25 juillet 2006

Dire non à la violence

Une fois n'est pas coutume, mais le sujet et les circonstances m'ont paru l'exiger : Ci-dessous un billet publié sur un autre blog, Humeurs & Mœurs consacré à l'actualité, la politique et tout ce qui sur cette planète me hérisse et me navre, mais aussi m'enchante et me réjouit. Point de réjouissance hélas en ces temps sombres où les va-t-en guerre se déchaînent et par la peur cherchent à mettre les peuples d'occident du côté de la violence et de la haine. L'histoire de l'Humanité est truffée d'évènements semblables et pourtant, les hommes continuent. Il y a tant d'argent à gagner avec les guerres !
Lorsque les américains ont envahi l'Irak, bien que beaucoup sentaient qu'il fallait en finir avec le régime de Saddam Hussein, une majorité d'hommes et de femmes se sont opposés à ce conflit inégal, injuste et basé sur un mensonge. Le Président Chirac avait joué son rôle en disant non au Président américain. Partout en Italie fleurissait des fanions aux couleurs de l'arc en ciel avec en lettres blanches le mot "PACE". Avec le mot LIBERTÉ, ce mot, PACE, PAIX, PEACE, SHALOM, ASSALAAM, PAX est l'un des plus beaux du vocabulaire humain.
Combien faudra-t-il de familles dévastées, d'innocents massacrés, d'enfants abandonnés, de terres violées pour que l'homme, qu'il soit américain, israélien, syrien, russe ou tchadien comprenne que, partout, à tout moment de l'histoire de l'Humanité, les guerres n'ont jamais servi que l'intérêt de quelques uns déjà nantis, à l'abri et sans scrupule. Comment continuer de tolérer les larmes des enfants devant le cadavre de leur père, les cris d'une mère devant les restes déchiquetés de ses fils, les vieillards devant leurs maisons et leurs terres dévastées ?
Qui se lèvera pour maudire ces états-majors qui décident de transformer le monde en enfer ? Qui se lèvera pour que les enfants partout sur cette terre retrouvent le goût de rire et la joie de vivre ? Quand le "plus jamais ça" répété par les leaders du monde en 1945 retentira-t-il comme un leitmotiv universel, une loi incontournable ? Quand ? Si seulement nous étions certains que le Hezbollah va être écrasé et avec lui ce terrorisme aveugle et sans espoir, si seulement nous étions sûrs que Tsahal est le bras de Dieu pour étouffer à tout jamais ces remugles de bestialités et de barbarismes... Mais la haine que soulève ces affrontements s'estompera-t-elle un jour ? La colombe de Noé reviendra-t-elle un jour se poser sur l'arche de la paix en Terre d'Orient ?
 


2 commentaires:

Anonyme a dit…
vero, viva la pace e la libertà !
fif a dit…
Quand on se demande si les états-uniens sont tous d'accord avec cette occupation, on se rappelle que l'argument massue qui les convainct est qu'il fallait combattre les auteurs des atrocités de sept 2001 et leurs alliés dans le monde. Or, fin 2006, on a un bilan de victimes depuis cette intervention contre l'avis des nations unies qui se chiffre à des milliers de victimes, lui aussi, et en particulier bientôt à un nombre de tués de leur nationalité équivalent à celui des victimes du 09-11: loin de représenter une solution efficace et durable, la situation nous conduit à observer que le nombre de tués de ce puissant pays aura désormais doublé, entre ceux de 2001 et ceux morts en terre d'orient. Et ces derniers seront désormais plus nombreux. Quel est l'enjeu? Pas celui annoncé, puisque ces morts sont surtout pour les intérêts financiers liés à la maîtrise de la production pétrolifère, fléau de notre temps, à exploiter jusqu'au dernier baril...
posted by lorenzo at 22:50

24 juillet 2006

L'affaire du Lavena : suite (sans fin)...

La musique... ne change pas. Mais l'orchestre trop "bruyant" du Cafè Lavena sur la piazza est plus vivant que jamais. Le verdict est tombé, la loi appliquée mais s'il n'a plus le droit de jouer à l'emplacement précédent clos par des scellés, personne ne lui a interdit de jouer... 

Ainsi les musiciens qui depuis des années perturbent le quotidien de la signora Paola Cazzavillan, propriétaire de la bijouterie-horlogerie voisine se sont contentés de se déplacer quelques mètres plus loin, contre le podium en fait et cela fait davantage de bruit... Mais personne ne commente l'évènement chez Lavena. Comme le dit le Gazzettino de ce matin "le bocche sono tutte cucite" (toutes les bouches sont cousues). Giovanni Rei, un jeune neveu du propriétaire  aurait aimé dire son point de vue mais s'est fait vite remettre vertement à sa place par son oncle... Les touristes sont toujours là et les consommations vont bon train... La bijoutière elle, a précisé simplement (et gentiment) aux journalistes que le désagrément sonore était pire maintenant car sur l'estrade au moins, les sons étaient étouffés par le velum et les tentures... Voilà une querelle qui promet de durer, un peu dans le genre Don Camillo et Peppone... 

posted by lorenzo at 19:22

23 juillet 2006

A Venise aussi !

A Venise aussi les services publics sont sur les dents, l'alerte a été donnée ce matin : plus de 40° attendus au plus chaud du jour. Une aubaine pour les vendeurs d'eau glacée, de granita et de fruits frais ! Mais les dalles des rues seront bouillantes et la ville une étuve. Il restera pour ceux qui peuvent se déplacer à se ruer au Lido. Les monotave et les vaporetti vont être pris d'assaut !
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Vue originale des capanne du Lido
(les cabines de plage des grands hôtels).
 
posted by lorenzo at 08:30

22 juillet 2006

Brèves, Nouvelles & Ragots

Plus d'orchestre pour le Lavena
C'est confirmé par le Tribunal, le Café Lavena n'a plus le droit de faire jouer son orchestre sur la Piazza. C'est ce qu'a décidé un jugé après une procédure de plus de 10 ans. En effet, en 1994, la signora Cazzazillan, propriétaire de la boutique d'horlogerie qui est située juste derrière le podium de l'orchestre avait déposé une plainte. Non pas tant parce que cette construction était préjudiciable pour son commerce mais bien plutôt parce que les scies interprétées quinze heures sur vingt quatre par le petit orchestre lui causaient un dommage nerveux de première gravité... Elle eut gain de cause assez rapidement, obtenant que l'estrade soit placée devant l'entrée du bar. Mais le propriétaire de Lavena n'en fit rien, alors les carabiniers ont posé mercredi les scellés sur l'estrade. Plus de musique donc pour ce prestigieux café fondé en 1750 et qui fut très fréquenté par Wagner, Liszt, d'Annunzio et tant d'autres. Un évènement après 160 ans de présence musicale (le premier orchestre se produisit au Lavena sous l'occupation autrichienne) qui n'était pas la pire de la place !
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Pierre Cardin au secours de Venise
Après des années d'abandon, un des lieux les plus dégradés de Venise, patrie des immondices et royaume des rats, va bientôt revivre grâce à Pierre Cardin et à son neveu Rodrigo. Depuis une semaine en fait, les travaux de restructuration du "Sotoportego de la siora Bettina", qui relie le campo San Cassiano au campo Santa Maria Mater Domini, dans le quartier de Santa Croce, non loin du palais que le couturier possède, ont commencé. Cette rénovation est entièrement financée par Pierre Cardin, né en 1922 à Venise, avec la collaboration de Rodrigo Designer pour l'éclairage et la société locale Bolzonella, sous la direction de l'architecte Pier Giorgio Rizzo. Les travaux comportent notamment la rénovation de la Trattoria Nono Risorto et le plafond du sottoportego.
Pour la réouverture, le couturier a promis une surprise. "En fait, nous sommes en train de penser à un évènement original" explique Rodrigo, "cela se fera avec Nono Risorto, et c'est pour la mi-septembre... C'est la première fois qu'un particulier décide de prendre à sa charge la rénovation d'une partie de Venise, et nous espérons que cette initiative donnera des idées aux autres amoureux de Venise". Que le ciel l'entende. Si les vénitiens avaient tous continué de participer à l'entretien de leur ville comme la République les y obligeait jusqu'en 1790, tant de déboires auraient pu, sans doute aucun, être évités. Les riverains des canaux par exemple étaient tenus de participer à leur nettoyage une fois l'an et un devant de porte non nettoyé était puni par de sévères amendes...
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Pauly reste à Saint Marc
La célèbre verrerie "Pauly & Co" ne disparaitra pas de San Marco grâce à l'intervention de quatre concurrents qui vont ainsi permettre que demeure à Venise la très importante collection historique de la maison, après bien des rumeurs sur la fermeture pure et simple de l'entreprise et la dispersion de ses stocks. En effet, comme partout ailleurs dans le monde l'imbécile ultra-libéralisme risquait de sévir après l'acquisition par une société immobilière romaine des bâtiments de la plus que centenaire maison Pauly.
Les sauveurs de la célèbre marque sont des verriers opérant depuis plus de 30 ans. Les sociétés Palazzo Bianca Cappello, Pauly srl, héritiers de l'antique savoir-faire né en 1866, et les entreprises Ferro & Lazzarini srl, Laguna Murano Glass srl, Vecchia Murano srl et la Galleria San Marco srl ont ainsi trouvé un accord qui permettra à la marque "Pauly & C.V.M" de continuer à exister et être commercialisée. Conservatyion du savoir-faire et des modèles exclusifs mais aussi développement commercial. Les pièces les plus significatives de la collection Pauly vont être exposées dans différents lieux de la ville en attendant que puisse s'ouvrir le musée prévu au rez de chaussée du palazzo Trevisan Cappello, au pont della Canonica (situé derrière la basilique). Cet accord permet de combler un vide ressenti depuis longtemps dans l'environnement de Saint Marc : enfin une structure culturelle de qualité consacrée au verre dans le centre historique. Ferro & Lazzarini, situés sur la fondamenta Navagero à Murano, exposent en attendant les prototypes des verres modern'style produits dans les années 1890-1910 par les établissements Pauly pour les familles royales d'Italie, de Russie, du Maroc, d'Egypte et les créations commandées par les famille Agnelli, Pirelli ou Crespi. .. Quelques reproductions seront bientôt commercialisées par la Verrerie Eugenio Ferro. "Mais le plus important" disent avec orgueil les signataires, "c'est qu'une marque aussi célèbre que Pauly ne disparaisse pas de Venise". Jusqu'à ces derniers jours, il n'y avait rien de moins sûr...

posted by lorenzo at 21:25

20 juillet 2006

Deux jours à Venise

"Summertime" interprété par Bob Crosby et son orchestre. Une musique des années 50 pour accompagner ma rêverie sur cette lagune que j'aime tant. Je viens d'arriver à Marco Polo. 48 heures de dolce farniente dans ma ville. Ne pas résister à la tentation, parfois, cela a du bon.  

Pietro est venu me chercher avec son bateau. Il joue du saxo dans une petite formation et fait le taxi depuis quinze ans maintenant après son père qui lui a laissé un bateau magnifique qui a transporté bien du monde et des célébrités. Aujourd'hui ce n'est que moi. 

Il fait beau. L'air est pur, l'eau de la lagune est presque blanche tellement la lumière est dense. Voilà les premières maisons des Fondamente Nuove, le cantiere Soccol de mon ami Federico, le canal des Guglie qui passe devant la petite auberge des Biasin où j'ai commencé ma vie vénitienne il y a plus de 25 ans. L'ancienne ambassade de France où logeait le Président de Brosses, puis le Palais Labia, San Geremia, le Grand Canal, la Ca d'Oro, le Rialto et l'Accademia, le petit rio qui mène aux Zattere. Les jardins embaument. 

La sirupeuse chanson "On the sunny side of the street" par Tommy Dorsey (ou est-ce Vaughn Monroe ?) nous accompagne. Il n'y a aucun autre bruit que celui du moteur au ralenti. Pietro est très attentif à ne pas remuer trop d'eau quand il circule dans les petits canaux ! Voilà la Toletta. Le pont, quelques marches, la ruelle, la maison. Quelques pas encore et ce sera la fraîcheur de mon chez moi vénitien. Les passants sont rares. Il est presque midi. Il fait déjà chaud. Les rideaux de toile sont tendus sur les vitrines de la librairie. Un japonais téléphone depuis la cabine.  

Rosetta est là qui m'attend, les clés à la main. Le jardin est superbe. L'herbe qui vient d'être coupée, parfume toute la maison comme les glycines le font à Pâques. Un rayon de soleil pénètre dans le salon, faisant danser des milliers de grains de poussière échappés à la vigilance du chiffon de flanelle de la buona Rosetta. Un bouquet de fleurs siège sur la table du salon et je sais qu'il y a du vin blanc dans le frigo, des glaçons et des fruits bien mûrs comme je les aime. 48 heures de bonheur et de paix. Je vais ranger mes affaires, boire un thé, faire le tour de la maison et après m'être changé, j'irai me promener du côté des Zattere.

Un Gianduiotto chez Nico, une visite à mes amis  encore à Venise et ce sera le temps de la passeggiata à Santa Margherita (une halte au Margaret Duchamps) puis à Santo Stefano, San Luca et Campo S Fantin pour me souvenir du bon vieux temps. Je terminerai certainement ma promenade à San Bartolomeo. Un œil à la vitrine de Bastianello, le bijoutier-antiquaire qui expose toujours des merveilles, sa vitrine comme un musée ouvert dans la rue. 

Puis je dînerai à la Rosticerria que j'aime tant, à moins que je n'achète un risotto à l'encre avec des gambas grillées ou des gnocchis à la romaine que je ramènerai pour les déguster avec un verre de Soave bien frappé, dans le jardin, si les moustiques ont émigré vers l'intérieur de la lagune et les rives du Lido

L'air "I'm getting sentimental about you" des Dorsey Brothers (autre chanson bien sirupeuse qui correspond à mon humeur vénitienne) me vient à l'esprit en défaisant mon sac. Rosetta est partie, profitant du bateau de Pietro qui va la déposer à la stazione. Elle a même mis un petit  bouquet de fleurs du jardin sur ma table de nuit. 48 heures de rêve chez moi. Enfin.
posted by lorenzo at 01:16

17 juillet 2006

Il Redentore 2006

Comme chaque année depuis des siècles, le troisième samedi de juillet est consacré à la dévotion du Rédempteur. Cette fête, l'une des plus belles et des plus suivies par les vénitiens, tous milieux confondus, avec son magnifique feu d'artifice et ces centaines d'embarcations décorées de fleurs et de lampions où les familles et les groupes d'amis ripaillent après avoir suivi la procession qui traverse le canal de la Giudecca sur un pont de bateaux, à la suite des corps constitués et de tout le clergé, le patriarche de Venise en tête. Mais d'où vient cette tradition ? C'est l'une des plus anciennes cérémonies que les changements d'époque, de régime et de mentalité n'ont guère atteint. La peste et ses ravages en sont à l'origine. En 1576, le Gouvernement, ou bien était-ce seulement le Sénat, fit vœu de bâtir une église si le Christ chassait cette horrible maladie de la ville.  

La disparition de l'épidémie conduit ainsi la Sérénissime à commanditer cette belle église sur la Giudecca où tous se rendent ainsi en franchissant le canal de la Giudecca à pied dans une longue procession très suivie. Le soir, avant de finir (au petit matin) sur les plages du Lido, les vénitiens par milliers s'installent sur toutes sortes d'embarcation décorées et aménagées en salles à manger flottantes et les cuisinières s'affairent dans toutes les maisons pour préparer les plats de fête : sarde in saor, tiramesu, fritelle... Le feu d'artifice - un des plus beaux d'Europe vraiment - attire tout ce bon et chacun crie, chante, plaisante. C'est une expérience que je souhaite à tous les amoureux de Venise. Il faut le vivre au moins une fois. Nous, nous y rendions chaque année avant que les enfants grandissant aient leurs occupations estivales. Suivez le lien que j'affiche : il vous mènera à la description à chaud de cette fête par une amie du Campiello. Et Bonnes Vacances à tous ceux qui sont à Venise en ce moment !
posted by lorenzo at 20:38

Douceur estivale



Le rio San Francesco della Vignapar Danielle du Campiello
 Posted by Picasa

Promenade par un beau jour d'été

Rien n'est plus agréable que de déambuler dans les ruelles et sur les ponts, l'été, loin des touristes. Au hasard d'un chemin, c'est un campo inconnu qui s'offre au promeneur, avec les chats endormis à l'ombre des puits ou sous les arbres. Sur le canal voisin, les reflets ondulants et brillants de lumière sont parfois transformés par le sillage que laisse une barque. 

Des bruits, des odeurs descendent des maisons par les fenêtres ouvertes. Une poulie qui grince avec le linge qu'une main étend tout la haut, une radio, un rideau de bambou qui crisse. Le temps qui passe doucement, c'est Venise en juillet... Peu à peu, quand la fraîcheur reviendra, les maisons s'ouvriront, laissant sortir des petites vieilles qui iront papoter entre voisines sur des chaises qu'elle sortiront devant leurs portes, les enfants iront courir ou jouer à la balle, les chiens feront leur promenade de fin de journée. Puis ce sera la passegiatta... 

Nos amis du "Campiello" qui savent déambuler le long des ruelles et sur les ponts de la Cité paisible des jours d'été, présentent sur leur site de bien belles images de cette Venise tranquille où il fait bon vivre même sous les grosses chaleurs qui accablent bien des visiteurs. En voici quelques unes. Qu'ils soient remerciés de cet emprunt (Merci à Jas, Danielle, Stef !)




posted by lorenzo at 07:11

16 juillet 2006

Venise inédite

En écoutant Ligabue, Simply Red ou Rod Steward, sur Radio Conegliano. Le temps pour le pompiste de faire le plein, et en route pour la plage...
 © Photographie de Magali Gourret
Tous droits réservés
posted by lorenzo at 23:17

D'une lagune à l'autre...

Je reviens du Bassin d'Arcachon - retour toujours difficile vers la ville étouffante de moiteur, polluée et sale - après deux semaines de farniente, baignades, sorties en bateau et longues siestes à l'ombre du grand pin rescapé de la tempête de 1999. Le retour dans un Bordeaux caniculaire infesté de touristes rendus hagards par la chaleur, est toujours pénible.
 
A température égale, je suis toujours impressionné par la différence entre l'air pur et roboratif du Moulleau et des Abatilles (la ville d'été d'Arcachon) et l'atmosphère pesante et puante de Bordeaux. Dans la grande ville, pas un souffle d'air, même à l'ombre des grands arbres du Jardin Public. Heureusement, la maison est fraîche mais nous nous traînons depuis hier et la joie n'est plus la même. Tout mouvement devient difficile et on dort mal. Bordeaux atteint en ces jours un seuil de pollution difficilement supportable. Comme parfois  à Venise en Août, lorsque l'Ostro ou le Garbin, variantes locales du scirocco, amènent un air brûlant et que l'air devient étouffant. On prend alors le bateau pour les plages du Lido. Le calvaire se poursuit le long de la grande avenue qui mène aux plages. Mais, lorsque, débarrassés de nos vêtements, nous plongeons dans la mer, quel bonheur... 
Mais tout ce verbiage pour souligner des ressemblances entre la Lagune vénitienne et le Bassin d'Arcachon. En me promenant l'autre soir près de l'Ile aux oiseaux, la lumière qui semblait jaillir de l'eau éclairait les cabanes tchanquées et leur ressemblance avec les constructions lacustres de la lagune de Grado ou de Torcello me parut évidente. Le parfum du soir sur la plage est le même que celui qui embaume la promenade des murazzi et, dernier élément de comparaison, les étals des poissonniers sont aussi riches - les espadons en moins - que nos étals de la pescheria du Rialto... Les arcachonnais ont la pinasse qui joue le même rôle que les péottes de l'Adriatique... 
Des amis vénitiens qui ont séjourné quelques jours au Cap-Ferret l'an dernier, s'ils ont été affolés par la prétention et la vanité des petits bourgeois qui s'entassent sur les 44 hectares, avec leurs codes vestimentaires, leurs habitudes et leurs poses de nouveaux-riches, ont ressenti cette proximité. Cela m'a fait très plaisir. Finalement, à défaut de pouvoir chaque fin de semaine m'envoler vers la Sérénissime, les joies simples de notre vieille villa au bord de la plage, le bruit des vagues, les poissons du marché qu'on fait griller avec de la polenta, les promenades en barque quand la nuit tombe - il fallait voir le soir du 14 juillet ces dizaines d'embarcations qui voguaient toutes éclairées vers le port pour le feu d'artifice comme à Venise pour la nuit du Redentore - tout cela nous aide à patienter jusqu'au retour d'exil ! Et puis cette sérénité des gens là-bas, avec la même chose dans le regard qu'à Burano ou à Chioggia... Mais ce "paragone" mériterait une approche beaucoup plus scientifique. 
Tenez, laissez-moi vous donner un autre exemple : il y a une rue de la ville d'Automne que nous prenons pour aller vers le centre d'Arcachon (que des générations de promoteurs avides et sans aucun goût défigurent depuis cinquante ans) : la rue Thomas Illyricus. C'est le nom d'un moine qui aurait échoué il y a bien longtemps sur une plage entre le Moulleau et Arcachon, après une tempête. Seul survivant, on raconte qu'il fut sauvé du naufrage par une statue de la vierge amenée dans ses bagages... La sculpture passe depuis pour miraculeuse. On peut toujours la voir dans une très ancienne chapelle décorée de fresques et dorée à souhait. Plusieurs fois détruite par le feu, l'oratoire a toujours été reconstruit et la statue jamais détruite. Dde nombreux ex-votos manifestent la dévotion des marins d'ici et de leurs familles, comme dans les iles de Venise. 

Tous les dimanches après la messe, la tradition veut qu'on se recueille un instant - le temps d'un Ave Maria - devant l'autel de la vierge miraculeuse. Un lieu de paix à deux pas de la mer. Même l'odeur qu'on y respire, (ce mélange d'huile de lin, de cire et d'encens, d'air marin et de vieux bois) rappelle l'odeur qui embaume les église de Venise... 

Ce moine Thomas n'était-il pas parti de l'Adriatique ? On sait que de nombreux navires vénitiens s'aventurèrent sur la côte atlantique et les registres des Archives de l’État, près des Frari, renferment des listes de bateaux perdus corps et biens au large du golfe de Gascogne, quelques liaisons épisodiques avec Bordeaux, Bayonne ou La Rochelle... De quoi laisser s'envoler l'imagination...
posted by lorenzo at 19:30

15 juillet 2006

Casanova en France le 26 juillet

"Méfiez-vous des apparences... Mise en garde délivrée aux jeunes filles des couvents quand passe dans les parages le débauché Casanova, mais que l'on pourrait appliquer au public s'attendant à une nouvelle chronique des exploits du plus célèbre tombeur de ces dames - a fortiori avec Heath Ledger, tout juste magnifié par Brokeback Moutain, dans le rôle titre", c’est ainsi que la Libre Belgique présentait au printemps ce film encore inédit en France (il sort le 26 juillet sur nos écrans ! du moins c'est ce qui est annoncé).
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Mais surprise, bien que pur produit hollywoodien, ce film a été abordé par le cinéaste suédois Lasse Hallström et son scénariste Jeff Hatcher, d’une manière originale et assez décalée... Oui, Casanova a séduit toutes les femmes de Venise, oui il passe pour revenu de tout , incapable de tomber amoureux. Son cynisme fait de lui, en apparence, un vainqueur perpétuel. Pas un jupon ne lui résiste ? Mais voilà qu'il va tomber sur un os : la pétillante Francesca (Sienna Miller en blonde... vénitienne), féministe avant l'heure, va repousser ses avances. Ce qui à l'heur de plaire à sa mère (Lena Olin), qui veut la marier au plantureux et riche marchand Paprizzio (Oliver Platt), seul moyen de sauver la famille de la ruine imminente... Classique, classique.


Casanova quant à lui, poursuivi par le Grand Inquisiteur Pucci (Jeremy Irons), n'a plus d'autre solution que de feindre de vouloir épouser la jeune Victoria (Victoria Dormer), très agréable tout de même (bref ce ne serait pas un calvaire pour Giacomo !), mais cette jolie promise tombe sous le charme de Giovanni, le jeune frère de Francesca (Charlie Cox qui jouait en 2004 dans Le Marchand de Venise)... 
C’est un peu compliqué mais finalement on s’y retrouve : En manipulant les uns et les autres, Casanova espère se rapprocher de Francesca le soir du carnaval où expire l'ultimatum de Pucci. L'imbroglio peut se mettre en place. Cela ne manquera pas de vous rappeler nos classiques : Shakespeare, Molière ou Goldoni revisités par Hollywood...
Avec sa foule de personnages et ses rebondissements en cascade, cet énième Casanova (souvenez-vous de celui de Comencini ou de Fellini), vire progressivement à la pantalonnade, plus commedia dell'arte que drame sentimental. Heureusement, le brio des acteurs, qui s'en donnent à cœur joie, sauve un scénario tarabiscoté. Les puristes en sortiront perplexes, on peinera parfois à accepter les accents anglo-américains (alors que le réalisateur a tenu à filmer dans les décors authentiques de Venise), mais, en restant positifs, on savourera tout de même cette comédie en costumes d'époque avec son final inattendu, entre le cinéma de Richard Lester et celui de Philippe de Broca, comme un plaisir estival. 

Vous savez ces soirées très chaudes où on projette sur de grands écrans en plein air des films que tout le public, bon enfant, commente. Certes pas de quoi faire un classique retentissant et inoubliable qu’il faudra avoir dans sa filmothèque, mais c'est une farce plaisante où brille en sérénissime comique Oliver Platt et d'où émerge Victoria Dormer, délicieuse en jeune fille de bonne famille coquine. Une image saine de Venise, comme au XVIIIème, toute de joie et de plaisir.

posted by lorenzo at 23:00

30 juin 2006

Vacanze al mare

Et voilà le temps des vacances. Quelques jours d'absence chers lecteurs : j'accompagne mes enfants sur les bords d'une lagune mais elle n'est pas vénitienne. 
Nous serons sur le Bassin d'Arcachon quelques jours. 

Donc d'ici le 15 juillet, plus d'articles car la villa où nous allons poser nos bagages n'est pas branchée sur internet. Elle se dresse tranquillement depuis presque  cent vingt ans au bord de la plage, assez loin de la foule, et les journées se passent au rythme des marées. Peu de place pour alimenter les blogs donc. Joie de la lecture et de l'écriture, comme avant, avec un stylo et du papier...

En attendant, regardez Arte dimanche 2 juillet. Il y aura une soirée Thema consacrée à Venise avec "Vacances à Venise" de David Lean, excellent film avec la merveilleuse Katharine Hepburn, suivi de deux documentaires drôlement bien faits. Le premier qui se déroule comme une promenade sentimentale rythmée par les écrits et les commentaires d'auteurs amoureux de la Cité des doges, le second plus technique sur le terrible problème des eaux et de leur montée, de leurs effets dévastateurs... A ne pas manquer.  

A très bientôt donc et mille pardons pour cette vacance à mes fidèles lecteurs. 
posted by lorenzo at 13:26

28 juin 2006

Marcel Proust écrit sur Venise, genèse de la Recherche


En 1919, Marcel Proust faisait paraitre un texte sur Venise dans le quatrième numéro des Feuillets d'Art, qu'il reprendra plus tard, revu, modifié, corrigé dans A La Recherche du Temps perdu. Je vous en livre quelques lignes, telles qu'elles parurent cette année-là.
… Le soir, je sortais seul, au milieu de la ville enchantée où je me trouvais au milieu de quartiers nouveaux comme un personnage des Mille et Une Nuits. Il était bien rare que je ne découvrisse pas au hasard de mes promenades quelque place inconnue et spacieuse dont aucun guide, aucun voyageur ne m'avaient parlé. Je m'étais engagé dans un réseau de petites ruelles, de calli divisant en tous sens, de leurs rainures, le morceau de Venise découpé entre un canal et la lagune, comme s'il avait cristallisé suivant ces formes innombrables, ténues et minutieuses. Tout à coup, au bout d'une de ces petites rues, il semblait que dans la matière cristallisée se fût produite une distension. Un vaste et somptueux campo à qui je n'eusse assurément pas, dans ce réseau de petites rues pu deviner cette importance, ni même trouver une place, s'étendait devant moi entouré de charmants palais pâles de clair de lune. C'était un de ces ensembles architecturaux vers lesquels, dans une autre ville, les rues se dirigent, vous conduisent et le désignent. Ici, il semblait exprès caché dans un entrecroisement de ruelles comme ces palais de contes orientaux où on mène la nuit un personnage qui, ramené chez lui avant le jour, ne doit pas pouvoir retrouver la demeure magique où il finit par croire qu'il n'est allé qu'en rêve.
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Le lendemain je partais à la recherche de ma belle place nocturne, je suivais des calli qui se ressemblaient toutes et se refusaient à me donner le moindre renseignement, sauf pour m'égarer mieux. Parfois un vague indice que je croyais reconnaître me faisait supposer que j'allais voir apparaître, dans sa claustration, sa solitude et son silence, la belle place exilée. À ce moment, quelque mauvais génie qui avait pris l'apparence d'une nouvelle calle me faisait rebrousser chemin malgré moi et je me trouvais brusquement ramené au Grand Canal. Et comme il n'y a pas, entre le souvenir d'un rêve et le souvenir d'une réalité de grandes différences, je finissais par me demander si ce n'était pas pendant mon sommeil que s'était produit dans un sombre morceau de cristallisation vénitienne cet étrange flottement qui offrait une vaste place, entourée de palais romantiques à la méditation du clair de lune.
Quand j'appris, le jour même où nous allions rentrer à Paris, que Mme Putbus, et par conséquent sa femme de chambre, venaient d'arriver à Venise, je demandai à ma mère de remettre notre départ de quelques jours ; l'air qu'elle eut de ne pas prendre ma prière en considération ni même au sérieux, réveilla dans mes nerfs excités par le printemps vénitien ce vieux désir de résistance à un complot imaginaire tramé contre moi par mes parents (qui se figuraient que je serais bien forcé d'obéir), - cette volonté de lutte, désir qui me poussait jadis à imposer brusquement ma volonté à ceux que j'aimais le plus, quitte à me conformer à la leur, après que j'avais réussi à les faire céder. Je dis à ma mère que je ne partirais pas, mais elle, croyant plus habile de ne pas avoir l'air de penser que je disais cela sérieusement ne me répondit même pas. Je repris qu'elle verrait bien si c'était sérieux ou non. Et quand fut venue l'heure où, suivie de toutes mes affaires, elle partit pour la gare, je me fis apporter une consommation sur la terrasse, devant le canal, et m'y installai, regardant se coucher le soleil tandis que sur une barque arrêtée en face de l'hôtel, un musicien chantait "sole mio"…
Marcel Proust
Extraits de « à Venise »
in Feuillets d'Art , n°4, 15 décembre 1919, pp. 1-12

27 juin 2006

Botanique et navigation

Qui a dit que les gondoliers naissaient comme vous et moi ? Ils sortent tout habillés des fougères lacustres de la lagune. Bien nourris non et de fort bonne humeur pour vous emmener sur des rivages. Voilà du moins une explication très plausible après tout donnée par ma fille en regardant ces photos très sympathiques dénichées sur le net...

Au passage, laissez-moi vous signaler, pour ceux qui sont intéressés et ne le possèdent pas déjà, l'excellent ouvrage très joliment illustré d'Eugenio Vittoria, Le Gondolier et sa gondole, traduit par Dominique Pinchi, le libraire française de Venise, qu'il avait publié en 1979, dans sa maison d'édition, Editrice Evi installée à Castello. Disparu il y a quelques années, c'était un de ces vieux vénitiens très cultivés, passionnants et passionnés, comme je les aime et dont je vous reparlerai.

 


posted by lorenzo at 19:34

25 juin 2006

Gatti veneziani

Comme chez les humains, on rencontre toute sorte de caractères chez les chats mais chez ceux de Venise, il y a quelque chose en plus. D'abord ils gardent le souvenir de leur grande utilité du temps de la Sérénissime. Sans leurs ancêtres, la peste n'aurait cessé de se répandre dans la cité et les doges en avaient fait des notables dont le livre d'or s'il n'a jamais été écrit n'en demeure pas moins dans la mémoire collective. 
Si les rois de France avaient de beaux lévriers, les maîtres de Venise avaient surtout des chats ! Les bateaux ne partaient jamais sans un des leurs et sur le navire amiral de la flotte vénitienne à la bataille de Lépante, il y avait un somptueux matou guerrier qui ne manqua pas une charge et revint en triomphateur acclamé avec son maître.  Bref le chat de Venise c'est quelqu'un. 

Hélas comme tout à Venise aujourd'hui, le monde des chats est en péril. Certains gouvernements des années 80 ont voulu les éliminer, ou du moins en réduire les colonies. D'autres ont pris conscience de leurs malheurs et ce fut des campagnes de vaccination, de stérilisation mais aussi l'ouverture de refuges et de dispensaires. Voilà qui m'a donné envie de montrer quelques spécimens de ceux qui demain seront peut-être les seuls vrais vénitiens du Disneyland qui semble parfois se préparer dans la ville que nous aimons tant mais que les hordes dénaturent chaque jour davantage...
 
 
Celui-là qui joue sur un terrazzo de marbre clair, vague cousin de notre chat, est toujours aussi facétieux. Bien nourri aux sardines fraîches ou in saor, il vit une vie tranquille au premier étage d'un somptueux palais renaissance sur le Grand Canal. Il aime regarder pendant des heures le trafic sous son balcon et descend parfois dans le jardin au bord de l'eau. Pour lui, point de soucis. Il finira un peu trop gros sur des cousins en velours frappé de chez Fortuny.

 
On ne peut pas en dire autant de ce pauvre mendiant qui quête sa nourriture au pied du gobbo au Rialto. Il a trouvé de quoi poser son pauvre derrière endolori et n'a qu'une frousse, croiser les vigiles avec leurs horribles bergers allemands. Il ne mange pas toujours à sa faim et doit chaparder quand la faim le tenaille trop. Heureusement, il y a la soupe populaire... quelle rupture familiale, quel incident de parcours l'a jeté dans la rue ? La dégringolade arrive tellement vite à Venise pour un chat...
posted by lorenzo at 22:10

Belle de Jour présidera le jury de la Mostra 2006



On vient d'annoncer officiellement ce que les rumeurs laissaient entendre depuis un certain temps (on en parlait déjà au banquet offert par Christian Pinault l'autre jour à l'Arsenal) : Catherine Deneuve sera la présidente de la 63e Mostra de Venise, qui se déroulera du 30 août au 9 septembre prochains. 
 
Belle récompense en fait pour cette grande actrice dont la l'histoire est très étroitement liée à celle du festival : rappelez-vous en 1967, l’héroïne de Belle de jour rayonnait sur la scène du Palais du Festival, quand le film de Luis Bunuel obtint le Lion d'Or en 1967. Actrice de charme, grande dame du cinéma français, là voilà de l'autre côté de la barrière, qui pourra à son tour juger et récompenser ceux des films qui mériteront de l'être ! 
 
C'est encore une manière de récompenser le cinéma français qui a toujours été très apprécié et fêté sur la Lagune. De mémoire, la Mostra a toujours été (surtout depuis la reprise du festival après la guerre), une manifestation où le cinéma hexagonal est fêté, adulé et le plus souvent récompensé.
 
posted by lorenzo at 16:48

23 juin 2006

Un monde

Jean Lorrain disait de Venise : "Autrefois auberge de rois, maintenant auberge de fous". Venise est un mystère, sa puissance, son architecture, sa politique, son déclin... 

Les haines qu'elle a suscité et, aujourd'hui encore, la fascination qu'elle exerce, tout procède de ce mystère. Mes cinq années d'apprentissage sur la lagune m'ont appris à vivre. 

Venise m'a enseigné l'amour du beau, le sens du silence, la valeur du temps et si la nécessaire pérennité des valeurs qui font les empires n'est nulle part ailleurs qu'ici mieux démontrée, j'y ai compris combien l'homme doit rester modeste et accepter de voir avec humilité l’œuvre de sa vie vaciller, voire s'effondrer, et reconstruire comme les vénitiens n'ont jamais cessé de le faire, avec leur ville et leur civilisation. 

C'est à ce prix qu'ils ont pu tant donner au monde. Pour notre plus grand bonheur.
posted by lorenzo at 06:44

22 juin 2006

21 juin 2006

Grazie a Mark Trevis


Je viens de découvrir sur Yahoo un lien (daté de novembre dernier) vers un post de Mike Trevis, le chercheur vénitien spécialiste de la restauration des monuments qui anime plusieurs sites dont le sublime VeniceMap qui est un de mes sites favoris. Voilà, in extenso, sa citation. Merci à lui pour cet aimable coup de pouce (en italien) et que Vive Venise !
  TraMezziniMag E’ un blog, scritto prevalentemente in francese da Lorenzo, che si complimenta con me di Vene-map e mi invita ad andare a vedere il suo sito, invito che vi giro. Particolare il nome : Tramezzini Mag, quale nome più appropriato per un magazine su venezia e dintorni?
  Per chi non lo sapesse infatti noi Veneziani/Mestrini siamo famosi (o crediamo di esserlo) per i nostri tramezzini. E se non li avete mai visti dei veri tramezzini (… provvederò al più presto ad inserire una adeguata foto, su google non ce ne sono…) non pensate ai piatti tramezzini che vi vendono nel resto d’Italia, ma ad un gonfissimo triangolo pieno degli ingrdienti che preferite (porchetta, tonno e uova, tonno e cipolle, prosciutto e funghi…) accompagnati dalla giusta quantità di maionese.
   Com’è che in questi giorni mi ritrovo a parlare di cibo? Non so… ma se venite a Venezia un tramezzino di questi ve lo dovete mangiare.

par Miketrevis
posted by lorenzo at 23:51

19 juin 2006

Le roi des chats est vénitien

J'habitais en ce temps-là à Venise, un petit appartement, modeste et tranquille, au deuxième étage d'une très vieille maison dressée depuis plusieurs siècles entre un canal et un campiello où poussait une herbe drue comme à la campagne. La maison était toute tordue et un jardinet que personne n'entretenait jamais la séparait du canal. Mes fenêtres donnaient sur le jardin. Je n'en avais que trois, la quatrième, bloquée par des siècles de poussière, ne s'ouvrait plus et avait été condamnée par des panneaux de bois. Il y avait en contrebas une terrasse étroite couverte de marbre qui avait dû servir au temps de la jeunesse de cette noble demeure, de salon d'été. Un lieu idéal pour far niente. Ces détails plus loin seront utiles au lecteur, c'est pourquoi je m'y attarde. On pouvait accéder à cette terrasse par un e calier de pierre qui partait du jardin. Une vieille porte pratiquée dans le mur donnait dans la ruelle, un passage étroit appelé calle delle Spezier qui débouchait sur un pont. Une jolie patricienne devait certainemnt autrefois s'asseoir sur ce balcon romantique.
 
Eclairé donc par trois fenêtres garnies de géranium et de lierres, ce petit appartement avec son mobilier désuet m'avait plu dès le premier coup d’œil. J'étais arrivé à Venise au mois de février, quelques jours avant le carnaval, et la vie d'hôtel ne me convenait en rien. Il faut vous dire que déjà à cette époque j'exerçais le difficile métier d'écrivain. En fait j'étais journaliste et prétendais déjà, avec mes deux livres publiés, être du monde des lettres.
 
Mon hôtesse (l'auberge était à l'entrée du Ghetto, près du pont de Tre Archi), une forte femme entourée de bambins roux très affectueux, chez qui je logeais depuis mon arrivée, me proposa de louer un appartement chez une vieille dame qui ne voulait pas rester seule dans sa grande maison. Son dernier locataire, un peintre australien avait subitement décidé de s'installer à Rome. L'annonce venait d'ailleurs de paraître dans le journal, "propriétaire loue à personne de confiance appartement meublé deux pièces tout confort douche deuxième étage quartier du Ghetto petit loyer chauffage prix convenable libre de suite". Elle m'y emmena le lendemain. C'était un magnifique jour de printemps comme Venise en a le secret. Tout semblait transformé tant la lumière était joviale et chaude. La propriétaire, une très ancienne vénitienne, m'accueillit très gentiment. Visiblement je lui plaisais. Nous nous mimes d'accord très vite. Un escalier de bois menait à l'étage qui m'était dévolu. Je m'y installais le jour même. Je n'avais qu'une malle, arrivée de France quelques jours plus tôt, mes pipes et ma vieille machine à écrire. Bref, j'étais heureux : vivre à Venise, enfin et pouvoir écrire. J'arrangeais ce petit nid et entrais dans ma nouvelle vie avec l'allégresse d'un jeune marié.
 
Hélas, entre mon géranium, le charmant petit canal et le lourd mobilier de la vieille dame, je n'arrivais à rien. Pas une ligne. Le néant... Les feuilles de papier froissées remplissaient la corbeille, traînaient sur le bureau, par terre sur le tapis. Je n'arrivais pas à écrire. Le printemps était arrivé sans que je m'en doute. le jasmin fleurissait. En bas dans le jardin, contre le mur, une glycine montrait ses premières grappes parfumées et l'air se faisait plus léger. Je n'arrivais pas à écrire. La tête entre les mains, je maudissais cette machine d'où rien ne sortait. Ce stylo dont l'encre s'éparpillait et ne servait à rien. Bref, mon esprit était désespérément vite et mon éditeur, certainement, allait suspendre ses mandats... Mais vint un jour où tout commença d'être différent.
 
Ce jour-là (il devait être midi), le soleil qui brillait depuis le matin avait chauffé la pierre qui sentait bon le printemps. Le canal vibrait de mille reflets typiques. Comme à mon habitude, je fumais ma pipe accoudé à l'une des fenêtres. Je remarquais un chat, assez jeune, l'air bonhomme, installé juste en face de moi, entre les grands pots de terre que la vieille dame entreposait sur la terrasse. Il semblait dormir mais de temps à autre regardait dans ma direction. Il n'avait pas l'air farouche ni effrayé. Plutôt indigné de me voir ainsi prostré, avec ce beau soleil et ces parfums nouveaux...
 
Il m'agaçait presque, ainsi établi, me dévisageant d'un œil critique, avec cet air tranquille de ceux qui savent et dont la conscience est en paix, le cœur au repos et le ventre bien plein. Le lecteur se moquera, mais ce chat semblait vraiment m'observer et son regard narquois était celui d'un juge. La journée passa ainsi. Le chat étendu sous le soleil et moi, devant ma page blanche, las et bien triste. Vers cinq heures (j'étais dans la cuisine occupé à préparer du thé - rite important dans ma journée), je le retrouvais, sans gêne, en train de se lisser le poil des pattes sur le rebord de ma fenêtre, près du pot de géranium ! J'avais envie de l'envoyer promener. S'installer ainsi chez les gens, les espionner en ricanant... "Quel drôle de chat !" pensai-je en fermant la fenêtre au risque de le faire basculer par dessus bord.
 
Je ne tenais plus en place. La lettre tant redoutée était arrivée, explosive et définitive : mon éditeur suspendait ses mandats. Il attendait depuis trois mois un manuscrit que mon contrat prévoyait. Je devais prendre l'air. Un prosecco au café de l'Horloge, sur le campo Sta Maria Formosa, au-dessous de la maison du vainqueur de la bataille de Lépante, me remonterait le moral. Ah, si seulement je trouvais un thème, le schéma de départ, tout le reste viendrait ensuite. Mais rien, le vide, le noir, le trou. Le soleil était presque trop chaud. Nous étions le quatorze avril. En descendant l'escalier, je croisais la vieille dame. Elle m'accapara un long moment, s'inquiétait pour son neveu très malade, réprimandent les politiciens qu'elle rendait responsable des grèves et des attentats. L'appel d'une voisine me libéra. Enfin.
 
Atmosphère tranquille de la place. Des enfants qui jouent, les étals des marchands de fruit, un brocanteur et un marchand de cassettes. Voilà le décor planté pour ma mélancolie du jour. L'arrivée d'étudiants bruyants me fit fuir le café sitôt mon verre avalé. Mes pas me portèrent vers les Zattere. Je traînais deux heures, allant au hasard. Au détour d'une ruelle, près des Carmini, j'aperçus sur la margelle d'un puits un chat qui me regardait. Il ressemblait comme deux gouttes d'eau à celui que j'avais chassé du rebord de ma fenêtre le matin. Il avait l'air narquois, hautain même. Etait-ce cette présence ? mais je décidais de rentrer pour me remettre au travail. Tous les chats que je croisais semblaient me connaître et tous me toisèrent. Certains allèrent jusqu'à se retourner sur mon passage, notamment une vieille chatte blanche, calle della Mandorla, qui me suivit un moment...
 
à suivre
posted by lorenzo at 20:48