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20 décembre 2025

Coups de Cœur N°64

C'est la 64e édition des nos coups de cœur, pff, comme le temps passe. Livres, disques, adresses gourmandes, recettes, Tramezzinimag livre depuis vingt ans ses trouvailles. La liste est longue qu'il nous faudrait classer. Je sais que certains de nos lecteurs (lectrices en l'occurrence) l'ont fait. Ce qu'ils font moins, c'est de laisser des avis et commentaires, de faire un petit signe de temps à autre, non pas pour satisfaire un quelconque ego mais pour être sûr qu'en dépit de l'époque dans laquelle nous vivons, où tout doit aller vite et passe de mode en un clin d’œil, il reste encore des gens qui prenne le temps de lire, de se passionner pour la beauté, l'art, les bonnes choses. Tout ce qui fait la richesse commune de l'humanité, dernier rempart contre les barbares, les fous furieux démolisseurs de statues, les excités qui entartent à la peinture les chefs-d’œuvre de nos musées. 
 
Les statistiques de blogger permettent de savoir qui est passé lire nos pages, bien sûr les visiteurs sont moins nombreux. Vingt ans sont passés depuis les premiers articles. La première mouture du site qui vécut de 2005 à 2015 portait à son compteur plus de 1.600.000 visiteurs et plusieurs centaines d'abonnés. Après sa disparition mystérieuse, et le temps de reconstituer à l'identique Tramezzinimag, beaucoup d'abonnés se sont perdus en chemin. Cependant Tramezzinimag 2 comptabilise à ce jour 636.930 visites. 
 
C'est peu à l'échelle d'internet, mais c'est énorme pour nous qui croyons encore qu'il y a assez de Fous de Venise pour se reconnaître dans nos pages. Qu'ils soient remerciés une fois encore. 
 
Ici, le temps est frais mais ensoleillé et s'il n'y avait pas les décorations de Noël, on se croirait en octobre. Les enfants vont encore à l'école, mais on sent quand il passe cette excitation d'avant les fêtes. Peu de touristes là où la plupart du temps désormais il y a foule, et personne ailleurs en dehors des habitants. Contrairement à ce qu'on ressent en France, nulle morosité. Le miracle italien sûrement - en dépit des dérives politiques de la Thatcher italienne, heureusement moins puissante qu'un premier ministre anglais, et surveillée de près par un président bienveillant et réellement démocrate - cela existe vraiment. Il ne se mesure pas en indices financiers mais, en gentillesses et sourires... Dans cet esprit, pour mettre au pied du sapin, voici  quelques suggestions de lectures et de disques.
 
Venezia è Viva
Donatella Calabi
Traduction de Marianne.Faurobert 
et Paul M. Rosenberg
Liana Levi, octobre 2025 
160 pages. 
 
Le dossier de presse de ce très bel ouvrage qui fait du bien au coeur paru il y a deux mois chez Liana Levi introduit par ces lignes : « Le titre de cet ouvrage nous a été suggéré par une affiche collée sur un mur latéral du marché de Rialto en 2020. L’affiche proclamait "Venezia è viva". Depuis cette phrase est devenue quasiment un slogan dans la ville et ailleurs, y compris récemment dans des soirées-cinéma à Paris. En le reprenant, celles et ceux qui ont collaboré à ce livre souhaitent juste rappeler qu’il existe des parties de Venise et des îles avoisinantes dans lesquelles la volonté des citoyens de résister à l’hypertourisme, et à l’expropriation qui en dérive, est tout à fait évidente. Les citoyens défendent la survie de la communauté et de son tissu social. Ils bataillent pour des innovations et des transformations qui composent avec les usages et les savoirs d’autrefois.».  
De quoi se réjouir chez Tramezzinimag. en dépit de toutes les images dont nous abreuve la presse, les clichés sur la mort imminente de Venise en train de se transformer en ce que nous craignions depuis longtemps : un gigantesque parc d'attractions vidé de sa population native, plus ou moins obligés de se parquer dans des réserves du centre historique ou pire, à Mestre et plus loin encore, faire savoir au monde que Venise vit, sur-vit, revit aussi. Ce n'est pas un miracle, juste le constat que parmi ceux qui restent, il y a un nombre de plus en plus élevé de gens qui agissent, innovent, inventent pour mieux défendre, préserver, conserver l'esprit de la civilisation vénitienne. Déjà - ce n'est pas évoqué dans le livre mais c'est important de le rappeler - jamais le dialecte ne s'est mieux porté. C'est normal en Italie, pays qui par chance n'a pas eu un Louis XIV pour tout centraliser et normaliser pour asseoir son pouvoir. Les langues régionales y sont parlées partout. Pas un vénitien, quelque soit son milieu social ou son âge, qui n'entende ou ne parle la langue qui est parlée dans toute la lagune et les terres avoisinantes depuis des siècles. 
Le livre se contente de «signaler qu'il existe des parties de la ville dans lesquelles la volonté des citoyens de résister à l'hypertourisme est évidente, et qu'ils sont capables de proposer des innovations qui composent avec les vieilles habitudes». 
Ainsi sont évoqués le Rialto, véritable centre (et ventre) de la ville, la Giudecca, Castello, Santa Marta et les îles, de Poveglia à Mazzorbo. 
Un livre réjouissant qui se lit comme une épopée, bien écrit, clair et détaillé. Un cadeau parfait à se faire quand parfois le pessimisme nous gagne devant ces images terribles de milliers de touristes bloquant les rues et les ponts de la Sérénissime des quartiers touristiques, regardant tout ce qui les entoure par le biais de leur smartphone...  
L'ouvrage a été écrit sous la direction de Donatella Calabi, Professeure d’Histoire Urbaine à l’université IUAV de Venise. Ancienne commissaire de l’exposition consacrée au Cinquième Centenaire du Ghetto de Venise au palais des Doges en 2016, membre du Comité scientifique international du Musée juif de Venise, elle a écrit de nombreux ouvrages qui font référence sur Venise et sur les villes européennes de la Renaissance à nos jours. Pour en savoir plus ou commander l'ouvrage, cliquer ICI.
 
Pietro Grossi
Pugni
Sellerio editore, 2017  
Coll La memoria, n°1078 
200 pages 
EAN 9788838937200
13€ 

Belle découverte que les trois nouvelles qui constituent ce livre. On rentre dans Pugni, la première  qui donne son titre à l'ouvrage, et on est aussitôt pris par le rythme, la précision du texte
«...J'aimais beaucoup la boxe. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être était-ce la formidable intuition qu'il existait un endroit où j'avais mes chances, ou du moins où je pouvais me battre à armes égales. » 
Le Danseur et la Chèvre : c'est comme si toute leur vie, celle qu'ils ont vécue, bien que brève, mais aussi celle à venir, avait été dessinée pour leur rencontre. Le Danseur est un garçon bien, il a de bonnes notes, il n'a jamais eu de petite amie, il est maladroit (un « loser », selon sa propre définition) de ceux qui disent « toujours ce qu'il ne faut pas dire » : il fait de la boxe pour se réapproprier son existence ; avec sa légèreté de libellule, il est devenu une légende, mais sa mère lui interdit de monter sur le ring, même pour un seul combat, et il ne s'est jamais mesuré à personne. La Capra est pauvre, sourd, et le fait de ne pas pouvoir entendre les voix l'a exclu du monde. Il se bat avec une détermination obstinée et c’est un champion qui gravit les victoires comme les chèvres gravissent les ravins, mais il veut savoir s'il est vraiment le plus fort. Boxe, le premier de ces trois portraits de jeunes aux prises avec l'initiation à la vie, parle de salles de sport et d'odeurs corporelles, de sacrifices et de vantardises, d'épreuves et de défis, de la révélation fulgurante du sens secret de la vie, donnant l'impression d'un arc tendu à la limite de la rupture. C'est le très saisissant premier texte proposé par le jeune écrivain Pietro Grossi (il est né en 1978) qui a très vite enflammé le monde de l'édition italien et séduit un très large public.
Cavalli, le deuxième texte, est écrit sur un rythme de ballade et nous transporte des espaces ouverts : deux frères reçoivent de leur père deux chevaux.  C’est le début de leur destin. « Il fut immédiatement clair pour tout le monde que les chevaux emmèneraient les deux frères dans des endroits différents ». Le premier utilise le sien pour aller et venir de la ville à la recherche d'expériences et d'aventures ; l'autre reste, avec l'intention laborieuse de monter un élevage. Une blessure ouverte à soigner les retrouve côte à côte et révèle qui est déjà un homme et qui doit encore le devenir. L’économie des mots et des descriptions rend bien le côté sauvage, frustre des deux garçons et de leur univers, rendant encore plus significatif leur cheminement vers l’âge adulte. 
Si les deux premières histoires traitent de l'entreprise des jeunes hommes pour devenir ce qu'ils sont, la troisième, La scimmia (Le singe), raconte le désir de disparaître comme une voie possible qui guette. L’auteur veut nous faire toucher du doigt la fragilité invincible des êtres : l'ami connu comme le plus riche, le plus chanceux, décide soudainement d'être un singe, et le voile impénétrable du délire montre un certain sens de la vie qui, à partir de ce moment, s'attache à l'ami sain comme le double qui est toujours à ses côtés. Un coup de téléphone qui n’est pas celui attendu par le protagoniste, celle qu’il a tant aimé dans sa prime jeunesse lui demande de venir voir son frère qui fut longtemps son meilleur ami, qui se prend et agit comme un singe. Il va le voir sans s’attarder. Promet de revenir mais ne reviendra pas. Fuite devant une réalité incompréhensible à laquelle il faut donner un sens pour ne pas rompre son équilibre intérieur. Lui, le technicien de théâtre qui a du mal à joindre les deux bouts, qui a peur de la vie se retrouve face à son ami, nanti, entouré qui pourtant a quitté le monde réel en se prenant pour un singe… 
Pietro Grossi, exprime dans ces trois courtes nouvelles, une épopée du quotidien ; ses personnages, tous unis par des liens doubles sont destinés à se sauver ou à céder ensemble (l'adversaire-ami pour toujours, l'antagoniste-frère, l'alter ego vaincu), et vont lutter chacun à leur manière, par l’expérience qu’ils vont vivre, pour retrouver du sens, pour retrouver leur unité. Le roman, déjà traduit en allemand, en anglais, en chinois même, ne l'est pas encore en français.  Espérons que cela ne tarde pas.
 
Pierre Rosenberg 
Sheila McThyghe
Nicolas Poussin, La Confirmation
éditions Kulturalis, 2026 
80 Pages 
ISBN 978-1-83636-016-2

Premier volume d'une nouvelle série commandée par le ministère de la Culture et du Tourisme d'Abu Dhabi, qui présentera les chefs-d'œuvre acquis et conservés dans l'émirat, l'ouvrage est encore en précommande. Qui mieux que l'ancien président et directeur du Louvre, Pierre Rosenberg, grand spécialiste du peintre, grand érudit et homme de passion pouvait offrir au public, une étude très poussée de l’œuvre au public. Le livre s'adresse au grand public, à ceux qui ne sont pas des spécialistes mais qui s'intéressent à l'art et à l'histoire de l'art. Une passionnante présentation du tableau illustrée de très belles photographies. 
Peint vers 1637-1640, La Confirmation (vers 1637-1640)  fait partie de la célèbre série des Sept Sacrements de Nicolas PoussinCréée par un artiste considéré comme une des figures les plus importantes de l'histoire de l'art en général, elle occupe une place centrale dans l'histoire de l'art occidental. Abordant à la fois des thèmes spirituels et sociaux, l'intégration de cette œuvre dans la collection de chefs-d'œuvre d'Abu Dhabi «vise à attirer un nouveau public international et à inspirer les générations futures.»
L'essai de Pierre Rosenberg comprend une étude approfondie de La Confirmation et de la série des Sept Sacrements dans l'œuvre de Poussin, tandis que Sheila McTighe analyse la notion de peinture comme « poésie muette », alignant son travail sur l'art de Raphaël, Le Carrache et Domenichino. Ensemble, les textes de ces deux éminents chercheurs offrent un compte-rendu clair et accessible de cette œuvre majeure et complexe, accompagné d'illustrations détaillées de la Confirmation elle-même, d'autres œuvres de Poussin, ainsi que de ses précurseurs et contemporains.
Historienne de l'art, ancien maître de conférences au Courtauld Institute of Art de l'université de Londres, Sheila McTighe à la première traduction anglaise de toutes les lettres de l'artiste.

Roland de Lassus
Nativitas Christi
Dublin Chamber Choir
Arcantus Label, 2025
ARC25059
 
Ce CD offre une immersion dans les compositions sacrées de Noël du musicien de Mons, qui mêle de la musique liturgique polyphonique et et des mouvements de messes moins connus. L’interprétation du Dublin Chamber Choir, dirigé par Ite O’Donovan, en restitue toute la richesse et la magie. 
Parmi les œuvres sacrées de Roland de Lassus (1532-1594) figurent des mises en musique particulièrement expressives des propres de la messe pour les grandes fêtes de l’année liturgique : Noël, Pâques, la Pentecôte et la Fête-Dieu. Ces pièces, publiées pour la première fois en 1574 sous le titre Officia aliquot de praecipuis festis anni, se distinguent par une écriture mesurée, attentive au texte et à sa fonction dans la célébration. Le disque, premier volume de la série, est consacré à Noël.présente les propres — introït, alléluia, séquence et communion — dans leur ordre liturgique, en les alternant avec des mouvements extraits de messes moins connues mais tout aussi remarquables de Lasso. Le prochain volet, dédié à la Pentecôte, paraîtra en 2026.
 
Dario Cestaro, Paola Zoffoli
Les trésors de Venise 
Livre pop-up 
Marsilio Editore, 2013 
ISBN  9788831715973
 
Ce livre assez ancien reste un classique qui plait aux enfants mais aussi aux grands, avec ses illustrations très détaillées et poétiques. Un cadeau idéal pour déposer sous le sapin de Noël et aux Étrennes.
 

Veneto cuisine 
 
Rosa Maria Rossomando Lo Torto 
Illustrations de Sara Arosio
Éditions Linea d'acqua 
Venise 2020
72 pages
ISBN 9788832066258

Ce petit recueil très agréablement écrit présente les recettes que Rossomando Lo Torto a publié en anglais depuis 2015 dans le magazine InTime Magazine. «Dans son analyse approfondie, l'auteure décrit les produits et les plats typiques de Venise et de la Vénétie, révélant une gastronomie variée où coexistent des traditions séculaires et des influences internationales. Le livre est complété par une sélection de recettes provenant de certains des restaurants les plus célèbres de la Vénétie, du Harry's Bar à Venise à la Trattoria da Romano à Burano et Le Beccherie à Trévise.» Malheureusement, le livre n'a pas été encore traduit en français. 

Valdobbiadene Rive di R
efrontolo 
Extra Brut '24 - Santa Margherita - 
Fossalta di Portogruaro (VE)
25 euros

C'est le temps des fêtes, le moment de goûter des alternatives aux champagnes français et aux spumante des autres régions d'Italie. Nous avons bien aimé parmi les vins sélectionnés par Gambero Rosso, un vin pétillant du Veneto qui allie des arômes raffinés, une joyeuse gouleyance et un prix abordable. Le Rive di Refrontolo Extra Brut ’24 reflète bien l'identité du territoire vénitien et le savoir-faire de la famille Marzotto, dont l'histoire dans le monde du vin commence avec Santa Margherita et son pinot grigio connu désormais dans le monde entier et s'étend aujourd'hui à toute la péninsule. Cet Extra Brut se distingue par ses arômes délicats de fruits blancs qui se reflètent en bouche de façon harmonieuse et agréable. Sa structure élégante le rend idéal pour accompagner le réveillon du Nouvel An ou pour trinquer entre amis et en famille, alliant tradition, qualité et légèreté. Et n'oubliez pas de trinquer en l'honneur de tramezzinimag !

16 février 2025

Coups de Cœur N°63

  
Aquarelle de Dürer réalisée en 1525 où il décrit son rêve,peut-être pour se souvenir de l'image d'une futur tableau qu'il aura rêvé...

La lectrice qui vient gentiment de m'écrire une vraie lettre avec des timbres et tout, ne se doutait pas combien l'enveloppe que je retirais de ma boite au milieu des infâmes prospectus dont nous sommes abreuvés quotidiennement et du magazine départemental, allait réenclencher un mécanisme que je croyais définitivement désynchronisé. 

Cette amie fait partie de ceux qui n'ont jamais renoncé à écrire à la main. Artiste douée - trop discrète - elle complète souvent ses propos de petits croquis qui m'ont toujours enchanté. Recevoir un vrai courrier est devenu tellement rare. Quand je dis aux amis qui partent en voyage de ne pas oublier de m'envoyer une carte postale de leur lieu de villégiature, ils ont un instant d'hésitation... La plupart lèvent les yeux au ciel, la mine contrite. Alors je fais semblant de ne pas relever l'ironie (ou bien serait-ce de la pitié ?) que leur moue exprime et je n'insiste pas, ou bien je dis que je collectionne toujours les cartes postales... Je ne suis pas dupe, je connais leurs propos «Oh ! Ce pauvre Lorenzo, il ne grandira jamais», «un idéaliste pur et dur», «le monde change et lui demeure» ou des choses du même acabit. On est toujours sot ou imbécile quand on n'a pas les réactions communes, au mieux naïf et à plaindre, «dans ce monde devenu si difficile et si dur».

Il y a longtemps que j'ai cessé d'exprimer mon ressenti quand je suis avec d'autres adultes. Prévert avait raison, ils ne peuvent comprendre. Leur tolérance a rapidement ses limites. Difficile de réaliser un jour, soudain, par on ne sait quelle circonstance inattendue, que mes pairs n'ont aucune imagination ou bien l'ont tellement étouffée qu'ils ne savent plus. Saint-Exupéry le fait dire au Petit Prince, n'est-ce pas. La proximité des gens sérieux rendait fou furieux Rimbaud... Tout ça pour exprimer ma joie lorsque des gens, jeunes ou vieux, ne perdent jamais cette soif d'invention, de créativité. ils font le monde moins laid, moins triste. Ces adultes sont en colère sans se rendre compte que leur colère, ils se l'adressent à eux-mêmes. Conscients que la femme ou l'homme qu'ils sont devenus a trahi l'enfant pur et émerveillé qu'ils furent. A tout jamais.


Bref notre monde actuel est ainsi fait. Bien éloigné de l'amour et de l'eau fraîche. On ne jure que par la respectabilité, le sérieux, la rigueur. On ne rigole plus maintenant Messieurs-Dames. Non, non, on n'est pas là pour ça ! Allez, au pas ! (et remettez vos masques !). 

Mais les coups de cœur n'étant pas encore proscrits. en voici quelques-uns que je vous recommande. N'hésitez-pas à revenir vers moi et me donner vos avis !
 
Ouvrage Collectif
Au bout de nos rêves
Le Retour des Utopies
Fondation Jean Jaurès
Éditions de l'Aube, 2022
8€
Un petit livre rutilant qui fait drôlement du bien dans la morosité et les grognements de plus en plus décomplexés des fascistes de tout poils d'aujourd'hui. Le principe de ce livre est simple. Publié dans la collection, «Les Petits cahiers de Tendances», que présente Thierry Germain dans son avant-propos, regroupe les textes de quatre auteurs parmi les plus pertinents, des esprits de qualité : «Quatre entrées» dit Thierry Germain, «qui disent à chaque fois un objet, un lieu, une personne et un concept, quatre regards nourris et incisifs pour émouvoir, surprendre, interroger et débattre autour de ce qui nous attend. ». Les titres donnés aux chapitres sont appétissants :  «Rêver pour suspendre le ciel » par Barbara Glowczewski, directrice de recherche au CNRS, membre du Laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France. Elle enseigne en études environnementales à l’EHESS et est l’auteure d’une dizaine de livres, dont Rêves en colère (Plon, 2017) et Viviana Lipuma,agrégée de philosophie, docteure en philosophie politique et membre du Labo HAR de l’université Paris-Nanterre. Elle enseigne la philosophie dans le secondaire et l’art contemporain à l’université Gustave-Eiffel. « Devenir jardinier » par l'écrivain Alexis Jenni, prix Goncourt 2011, auteur de « Cette planète n’est pas très sûre. Histoire des six grandes extinctions» (HumenSciences, 2022) et de « Parmi les arbres. Essai de vie commune» (Actes Sud, 2021), « Expérimenter les utopies » par Timothée Duverger, maître de conférences associé à Sciences Po Bordeaux et directeur de la Chaire TerrESS. Il a notamment publié « Utopies locales. Les solutions écologiques et solidaires de demain» (Les Petits Matins, 2021) et enfin, «Proto-Habitat : une utopie construite» par l'architecte Flavien Menu, ancien pensionnaire de la Villa Médicis, créateur avec Frédérique Barchelard de Proto-Habitat, un modèle d’habitat collectif alliant flexibilité des usages et espaces pour des modes de vie sains et durables. C'est une lecture sérieuse mais tout à fait accessible que des amis souhaiteraient traduire en italien.
 
Carles Diaz
C'est à ce prix que nous mangeons 
du sucre 
Le poème à l'épreuve du contemporain
Essai
Éditions Abordo, 2024
100 pp. 
13€
En considérant le sucre comme une métaphore du monde contemporain et en établissant une analogie entre son processus historique et l'évolution des praxis liées à l'art et à la communication, ce texte interroge les mécanismes culturels et repense le sens, la place et la nécessité d'une parole poétique dans le monde d'aujourd'hui. L'auteur nous propose de mettre le poème à l'épreuve du contemporain. 
La citation d'Elisée Reclus, « Là où le sol s’est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s’éteignent, les esprits s’appauvrissent, la routine et la servilité s’emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort » ne pourrait-elle pas s'appliquer à la Sérénissime et à ce qu'elle tend hélas à devenir, un gogoland pour le peuple et un repère d'une élite nouvelle mode, happy few de plus en plus riches et de moins en moins porteurs d'idées pour sauvegarder la vie réelle à Venise. « C’est une vérité lucide, péremptoire, cruelle. L’homogénéisation et la standardisation des modes de vie touchent aussi aux dimensions artistiques et intellectuelles, et c’est sur ce point que je me tourne vers les artistes et les poètes : que pouvons-nous faire face à ce vertige ? Que proposer dans un monde de plus en plus abîmé, essoré, numérisé ?  Comment faire société dans une communauté de plus en plus uniformisée, radicalisée, qui vise la réduction absolue de l’homme à un modèle unique ?»
Carles Diaz est un ami. Je l'ai rencontré par un heureux hasard il y a plusieurs années et j'ai tout de suite aimé sa manière de parler de l'art et de la beauté. Le jeune homme (il est né en 1978) vient d'Argentine et écrit en français. Il sait aussi la langue d'Oc. Sa page wikipedia parle mieux et plus en détail de son parcours universitaire et de ses livres. J'avais beaucoup aimé la Vénus encordée, journal imaginaire de Rose Valland en 1943. Attachée de conservation au musée du Jeu de Paume, à Paris, on lui doit le sauvetage de plus de soixante mille œuvres d'art et objets dont les nazis souhaitaient s'emparer. Parmi ces œuvres sauvées, il y avait la Vénus de Milo qui donne son titre au livre. 
Mais le dernier opus de Carles Diaz est loin de l'Occupation. Il emprunte son titre au Candide de Voltaire, « Cet essai inclassable, dont les prémisses remontent à 2019, est aussi en bonne partie le résultat de deux conférences données par Carles Diaz, en tant qu’écrivain : la première, “L’exigence poétique face à l’objectivation de l’expérience sensible”, lors de la journée “Qu’est-ce que le poétique ? ― Hommage à Jean Onimus (1909-2007)”, à l’Université Côte d’Azur, le 10 mars 2022 ; la seconde, “Écrire le siècle : de la conscience poétique et la nécessité d’être inactuel”, à l’Université de Vienne, Autriche, le 9 janvier 2023. »
« C’est un essai d’écrivain plus qu’un essai universitaire. Je tiens à le dire parce que je ne prétends pas établir une démonstration quelconque. J’ouvre des questions qui me semblent indispensables d’être posées aujourd’hui.»  
Le lien d'intérêt entre les propos du livre et Venise m'a paru évident.  
Et l'auteur d'ajouter : « Il ne s’agit pas de dire avec béatitude que la poésie doit sauver les hommes, ni de demander à celle-ci de nous permettre de rêver d’un autre monde, mais au contraire, de briser le conformisme et la complaisance, de viser plus que l’uniformisation et l’acceptation passive d’un devenir manifestement dangereux. Je suis très sensible à la question de l’environnement, à la disparition annoncée des langues dites minorées. Je le suis aussi face à l’appauvrissement des langues en général, car dès qu’une langue se simplifie et se décomplexifie, elle perd des moyens pour symboliser le monde, aussi bien que sa dimension de mémoire.»

Paul Eluard
L’Amour, la poésie 
œuvres de Kiki Smith   
Gallimard, 2024
176p. 
45€.  
Depuis les années 2000, l’artiste se projette dans le monde du vivant, du végétal. « Soyons attentifs à la nature » : c’est ce que Kiki Smith, artiste mondialement reconnue, exposée dans les plus grands musées et présente dans de nombreuses collections d'art contemporain, exprime dans ses œuvres les plus récentes. Pour son entrée dans la collection, Kiki Smith a choisi ce texte de Paul Éluard, paru en 1929, après un dernier hiver passé au sanatorium avec sa femme Gala qui devait le quitter, peu après pour Salvador Dali, ce « livre sans fin », retrace l’aventure d’un homme désespéré et déchiré entre l’amour et la poésie, entre le réel et l’imaginaire, d’un homme à qui la poésie redonne, avec l’amour, le goût et la passion de la vie. Ses interventions au fil des pages ponctuent ces poèmes, dans un univers où corps, nature et cosmos rencontrent l’esprit du surréalisme. Un beau livre, pas donné certes mais qui a sa place dans toute bonne bibliothèque et chez tout esthète de Venise ou d'ailleurs. 

Luisa Ballin
Venise, la Vénétie est une fable
Éditions Nevicata
Coll. L'âme des peuples 
90 pages. 9€ 
La quatrième de couverture de ce petit opus exprime parfaitement ce que porte le texte de la journaliste Luisa Ballin qui fut responsable de l'information au parlement helvétique. D'origine vénitienne, la dame est une appassionata de Venise autant que de sa région. Son regard est moderne, son approche pleine d'humanité et d'amour.
« La Sérénissime n'est pas une île. On l'oublie, mais Venise est indissociable de son arrière-pays. Elle est l'enchanteresse de la Vénétie, une région aussi flamboyante que les palais longeant les canaux. La Vénétie a ses traditions, sa langue, son architecture, sa gastronomie, son identité. Souvent elle défie le reste de la péninsule et refuse, sourcilleuse et orgueilleuse, les exigences de Rome, cette lointaine capitale. Elle regorge de personnages et de lieux qui témoignent des liens indissociables entre la lagune et sa terre ferme. Ce petit livre nous transporte dans les coins les plus insolites de cette région trop méconnue. Vous êtes passionnés de Venise ? Vous allez adorer cet écrin qu'est la Vénétie. Un grand récit suivi d'entretiens avec Rodolfo Bonetto (enseignant), Tiziana Lippiello (rectrice de l'Université Ca'Foscari), Antonia Sautter (styliste) et Elia Romanelli (anthropologue).» Un autre indispensable à toute bibliothèque de Fous de Venise !
 
Søren Bebe Trio
Home
Label Out Here Music
2016
Avec les musiques ancienne et baroque, le jazz a toujours accompagné mon quotidien. le jazz classique et certaines variations liées au swing. Mais ce qu'on nomme le free jazz hérisse toujours autant mes oreilles comme bien des courants (sans jeu de mots) des Musiques Actuelles. Pourtant de nombreux compositeurs de talents inventent des sons agréables et percutants, chauds et de pure musicalité. Le jazz scandinave commence d'être apprécié et reconnu par les publics français et italien. Pour France Musique, le Søren Bebe Trio - fondé en 2007 -  apparait désormais comme une pierre angulaire du jazz européen. Parmi les publications du trio danois, il y a Home, qui date de 2016, mais montre la grande maîtrise et la qualité des musiciens de cet ensemble de jazz scandinave. Un ami britannique que je logeais alors m'avait fait découvrir les compositions de Søren Bebe dont l'ensemble s'était produit à Londres.  Dès la première écoute, leur son avait enchanté mes oreilles.
 
Søren Bebe Trio
Here now
Label Out Here Music
2023
«Ce disque est un ensemble d'interprétations lyriques qui mettent l'accent sur la mélodie et la beauté. L'accent est mis sur l'ambiance, l'atmosphère et la narration plutôt que sur la virtuosité pure. » explique le critique anglais Ian Mann. Les pièces sont souvent construites comme des chansons, relativement courtes (une seule d'entre elles dépasse les cinq minutes). L'atmosphère générale est sereine. L'accent est mis sur l'humeur, l'ambiance et la narration plutôt que sur la virtuosité pure. La musique illustre le déménagement de SBebe et de sa famille vers la tranquillité de la campagne. Il vit désormais dans un petit village entouré de bois, de lacs et de terres agricoles, et l'écriture de cet album a été inspirée par la paix et la tranquillité de cette nouvelle existence bucolique. L'ambiance générale de la musique est détendue, contemplative et résolument lente, non pressée, toute en subtilité. Un bonheur.
 
Pour vous enchanter, ces deux extraits :
 

26 juillet 2024

Coups de Cœur N°62

Miracles happen,
Marie Malherbe
Œuvres récentes
jusqu'au 31 août
Galleria Ferruzzi
DD368
sur rendez-vous
Après d'autres expositions à Venise, c'est la deuxième fois que Marie expose chez Ferruzzi, juste en face de l'ancienne galerie où j'ai eu le bonheur de travailler apprenant de Bobo mille choses à commencer par l'amour de la lumière, de la couleur et des vins rares du Veneto. Mais là n'est pas le sujet. Le travail de Marie Malherbe mérite d'être vu, il est rempli de poésie, de spiritualité et de force. Chagall est souvent évoqué quand on évoque ses travaux, mais c'est du Malherbe. Quelque soit le support, l'artiste née à Nice mais vivant en autriche, qui a étudié à Ca'Foscari en même temps qu'elle fut élève à la Scuola di Grafica de la ville, montre son talent dans un kaléidoscope de couleurs et de formes où la spiritualité se mêle à la sensualité, la lumière au silence. Avis aux personnes sensibles à l'âme de poète, ses travaux peuvent émouvoir et atteindre au plus profond de l'âme. On y perçoit autre chose qu'une émotion ou une foi. Il y a de la profondeur, de l'amour et du sens, du sol au plafond. C'est jusqu'au 31 août, et sur RDV (en appelant au +43 650 630 04 08). Allez-y vite, pour ceux qui ne connaissent pas le lieu, c'est juste en face de la boutique de la Guggenheim, entre San Vio et les Zattere. Sur le chemin vers le gianduioto de la Gelateria Nico. Nous reviendront bientôt dans Tramezzinimag sur cette exposition et sur l'artiste, son originalité et son parcours.

The Russian Saxophone
Edison Denisov,
Sonate for Alto Saxophone and Cello
Claude Delangle, Verene Westpahl.
Label Bis-765 CD
1996 
La musique d'aujourd'hui est parfois difficile pour les oreilles habituées au baroque pourtant des compositeurs contemporains nous offrent parfois de bien belles choses. C'est le cas de ces compositeurs russes qui ont écrit pour le saxophone des pièces de grande qualité. Par le biais de Juliette Fabre dont nos lecteurs se souviennent de la chronique publiée dans nos colonnes à l'époque où cette jeune architecte étudiait à Venise. Je l'avais connue alors que je présidais l'association Tempo di Cello fondée avec Laurence Lacombe, qui réunissait de nombreux violoncellistes professionnels et amateurs. Violoncelliste au conservatoire, elle vint étudier l'architecture à Venise. Une jolie plume et une interprète passionnée. D'abord réticent, elle cita ce disque il y a quelques années en le recommandant. A mon tour de le proposer aux oreilles des lecteurs de Tramezzinimag. Le CD réunit outre deux oeuvres de Denisov, des pièces de Sofia Gubaidulina,Vadim Karasikov, Alexander Raskatov, Alexander Vustin. Cette musique mériterait d'être mieux connue. En ces temps où on nous dresse contre la Sainte Russie et les russes, alors qu'il ne s'agit que d'une sordide histoire de suprématie financière et d'ego. France et Russie, hormis la détestable parenthèse de Buonaparte, sont deux pays frères qui ont su apprécier au cours des siècles la culture de chacun des deux nations. Ci-après le lien pour se faire une idée de cette sonate où le saxophone et le violoncelle marient leurs sonorités dans une belle harmonie et du caractère : ICI
 

Galuppi, Goldoni
Il mondo alla roversa
Coro della Radio Svizzera, Lugano and Coro calicantus
Label Chandos, 2001
CD  
Un disque tout à fait adapté à l'été dont on aura beaucoup douté ces dernières semaines mais qui semble bien vouloir remplir ses obligations. Une musique pleine de vie, de joie et de légèreté sans pour cela tomber dans le mièvre ou le convenu. Rien de révolutionnaire, de surprenant non plus. Comme l'a écrit un critique britannique «Rien qui change la vie», mais un bon exemple de la musique lyrique à Venise du milieu du XVIIIe siècle.  
Créé en 1750 au Teatro San Cassiano de Venise, Il Mondo alla roversa, musique de Baldassare Galuppi et livret de Carlo Goldoni, est une vraie rareté. Réalisé à Lugano, il y a un peu plus de vingt ans, avait permis de faire redécouvrir cet opera seria pour le moins original avec l'Ensemble I Barocchisti dirigé par Diego Fasolis avec le ténor Davide Livermore, qui a fait depuis une belle carrière de metteur en scène.
L’intrigue est pour le moins originale (on est en 1750 !) : dans ce monde à l’envers, les femmes dirigent le pays. Parmi elles, trois fortes personnalités sont animées par la jalousie, l’ambition et les luttes de pouvoir... des comportements finalement très masculins ! Une histoire somme toute très moderne où les femmes font la loi jusqu'à ce que les chamailleries forcent les hommes à imposer leur pouvoir. C'est enlevé et spirituel, bien élevé et on ne s'ennuie pas à l'écoute de ce disque. 
Le premier acte présente les protagonistes et les airs se succèdent, on s'ennuie donc un peu mais l'intérêt décolle avec un trio – le premier morceau qui n’est pas un numéro pour soliste seul – lorsque le séducteur Giacinto qui courtise en même temps Aurora et Cintia, propose de se couper en deux pour satisfaire chacune : « Mie belle, se volete, io mi dividero ». 
Puis la force de la pièce se maintient jusqu’à la fin, comme dans la scène qui suit immédiatement, à l’occasion d’un vote pour déterminer qui, de Tulia, Aurora ou Cintia, dirigera le monde, après que l’une émit l’idée d’une monarchie. Aucune ne recueillant le moindre suffrage, le chœur chante à nouveau « Libertà, libertà, cara libertà ». 
Au dernier acte, les situations deviennent cocasses quand Cintia demande à Giacinto, comme condition de leur union, de tuer cent femmes. Celui-ci accepte mais craque à la première rencontrée, Aurora… « Qui peut résister à la beauté des femmes » ! Cela se termine par un quatuor accompagné d’une gestique saccadée, comme des mouvements de marionnettes.
L'écriture de Galuppi est étonnamment moderne par rapport à tout ce qu'on trouve à cette époque dans le reste de l'Europe, Italie comprise. On sent des vibrations nouvelle annonciatrices de l'opéra moderne, comme bien des années plus tard avec les  Giacomo Rossini. Le final de l'Acte II en est la preuve sonore). Un agréable moment musical donc bien dirigé et interprété. Chez les bons disquaires lisaient-on dans ma jeunesse dans les publicités.


22 mai 2024

Coups de Cœur N°61

Gilles Hertzog
Le dernier Vénitien
Éditions Grasset, 2018.
ISBN 9 782246 690313
25,90€
«La prodigieuse érudition vénitienne de Gilles Hertzog fait revivre sous nos yeux un monde à jamais englouti dans la lagune en évoquant Tiepolo fils.» C'est ainsi que l'éditeur commençait sa présentation de l'ouvrage. Il n'est pas récent mais après l'avoir relu, il m'a semblé important d'en rappeler l'intérêt - et la qualité - à nos lecteurs. C'est par Kate et René, nos amis de l'excellent site Hic Sum Hic Maneo que nous l'avions découvert, en 2019. Giandomenico Tiepolo (1727-1804) a été pour la peinture ce que Goldoni fut pour le théâtre de la Venise des Doges. Homme de son époque, imprégné tardivement de l’esprit des Lumières, il a peint avec une touche naturelle cette société de divertissement, ses fêtes élégantes, ses mélancolies nostalgiques, jusqu'à ce que le rideau tombe sur la Sérénissime et que Bonaparte, à la tête des armées d'Italie, devienne son brutal et ignoble fossoyeur. Pendant trente ans, cet homme coincé aux frontières de deux mondes a été le fidèle collaborateur de son père, le grand Domenico Tiepolo, maître incontesté de la couleur et fournisseur attitré des aristocraties décadents. Longtemps éclipsé par le génie et la renommée de son père, Giandomenico finit par s'en affranchir en s'exilant tardivement dans sa villa de Zianigo, près de Padoue. Il en a orné les murs de ces célèbres fresques dédiées à la vie des polichinelles. C’est en lucide annonciateur de la fin d'une civilisation qu’il a terminé sa vie, solitaire et teintée d'un humour amer, en offrant à la Sérénissime un adieu mémorable à travers une série de dessins stupéfiants où se reflètent les fastes de la Venise disparue, remugles d’une époque où personne n'envisageait la chute de sa splendeur, le pillage de sa fortune et l’écroulement de sa grandeur millénaire.
 
Recette gourmande : Fricassée de légumes en croûte et œuf au four

Pour réaliser ce plat simple et goûteux, il va vous falloir : 1 œuf par personne, 1 belle carotte, 1 oignon, 1 courgette non non pelée, 1 branche d'aillet, 1 ou 2 gousses d'ail, du sel et du poivre, 1 cuillère à café de curcuma, autant de paprika, une poignée d'aromates frais (thym, ciboulette, basilic, 1 belle tomate fraîche, un pot de sauce tomate, une petite boite de pois chiches, du bouillon de poule ou de légumes, du tamari (ou à défaut de la sauce soja), de la pâte sablée pour la croûte (ma recette en suivant).
Un poêlon, deux ramequins allant au four (j'utilise des plats à œuf ou gratins individuels de taille parfaite).
 
Préparation :
-Tailler carotte et courgette en tagliatelles avec un économe, ciseler les herbes, hacher les gousses d'ail et couper finement l'oignon et l'aillet y compris le vert et mettre le tout de côté.
-Faire chauffer 2 cuillères à soupe d'huile d'olive dans un poêlon (j'utilise un ustensile en fonte magnifiquement culotté par les années), quand elle est assez chaude mais sans qu'elle fume, y mettre à suer l'oignon, puis quand il prend un peu de couleur, ajouter rapidement les tagliatelles de légumes, l'aillet, la tomate coupée en morceaux, les pois chiches et enfin les épices. Remuer pour bien mêler les saveurs. Ne pas hésiter à baisser le feu pour éviter que la préparation ne caramélise et n'accroche. Ajouter la sauce tomate (j'utilise soit de la sauce maison soit de la passata di pomodoro (bio et italienne évidemment), du bouillon et couvrir. Remuer. Si l'appareil ne vous paraît pas assez goûteux, rajouter épices ou sel et poivre. Laisser mijoter.
-Étaler la pâte sablée en lui conservant l'épaisseur d'une galette, découper deux disques (un par convive)du diamètre de vos ramequins et les mettre au four après les avoir badigeonnés d'un mélange de lait et de jaune d’œuf pour qu'ils prennent une belle couleur.
-Pendant ce temps, mettre à cuire les œufs dans un peu d'huile. Parfois j'utilise de la graisse de canard quand j'en dispose. Ne pas laisser cuire complètement. Les mettre de côté au chaud.
-Quand les légumes sont à point et les croûtes de pâte sablée bien dorées, dresser les légumes dans les ramequins, les recouvrir des croûtes et disposer sur chaque plat un œuf. Mettre le tout au four deux minutes pour finir la cuisson du jaune qui, sec en surface, sera resté sec à l'intérieur. 
-Sortir du four, décorer d'un peu de sauce tomates et des feuilles de basilic taillées en fines lanières.
Servir aussitôt, accompagné d'une salade verte. J'ajoute une cuillère de la sauce obtenue à ma vinaigrette.