La ville véritable ne trouve pas la paix, cette Venise dépouillée de son besoin naturel d'harmonie qui, au fil des siècles, l'a liée à ses habitants et à ses hôtes, cette Venise blessée par l'excès et la confusion de l'offre touristique qui détruit son tissu artistique et culturel. Venise, « maltraitée » par 30 millions de touristes par an, par des offres commerciales de mauvaise qualité, des imitations du verre de Murano, des pièces fabriquées en série vendues comme des objets artisanaux, ne trouve pas le repos, tandis que les 55 000 Vénitiens qui ont réussi à rester à Venise assistent avec inquiétude au déclin de leur ville.
Et ils n'ont pas l'intention de rester les bras croisés. Le rendez-vous est fixé au samedi 12 à 11h30 à San Bortolomio, un lieu symbolique grâce à la pharmacie Morelli qui, en 2008, à l'initiative d'un groupe de Vénitiens, a installé un compteur qui a permis de surveiller le nombre de résidents, fournissant ainsi une image claire de l'exode des Vénitiens.
Cette année-là, en 2008, on comptait 60 700 habitants, et on enregistrait également le chiffre le plus révélateur : en 1960, les habitants étaient 145 400. Cette courbe inexorable a marqué l'histoire du logement dans la ville et ce n'est pas un hasard si, dès 2009, pour protester contre l'exode, l'association Venessia.com a organisé des funérailles le long du Grand Canal, avec une gondole et un cercueil, accompagnées d'un long cortège de Vénitiens qui demandaient aux politiciens d'intervenir, d'offrir des opportunités, des alternatives à ce qui s'annonçait déjà comme une réalité décadente.
De San Bortolomio à la place Saint-Marc samedi, plus de 15 associations se sont rassemblées autour de la question amère « Devons-nous partir ? », accompagnées d'un doge, valise à la main, quittant la ville à bord d'une gondole.
Un geste symbolique et polémique à l'égard de l'administration municipale et de ceux qui profitent de la ville pour leurs spéculations, excluant du cercle magique et avantageux les besoins mêmes des Vénitiens.Les participants étaient nombreux : de l'Assemblée sociale de la maison aux photographes du collectif « Awakening », qui ont affiché dans toute la ville des photos dénonciatrices, en passant par Ambiente Venezia, No Navi et Venessia.com. Les jeunes de la génération des années 90, déjà promoteurs d'une manifestation citoyenne de protestation, accompagnés de caddies, provocation efficace sur les problèmes de logement, ne manqueront pas à l'appel.Les manifestants savent qu'il existe 700 logements appartenant à la municipalité (mais aussi de nombreux logements appartenant à l'Ater) qui pourraient être attribués aux Vénitiens. Ils demandent aux politiciens de taxer ceux qui louent de manière spéculative aux touristes et la création d'un organisme unique capable de regrouper toutes les ressources immobilières existantes pour les louer ensuite aux Vénitiens.
Entre-temps, la municipalité a publié un appel d'offres pour l'attribution de 71 logements et va commencer les travaux de restauration de 300 autres, sachant que cette mesure nécessite 10 millions d'euros.
Au cœur de toutes ces raisons se trouve essentiellement « le problème de Venise » qui, pour être soulagé de ses nombreux fardeaux, devrait être repensé, à commencer par son dépeuplement, la réorganisation des flux touristiques, les recettes touristiques, le problème du logement, du travail, des offres « autres » culturellement accessibles par rapport à celles qui existent actuellement.
Une révolution culturelle semble frapper à la porte d'une ville qui tente de se rebeller contre une situation qui lui enlève toute l'énergie accumulée au fil des siècles et qui l'a rendue si extraordinaire et riche d'une préciosité aujourd'hui ignorée et bafouée.
Andreina Corso
Andreina Corso, citoyenne "historique" de Venise, est journaliste et travaille pour plusieurs journaux et revues, dont la Voce di Venezia, elle est aussi enseignante, autrice et poète.
Ringraziamenti à La Voce di Venezia pour son travail et la qualité de son contenu et l'utilisation de l'article de Andreina Corso dans nos colonnes.

