu le privilège de la rencontrer, chez l'avocat Feliciano Benvenuti, alors directeur de la fondation d'Art Moderne de la Fiat qui occupait le palazzo Grassi Grassi. Notre hôte recevait à l'occasion de la fameuse exposition sur le Futurisme mise en place par Pontus Hulten. C'est sa grande amie Dachine Rainer qui me présenta.
 
Dachine, écrivain américain réfugiée en Écosse depuis la chasse aux sorcières qui mit cette libertaire en prison, m'ayant pris en sympathie tout au long de son séjour vénitien, me demandait souvent de l'accompagner. Je plus à la veuve d'Ezra Pound, qui m'invita ensuite trois ou quatre fois chez elle. 
 
Je me souviens notamment d'une fois où je me rendis dans la maison du poète en compagnie de Dachine Ancienne collaboratrice et correspondante du poète, amie proche d'Olga et de sa fille, elle était littéralement habitée par l’œuvre de Pound qu'elle considérait comme l'un des plus grands poètes contemporains.
Je revois Olga Rudge, grande, altière et souriante, marchant dans les rues de Venise en devisant. « jeune homme» me disait-elle, «"marchons encore cela m'aide à penser, la vieillesse me rend molle...» Elle fut l'une des initiatrices du goût moderne pour la musique baroque. elle redécouvrit beaucoup de partitions originales et organisa de nombreux festivals. Nous sommes allés plusieurs fois, Olga Rudge, Dachine Rainer et moi, au Conservatoire Benedetto Marcello. Les élèves des classes supérieures et souvent les professeurs donnaient chaque samedi un petit concert.  Je dois encore avoir quelque part ma carte d'abonné. Après le concert et quelques chiachieratte avec les participants, nous allions nous installer suer le campo, à la terrasse de Paolin. 
 
Dans sa maison de la calle Querini, tout était plein encore de la présence du Maître. Venise dans les années 80 était intellectuellement très à gauche. Pound apparaissait comme un terrible réactionnaire. Faire la louange de son œuvre vous faisait aussitôt qualifier?  au mieux de conservateur bourgeois, au pire de fasciste dangereux. Des milliers de sales réactionnaires comme moi venaient du monde entier pour rencontrer le Temple et sa prêtresse. 
 
Leur maison-musée  a été à plusieurs reprises pillée, pendant la guerre sous prétexte qu'ils étaient étrangers, puis après la guerre parce qu'ils avaient eu des idées anti-communistes...Période sombre déjà pour la culture et la pensée; Mieux vaut en rire aujourd'hui. Bien que l'ère berlusconienne commence de nous montrer ce qui nous attend dans l'Europe de demain et particulièrement en France, si nous ne réagissons pas, d'aucuns continueront de considérer Ezra Pound et Olga Rudge comme de sales fascistes... Ce furent des esthètes, des intellectuels et des amoureux du grand et du beau. Rien de superficiel en tout cas. 

"L’arbre a pénétré dans mes mains, / la sève est montée le long de mes bras / l’arbre dans ma poitrine est devenu grand, / vers le bas, / les branches sont sorties de moi comme des bras / tu es arbre, / tu es mousse, / tu es violette que caresse le vent... / les arbres meurent et le rêve reste."
Ezra Pound - Cantos.

Ambulanti...


Les marchands du temple

Je me demande toujours comment le touriste de base peut être autant assoiffé de ces objets, tous très laids, rarement manufacturés ailleurs qu'en Chine, que l'on trouve dans les villes touristiques du monde entier. A Venise, ils sont légion. Mais ce n'est apparemment pas nouveau puisque déjà, dans l'antiquité, les gens se plaignaient de l'invasion des marchands installés le long des rues à Delphes comme plus tard à Rome. Sans parler de ceux du Temple de Jérusalem chassés par Jésus... C'est rigolo de voir les attroupements de gamins en "gita scolastica" (voyage scolaire) agglutinés devant ces souvenirs à trois sous, les grosses mémères américaines et T-shirts fluos et les gondoles faisant lampe de chevet.

Quand le soir tombe, l'hiver à Venise


La nuit sur le canal grande


Venise : reine et esclave des eaux...

Venise est une ville magique certes et presque un mythe mais c'est aussi, sans jeu de mot, un "état": Etat d'esprit, état au sens géo-politique autrefois, culturel aujourd'hui, et état pitoyable du point de vue de sa conservation, de ses chances de survie et, ce que les touristes oublient, de ses perspectives d'évolution. Ni sanctuaire, ni parc de loisirs, la merveilleuse cité des doges affronte aujourd'hui une situation unique. Ce n'est pas "romantiquement" de vivre ou de mourir qu'il s'agit directement, mais de renaître et de survivre. 
Le très intéressant site de l'architecte Edoardo Salzano, doyen de l'Université de Venise (cf. le lien de cet article) a mis en ligne son intervention au Grand Lyon, dans le cadre du "Juin du développement soutenable 2004", sous le titre "Vers une ville plus soutenable, Sagesse d’antan et risques d’aujourd’hui dans une ville durable depuis mille ans". C'est avec beaucoup de respect que je le livre à votre réflexion dans son intégralité.
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Venise est née avec l’eau, elle a eu grâce à l’eau l’alimentation de son peuple, sa défense, le développement économique, la puissance politique. Sans les eaux (les eaux de la Lagune elle-même, l’eau des fleuves qu’y portent la terre et les eaux douces, l’eau des océans qui lui apportent les rythmes des marées et les eaux salées) on ne saurait imaginer Venise. Les eaux déterminent la forme même de ses espaces et le dessin de ses architectures. Mais Venise et sa Lagune n’auraient pas été possibles, elles n’eurent pas duré mille ans sans l’emploi d’une extraordinaire sagesse scientifique et politique, technique et administrative: car aucune lagune au monde n’est restée intacte après mille ans de vie, car aucun centre historique n’a gardé ses formes et sa vitalité comme la ville historique de Venise. Depuis mille ans, Venise est une ville durable. Aujourd’hui la durabilité de Venise - telle que nos ancêtres nous l’ont transmise - est en grave péril. La cause générale est un renversement de la politique d’aménagement : l’abandon de la maintenance continuelle et systématique de l’environnement lagunaire, qui en à garanti la survivance jusqu’à aujourd’hui, et sa substitution par une politique lourde, de grands ouvrages indifférents au site et a ses règles. Pour comprendre les risques qu’on court, il faut auparavant comprendre ce qu’est une lagune telle que celle de Venise. Les fleuves portent à la mer les eaux et la terre qu’ils ont arrachée. La terre se dépose sur le front des bouches. Des longues barres se forment, et finalement émergent. Un bassin se forme donc entre la ligne du ressac et la ligne de la terre : un bassin que quelques bouches (pertuis) lient à la mer. Avec les rythmes lunaires, les marées mêlent l’eau de la mer et les eaux des fleuves. Une nouvelle eau est née, ni douce ni salée: saumâtre. Dans cette eau, une flore et une faune se forment, extraordinairement différentes, dans leur association, les unes des autres. Mais la lagune n’est pas un système qui puisse atteindre, selon les lois de la nature, un état de paroxysme: un état stable. C’est, selon les lois de la nature, un système dynamique. Il peut évoluer en deux directions, et toutes les lagunes se sont transformées dans l’une ou l’autre direction. Les flux des fleuves portent la terre, les courants de la mer rongent les littoraux. Si les fleuves l’emportent, la terre se dépose, le bassin devient un marais, le marais se transforme en terrain solide. Si l’apport des fleuves s’affaiblit, la mer l’emporte, la lagune devient une baie. La République Sérénissime avait décidé, à partir de début du deuxième millénaire, de maintenir la Lagune telle qu’elle était. Cela exigea la mise à point d’une instrumentation technique et administrative tout à fait unique, fondée sur le contrôle systématique et l’intervention quotidienne, sur un système de surveillance et de garanties juridiques très rigide, et surtout sur trois principes, qui furent plus tard résumés en trois mots : expérimentation, progressivité, réversibilité. Pour utiliser les lois de la nature et en corriger les effets, il fallait expérimenter d’abord la transformation qu’on voulait apporter, il fallait ensuite la conduire avec une progressivité permettant d’en évaluer les conséquences, il fallait enfin qu’on puisse à chaque moment revenir sur ses pas et rétablir la situation antérieure. Une approche tout a fait moderne, qu’il à été indispensable d’inventer et d’adopter car on avait affaire à un écosystème extraordinairement délicat et vif, qu’on ne pouvait pas laisser à son évolution naturelle, et qu’on ne voulait pas arracher au lois naturelles qui l’avaient crée et qui - si elles étaient savamment guidées - pouvaient aider l’homme a conserver dynamiquement l’équilibre.
Les choses changèrent à partir du XIXème siècle. D’un coté, localement, à cause de la chute de la République Sérénissime, qui eu lieu à la fin du XVIIIème siècle, quand elle fut écrasée entre les empires de France et d’Autriche. De l’autre coté, globalement, à cause des nouvelles techniques et des nouvelles conceptions qui s’affirmèrent dans le domaine de l’aménagement et de l’équipement, et de l’emploi des patrimoine communs. En effet, les civilisations précédentes (et en particulier la Vénitienne) considéraient l’environnement comme une ressource qui devait être protégée pour pouvoir être utilisée durablement. Au contraire, la civilisation basée sur la production industrielle massive considère le sol comme une grande extension neutre, sur laquelle les techniques peuvent provoquer sans aucune conséquence toutes les transformations voulues. Un sol, d’autre part, soustrait aux règles sévères et durables de la soumission à l’intérêt commun, car il était devenu une marchandise disponible pour tout avantage économique de particuliers plus malins et plus agressifs. La privatisation des terrains, l’introduction de techniques modernes hard pour la réalisation des infrastructures, la formation d’équipement industriels provoquèrent des transformation soustraites au trois principes d’expérimentation,de progressivité, de réversibilité, qui avaient guidé le gouvernement vénitien. En conséquence, le bassin de la Lagune s’est rétréci, à cause des remblaiements. Les canaux sont devenus plus profonds, à cause des navires toujours plus grands, et ça a augmenté l’afflux de l’eau marine. La terre s’est abaissée, à cause des puits ouverts pour les exigences de l’industrie. À côté de ça, le niveau de l’eau de la mer est devenu plus haut, à cause des changements du climat et de la réduction des glaciers qui en résultait. En 1966, à cause d’une marée exceptionnellement haute et d’un apport également extraordinaire d’eau par les fleuves, la ville fut inondée à des niveaux jamais atteint auparavant. Le gouvernement italien pris la question en charge. Une loi nationale de 1973 définit les grandes lignes et les outils nécessaires à la restauration physique et sociale du bassin lagunaire et des habitats. Pour les problèmes spécifiquement hydrauliques, un appel d’offre international fut lancé. Des commissions furent constituées. En 1980, un consortium d’entreprises privées (le consortium Venezia Nuova) fut constitué. En 1984 le Ministre des Travaux publics lui confia la mission d’étudier, de projeter et de réaliser les ouvrages nécessaires à la sauvegarde de la Lagune. La même année, le Parlement, poussé par le Conseil Municipal de Venise (le plus important de la dizaine de communes qui sont baignées par les eaux de la Lagune), avait précisé, par une nouvelle loi, les orientations directrices fondamentales des interventions pour la sauvegarde de la Lagune, en reprenant les trois grands principes de la République Sérénissime: expérimentation, agir avec progressivité, et surtout appliquer des solutions qui soient réversibles. Ça aurait signifié donc avant tout réduire la taille (et surtout la profondeur) des canaux qui apportent à la Lagune l’eau de la mer, régulariser les fleuves qui coulent dans le territoire bordant la Lagune, transformer les zones de pêche fermées en bassins ouverts au passage de l’eau, rouvrir les parties de Lagune remblayée en prévision de l’expansion de l’industrie, abandonner l’extraction de l’eau souterraine (ce qui, pour alimenter la zone industrielle, avait provoqué l’abaissement du terrain). Enfin, faire tous les travaux de réhabilitation du réseau des canaux que l’abandon plus que centenaire de l’entretien systématique rendait nécessaire. On avança dans la direction opposée. Si l’extraction de l’eau souterraine a été interrompue, on est en train de forer le sous-sol de la Haute Adriatique pour en extraire du pétrole. Mais le risque le plus important vient d’un projet qui est en cours d’exécution. En deux mots, il est un revival de l’idéologie qui avait dominé le XIXème et XXème siècle: la nature n’est pas une entité avec laquelle il faut cohabiter sur la planète, mais un ennemi a battre. Le nom de ce projet est MOSE : Modulo Sperimentale Elettromeccanico C’est-à-dire Module Expérimental Électromécanique.
MoSE, simulazioni l est constitué de 79 grands caissons d’acier, la surface qui s’oppose à l’eau mesurant 20x20 mètres. Ils sont plein d’eau lorsqu’ils sont au repos sur le fond. Ils sont remplis d’air comprimé lorsqu’ils doivent se soulever face à la marée entrante et l’arrêter. Une imposante œuvre sous-marine en béton armé porte les caissons ; à l’intérieur se trouvent les mécanismes de commande très complexes et les faisceaux de tuyaux amenant l’air comprimé et les autres éléments nécessaires pour le fonctionnement du système. Une île artificielle, créée à côté d’un des pertuis de la Lagune, d’une superficie de 135.000 m2, accueille les autres appareillages nécessaires. L’entrée en fonction du système est prévu lorsque les prévisions laisseront envisager que la marée dépassera les 110 cm sur le niveau moyen de marée. En 2003 il y à eu plusieurs dizaines de marées hautes : aucune a dépasse cette mesure. C’est un énorme projet. La totalité des matériaux prélevés dans la Lagune ou enlevé des ouvrages existants est de 5 millions de mètres cubes. Douze mille pieux de ciment, chacun de 10 à 20 mètres de long, 6.000 éléments d’acier de 10 à 28 mètres de long, 157 caissons de béton armé, 560.000 m2 de pavés de pierre. Enfin, un coût de construction qu’on estime proche de 7-8 millions de Euro : mais personne n’a encore estimé les coûts de gestion et de maintenance, qui sera certainement très élevé. On formule trois critiques principales contre le projet MoSE : 

• de ne pas être efficace et, à la limite, d’être dangereux ; 

• d’être trop coûteux, et en fait d’absorber tant de ressources qu’il n’en resterait aucune pour les œuvres certainement nécessaires (celle que le Parlement avait demandés) ; 

• de ravager l’environnement, et de finalement détruire cette Lagune qu’il aurait pour mission de sauvegarder. 
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Mais au-delà de ces excellentes critiques, je veux souligner un aspect à mon avis très grave du point de vue de l’exercice du pouvoir et de la démocratie. Le projet est illégal à plusieurs points de vue: il n’a jamais eu d’évaluation d’impact environnemental positive (le dossier à été au contraire profondément critique sur tout le points essentiels); il est réalisé par le biais d’une concession qui est contraire aux principes de la concurrence. À ce propos, il suffit de savoir qu’un groupement unique a été chargé de faire les études préliminaires, concevoir le projet, et de réaliser les travaux. Le fait que ce groupement soit composé en grande majorité d’entreprises de bâtiment, donc intéressées à ce type de travaux, aide à comprendre pourquoi on a refusé de prendre en considération des solutions beaucoup plus sures, moins chères, plus proches des trois principes d’expérimentation,de progressivité, de réversibilité, que les sages gouvernants de la République Sérénissime, et à nos jours le Parlement national, avaient posé comme critères directeurs de toute solution. 
Je suis vivement préoccupé par le silence de l’opinion publique nationale et internationale. Rara avis, vien de sortir un numero de la revue Cahiers Science&Vie, entièrement dediée à Venise, qui rend compte aussi des critiques. Le fait est que le monopole de l’information appartient au richissime consortium Venezia Nuova, qui à reçu des fleuves d’argent de l’État et en a employé une grande partie pour sa propagande. La lobby que s’est formé autour du Consortium est très puissant, s’opposant seulement aux faibles associations pour la protection du patrimoine et de la nature (tels Italia Nostra et WWF), et une partie des force politiques locales. Et la question est très complexe, et pas facile à comprendre : dans l’opinion courante, une lagune est tout à fait équivalente a un fleuve ou à un lac, alors qu’il s’agit en fait d’un écosystème tout à fait différent. Mais on ne prête pas grande attention aux différences dans un monde qui court vers l’homogénéisation. 
Je serai heureux de faire parvenir de plus amples informations à quiconque m’enverra son adresse de courrier électronique : eddysal@tin.it (note de l'auteur). 
Dans le site www.eddyburg.it vous trouverez des textes et des informations sur Venise et sa Lagune, dans le dossier dedié à Venise et sa lagune. Sur le thème traité dans le texte, lire l'article "la laguna di Venezia e gli interventi proposti" disponible aussi en anglais.

15 décembre 2005

Les derniers fastes...

Avez-vous déjà entendu parler de ce milliardaire excentrique comme on en trouve dans les albums de Tintin, Charles de Bereistegui. Sud-américain d'origine basque, grand esthète et mécène, fou de grandeur et de beauté, qui mourut dans les années 70 ? Il acheta juste après la guerre le Palais Labia, ce somptueux bâtiment situé près de l'église San Geremia et se mirant au bord du canal de Cannareggio. Ce bâtiment, aujourd'hui propriété de la RAI, qui abrite les plus monumentales fresques de Tiepolo, montrant la gloire et le triomphe de Cléopâtre. En septembre 1951, il donna dans ce palais à peine restauré et remeublé la plus gigantesque fête jamais donnée au XXème siècle à Venise. Le monde entier y participa : milliardaires, stars du cinéma, artistes célèbres, écrivains, politiques, rois, princes et émirs, tous se précipitèrent en gondole vers les ors et les lumières du palazzo. 


Je poursuis mes recherches iconographiques et je vous présenterai cette soirée mémorable que j'ai parfois l'impression d'avoir vécu ( je n'étais pas né !) tant la comtesse Marcello et une de ses amies, dont j'ai oublié le nom, me la décrivit en détails, un jour où je prenais le thé chez elle, rio terra degli assassini, dans sa merveilleuse maison remplie de souvenirs et de témoignages d'histoire (avec un grand H). 

Je publierai sur ce blog le résultat de mes recherches iconographiques et je fais appel à tous ceux qui auraient des pistes : photos, souvenirs, magazines ayant relaté l'évènement en Italie, à Paris, en Angleterre ou aux États-Unis.

Coups d'œil

Scène d'hiver sur les Zattere, 
envoyé par Cécile sur le site de Gérard, "lapanse.com"

Passegiando...

"Ragazzi per la strada"
12/12/2005.

posted by lorenzo at 13:17