Au 20 mai 2026, soit un peu plus de dix jours après l’ouverture officielle au public (le 9 mai), la situation à la LXIe Biennale de Venise se caractérise par un paradoxe inattendu : affluence record de visiteurs en parallèle à une fronde politique et artistique inédite. Du «Top et flop » en quelque sorte ! Cette édition qui devait porter «la marque de l'universel et de l'avenir» en renouant avec la vie et la Terre pourrait en ces premières semaines d'existence porter plutôt les stigmates des crises actuelles de notre civilisation.
Tout le monde s'attendait à ce que le public soit découragé par les polémiques qui font de cette manifestation un chaos jamais vécu auparavant. C'est le contraire qui se passe. L'affluence est massive dès les premiers matins aux Giardini et à l'Arsenale. Suite à la démission en bloc du jury le 30 avril, la mise en place des « Lions du Public » a du succès. Les visiteurs sont invités à voter via des bornes numériques pour attribuer les futurs Lions d'or. Ce système provoque de longues files d'attente spécifiques.
Après la démission du jury, la révolte des artistes. Plusieurs dizaines d'artistes internationaux (représentant 63 artistes de l'exposition centrale et 39 pavillons nationaux) viennent d'envoyer une lettre officielle de protestation à la Fondation de la Biennale . Ils exigent le retrait pur et simple de leurs noms et de leurs œuvres du système de vote des « Lions des visiteurs », dénonçant une « parodie de démocratie » et menacent la Biennale d'une action en justice si la Fondation maintient ce concours populaire. crime de lèse-artiste ou saine opposition aux autorités artistiques italiennes du gouvernement ?
La presse internationale médusée couvre ce chaos permanent - en attendant la révolution permanente que d'aucuns annoncent… Les critiques d'art et les grands médias internationaux (presse spécialisée, chaînes européennes) qui sont présents sur place et leurs collègues des rédactions semblent se désintéresser de l'analyse esthétique du thème « In Minor Keys » pour se focaliser sur la crise de gouvernance et de politique internationale et...intérieure. Tout le monde pérore sur le bras de fer financier persistant entre le gouvernement italien de la Meloni (extrême-droite) et l'Union Européenne, S'indignant du mutisme de la Fondation face à la fronde des artistes.
L’accueil de cette édition est donc très contrasté : Artribune juge IN minor keys globalement réussie : «une exposition sensible, visuelle et cohérente, qui parle d’identité, de mémoire, de colonialisme et de crise écologique sans tomber dans le pédagogisme moralisateur». La revue considère même que ce qui est réussi domine largement les échecs. Une autre analyse du même média salue la manière dont les œuvres dialoguent entre elles et dont l’exposition dépasse les classements par nationalité. « 8 punti per interpretare la Biennale ».
Frieze trouve l’exposition parfois trop silencieuse et austère. La revue reconnaît la force de l’intuition de Koyo Kouoh, mais regrette que les violences politiques contemporaines soient souvent évoquées à voix trop basse. The Guardian insiste surtout sur le climat politique très tendu : le retour contesté de la Russie, les manifestations de Pussy Riot, les protestations contre la présence israélienne et la fermeture temporaire de plusieurs pavillons. Il relève cependant la spectaculaire performance de Florentina Holzinger au pavillon autrichien et plusieurs œuvres vidéo présentées hors des sites principaux. La presse britannique la plus sévère décrit une exposition centrale parfois décousue et insuffisamment resserrée, tout en distinguant notamment Alfredo Jaar et Theo Eshetu.
Le premier constat serait donc : une Biennale endeuillée, politiquement explosive, mais artistiquement plus sensible et séduisante que ne le laissait craindre ce contexte. L’absence de Koyo Kouoh demeure très perceptible : son équipe a respecté son projet, mais plusieurs critiques ressentent une vision laissée inachevée. Est-ce que ce sera l'impression qui restera en novembre lorsque la soixante et unième Biennale fermera ses portes et que le Café del Paradiso retrouvera son calme et sa tranquillité ?






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