10 octobre 2026

Journal. Nouveau carnet, nouveaux départs...


27 juin 2026.
Nouveau carnet, nouveaux départs… L’inconnu de ces temps qui sont les nôtres, cette sidération qui nous est imposée par des crétins diaboliques, l’insupportable canicule, inattendue bien que tellement prévisible. Annoncée depuis Haroun Tazieff, dont je me rappelle l’intervention virulente qui fit sourire les bien-pensants de l’époque. C’était en 1979 et, si l’on n’entendait pas encore parler de ceux qui croient la Terre plate, déjà des climatosceptiques rigolards rejetaient les propos alarmants du célèbre volcanologue.

Quelque temps après l’émission de télévision où il avait livré sa prophétie, contredit par le commandant Cousteau, il était venu à la maison rendre visite à mon père, qu’il connaissait bien. Pendant le dîner, la conversation porta sur le réchauffement inéluctable et la nécessité de modifier rapidement notre mode de fonctionnement.

Mon père, en bon rationaliste, partageait le sentiment de Cousteau, comme beaucoup, alors, parmi les scientifiques et dans le grand public. L’idée que Dame Nature possédait, avec les océans et les forêts, de véritables correcteurs automatiques capables d’absorber indéfiniment nos excès était profondément ancrée. Le discours écologique que nous entendions à l’époque se concentrait sur les destructions visibles, de plus en plus nombreuses — les marées noires, la déforestation en Amazonie ou ailleurs — plutôt que sur la mécanique invisible des gaz à effet de serre et l’impact des activités humaines sur la concentration de CO₂ dans l’atmosphère.

C’était en septembre. Les cours venaient de reprendre à Sciences Po. Nous avions tous regardé Les Dossiers de l’écran, et notre maître de conférences de culture générale ouvrit la première conférence de méthode de l’année sur le sujet. Cousteau ne croyait pas à cette histoire de réchauffement. Tazieff parlait déjà de l’effet de serre à l’échelle planétaire et de ses dangers si rien n’était fait… On y est, et personne ne réagit vraiment.

J’avais aussitôt pensé à la montée des eaux, aux mouvements telluriques qui, pensais-je, pourraient y être associés. Venise risquait d’être une des premières à en subir les dramatiques conséquences. Je n’imaginais pas encore aller y vivre un jour. J’y faisais pourtant de nombreux séjours : pas un voyage hors de France, l’été, sans y passer ou m’y arrêter. On parlait de l’enfoncement de la lagune et de la montée des eaux. Pour Tazieff, cela était inévitable si l’ensemble des pays n’agissait pas rapidement.

Johannes est parti à un festival de rock en Lot-et-Garonne. Il aura été le premier à ne pas pouvoir bénéficier de l’appartement à Venise où, depuis des années, j’ai toujours reçu quelques jours mes pensionnaires et leur famille ou leur copine. Le monde change, et pas à notre avantage, hélas. Je ne puis m’empêcher d’en vouloir à ce système que j’ai trop longtemps défendu, ce libéralisme outré devenu malade et dangereux, mortifère et violent pour les plus faibles d’abord, pour nous tous ensuite — hormis quelques privilégiés illuminés qui envisagent, avec l’aide de leurs milliards, de s’établir bientôt sur Mars en attendant d’être rendus immortels par des savants fous et âpres au gain. Et d’en vouloir au premier escroc d’entre tous, l’ignoble Macron, président encore plus incapable que Sarkozy et Hollande, qui depuis dix ans ruine le pays et appauvrit le peuple…

Hier, nous dînions avec ses parents et son frère au Bouillon Saint-Jean. Agréable moment. Dans douze jours, il sera parti. Notre belle et joyeuse cohabitation ne sera plus qu’un amas de souvenirs, figés par quelques images. Il va me manquer, comme les autres avant lui.

Il m’a demandé l’autre soir s’il était mon locataire préféré, en m’offrant une petite glace à la pistache de chez Aquibio. Il sait combien elles me plaisent. Passé faire quelques achats au Bio c’ Bon proche de la maison, il avait pensé à en acheter. Délicate et gentille attention qui me touche. Depuis l’envol de mes enfants, mes pensionnaires m’apportent régulièrement ce supplément d’âme qui me manquerait sans eux. Will, Ian, Tobias, Rafaël et, cette année, Johannes K., jeune Allemand de dix-neuf ans, plein de qualités et de dispositions pour devenir un adulte accompli, conscient, ouvert au monde, disponible. Sans aucune colère ni véhémence, mais avec détermination, il est prêt à lutter pour le rendre meilleur et plus juste.

Il s’inscrit parfaitement dans la lignée de ces jeunes gens que j'ai croisé en chemin et qui m'aidé à nourrir ma réflexion, répondant à leur manière à mes interrogations, à mes doutes. Tous m’ont permis, chacun avec ce qu’il est, avec ses mots et les idées de sa génération, d’avancer, de grandir et de rester pleinement dans le monde, ouvert, curieux. À travers leur regard, j’ai appris à regarder la vie avec bienveillance et émerveillement. Je me suis vu aussi, et j’ai compris bien des choses. Sans le savoir, ils m’ont tous aidé dans ma guérison après ce terrible cataclysme qu’aura été la Séparation, qui a emporté toutes mes certitudes et a failli m’enlever à la vie.

Par leur présence et leur amitié, par nos échanges et le quotidien partagé, ils ont contribué à dissoudre les remugles de la rupture avec ma vie d’avant et de la chute sociale qui l’accompagna. Ils m’ont guéri du doute aussi. Ils m’ont redonné — ils me redonnent — confiance en moi, m’ont rassuré sur ma place ici-bas, malgré mes manques et mes manquements.

Et puis tous, par leur ambivalence, leur propre équilibre intérieur, leur ouverture au monde, ils m’ont appris à mieux vivre le manque d’affection, à relativiser le vide de ma vie d'adulte. Ils m’ont montré qu’on pouvait aimer la vie et être aimé simplement, qu’il était temps de me détacher du regret de n’avoir jamais accepté de vivre selon mes désirs et mes besoins, hors du temps. Je peux désormais être et vivre parmi eux sans aucune ambiguïté ni frustration. Accepter que je vieillis et m'en réjouir.

Je dois creuser cette réflexion, puisque je sais aujourd’hui que là se situe la base, l’origine de mon écriture. Tout cela reste confus et bien mal écrit. À travailler.

Mes carnets vénitiens sont remplis de ce conflit jamais vraiment résolu alors.



Coups de cœur N°67

L'automne est de retour, la rentrée des classes est déjà loin, déjà notre immonde société de consommation prépare l'offensive Halloween, sur les écrans de télévision, toujours les mêmes images déprimantes et les propos de pseudo journalistes de plus en plus orientés, mortifères et xénophobes. Tout cela est bien sombre. Pourtant les jours restent doux et la lumière bien belle. Un clin d'œil de la Nature pour nous montrer que la vie doit continuer, et qu'au-delà des luttes et des combats, il ne nous faut pas renoncer aux plaisirs. Ce temps d'arrière-saison est ainsi l'idéal pour déguster de nouveaux livres et écouter les récentes parutions qu'à Tramezzinimag nous avons bien aimé. Nouveautés ou relectures, voici quelques titres que nous avions envie de partager avec vous en ces premiers jours d'octobre.

Philippe Grimbert
Un garçon singulier 
Grasset - Livre de Poche 
2011 
« Maintenant que j'ai appris à le connaître, je l'aime et il m'effraie tout à la fois. Lui et sa mère vont trop loin, mais tous deux ont eu raison de mes résistances...».La citation reportée en 4e de couverture nous met aussitôt dans le ton du livre. «Une simple annonce sur les murs de la faculté a sorti Louis de sa léthargie pour le précipiter sur la plage de son enfance à la rencontre d'une mère et de son fils, deux êtres hors du commun qui vont bouleverser sa vie et l'amener à affronter ce qui dormait au plus profond de lui-même ». Philippe Grimbert, psychanalyste et psychologue nous livre après Un Secret, et La Mauvaise rencontre, un autre très beau roman, qui déborde d'empathie pour les enfants douloureux d'amour sans mièvrerie ni faux-semblants. Un texte court (178 pages) qui va au fond des choses et remue en nous mille choses. Rien que le titre déjà attire et nous prend.

Ch-F. Ramuz 
Vieux dans une salle à boire 
Coll. L'Ivre de caisse 
Éditions L'Arbre vengeur
2026 
56 pages. 
6,50 € 
« Une gorgée d’éternité dans un bistrot vaudois.» C’est un minuscule livre de 56 pages qui se glisse dans la poche comme un secret. Publié dans la jubilatoire collection chez l'éditeur bordelais L’Arbre vengeur, ce court texte (suivi de La folle en costume) s'offre à nous comme un reportage poétique, une peinture de mœurs à l'huile et au vin blanc. On passe la porte, et l’on y est. Ramuz s'installe à la table d’à côté, sort son carnet et croque le réel. Le décor ? Une taverne de montagne en Suisse où des hommes, solidement ancrés sur leurs bancs, regardent descendre leurs chopines. L'écriture si singulière de Ramuz, avec son rythme haché, fonctionne comme l'œil d'un cinéaste. On entend le bruit des gros souliers sur le plancher, on respire l'odeur du vin gris, on observe les silences lourds de ces buveurs qui n'ont plus grand-chose à se dire mais qui ont besoin d'être ensemble. Un superbe reportage sur la solitude des vieux jours. Derrière le pittoresque de la scène se cache la force du grand auteur suisse : sa vision poétique de l'existence. Boire ici n'est pas une fête, c'est une façon de tromper l'attente en contemplant le temps qui passe dans le reflet jaune clair du verre. Il l'écrit sans fioritures inutiles, toujours d'une manière explicite. Portraits et décors sont toujours évidents qui surgissent de ses mots pareils à des photographies. Un texte bref, rugueux et magnifique, qui se savoure d'un trait. Ces deux courtes nouvelles sont une pépite de nostalgie à dévorer sans modération ! Une roborative découverte.

Stefan Zweig
Le Bouquiniste Mendel
Traduction de Manfred Schenker
éditions Sillage
2013
Dans la Vienne du début du siècle, Le bouquiniste Jakob Mendel fait autorité auprès des bibliophiles. Installé à demeure à la table d’un café, ce bouquiniste est un paradoxe vivant : il ne lit pas, mais connaît les auteurs, les sujets, les éditions, les lieux de publication et les prix, neufs ou d’occasion. Un catalogue monumental dans la tête d’un seul homme, dont la Première Guerre mondiale va bouleverser l’univers.
Zweig, dans sa superbe langue, offre dans ce court texte, presqu'une nouvelle, le portrait de cet être singulier, que l’on dirait aujourd’hui atteint d’une forme d’autisme. Un texte court, mais dense, qui montre une vie consacrée à une expertise reconnue des amateurs comme des professionnels, malgré son irrationalité ; puis sa destruction, lorsque cette marginalité n’est plus considérée que sous un angle administratif. Les livres écrits « pour unir les hommes et les défendre contre l’évanescence et l’oubli » : cet idéal évoqué par Zweig n’est-il pas devenu aujourd’hui davantage un souhait qu’une réalité ? La production de livres, désormais si pléthorique, et leur contenu souvent si narcissique et orienté, n'est- ? ce pas la cause du désintérêt croissant pour les livres ? En dépit de son pessimisme, le rôle de Zweig ne serait-il pas de chercher ce qui rassemble, par la grâce de son écriture et sa propension à raconter d’autres histoires que la sienne afin qu'elles parlent à tous ?
                                                                                                                                                                            
Justus Eichhorn 
The Source 
CD Deutsche Grammophon
2026
Ils sont ravis chez DG d'éditer le premier album de ce prodige de 16 ans, pianiste et compositeur allemand. Ils le clament haut et fort sur leur site.  The Source, «mêle une virtuosité artistique exceptionnelle, une narration captivante et une perspective créative fraîche, le tout profondément ancré dans sa ville natale de Weimar.»
Malgré son jeune âge, Justus Eichhorn s'impose déjà comme l'une des nouvelles voix les plus passionnantes de la musique classique, captivant les publics sur scène comme en ligne grâce à sa créativité, sa virtuosité et sa vision artistique unique. Son album rassemble des œuvres de Bach, Liszt, Mendelssohn, Hindemith et Richard Strauss, tout en mettant en valeur ses talents de compositeur et d'arrangeur. En plus de trois enregistrements de ses propres œuvres en première mondiale, The Source propose son arrangement unique de Vivaldi ainsi que des réinterprétations imaginatives d'études de Czerny, créant ainsi un programme qui jette un pont entre tradition et innovation.
Avec des concerts à guichets fermés à travers l'Europe et l'Asie et une communauté mondiale de plus d'un demi-million d'abonnés sur les réseaux sociaux, le jeune Eichhorn va à la rencontre d'une nouvelle génération d'auditeurs de musique classique. Qu'il se produise sur les scènes internationales, qu'il partage les coulisses de son processus artistique en ligne ou qu'il crée des compositions originales, il incarne une nouvelle génération d'artistes classiques : authentiques, entrepreneurs et profondément connectés avec leur public. 
Un ami journaliste qui l'a rencontré longuement me disait qu'il était ce que la matérialisation du personnage d'Elio dans Plus tard ou jamais, le roman d'André Aciman - rebaptisé Appelle-moi par ton nom, pour plaire aux producteurs du film éponyme. Un Elio dont le succès fulgurant auprès du grand public n'a pas attendu l'âge adulte. Justus a 16 ans et un talent prodigieux ! Bien évidemment son extrême jeunesse, son look à la fois romantique et très contemporain - certes calculé mais forcément touchant - suscitent les épithètes les plus enthousiastes mais il suffit de fermer les yeux et d'écouter le son qu'il obtient de son instrument pour rejoindre les commentaires les plus dithyrambiques.  

L'album complet est disponible en version numérique, en CD et en vinyle (LP). Commandez les éditions CD et vinyle sur la boutique DG Store. Justus a tenu aussi qu'il soit en libre accès sur la plupart des plateformes.

En attendant de le découvrir dans son ensemble, en voici un extrait : le Largo du Concerto pour flautino en do majeur, RV 443 de Vivaldi : 


Dans le morceau original, le piano (ou le clavecin) ne joue que la basse continue pendant que la flûte déroule de longues notes suspendues et de petites ornementations. Quand on s'essaye à l'adaptation pour piano seul, la main gauche doit rester très légère presque déconnectée (souvent en staccato ou portato pour imiter les cordes de l'orchestre) pour que la mélodie de la main droite chante librement.
L'interprétation et l'arrangement de Justus ont suscité des retours particulièrement élogieux, mettant en avant la texture sonore unique qu'il a choisie pour revisiter ce classique baroque. La grande particularité de son enregistrement est l'utilisation d'un piano droit avec sourdine en feutre, un choix esthétique inattendu qui a été beaucoup commenté. Je ne sais pas si notre jeune virtuose allemand est souvent allé à Venise, mais il a su recréer avec son arrangement un style néo-classique qui n'a rien du pastiche, style envoûtant et très parlant pour qui sait combien la musique du prêtre roux doit aux sons et au rythme de la Sérénissime. Tous les codes de la musique post-classique moderne y respirent qui rappellent l'univers de compositeurs comme Nils Frahm En plaçant les micros très près des cordes étouffées, il crée un son aux contours doux, intimiste, où l'on perçoit distinctement le cliquetis mécanique des touches, apportant une proximité rare avec l'instrument. Comme le souligne la notice de Deutsche Grammophon, Justus est parvenu à traduire  dans sa transcription «la ligne pure et chantante de l'œuvre originale dans une configuration pour instrument unique, tout en préservant le cœur lyrique de la pièce». 
C'est tout simplement envoûtant. Les premiers commentaires décrivent un résultat «magique» tout autant que «nostalgique» et «méditatif». Comme une promenade matutinale solitaire  sur les eaux de la Venise qui s'éveille… Le fait de transposer une œuvre initialement virtuose et aiguë (au flautino) dans les résonances feutrées et mates d'un piano donne l'impression d'une œuvre suspendue dans le temps. Quelle émouvante maturité dans la démarche ; les auditeurs ne s'y sont pas trompés en saluant la sensibilité du jeune musicien (qui n'a que 16 ans au moment de la sortie de l'album). En partageant ses notes d'intention, Justus a confié que cette mélodie l'avait marqué lors de ses tout premiers concerts d'enfance au point de « ne plus jamais quitter son esprit», une sincérité qui se ressent dans la délicatesse de son toucher autant qu'elle éclaire son visage et illumine son sourire.
Dans son arrangement épuré, Justus Eichhorn conserve fidèlement la grille harmonique originale de Vivaldi. Le morceau est écrit en La mineur (la tonalité relative de Do majeur, qui est celle du concerto global), ce qui lui. donne cette atmosphère profondément mélancolique. Il nous fait glisser avec lui sur les eaux des canaux de la Sérénissime au pont de sentir à chaque note le mouvement de la barque et des rameurs...
Le thème principal - l'introduction et le refrain - du morceau s'ouvre sur une cellule harmonique très stable et cyclique, l'accord de départ La-Do-Mi, qui pose le décor triste et suspendu. Puis l'accord de sous-dominante (Ré-Fa-La) qui amène de la rondeur et du mouvement. Puis vient l'accord de tension (Mi-Sol#-Si) qui appelle une résolution et enfin, retour à la maison avec La-Do-Mi. 
On bascule ensuite vers la lumière : au milieu du morceau, les accords s'échappent du mode mineur pour chercher des couleurs plus lumineuses et majestueuses afin de suivre l'envolée de la mélodie : La tonalité d'origine du concerto fait une apparition (Do-Mi-Sol). Le son s'ouvre.
Soudain on passe en Sol majeur, avec l'accord pivot (Sol-Si-Ré) pour accompagner la descente de la mélodie. Ensuite apparait un accord très doux et chaleureux (Fa-La-Do) qui donne une impression de répit.
Avant de conclure, Vivaldi crée une tension maximale avec des harmonies plus serrées que reprend Eichhorn dans sa texture. Notre oreille sent soudain la tension dramatique qui annonce la fin du voyage avec des accords instables qui accentuent la complainte de la main droite, puis surgit le grand accord de tension baroque (Mi-Sol#-Si-Ré) qui fait que le temps semble s'arrêter. L'accord final s'éteint lentement dans les feutres du piano... 
Et c'est tellement beau et prégnant qu'on réécoute le morceau. J'attends vos commentaires après l'écoute de ce superbe disque !

06 octobre 2026

«On arrive à sainte Lucie, par le train de nuit»

John Singer Sargent, Café on the Riva degli Schiavoni
                                  (c. 1880-82) - Coll.privée

Un des plus anciens et fidèles lecteurs de Tramezzinimag qui souhaite que son anonymat soit respecté vient de m'adresser un certain nombre de billets de l'ancien site, le Tramezzinimag originel. Un long travail de relecture et de reformatage, de recherche sur les crédits photographiques et de simple correction - je relisais rarement les billets après la tension de leur création, la vérification des sources et le travail de présentation et de mise en page. A constater le nombre de fautes de frappe, les approximations stylistiques et de grammaire, les répétitions et les maladresse, j'aurai dû relire. Mais nos lecteurs ne m'en ont pas tenu rigueur. C'est en relisant ces articles, que j'ai retrouvé un texte plein de poésie et d'humour laissé le 14 octobre 2011 par un fidèle parmi les fidèles qui signait Gérard. 
Ce jour-là, il a dit…

« Bon voilà !
On arrive à Sainte Lucie , par le train de nuit .
Il fait frisquet , dans cet hiver .
Peu importe .
On s'en fiche .
On quitte les quais , nous voilà dans le hall , on bifurque à gauche au buffet ; bruits de la multitude un peu partout .
On prend un ticket , comme ça , juste pour pouvoir , l'instant d'une seconde , poser le haut de notre lèvre supérieure dans la mousse blanche d'un adorable capuccino .
L'arrivée à Venise commence quand le bas du nez frissonne de sentiments chocolatés .
Les pieds encore au sec .
Un tout petit bout de papier , déjà froissé dans la poche .
L'Italie à la lippe .
Et un amour total pour la cité des Doges .
A l'embarcadère .
Odeur là-bas , ça rime avec bonheur .»

Oui, Gérard a raison, odeur à Venise, ça rime avec bonheur. Comme bonheur rime avec cette passion partagée avec des milliers de lecteurs depuis ce printemps 2005 où Tramezzinimag vit le jour. 

En hommage aux lecteurs de Tramezzinimag, à ceux qui sont restés avec nos, à ceux qui ont disparu et qui nos manquent, à ceux qui viennent encore parfois ou régulièrement faire un tour dans la Venise que je suis heureux de partager avec vous, de ma petite équipe à géographie variable avec qui tout est toujours joie et bonne humeur. À Catherine, à Véronique, Marie, Fabienne, Maud, isabelle, Martine, Geneviève, Michèle, Danielle, Stef, Jean-Michel, Jean-Marie, Jean-Pierre, Philippe, et à tous les autres. À Gérard en particulier bien sûr, pour le remercier quinze ans après de ce sympathique petit texte. Il dit avec talent et simplicité tout l'amour que nous ressentons, nous les Fous de Venise comme nous avait surnommé un journaliste il y a des années.

Ce billet s'est écrit sous un soleil encore estival, dans un délicieux jardin nantais, en attendant que mes petits-enfants rentrent de l'école et que nous prenions le thé ensemble, avant de jeter un regard sur les devoirs à faire et les leçons à apprendre. Se mêlant au chant de la foule d'oiseaux qui peuplent l'endroit, avec une légère brise qui chasse les moustiques encore très virulents, les mélodies peu connues de La Senna Festeggiante de Vivaldi avant le son enjoué mais moins paisible et solennel de Soprano ou Orelsan que les enfants me demanderont d'écouter.

20 mai 2026

La LXI e Biennale 2026 : certains parlent de chaos

Au 20 mai 2026, soit un peu plus de dix jours après l’ouverture officielle au public (le 9 mai), la situation à la LXIe Biennale de Venise se caractérise par un paradoxe inattendu : affluence record de visiteurs en parallèle à une fronde politique et artistique inédite. Du «Top et flop » en quelque sorte ! Cette édition qui devait porter «la marque de l'universel et de l'avenir» en renouant avec la vie et la Terre pourrait en ces premières semaines d'existence porter plutôt les stigmates des crises actuelles de notre civilisation.

Personne ne s'attendait à une telle fréquentation ni au comportement des visiteurs. Alors qu'on de promène en général d'un pas tranquille dans les giardini de la Biennale, on ressent cette année une vraie tension et de la curiosité pour autre chose que les créations artistiques censées être l'objectif des visites. 

Tout le monde s'attendait à ce que le public soit découragé par les polémiques qui font de cette manifestation un chaos jamais vécu auparavant. C'est le contraire qui se passe. L'affluence est massive dès les premiers matins aux Giardini et à l'Arsenale. Suite à la démission en bloc du jury le 30 avril, la mise en place des « Lions du Public » a du succès. Les visiteurs sont invités à voter via des bornes numériques pour attribuer les futurs Lions d'or. Ce système provoque de longues files d'attente spécifiques.

Après la démission du jury, la révolte des artistes. Plusieurs dizaines d'artistes internationaux (représentant 63 artistes de l'exposition centrale et 39 pavillons nationaux) viennent d'envoyer une lettre officielle de protestation à la Fondation de la Biennale . Ils exigent le retrait pur et simple de leurs noms et de leurs œuvres du système de vote des « Lions des visiteurs », dénonçant une « parodie de démocratie » et menacent la Biennale d'une action en justice si la Fondation maintient ce concours populaire. crime de lèse-artiste ou saine opposition aux autorités artistiques italiennes du gouvernement ?


En attendant, du jamais vu : tout le secteur de la Biennale entre l'Arsenal et les giardini est sous haute surveillance, presque un camp retranché. Pas une très joyeuse atmosphère. On croirait retrouver l'atmosphère des postes frontières d'Europe de l'Est avant la chute du mur... Réflexe ultra-sécuritaire d'une société aux abois même dans le domaine culturel et artistique ! De la tension dans l'air inhabituelle à Venise. Le pavillon russe (ultra sécurisé, accessible uniquement sur accréditation stricte) et le pavillon israélien, sont en permanence sous haute surveillance policière. Depuis l'ouverture les grèves et les fermetures se succèdent. les tensions sociales persistent à la suite de la grève des employés de la Biennale (qui avait entraîné la fermeture temporaire de 20 pavillons juste avant l'ouverture générale). Les actions militantes se sont transformées en sit-ins sporadiques menés par des collectifs comme ANGA, Pussy Riot et les Femen.4. 


La presse internationale médusée couvre ce chaos permanent  - en attendant la révolution permanente que d'aucuns annoncent… Les critiques d'art et les grands médias internationaux (presse spécialisée, chaînes européennes) qui sont présents sur place et leurs collègues des rédactions semblent se désintéresser de l'analyse esthétique du thème « In Minor Keys » pour se focaliser sur la crise de gouvernance et de politique internationale et...intérieure. Tout le monde pérore sur le bras de fer financier persistant entre le gouvernement italien de la Meloni (extrême-droite) et l'Union Européenne, S'indignant du mutisme de la Fondation face à la fronde des artistes.

L’accueil de cette édition est donc très contrasté : Artribune juge IN minor keys globalement réussie : «une exposition sensible, visuelle et cohérente, qui parle d’identité, de  mémoire, de colonialisme et de crise écologique sans tomber dans le pédagogisme moralisateur». La revue considère même que ce qui est réussi domine largement les échecs. Une autre analyse du même média salue la manière dont les œuvres dialoguent entre elles et dont l’exposition dépasse les classements par nationalité. « 8 punti per interpretare la Biennale ».

Frieze trouve l’exposition parfois trop silencieuse et austère. La revue reconnaît la force de l’intuition de Koyo Kouoh, mais regrette que les violences politiques contemporaines soient souvent évoquées à voix trop basse. The Guardian insiste surtout sur le climat politique très tendu : le retour contesté de la Russie, les manifestations de Pussy Riot, les protestations contre la présence israélienne et la fermeture temporaire de plusieurs pavillons. Il relève cependant la spectaculaire performance de Florentina Holzinger au pavillon autrichien et plusieurs œuvres vidéo présentées hors des sites principaux. La presse britannique la plus sévère décrit une exposition centrale parfois décousue et insuffisamment resserrée, tout en distinguant notamment Alfredo Jaar et Theo Eshetu. 

Le premier constat serait donc : une Biennale endeuillée, politiquement explosive, mais artistiquement plus sensible et séduisante que ne le laissait craindre ce contexte. L’absence de Koyo Kouoh demeure très perceptible : son équipe a respecté son projet, mais plusieurs critiques ressentent une vision laissée inachevée. Est-ce que ce sera l'impression qui restera en novembre lorsque la soixante et unième Biennale fermera ses portes et que le Café del Paradiso retrouvera son calme et sa tranquillité ?

20 avril 2026

Ils savent tous ce qui est bon pour Venise ou les sauveurs de salon

© Ludovico De Luigi, "Palladio platform", 1978 

Ils savent tous ce qui est bon pour Venise. C'est le sentiment d'un agacement lourd, presque décourageant, qui s'empare de quiconque vit, étudie ou aime sincèrement la Sérénissime à la lecture des récentes vagues d'enquêtes et de tribunes scientifiques publiées ces derniers mois, relayées avec une gravité spectaculaire dans les colonnes du Monde qui en a été l'instigateur. ; pour être précis, il s'agit de la grande enquête scientifique publiée le 17 avril 2026 dans les colonnes du Monde : « Que pourra-t-on sauver de Venise, menacée d'être engloutie par l'élévation du niveau de la mer ? »
À intervalles réguliers, la technocratie mondiale ressent le besoin impérieux de se pencher au chevet de la lagune. Armés de modélisations numériques, de statistiques globales et de certitudes d’ingénieurs, des experts qui n'ont souvent jamais partagé le quotidien d'un sestiere et de ses habitants, viennent administrer leurs savants conseils pour « sauver » la ville de son engloutissement ou de sa dérive.
Cette fois, le délire technologique et l'absurdité des propositions franchissent un cap qui laisse pantois. Issues d'une étude de la pourtant sérieuse revue « Scientific Reports » les derniers rapports de grands laboratoires pourtant réputés pour leur sérieux ont peut-être voulu être drôle  : afin de pallier la montée des eaux, ils préconisent désormais des scénarios d'une violence inouïe sous couvert de philanthropie patrimoniale. Accrochez-vous, lecteurs qui connaissez Venise et sa lagune :  Le premier d'entre eux consisterait à murer définitivement la lagune en fermant totalement les passes maritimes. Je m'en étouffe presque en écrivant ces lignes. Une aberration écologique majeure qui transformerait cet écosystème unique, vivant et mouvant, dont les marées nettoient la ville depuis des siècles, en un lac stagnant, clos et biologiquement mort ! 
Mais restez accrochés à votre fauteuil car il y a plus insensé encore : certains experts suggèrent froidement «d'anticiper la relocalisation pure et simple» du patrimoine et des derniers habitants vers l'hinterland, sur la terre ferme… Déplacer la population (ce serait une forme de déportation ou comme on le dit pudiquement chez les fascistes, une remigration forcée); Avec avec les derniers natifs, on déménagerait les chefs-d’œuvre d'architecture, les œuvres d'arts qu'on transfèrerait dans une copie à l'identique sur la terre ferme. En clair,  ce serait précipiter la mort clinique de la Venise historique, acter sa fin, pour en préserver la coquille vide un peu plus loin, là où c’est plus pratique, là où les ordinateurs l'auront décidé. Sauver (l'idée de) Venise des eaux mais en reconstruire l'ersatz, un simulacre de rechange, un double en plastique sur le continent, là où les ordinateurs auront décrété que c’est plus sûr et plus gérable.
Ce qui exaspère dans cette approche, c'est l'aveuglement historique et humain de ces prophètes de laboratoire. Ils abordent Venise comme un problème d’ingénierie hydraulique ou comme une Atlantide de musée qu'il faudrait rendre étanche à tout prix. Ils oublient – ou feignent d'ignorer – que Venise n'a jamais été une ville de la terre ferme que l'on aurait posée sur l'eau par accident. Elle est née de la lagune, elle s'est construite contre la terre ferme, par le choix délibéré d'hommes et de femmes cherchant dans l'instabilité des marécages un espace protégé et inviolable, un univers de liberté et de commerce. Prétendre sauver Venise en la coupant de la mer, ou en la déménageant sur le continent, c'est vouloir sauver un poisson en le sortant de l'eau pour lui éviter de se noyer.
Mais ne nous trompons pas de cible. Derrière le paravent humanitaire et scientifique de ces « sauveurs » hors-sol, derrière chaque portillon d'accès, chaque application de traçage et chaque projet de taxe d'entrée à cinq euros destiné à « réguler » le flux des touristes d'un jour, se cache toujours la même logique implacable. Une logique que les Vénitiens ne connaissent que trop bien et qu'ils résument d'un mot, cinglant comme une gifle : « i schei ». Le fric, le gain, le profit immédiat de certains édiles, de societes immobilières ou de construction.
Cet esprit de salon s'exprime de la même manière lorsqu'il s'agit de gérer le flux humain. Pour ces experts, la vie humaine se régule comme un débit d'eau. On invente des portillons d’accès, on planifie des taxes d’entrée à cinq euros, on imagine des applications de traçage pour les visiteurs, transformant la cité des Doges en un immense parc à thèmes sous surveillance algorithmique. 
On prétend guérir la pierre à coups de mesures comptables et de restrictions hors-sol, mais on ne s'attaque jamais aux véritables causes de l'hémorragie : la spéculation immobilière qui chasse les derniers Vénitiens, la disparition des commerces de proximité au profit des échoppes de pacotille, et la transformation des appartements historiques en placements financiers.
Venise ne s’effondre pas sous le poids de la fatalité climatique ou de l’ignorance de ses résidents. Elle s’asphyxie sous le poids de ceux qui prétendent la gérer de loin, depuis des bureaux feutrés à Rome, Paris ou New York. Le salut de la Sérénissime ne viendra pas de scénarios de science-fiction consistant à déménager ses églises ou à bétonner ses passes maritimes. Il viendra du courage politique de la rendre à ceux qui y vivent, y travaillent et maintiennent, jour après jour, ce miracle fragile qu'est une cité sur l'eau. Tant que les sauveurs de salon refuseront de comprendre que Venise est une communauté humaine avant d'être un spot photographique, leurs remèdes - et l'idée même qu'ils puissent croire à leurs potions - resteront plus dangereux que le mal.

© Jean Giraud alias Moebius, La Venise céleste
1988 - Droits réservés
Crénom de nom, mais quand vont-ils comprendre que la véritable tragédie de Venise n'est pas hydraulique, mais bêtement mercantile. Pendant que les experts s'écharpent sur des digues permanentes, la municipalité et les grands investisseurs transforment la gestion humaine en une vulgaire opération comptable. La taxe de cinq euros n'a jamais arrêté aucun touriste ; elle a simplement légitimé le fait que Venise a désormais un prix d'entrée, comme Disneyland ou le Musée du Louvre. On feint de chercher des solutions pour la pierre, mais on ferme les yeux sur l'hémorragie humaine provoquée par la spéculation immobilière sauvage. On laisse les plateformes de location saisonnière vider les immeubles de leurs derniers locataires, on laisse les commerces de proximité indispensables à la vie de quartier (boulangeries, quincailleries, cordonneries) mourir au profit d'échoppes de masques en plastique fabriqués à l'autre bout du monde et de fast-foods standardisés. Pourquoi ? Parce que la monoculture touristique rapporte des montagnes d'argent à une petite poignée de profiteurs de salon politicards avides et investisseurs malins du monde entier qui, eux, dorment bien au sec sur la terre ferme.
Venise n’est pas une maquette de laboratoire, ni une marchandise à découper en actions financières. C'est une communauté humaine fragile qui s'asphyxie sous le poids de ceux qui prétendent la gérer de loin. Le salut de la Sérénissime ne viendra pas de scenarii de science-fiction ou de BD consistant à déplacer ses églises ou à emprisonner ses eaux sous du béton ou du polystyrène. Il viendra du courage politique de couper le robinet du schei spéculatif pour rendre les logements aux familles, les ateliers aux artisans et la lagune à ceux qui la respectent. Tant que les sauveurs de salon refuseront de comprendre que Venise doit d'abord être habitée pour rester vivante, leurs remèdes resteront infiniment plus dangereux que le mal.
Lien vers l'article du Monde du 016/04/2026 :  ICI



04 février 2026

Coups de cœur N°65

Nuove Musiche 
Laberintos Ingeniosos
Label Passacaille

Cet enregistrement intimiste du baryton Furio Zanasi et du théorbiste Xavier Díaz-Latorre nous plonge aux sources du stile moderno italien. Le programme met à l'honneur les monodies et toccatas de Giulio Caccini et Giovanni Girolamo Kapsperger. Une pure merveille découverte par hasard qui nous transporte «au cœur d’un moment décisif de l’histoire musicale italienne. Au tournant du XVIIe siècle, Giulio Caccini revendique une nouvelle manière de chanter où la poésie guide la musique et où l’émotion prime sur l’équilibre savant du contrepoint. Cette esthétique naissante, bientôt qualifiée de stile moderno, rend au texte sa clarté et sa force expressive.»

Paisible et d'une grande beauté, le programme qui est structuré en six  canti en hommage à la Divine Comédie, alterne madrigaux et arie de Caccini avec des toccatas, passacailles et danses tirées des livres pour chitarrone de Kapsperger. «Les pages instrumentales, tour à tour lumineuses et audacieuses, dialoguent avec l’intensité des monodies et soulignent la richesse d’un langage en pleine invention.»

Porté par la diction souple et incarnée de Furio Zanasi, soutenu par le continuo sobre du chitarrone et de la guitare à cinq chœurs, l’ensemble fait entendre une parole chantée d’une grande proximité. Un enregistrement qui éclaire avec précision la naissance du baroque et l’art nouveau de faire vibrer le mot. Beau, vraiment.


Spice of Italy
Nicola Matteis et son fils
Duo Dorados
Label Chandos
Un recueil instrumental entièrement consacré à la musique pour violon et basse continue de Nicola Matteis et fils, capturant l'essence flamboyante et l'inventivité de la tradition italienne du XVIIe siècle qui a littéralement révolutionné le goût musical anglais. Quand la virtuosité napolitaine bouscule le Londres de la Restauration !

Dédié à Nicola Matteis (Père et Fils), ce disque retrace le choc esthétique qui convertit l’Angleterre au style italien à la fin du XVIIe siècle. Salué par la critique comme un voyage musical vif et vigoureux, l'album « éclaire d'un jour nouveau le Londres de la Restauration » d'après le prestigieux magazine The Strad. La violoniste Hazel Brooks y déploie une technique remarquable, redonnant toute sa saveur et son audace à cette musique historique dont les chroniqueurs de l'époque disaient que « plus rien en ville n'avait de saveur sans un zeste d'Italie ». Une pépite baroque à écouter absolument.

Sa magnifique performance dans la maîtrise des défis techniques de cette musique - particulièrement dans des pièces comme l' Ostinatione au livre 2 -, l'utilisation de deux violons d'époques différentes pour marquer l'évolution entre le père et le fils Matteis est intéressante et le continuo alternant élégamment entre le clavecin et l'orgue de chambre donne un disque qui offre un véritable « voyage musical vibrant, dynamique et captivant» 
Venise, millefleurs
Ryoko Sekiguchi 
Editions P.O.L , 2026
256 pages
ISBN 978-2-8180-6512-9
20€

Une déambulation merveilleuse qui balaye tous les clichés touristiques. Inspirée par la découverte d'un herbier vénitien du XIXe siècle, la poétesse japonaise Ryoko Sekiguchi dessine le portrait d'une « Venise en perpétuelle germination ». Traversant les saisons, les jardins cachés et l'art du verre de Murano, ce récit tisse un dialogue intime entre les plantes, l'eau et les habitants. La critique salue unanimement cet ouvrage délicat comme « un poème vivant », parfait pour voir la Sérénissime sous un angle profondément sensoriel et végétal. Un enchantement.

L'Adieu à Venise
Thierry Brunello
Éditions de la Martinière, 2026
272 pages
ISBN 979-10-401-2253-1
21€
Pour son premier roman, Thierry Brunello signe une œuvre puissante et bouleversante, ancrée dans la Venise de 1938. On y suit Angelo, docker et danseur clandestin, dont le destin bascule sous l'ombre grandissante du fascisme. Trente ans après son exil, devenu cinéaste, il doit revenir dans la lagune pour la Mostra. Salué par la critique comme «un texte incandescent, un pamphlet crépusculaire », ce livre est une magnifique « ode à une Venise non pas féérique mais absolument ténébreuse » où le passé finit toujours par ressurgir. Porté par une écriture ardente, il livre une histoire d’amour bouleversante, aux personnages inoubliables. «Une fresque romanesque qui nous emporte par la force de ses émotions». Un bon moment de littérature. Thierry Brunello est né dans une famille originaire de Vénétie et d’Émilie-Romagne. L’Adieu à Venise est son premier roman et j'aurai aimé le publier aux Edizioni Deltae !