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10 octobre 2026

Coups de cœur N°67

L'automne est de retour, la rentrée des classes est déjà loin, déjà notre immonde société de consommation prépare l'offensive Halloween, sur les écrans de télévision, toujours les mêmes images déprimantes et les propos de pseudo journalistes de plus en plus orientés, mortifères et xénophobes. Tout cela est bien sombre. Pourtant les jours restent doux et la lumière bien belle. Un clin d'œil de la Nature pour nous montrer que la vie doit continuer, et qu'au-delà des luttes et des combats, il ne nous faut pas renoncer aux plaisirs. Ce temps d'arrière-saison est ainsi l'idéal pour déguster de nouveaux livres et écouter les récentes parutions qu'à Tramezzinimag nous avons bien aimé. Nouveautés ou relectures, voici quelques titres que nous avions envie de partager avec vous en ces premiers jours d'octobre.

Philippe Grimbert
Un garçon singulier 
Grasset - Livre de Poche 
2011 
« Maintenant que j'ai appris à le connaître, je l'aime et il m'effraie tout à la fois. Lui et sa mère vont trop loin, mais tous deux ont eu raison de mes résistances...».La citation reportée en 4e de couverture nous met aussitôt dans le ton du livre. «Une simple annonce sur les murs de la faculté a sorti Louis de sa léthargie pour le précipiter sur la plage de son enfance à la rencontre d'une mère et de son fils, deux êtres hors du commun qui vont bouleverser sa vie et l'amener à affronter ce qui dormait au plus profond de lui-même ». Philippe Grimbert, psychanalyste et psychologue nous livre après Un Secret, et La Mauvaise rencontre, un autre très beau roman, qui déborde d'empathie pour les enfants douloureux d'amour sans mièvrerie ni faux-semblants. Un texte court (178 pages) qui va au fond des choses et remue en nous mille choses. Rien que le titre déjà attire et nous prend.

Ch-F. Ramuz 
Vieux dans une salle à boire 
Coll. L'Ivre de caisse 
Éditions L'Arbre vengeur
2026 
56 pages. 
6,50 € 
« Une gorgée d’éternité dans un bistrot vaudois.» C’est un minuscule livre de 56 pages qui se glisse dans la poche comme un secret. Publié dans la jubilatoire collection chez l'éditeur bordelais L’Arbre vengeur, ce court texte (suivi de La folle en costume) s'offre à nous comme un reportage poétique, une peinture de mœurs à l'huile et au vin blanc. On passe la porte, et l’on y est. Ramuz s'installe à la table d’à côté, sort son carnet et croque le réel. Le décor ? Une taverne de montagne en Suisse où des hommes, solidement ancrés sur leurs bancs, regardent descendre leurs chopines. L'écriture si singulière de Ramuz, avec son rythme haché, fonctionne comme l'œil d'un cinéaste. On entend le bruit des gros souliers sur le plancher, on respire l'odeur du vin gris, on observe les silences lourds de ces buveurs qui n'ont plus grand-chose à se dire mais qui ont besoin d'être ensemble. Un superbe reportage sur la solitude des vieux jours. Derrière le pittoresque de la scène se cache la force du grand auteur suisse : sa vision poétique de l'existence. Boire ici n'est pas une fête, c'est une façon de tromper l'attente en contemplant le temps qui passe dans le reflet jaune clair du verre. Il l'écrit sans fioritures inutiles, toujours d'une manière explicite. Portraits et décors sont toujours évidents qui surgissent de ses mots pareils à des photographies. Un texte bref, rugueux et magnifique, qui se savoure d'un trait. Ces deux courtes nouvelles sont une pépite de nostalgie à dévorer sans modération ! Une roborative découverte.

Stefan Zweig
Le Bouquiniste Mendel
Traduction de Manfred Schenker
éditions Sillage
2013
Dans la Vienne du début du siècle, Le bouquiniste Jakob Mendel fait autorité auprès des bibliophiles. Installé à demeure à la table d’un café, ce bouquiniste est un paradoxe vivant : il ne lit pas, mais connaît les auteurs, les sujets, les éditions, les lieux de publication et les prix, neufs ou d’occasion. Un catalogue monumental dans la tête d’un seul homme, dont la Première Guerre mondiale va bouleverser l’univers.
Zweig, dans sa superbe langue, offre dans ce court texte, presqu'une nouvelle, le portrait de cet être singulier, que l’on dirait aujourd’hui atteint d’une forme d’autisme. Un texte court, mais dense, qui montre une vie consacrée à une expertise reconnue des amateurs comme des professionnels, malgré son irrationalité ; puis sa destruction, lorsque cette marginalité n’est plus considérée que sous un angle administratif. Les livres écrits « pour unir les hommes et les défendre contre l’évanescence et l’oubli » : cet idéal évoqué par Zweig n’est-il pas devenu aujourd’hui davantage un souhait qu’une réalité ? La production de livres, désormais si pléthorique, et leur contenu souvent si narcissique et orienté, n'est- ? ce pas la cause du désintérêt croissant pour les livres ? En dépit de son pessimisme, le rôle de Zweig ne serait-il pas de chercher ce qui rassemble, par la grâce de son écriture et sa propension à raconter d’autres histoires que la sienne afin qu'elles parlent à tous ?
                                                                                                                                                                            
Justus Eichhorn 
The Source 
CD Deutsche Grammophon
2026
Ils sont ravis chez DG d'éditer le premier album de ce prodige de 16 ans, pianiste et compositeur allemand. Ils le clament haut et fort sur leur site.  The Source, «mêle une virtuosité artistique exceptionnelle, une narration captivante et une perspective créative fraîche, le tout profondément ancré dans sa ville natale de Weimar.»
Malgré son jeune âge, Justus Eichhorn s'impose déjà comme l'une des nouvelles voix les plus passionnantes de la musique classique, captivant les publics sur scène comme en ligne grâce à sa créativité, sa virtuosité et sa vision artistique unique. Son album rassemble des œuvres de Bach, Liszt, Mendelssohn, Hindemith et Richard Strauss, tout en mettant en valeur ses talents de compositeur et d'arrangeur. En plus de trois enregistrements de ses propres œuvres en première mondiale, The Source propose son arrangement unique de Vivaldi ainsi que des réinterprétations imaginatives d'études de Czerny, créant ainsi un programme qui jette un pont entre tradition et innovation.
Avec des concerts à guichets fermés à travers l'Europe et l'Asie et une communauté mondiale de plus d'un demi-million d'abonnés sur les réseaux sociaux, le jeune Eichhorn va à la rencontre d'une nouvelle génération d'auditeurs de musique classique. Qu'il se produise sur les scènes internationales, qu'il partage les coulisses de son processus artistique en ligne ou qu'il crée des compositions originales, il incarne une nouvelle génération d'artistes classiques : authentiques, entrepreneurs et profondément connectés avec leur public. 
Un ami journaliste qui l'a rencontré longuement me disait qu'il était ce que la matérialisation du personnage d'Elio dans Plus tard ou jamais, le roman d'André Aciman - rebaptisé Appelle-moi par ton nom, pour plaire aux producteurs du film éponyme. Un Elio dont le succès fulgurant auprès du grand public n'a pas attendu l'âge adulte. Justus a 16 ans et un talent prodigieux ! Bien évidemment son extrême jeunesse, son look à la fois romantique et très contemporain - certes calculé mais forcément touchant - suscitent les épithètes les plus enthousiastes mais il suffit de fermer les yeux et d'écouter le son qu'il obtient de son instrument pour rejoindre les commentaires les plus dithyrambiques.  

L'album complet est disponible en version numérique, en CD et en vinyle (LP). Commandez les éditions CD et vinyle sur la boutique DG Store. Justus a tenu aussi qu'il soit en libre accès sur la plupart des plateformes.

En attendant de le découvrir dans son ensemble, en voici un extrait : le Largo du Concerto pour flautino en do majeur, RV 443 de Vivaldi : 


Dans le morceau original, le piano (ou le clavecin) ne joue que la basse continue pendant que la flûte déroule de longues notes suspendues et de petites ornementations. Quand on s'essaye à l'adaptation pour piano seul, la main gauche doit rester très légère presque déconnectée (souvent en staccato ou portato pour imiter les cordes de l'orchestre) pour que la mélodie de la main droite chante librement.
L'interprétation et l'arrangement de Justus ont suscité des retours particulièrement élogieux, mettant en avant la texture sonore unique qu'il a choisie pour revisiter ce classique baroque. La grande particularité de son enregistrement est l'utilisation d'un piano droit avec sourdine en feutre, un choix esthétique inattendu qui a été beaucoup commenté. Je ne sais pas si notre jeune virtuose allemand est souvent allé à Venise, mais il a su recréer avec son arrangement un style néo-classique qui n'a rien du pastiche, style envoûtant et très parlant pour qui sait combien la musique du prêtre roux doit aux sons et au rythme de la Sérénissime. Tous les codes de la musique post-classique moderne y respirent qui rappellent l'univers de compositeurs comme Nils Frahm En plaçant les micros très près des cordes étouffées, il crée un son aux contours doux, intimiste, où l'on perçoit distinctement le cliquetis mécanique des touches, apportant une proximité rare avec l'instrument. Comme le souligne la notice de Deutsche Grammophon, Justus est parvenu à traduire  dans sa transcription «la ligne pure et chantante de l'œuvre originale dans une configuration pour instrument unique, tout en préservant le cœur lyrique de la pièce». 
C'est tout simplement envoûtant. Les premiers commentaires décrivent un résultat «magique» tout autant que «nostalgique» et «méditatif». Comme une promenade matutinale solitaire  sur les eaux de la Venise qui s'éveille… Le fait de transposer une œuvre initialement virtuose et aiguë (au flautino) dans les résonances feutrées et mates d'un piano donne l'impression d'une œuvre suspendue dans le temps. Quelle émouvante maturité dans la démarche ; les auditeurs ne s'y sont pas trompés en saluant la sensibilité du jeune musicien (qui n'a que 16 ans au moment de la sortie de l'album). En partageant ses notes d'intention, Justus a confié que cette mélodie l'avait marqué lors de ses tout premiers concerts d'enfance au point de « ne plus jamais quitter son esprit», une sincérité qui se ressent dans la délicatesse de son toucher autant qu'elle éclaire son visage et illumine son sourire.
Dans son arrangement épuré, Justus Eichhorn conserve fidèlement la grille harmonique originale de Vivaldi. Le morceau est écrit en La mineur (la tonalité relative de Do majeur, qui est celle du concerto global), ce qui lui. donne cette atmosphère profondément mélancolique. Il nous fait glisser avec lui sur les eaux des canaux de la Sérénissime au pont de sentir à chaque note le mouvement de la barque et des rameurs...
Le thème principal - l'introduction et le refrain - du morceau s'ouvre sur une cellule harmonique très stable et cyclique, l'accord de départ La-Do-Mi, qui pose le décor triste et suspendu. Puis l'accord de sous-dominante (Ré-Fa-La) qui amène de la rondeur et du mouvement. Puis vient l'accord de tension (Mi-Sol#-Si) qui appelle une résolution et enfin, retour à la maison avec La-Do-Mi. 
On bascule ensuite vers la lumière : au milieu du morceau, les accords s'échappent du mode mineur pour chercher des couleurs plus lumineuses et majestueuses afin de suivre l'envolée de la mélodie : La tonalité d'origine du concerto fait une apparition (Do-Mi-Sol). Le son s'ouvre.
Soudain on passe en Sol majeur, avec l'accord pivot (Sol-Si-Ré) pour accompagner la descente de la mélodie. Ensuite apparait un accord très doux et chaleureux (Fa-La-Do) qui donne une impression de répit.
Avant de conclure, Vivaldi crée une tension maximale avec des harmonies plus serrées que reprend Eichhorn dans sa texture. Notre oreille sent soudain la tension dramatique qui annonce la fin du voyage avec des accords instables qui accentuent la complainte de la main droite, puis surgit le grand accord de tension baroque (Mi-Sol#-Si-Ré) qui fait que le temps semble s'arrêter. L'accord final s'éteint lentement dans les feutres du piano... 
Et c'est tellement beau et prégnant qu'on réécoute le morceau. J'attends vos commentaires après l'écoute de ce superbe disque !

20 mai 2026

La LXI e Biennale 2026 : certains parlent de chaos

Au 20 mai 2026, soit un peu plus de dix jours après l’ouverture officielle au public (le 9 mai), la situation à la LXIe Biennale de Venise se caractérise par un paradoxe inattendu : affluence record de visiteurs en parallèle à une fronde politique et artistique inédite. Du «Top et flop » en quelque sorte ! Cette édition qui devait porter «la marque de l'universel et de l'avenir» en renouant avec la vie et la Terre pourrait en ces premières semaines d'existence porter plutôt les stigmates des crises actuelles de notre civilisation.

Personne ne s'attendait à une telle fréquentation ni au comportement des visiteurs. Alors qu'on de promène en général d'un pas tranquille dans les giardini de la Biennale, on ressent cette année une vraie tension et de la curiosité pour autre chose que les créations artistiques censées être l'objectif des visites. 

Tout le monde s'attendait à ce que le public soit découragé par les polémiques qui font de cette manifestation un chaos jamais vécu auparavant. C'est le contraire qui se passe. L'affluence est massive dès les premiers matins aux Giardini et à l'Arsenale. Suite à la démission en bloc du jury le 30 avril, la mise en place des « Lions du Public » a du succès. Les visiteurs sont invités à voter via des bornes numériques pour attribuer les futurs Lions d'or. Ce système provoque de longues files d'attente spécifiques.

Après la démission du jury, la révolte des artistes. Plusieurs dizaines d'artistes internationaux (représentant 63 artistes de l'exposition centrale et 39 pavillons nationaux) viennent d'envoyer une lettre officielle de protestation à la Fondation de la Biennale . Ils exigent le retrait pur et simple de leurs noms et de leurs œuvres du système de vote des « Lions des visiteurs », dénonçant une « parodie de démocratie » et menacent la Biennale d'une action en justice si la Fondation maintient ce concours populaire. crime de lèse-artiste ou saine opposition aux autorités artistiques italiennes du gouvernement ?


En attendant, du jamais vu : tout le secteur de la Biennale entre l'Arsenal et les giardini est sous haute surveillance, presque un camp retranché. Pas une très joyeuse atmosphère. On croirait retrouver l'atmosphère des postes frontières d'Europe de l'Est avant la chute du mur... Réflexe ultra-sécuritaire d'une société aux abois même dans le domaine culturel et artistique ! De la tension dans l'air inhabituelle à Venise. Le pavillon russe (ultra sécurisé, accessible uniquement sur accréditation stricte) et le pavillon israélien, sont en permanence sous haute surveillance policière. Depuis l'ouverture les grèves et les fermetures se succèdent. les tensions sociales persistent à la suite de la grève des employés de la Biennale (qui avait entraîné la fermeture temporaire de 20 pavillons juste avant l'ouverture générale). Les actions militantes se sont transformées en sit-ins sporadiques menés par des collectifs comme ANGA, Pussy Riot et les Femen.4. 


La presse internationale médusée couvre ce chaos permanent  - en attendant la révolution permanente que d'aucuns annoncent… Les critiques d'art et les grands médias internationaux (presse spécialisée, chaînes européennes) qui sont présents sur place et leurs collègues des rédactions semblent se désintéresser de l'analyse esthétique du thème « In Minor Keys » pour se focaliser sur la crise de gouvernance et de politique internationale et...intérieure. Tout le monde pérore sur le bras de fer financier persistant entre le gouvernement italien de la Meloni (extrême-droite) et l'Union Européenne, S'indignant du mutisme de la Fondation face à la fronde des artistes.

L’accueil de cette édition est donc très contrasté : Artribune juge IN minor keys globalement réussie : «une exposition sensible, visuelle et cohérente, qui parle d’identité, de  mémoire, de colonialisme et de crise écologique sans tomber dans le pédagogisme moralisateur». La revue considère même que ce qui est réussi domine largement les échecs. Une autre analyse du même média salue la manière dont les œuvres dialoguent entre elles et dont l’exposition dépasse les classements par nationalité. « 8 punti per interpretare la Biennale ».

Frieze trouve l’exposition parfois trop silencieuse et austère. La revue reconnaît la force de l’intuition de Koyo Kouoh, mais regrette que les violences politiques contemporaines soient souvent évoquées à voix trop basse. The Guardian insiste surtout sur le climat politique très tendu : le retour contesté de la Russie, les manifestations de Pussy Riot, les protestations contre la présence israélienne et la fermeture temporaire de plusieurs pavillons. Il relève cependant la spectaculaire performance de Florentina Holzinger au pavillon autrichien et plusieurs œuvres vidéo présentées hors des sites principaux. La presse britannique la plus sévère décrit une exposition centrale parfois décousue et insuffisamment resserrée, tout en distinguant notamment Alfredo Jaar et Theo Eshetu. 

Le premier constat serait donc : une Biennale endeuillée, politiquement explosive, mais artistiquement plus sensible et séduisante que ne le laissait craindre ce contexte. L’absence de Koyo Kouoh demeure très perceptible : son équipe a respecté son projet, mais plusieurs critiques ressentent une vision laissée inachevée. Est-ce que ce sera l'impression qui restera en novembre lorsque la soixante et unième Biennale fermera ses portes et que le Café del Paradiso retrouvera son calme et sa tranquillité ?

27 juillet 2025

Vanessia.com fête ses 25 ans !

Nous sommes nés presque en même temps et au même endroit ! Le site Venessia.com est né en 2000. Il a réellement pris toute son ampleur en  2005 en même temps que naissait Tramezzinimag. Les deux sites fêtent donc dans la joie respectivement leurs 25 et 20 ans d'existence ! Tanti Auguri aux fondateurs de Venessia !   et une pensée pour Stefano soffiato, "l'inventeur" du site, aujourd'hui disparu
 
 
Engagés dans le même combat, partageant les mêmes valeurs, eux parce que vénitiens D.O.C. et nous, parce que Fous de Venise pour mille raisons diverses mais avant tout pour cet amour inconditionnel ressenti pour la Sérénissime, que nous soyons d'origine vénitienne ou qu'il s'agisse d'une longue histoire particulière à chacun mais dont le résultat reste le même : la passion pour Venise, la solidarité avec ses habitants, la colère devant l'inanité de la plupart de ses dirigeants et la hargne contre tout ce qui enlaidit, blesse, appauvrit, étouffe et finalement porte atteinte à la vie même de la cité des doges et de ses habitants. Tramezzinimag a été - et demeure - de tous les combats de Venessia.com et continuera de soutenir leurs actions. Histoire d'amour inconditionnelle
 
Pour ma part, cela s'est fait spontanément, parce que c'est le même le sang qui coule dans nos veines, parce qu'à quelques jours près j'aurai pu (et dû) naître à Venise, il y aura soixante dix ans cette année. Mais ce n'est pas de moi dont il s'agit aujourd'hui, mais de ce site inénarrable,  impossible à gnorer, qui parfois dérange et pique là où ça fait mal. Un site dont les colères toujours sont celles des vénitiens, toujours fondées, et les commentaires salutaires, absolument jamais politiquement corrects - loin s'en faut heureusement - de ces velléitaires et colériques pourfendeurs de tous ceux qui font du mal à la Sérénissime en prétendant la servir. les gens de Venessia.com sont Vrais, dans leurs engagements, leurs propos et leurs actions.  Tout ce qu'on aime à Tramezzinimag. 
 
Comme nous, ils n'aiment pas les faux-semblants. Ils sont bien loin de l'hypocrite pudeur des pisse-vinaigres et autres culs-de-plomb réactionnaires,maladivement engoncés dans leur bien-pensance et la défense de leurs privilèges et de leur portefeuille. Comme nous, ils votent NON à tout ce qui détruit l'humain, l'amour, la paix, la liberté. Ils tiennent de Brassens, de Rimbaud et de Luigi Tenco, pour ne citer que ceux-là. Ils sont les vrais amants de Venise, au parler rude et franc, à la colère prompte et toujours saine. Ils sont les meilleurs défenseurs de Venise. 
 
Pour ceux qui ne les connaissent pas, voici la traduction de l'éditorial publié sur leur site. Tout y est. Au passage, payez leur un café en ligne, modeste contribution qui montrera combien leur combat est nôtre.
« C'était le 30 mai 2000 lorsque Venessia.com a été mis en ligne pour la première fois. À l'époque, on y parlait de Venise, des Vénitiens et des touristes, mettant en avant tout ce qui n'avait pas encore été écrit jusqu'alors.
Cette idée quelque peu inhabituelle est venue de son fondateur, Stefano Soffiato, alors âgé de 40 ans et sans aucune connaissance en informatique. Le projet, né évidemment pour plaisanter, a dès le début reçu un accueil flatteur, si bien que deux ans après, le forum a vu le jour. Nous avons déployé tant d'efforts pour n'inclure dans le forum que des sujets concernant Venise, qu'à la fin nous avons décidé d'organiser une première rencontre entre nous, afin de mieux nous connaître et de créer quelque chose de plus qu'un simple groupe en ligne. C'était en 2004.
À partir de ce moment, se dessine ce qui sera à l'avenir l'organisation de tous les réseaux sociaux que nous connaissons aujourd'hui et qui traitent des problèmes de notre ville. Avec une différence : l'arme de la jovialité et de l'originalité. Ainsi, même une protestation devient sympathique, presque un bélier contre « le pouvoir ». 
Protestations, initiatives, idées, blagues, bénévolat, fêtes... tout se faisait « à l'intérieur » de Venessia.com. Tout était minutieusement documenté dans les médias locaux et mondiaux : du Gazzettino à la RAI, de la Nuova di Venezia à la BBC. 
Le forum évolue ensuite avec Ning, une plateforme plus riche, plus moderne et avec un graphisme plus attrayant.
Mais le coup de grâce qui uniformise tous les réseaux sociaux est la naissance de Facebook. Petit à petit, il attire tous les groupes existants, y compris Venessia.com, mais surtout, il en fait naître des dizaines. 
Grâce aux smartphones et à la facilité avec laquelle on peut s'exprimer en écrivant et en prenant des photos depuis son téléphone portable, n'importe qui peut créer un réseau social en 10 minutes. Alors que Venessia.com a toujours traité tout ce qui concerne Venise, d'autres groupes se concentrent sur la propreté des murs, la saleté dans les canaux ou la mobilité...» Mille baci, fioi !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     uq

08 juin 2025

Quand la gondole partait au combat (1)


«Nuovi approfondimenti sulle origini della Gondola Veneziana, e il suo antico uso militare»
(1)...
Tramezzinimag est ravi de cette découverte et je souhaitais vous faire découvrir le contenu de cette longue étude du célèbre physicien et climatologue padouan Dario Camuffo. Un de nos plus fidèles et assidus lecteurs, éminent et très discret universitaire belge, vient de m'adresser le lien vers Méditerranée, une des plus intéressantes et sérieuses revues numériques chez qui nous avions eu l'honneur d'être cités pour un de nos textes il y a des années sur le système hydrographique global de la Lagune de Venise et sa maîtrise plus que millénaire par les vénitiens. Le lien reçu concerne une étude sur un usage méconnu et quasiment inconnu de la  gondole à des fins militaires.
Dans une étude publiée dans la revue Méditerranée, le chercheur Dario Camuffo démontre que la gondole vénitienne a été profondément transformée au XVIe siècle pour servir d'embarcation d'assaut militaire ultra-secrète lors de la crise de la Ligue de Cambrai. Cette métamorphose et la fonction initiale du fer de proue en tant qu'élément défensif ont été rigoureusement occultées par les autorités de la République pour des raisons stratégiques avant d'évoluer vers le symbole que l'on connaît. Vous pouvez lire l'article complet sur OpenEdition Journals 
Plan de Venise et de la lagune de Benedetto Bordone (1534)

Aujourd’hui, on peinerait à imaginer que la gondole qui glisse sous les ponts de Venise avec ses passagers fascinés, au son d'un O Sole mio doucereux  a eu des ancêtres militaires ! Certes, cela ne dura que le temps d'une guerre, mais suffisamment  pour qu'on en garde la trace et la mémoire dans les fabuleuses archives secrètes longtemps oubliées...

Nous sommes en 1509. La République vénitienne a un problème bien peu paisible : elle doit combattre sur le Pô et l’Adige, où ses grands navires, galères et xxx ne peuvent pas manœuvrer facilement. La gondole, adaptée aux eaux peu profondes, devient alors une ressource précieuse.

Certaines embarcations sont transformées pour le combat. On les renforce et on les équipe de pièces de fer pointues à la proue et à la poupe. Pourquoi aux deux extrémités ? Pour pouvoir avancer, frapper et se dégager rapidement, même dans un espace étroit. La gondole n’a plus grand-chose de la promenade que nous connaissons.

L’épisode révèle aussi l’ampleur de la mobilisation : en novembre 1509, le doge demande aux habitants de rejoindre la flottille fluviale avec leurs propres barques. Puis les guerres passent, les usages changent et la gondole continue d’évoluer. Ce n’est qu’aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles qu’elle prend une forme proche de celle qui nous est familière.

La surprise, ce n’est donc pas que la gondole aurait été inventée pour la guerre. C’est qu’une embarcation du quotidien ait pu être adaptée, à un moment critique, en bateau d’assaut. Dario Camuffo reconstitue cette histoire en croisant textes anciens et représentations de la gondole à travers les siècles.

Le décor change : pour la première fois depuis qu'elle a été inventée, cette embarcation typique de la lagune va être utilisée sur des fleuves et des rivières  : loin des rii et canaux de Venise que les visiteurs depuis toujours associent à la gondole...

L'apparente frêle et romantique gondole livre aujourd'hui le secret de sa forme qui a une fonction ignorée depuis des siècles et gardée secrète par l'administration de la République. Les éléments mystérieux de sa sa proue comme de sa poulpe, s'avèrent avoir été créés pour faciliter l’attaque et le retrait en cas de bataille navale. Ces élégantes ferronneries  avaient donc un caractère offensif. Armes ou objets contendants expressément fixés aux deux extrémités de la barque ! On pourrait croire qu'il s'agit d'une farce ou d'une invention pour jeux vidéos si le chercheur n'avait pas retrouvé des documents authentiques confirmant cet usage oublié.

La gondole a donc plusieurs vies : barque de transport, embarcation adaptée à la guerre, puis symbole de la Venise que nous connaissons. Dans son étude le Docteur Camuffo le chercheur démontre que la gondole vénitienne a été profondément transformée au XVIe siècle pour servir d'embarcation d'assaut militaire lors de la crise de la Ligue de Cambrai. Cette métamorphose est restée Secret Défense pendant des siècles. La fonction initiale du fer de proue en tant qu'élément défensif a été rigoureusement occultée  par les autorités de la République pour des raisons stratégiques avant d'évoluer vers le symbole que l'on connaît. 

… à suivre
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1- «Nouvelles perspectives sur les origines de la gondole vénitienne et son ancien usage militaire. »Paru le 27 mai dernier paru en version numérique de la revue Méditerranée. intégrité de l'article : [https://journals.openedition.org/mediterranee/15539?lang=fr]

2- Illustration issue du manuscrit médiéval Le cycle de Lancelot, dit Manuscrit Douce -
© Bodleian Libraries, Université d'Oxford

22 avril 2025

La Pasquetta, la Marantega et les rois mages venus d'Orient

L'antique tradition chrétienne dit que trois rois suivirent le sillage d'une étoile et se mirent en route vers Bethléem pour adorer l'enfant Jésus. Ils lui firent trois cadeaux : l'or parce qu'il était roi des rois, l'encens parce qu'il était dieu et la myrrhe, dont on se servait dans les temps anciens pour embaumer les morts- , parce que ce dieu-roi des rois était aussi homme parmi les hommes et qu'en tant que tel, il était mortel.

Le Lundi de l'Ange est joliment appelé ici Pasquetta (littéralement la petite Pâque). Ce jour-là, chômé comme un peu partout en Occident, la tradition à Venise est de sortir de la ville. La plupart du temps, tout le monde se rend sur la lagune. Les restaurants de Murano, Burano et et de Torcello sont pris d'assaut par les familles. On va aussi au Lido pour une journée à la plage. Ceux qui ont leur barque choisissent souvent d'aller bivouaquer sur une des îles plus ou moins abandonnées de la lagune. A Venise, on aime pique-niquer. 

La Pasquetta, c'est le prétexte des premières promenades sur la lagune ou vers la mer qui annoncent le retour de la belle saison. L'atmosphère détendue des îles, ou des plages du littoral, au Lido ou plus loin permettent de laisser la foule des touristes qui ne diminue presque jamais désormais. Un bol d'oxygène, un moment entre soi.

C'est aussi le jour d'une autre antique tradition à Venise, appréciée des touristes qui sont souvent surpris par l'évènement. Il s'agit de la très rare procession des rois mages, du moins le défilé de leur version automate de la tour de l'horloge sur la Piazza, que l'on va admirer en famille.

Cette tour de l'Horloge construite sous la houlette de l'architecte Mauro Colussi en 1496 (en quatre ans !) complétée au XVIIIe siècle par les deux ailes latérales, est un des hauts-lieux de la Piazza, la Place Saint-Marc. Très (trop ?) appréciée des touristes, le monument mérite le déplacement. Voir ses automates défiler est un évènement et ce depuis leur installation en 1499. Bien qu'ils aient été remplacés à l'identique lors de l'extension du bâtiment, ils fascinent toujours autant les petits et les grands.

L'horloge est un monument dans le monument. Aucun mécanisme de cette qualité n'existait ailleurs. avant elle, seules les horloges hydrauliques connues dans l'Antiquité puis à l'époque byzantine. Umberto Eco évoque dans son «Histoire des Terres et des Lieux Légendaires», la fameuse horloge de Gaza qui servit de modèle et d'inspirations à d'autres horloges monumentales aujourd'hui disparues  :
« De Byzance, on se souvient d'une horloge monumentale du marché de Gaza, décrite au VIIe siècle par Procope, décorée sur le pignon d'une tête de Gorgone roulant des yeux à l'heure. En dessous se trouvaient douze fenêtres qui marquaient les heures de la nuit ; et douze portes qui s'ouvraient toutes les heures au passage d'une statue d'Hélios et à la sortie d'Héraclès couronné par un aigle en plein vol. »

Cette horloge de Gaza qui datait des années 500, est antérieure aux horloges arabes, mais nul doute qu'un lien étroit relie cette horloge à ses héritières. L'écrivain Procope la décrit en détail dans l'un de ses exercices de rhétorique, «L'éthopé» intitulée «Description de l'Horloge» si bien qu'on a pu en donner une image assez convaincante. Elle était installée sur une place publique de la ville du temps où ces lieux n'étaient pas le repère de fondamentalistes obscurantistes, mais une ancienne colonie romaine après avoir été une cité perse. Province du royaume d'Hérode, elle était un des principaux port du royaume d'Israël, attirant négociants et armateurs du monde méditerranéen. À cause de son emplacement au carrefour de trois mondes, Gaza a depuis toujours été un enjeu des puissances régionales, des rivalités parfois à l’intérieur des mêmes dynasties. Considérée comme joyau, elle fut offerte à Cléopâtre par son époux, nouveau maître de l’Égypte, le général romain Marc-Antoine. Mais la défaite en – 31 av. J.-C. des armées de ce dernier entraîna le retour de Gaza dans le royaume d’Hérode, à la veille de l’ère chrétienne, avant qu’elle n’entre pour environ six siècles dans l’empire romain puis de Byzance. 

« Au temps d'Alexandre, elle a été un port antique hors pair, et s'appelait Anthédon. De sa rade partaient des navires vers le reste du monde : Rome, Carthage, Byzance, Athènes... tout ce que le commerce de l’Orient apportait ». Elle était célèbre aussi pour « ses magnifiques vignobles » qui produisaient un nectar très apprécié à Rome comme à Athènes et à Byzance. Sa population était formée en majorité de juifs mais aussi de descendants de colons grecs et romains. Les nomades arabes y étaient peu nombreux, souvent venus pour travailler dans les vignes et sur le port. Rien à voir avec la population actuelle dont d'aucuns sont persuadés que cette région a depuis toujours été la leur. Mais cela est un autre sujet.

Selon Procope, la fontaine était installée sur une place publique, dans un édifice ancien, certainement bâti par les grecs ou les romains) d'une hauteur de près de 6 mètres sur un peu moins de 3 mètres de large. Wikipedia montre une reconstitution de la façade de l'horloge qui devait être impressionnante. en voici le détail : 

 
Au milieu du fronton, dans la partie haute de la structure, se trouvait une tête de gorgone qui roulait les yeux à droite et à gauche à chaque heure (1). Au dessous, douze ouvertures carrées avaient été pratiquées qui servait à indiquer les heures temporaires (les douze heures de la nuit) par une lumière spéciale qui se déplaçait à chaque heure (2). Plus bas, une rangée de douze portes à double battant indiquait les heures temporaires de jour. En s'ouvrant, elles montraient chacune une statuette d'Hercule avec  un des attributs correspondant à ses douze travaux (3). Une statue d'Hélios tenant une mappemonde dans les mains, se déplaçait d'heure en heure devant les douze portes (4) Chacune des portes était ornée d'un aigle tenant dans ses serres une couronne de lauriers (5).

À la fin de la première heure de jour, Hélios se présentait devant la porte correspondante qui s'ouvrait pour laisser s'avancer une statuette d'Hercule portant l'emblème de sa première victoire, la peau du Lion de Némée; l'aigle, placé au-dessus, déploiyait alors ses ailes et présentait sa couronne de lauriers sur la tête de la statuette. Puis, Hercule se retirait, les portes se refermaient et l'aigle reployait ses ailes. Le scénario se reproduisait d'heure en heure jusqu'au coucher du Soleil.

Dans la partie inférieure de l'édifice se trouvent trois dais, sortes de portiques à colonnes abritant chacun une statue d'Hercule. Au centre la statue sonnait les heures en frappant un gong avec sa massue. Le détail de la sonnerie est connu : un coup était frappé à la fin de la première heure, puis deux, trois… jusqu'à six pour l'heure de midi. Le cycle recommençait de un à six pour les heures du soir. « Au-dessus du dais, une statuette de Pan dressait l'oreille à chaque sonnerie du gong et, le couple de satyres qui l'entourait se moquait de lui en grimaçant ».

Sous le dais de gauche, Hercule était représenté supposé en marche, surmonté d'un pâtre immobile; sous le dais de droite, Hercule s'apprêtait à décocher une flèche, surmonté d'une statuette de Diomède annonçant à son de trompette la douzième heure, fin de la journée de Soleil et de travail. Entre les dais, en retrait, deux esclaves couraient vers Hercule sonnant les heures, l'un apportant la nourriture du matin à la première heure, l'autre l'eau pour le bain du soir à la dernière heure.

Cette description imagée de Procope ne donne aucun détail concernant le qui pilotait le système, mais elle donne une idée de la grande complexité de cette « merveilleuse horloge à eau ». Selon Diels, cette horloge serait la plus ancienne installation horlogère accompagnée d'une sonnerie mécanique des heures. On ne connait ce mécanisme que par les rares écrits retrouvés. On en imagine la complexité qui permettait à une époque aussi retirée de marquer avec précision l'heure, les jours, les phases lunaires et les périodes du zodiaque. 

Mais revenons à l'horloge de la Piazza. elle est l’œuvre d'un horloger venu d’Émilie-Romagne, Giancarlo Ranieri. Un sujet du pape donc, puisque la région faisait alors partie des possessions pontificales. On raconte que lorsque il acheva son chef-d’œuvre, on lui creva les yeux sur l'ordre des Inquisiteurs d’État, afin de l'empêcher de créer  un mécanisme identique ou encore plus perfectionné. Cela reste une légende car il n'y a aucune mention d'une telle décision dans les Archives de la République. Celle-ci était très pointilleuse quant à l'enregistrement des mesures, décisions et actions, même secrètes. La Raison d’État ne l'emportait jamais sur la loi, ce que Napoléon ne comprit pas quand il réduisit à néant la Sérénissime.

Mais, en dépit de tout, Venise continue d'exister et de vivre. Ses traditions, ses rites et ses coutumes perdurent depuis des siècles. La Pasquetta fait partie de ces moments typiques qui «font toujours sens» pour les vénitiens. Mais, place aux rois mages qui défilent pour le plus grand bonheur des petits et des grands :

 
   
Le défilé des rois mages, 2023. 
Avec la courtoisie de Local Team TV
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