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10 octobre 2026

Coups de cœur N°67

L'automne est de retour, la rentrée des classes est déjà loin, déjà notre immonde société de consommation prépare l'offensive Halloween, sur les écrans de télévision, toujours les mêmes images déprimantes et les propos de pseudo journalistes de plus en plus orientés, mortifères et xénophobes. Tout cela est bien sombre. Pourtant les jours restent doux et la lumière bien belle. Un clin d'œil de la Nature pour nous montrer que la vie doit continuer, et qu'au-delà des luttes et des combats, il ne nous faut pas renoncer aux plaisirs. Ce temps d'arrière-saison est ainsi l'idéal pour déguster de nouveaux livres et écouter les récentes parutions qu'à Tramezzinimag nous avons bien aimé. Nouveautés ou relectures, voici quelques titres que nous avions envie de partager avec vous en ces premiers jours d'octobre.

Philippe Grimbert
Un garçon singulier 
Grasset - Livre de Poche 
2011 
« Maintenant que j'ai appris à le connaître, je l'aime et il m'effraie tout à la fois. Lui et sa mère vont trop loin, mais tous deux ont eu raison de mes résistances...».La citation reportée en 4e de couverture nous met aussitôt dans le ton du livre. «Une simple annonce sur les murs de la faculté a sorti Louis de sa léthargie pour le précipiter sur la plage de son enfance à la rencontre d'une mère et de son fils, deux êtres hors du commun qui vont bouleverser sa vie et l'amener à affronter ce qui dormait au plus profond de lui-même ». Philippe Grimbert, psychanalyste et psychologue nous livre après Un Secret, et La Mauvaise rencontre, un autre très beau roman, qui déborde d'empathie pour les enfants douloureux d'amour sans mièvrerie ni faux-semblants. Un texte court (178 pages) qui va au fond des choses et remue en nous mille choses. Rien que le titre déjà attire et nous prend.

Ch-F. Ramuz 
Vieux dans une salle à boire 
Coll. L'Ivre de caisse 
Éditions L'Arbre vengeur
2026 
56 pages. 
6,50 € 
« Une gorgée d’éternité dans un bistrot vaudois.» C’est un minuscule livre de 56 pages qui se glisse dans la poche comme un secret. Publié dans la jubilatoire collection chez l'éditeur bordelais L’Arbre vengeur, ce court texte (suivi de La folle en costume) s'offre à nous comme un reportage poétique, une peinture de mœurs à l'huile et au vin blanc. On passe la porte, et l’on y est. Ramuz s'installe à la table d’à côté, sort son carnet et croque le réel. Le décor ? Une taverne de montagne en Suisse où des hommes, solidement ancrés sur leurs bancs, regardent descendre leurs chopines. L'écriture si singulière de Ramuz, avec son rythme haché, fonctionne comme l'œil d'un cinéaste. On entend le bruit des gros souliers sur le plancher, on respire l'odeur du vin gris, on observe les silences lourds de ces buveurs qui n'ont plus grand-chose à se dire mais qui ont besoin d'être ensemble. Un superbe reportage sur la solitude des vieux jours. Derrière le pittoresque de la scène se cache la force du grand auteur suisse : sa vision poétique de l'existence. Boire ici n'est pas une fête, c'est une façon de tromper l'attente en contemplant le temps qui passe dans le reflet jaune clair du verre. Il l'écrit sans fioritures inutiles, toujours d'une manière explicite. Portraits et décors sont toujours évidents qui surgissent de ses mots pareils à des photographies. Un texte bref, rugueux et magnifique, qui se savoure d'un trait. Ces deux courtes nouvelles sont une pépite de nostalgie à dévorer sans modération ! Une roborative découverte.

Stefan Zweig
Le Bouquiniste Mendel
Traduction de Manfred Schenker
éditions Sillage
2013
Dans la Vienne du début du siècle, Le bouquiniste Jakob Mendel fait autorité auprès des bibliophiles. Installé à demeure à la table d’un café, ce bouquiniste est un paradoxe vivant : il ne lit pas, mais connaît les auteurs, les sujets, les éditions, les lieux de publication et les prix, neufs ou d’occasion. Un catalogue monumental dans la tête d’un seul homme, dont la Première Guerre mondiale va bouleverser l’univers.
Zweig, dans sa superbe langue, offre dans ce court texte, presqu'une nouvelle, le portrait de cet être singulier, que l’on dirait aujourd’hui atteint d’une forme d’autisme. Un texte court, mais dense, qui montre une vie consacrée à une expertise reconnue des amateurs comme des professionnels, malgré son irrationalité ; puis sa destruction, lorsque cette marginalité n’est plus considérée que sous un angle administratif. Les livres écrits « pour unir les hommes et les défendre contre l’évanescence et l’oubli » : cet idéal évoqué par Zweig n’est-il pas devenu aujourd’hui davantage un souhait qu’une réalité ? La production de livres, désormais si pléthorique, et leur contenu souvent si narcissique et orienté, n'est- ? ce pas la cause du désintérêt croissant pour les livres ? En dépit de son pessimisme, le rôle de Zweig ne serait-il pas de chercher ce qui rassemble, par la grâce de son écriture et sa propension à raconter d’autres histoires que la sienne afin qu'elles parlent à tous ?
                                                                                                                                                                            
Justus Eichhorn 
The Source 
CD Deutsche Grammophon
2026
Ils sont ravis chez DG d'éditer le premier album de ce prodige de 16 ans, pianiste et compositeur allemand. Ils le clament haut et fort sur leur site.  The Source, «mêle une virtuosité artistique exceptionnelle, une narration captivante et une perspective créative fraîche, le tout profondément ancré dans sa ville natale de Weimar.»
Malgré son jeune âge, Justus Eichhorn s'impose déjà comme l'une des nouvelles voix les plus passionnantes de la musique classique, captivant les publics sur scène comme en ligne grâce à sa créativité, sa virtuosité et sa vision artistique unique. Son album rassemble des œuvres de Bach, Liszt, Mendelssohn, Hindemith et Richard Strauss, tout en mettant en valeur ses talents de compositeur et d'arrangeur. En plus de trois enregistrements de ses propres œuvres en première mondiale, The Source propose son arrangement unique de Vivaldi ainsi que des réinterprétations imaginatives d'études de Czerny, créant ainsi un programme qui jette un pont entre tradition et innovation.
Avec des concerts à guichets fermés à travers l'Europe et l'Asie et une communauté mondiale de plus d'un demi-million d'abonnés sur les réseaux sociaux, le jeune Eichhorn va à la rencontre d'une nouvelle génération d'auditeurs de musique classique. Qu'il se produise sur les scènes internationales, qu'il partage les coulisses de son processus artistique en ligne ou qu'il crée des compositions originales, il incarne une nouvelle génération d'artistes classiques : authentiques, entrepreneurs et profondément connectés avec leur public. 
Un ami journaliste qui l'a rencontré longuement me disait qu'il était ce que la matérialisation du personnage d'Elio dans Plus tard ou jamais, le roman d'André Aciman - rebaptisé Appelle-moi par ton nom, pour plaire aux producteurs du film éponyme. Un Elio dont le succès fulgurant auprès du grand public n'a pas attendu l'âge adulte. Justus a 16 ans et un talent prodigieux ! Bien évidemment son extrême jeunesse, son look à la fois romantique et très contemporain - certes calculé mais forcément touchant - suscitent les épithètes les plus enthousiastes mais il suffit de fermer les yeux et d'écouter le son qu'il obtient de son instrument pour rejoindre les commentaires les plus dithyrambiques.  

L'album complet est disponible en version numérique, en CD et en vinyle (LP). Commandez les éditions CD et vinyle sur la boutique DG Store. Justus a tenu aussi qu'il soit en libre accès sur la plupart des plateformes.

En attendant de le découvrir dans son ensemble, en voici un extrait : le Largo du Concerto pour flautino en do majeur, RV 443 de Vivaldi : 


Dans le morceau original, le piano (ou le clavecin) ne joue que la basse continue pendant que la flûte déroule de longues notes suspendues et de petites ornementations. Quand on s'essaye à l'adaptation pour piano seul, la main gauche doit rester très légère presque déconnectée (souvent en staccato ou portato pour imiter les cordes de l'orchestre) pour que la mélodie de la main droite chante librement.
L'interprétation et l'arrangement de Justus ont suscité des retours particulièrement élogieux, mettant en avant la texture sonore unique qu'il a choisie pour revisiter ce classique baroque. La grande particularité de son enregistrement est l'utilisation d'un piano droit avec sourdine en feutre, un choix esthétique inattendu qui a été beaucoup commenté. Je ne sais pas si notre jeune virtuose allemand est souvent allé à Venise, mais il a su recréer avec son arrangement un style néo-classique qui n'a rien du pastiche, style envoûtant et très parlant pour qui sait combien la musique du prêtre roux doit aux sons et au rythme de la Sérénissime. Tous les codes de la musique post-classique moderne y respirent qui rappellent l'univers de compositeurs comme Nils Frahm En plaçant les micros très près des cordes étouffées, il crée un son aux contours doux, intimiste, où l'on perçoit distinctement le cliquetis mécanique des touches, apportant une proximité rare avec l'instrument. Comme le souligne la notice de Deutsche Grammophon, Justus est parvenu à traduire  dans sa transcription «la ligne pure et chantante de l'œuvre originale dans une configuration pour instrument unique, tout en préservant le cœur lyrique de la pièce». 
C'est tout simplement envoûtant. Les premiers commentaires décrivent un résultat «magique» tout autant que «nostalgique» et «méditatif». Comme une promenade matutinale solitaire  sur les eaux de la Venise qui s'éveille… Le fait de transposer une œuvre initialement virtuose et aiguë (au flautino) dans les résonances feutrées et mates d'un piano donne l'impression d'une œuvre suspendue dans le temps. Quelle émouvante maturité dans la démarche ; les auditeurs ne s'y sont pas trompés en saluant la sensibilité du jeune musicien (qui n'a que 16 ans au moment de la sortie de l'album). En partageant ses notes d'intention, Justus a confié que cette mélodie l'avait marqué lors de ses tout premiers concerts d'enfance au point de « ne plus jamais quitter son esprit», une sincérité qui se ressent dans la délicatesse de son toucher autant qu'elle éclaire son visage et illumine son sourire.
Dans son arrangement épuré, Justus Eichhorn conserve fidèlement la grille harmonique originale de Vivaldi. Le morceau est écrit en La mineur (la tonalité relative de Do majeur, qui est celle du concerto global), ce qui lui. donne cette atmosphère profondément mélancolique. Il nous fait glisser avec lui sur les eaux des canaux de la Sérénissime au pont de sentir à chaque note le mouvement de la barque et des rameurs...
Le thème principal - l'introduction et le refrain - du morceau s'ouvre sur une cellule harmonique très stable et cyclique, l'accord de départ La-Do-Mi, qui pose le décor triste et suspendu. Puis l'accord de sous-dominante (Ré-Fa-La) qui amène de la rondeur et du mouvement. Puis vient l'accord de tension (Mi-Sol#-Si) qui appelle une résolution et enfin, retour à la maison avec La-Do-Mi. 
On bascule ensuite vers la lumière : au milieu du morceau, les accords s'échappent du mode mineur pour chercher des couleurs plus lumineuses et majestueuses afin de suivre l'envolée de la mélodie : La tonalité d'origine du concerto fait une apparition (Do-Mi-Sol). Le son s'ouvre.
Soudain on passe en Sol majeur, avec l'accord pivot (Sol-Si-Ré) pour accompagner la descente de la mélodie. Ensuite apparait un accord très doux et chaleureux (Fa-La-Do) qui donne une impression de répit.
Avant de conclure, Vivaldi crée une tension maximale avec des harmonies plus serrées que reprend Eichhorn dans sa texture. Notre oreille sent soudain la tension dramatique qui annonce la fin du voyage avec des accords instables qui accentuent la complainte de la main droite, puis surgit le grand accord de tension baroque (Mi-Sol#-Si-Ré) qui fait que le temps semble s'arrêter. L'accord final s'éteint lentement dans les feutres du piano... 
Et c'est tellement beau et prégnant qu'on réécoute le morceau. J'attends vos commentaires après l'écoute de ce superbe disque !

06 octobre 2026

«On arrive à sainte Lucie, par le train de nuit»

John Singer Sargent, Café on the Riva degli Schiavoni
                                  (c. 1880-82) - Coll.privée

Un des plus anciens et fidèles lecteurs de Tramezzinimag qui souhaite que son anonymat soit respecté vient de m'adresser un certain nombre de billets de l'ancien site, le Tramezzinimag originel. Un long travail de relecture et de reformatage, de recherche sur les crédits photographiques et de simple correction - je relisais rarement les billets après la tension de leur création, la vérification des sources et le travail de présentation et de mise en page. A constater le nombre de fautes de frappe, les approximations stylistiques et de grammaire, les répétitions et les maladresse, j'aurai dû relire. Mais nos lecteurs ne m'en ont pas tenu rigueur. C'est en relisant ces articles, que j'ai retrouvé un texte plein de poésie et d'humour laissé le 14 octobre 2011 par un fidèle parmi les fidèles qui signait Gérard. 
Ce jour-là, il a dit…

« Bon voilà !
On arrive à Sainte Lucie , par le train de nuit .
Il fait frisquet , dans cet hiver .
Peu importe .
On s'en fiche .
On quitte les quais , nous voilà dans le hall , on bifurque à gauche au buffet ; bruits de la multitude un peu partout .
On prend un ticket , comme ça , juste pour pouvoir , l'instant d'une seconde , poser le haut de notre lèvre supérieure dans la mousse blanche d'un adorable capuccino .
L'arrivée à Venise commence quand le bas du nez frissonne de sentiments chocolatés .
Les pieds encore au sec .
Un tout petit bout de papier , déjà froissé dans la poche .
L'Italie à la lippe .
Et un amour total pour la cité des Doges .
A l'embarcadère .
Odeur là-bas , ça rime avec bonheur .»

Oui, Gérard a raison, odeur à Venise, ça rime avec bonheur. Comme bonheur rime avec cette passion partagée avec des milliers de lecteurs depuis ce printemps 2005 où Tramezzinimag vit le jour. 

En hommage aux lecteurs de Tramezzinimag, à ceux qui sont restés avec nos, à ceux qui ont disparu et qui nos manquent, à ceux qui viennent encore parfois ou régulièrement faire un tour dans la Venise que je suis heureux de partager avec vous, de ma petite équipe à géographie variable avec qui tout est toujours joie et bonne humeur. À Catherine, à Véronique, Marie, Fabienne, Maud, isabelle, Martine, Geneviève, Michèle, Danielle, Stef, Jean-Michel, Jean-Marie, Jean-Pierre, Philippe, et à tous les autres. À Gérard en particulier bien sûr, pour le remercier quinze ans après de ce sympathique petit texte. Il dit avec talent et simplicité tout l'amour que nous ressentons, nous les Fous de Venise comme nous avait surnommé un journaliste il y a des années.

Ce billet s'est écrit sous un soleil encore estival, dans un délicieux jardin nantais, en attendant que mes petits-enfants rentrent de l'école et que nous prenions le thé ensemble, avant de jeter un regard sur les devoirs à faire et les leçons à apprendre. Se mêlant au chant de la foule d'oiseaux qui peuplent l'endroit, avec une légère brise qui chasse les moustiques encore très virulents, les mélodies peu connues de La Senna Festeggiante de Vivaldi avant le son enjoué mais moins paisible et solennel de Soprano ou Orelsan que les enfants me demanderont d'écouter.

04 février 2026

Coups de cœur N°65

Nuove Musiche 
Laberintos Ingeniosos
Label Passacaille

Cet enregistrement intimiste du baryton Furio Zanasi et du théorbiste Xavier Díaz-Latorre nous plonge aux sources du stile moderno italien. Le programme met à l'honneur les monodies et toccatas de Giulio Caccini et Giovanni Girolamo Kapsperger. Une pure merveille découverte par hasard qui nous transporte «au cœur d’un moment décisif de l’histoire musicale italienne. Au tournant du XVIIe siècle, Giulio Caccini revendique une nouvelle manière de chanter où la poésie guide la musique et où l’émotion prime sur l’équilibre savant du contrepoint. Cette esthétique naissante, bientôt qualifiée de stile moderno, rend au texte sa clarté et sa force expressive.»

Paisible et d'une grande beauté, le programme qui est structuré en six  canti en hommage à la Divine Comédie, alterne madrigaux et arie de Caccini avec des toccatas, passacailles et danses tirées des livres pour chitarrone de Kapsperger. «Les pages instrumentales, tour à tour lumineuses et audacieuses, dialoguent avec l’intensité des monodies et soulignent la richesse d’un langage en pleine invention.»

Porté par la diction souple et incarnée de Furio Zanasi, soutenu par le continuo sobre du chitarrone et de la guitare à cinq chœurs, l’ensemble fait entendre une parole chantée d’une grande proximité. Un enregistrement qui éclaire avec précision la naissance du baroque et l’art nouveau de faire vibrer le mot. Beau, vraiment.


Spice of Italy
Nicola Matteis et son fils
Duo Dorados
Label Chandos
Un recueil instrumental entièrement consacré à la musique pour violon et basse continue de Nicola Matteis et fils, capturant l'essence flamboyante et l'inventivité de la tradition italienne du XVIIe siècle qui a littéralement révolutionné le goût musical anglais. Quand la virtuosité napolitaine bouscule le Londres de la Restauration !

Dédié à Nicola Matteis (Père et Fils), ce disque retrace le choc esthétique qui convertit l’Angleterre au style italien à la fin du XVIIe siècle. Salué par la critique comme un voyage musical vif et vigoureux, l'album « éclaire d'un jour nouveau le Londres de la Restauration » d'après le prestigieux magazine The Strad. La violoniste Hazel Brooks y déploie une technique remarquable, redonnant toute sa saveur et son audace à cette musique historique dont les chroniqueurs de l'époque disaient que « plus rien en ville n'avait de saveur sans un zeste d'Italie ». Une pépite baroque à écouter absolument.

Sa magnifique performance dans la maîtrise des défis techniques de cette musique - particulièrement dans des pièces comme l' Ostinatione au livre 2 -, l'utilisation de deux violons d'époques différentes pour marquer l'évolution entre le père et le fils Matteis est intéressante et le continuo alternant élégamment entre le clavecin et l'orgue de chambre donne un disque qui offre un véritable « voyage musical vibrant, dynamique et captivant» 
Venise, millefleurs
Ryoko Sekiguchi 
Editions P.O.L , 2026
256 pages
ISBN 978-2-8180-6512-9
20€

Une déambulation merveilleuse qui balaye tous les clichés touristiques. Inspirée par la découverte d'un herbier vénitien du XIXe siècle, la poétesse japonaise Ryoko Sekiguchi dessine le portrait d'une « Venise en perpétuelle germination ». Traversant les saisons, les jardins cachés et l'art du verre de Murano, ce récit tisse un dialogue intime entre les plantes, l'eau et les habitants. La critique salue unanimement cet ouvrage délicat comme « un poème vivant », parfait pour voir la Sérénissime sous un angle profondément sensoriel et végétal. Un enchantement.

L'Adieu à Venise
Thierry Brunello
Éditions de la Martinière, 2026
272 pages
ISBN 979-10-401-2253-1
21€
Pour son premier roman, Thierry Brunello signe une œuvre puissante et bouleversante, ancrée dans la Venise de 1938. On y suit Angelo, docker et danseur clandestin, dont le destin bascule sous l'ombre grandissante du fascisme. Trente ans après son exil, devenu cinéaste, il doit revenir dans la lagune pour la Mostra. Salué par la critique comme «un texte incandescent, un pamphlet crépusculaire », ce livre est une magnifique « ode à une Venise non pas féérique mais absolument ténébreuse » où le passé finit toujours par ressurgir. Porté par une écriture ardente, il livre une histoire d’amour bouleversante, aux personnages inoubliables. «Une fresque romanesque qui nous emporte par la force de ses émotions». Un bon moment de littérature. Thierry Brunello est né dans une famille originaire de Vénétie et d’Émilie-Romagne. L’Adieu à Venise est son premier roman et j'aurai aimé le publier aux Edizioni Deltae ! 


03 juin 2025

21 juin, à Venise aussi on fêtera le solstice d'été


Si dans le monde entier ce jour spécial est l'occasion de la Fête de la Musique (*), à Venise, l'énergie créative de la Sérénissime s'enflamme au crépuscule avec Art Night, «Art Night, la nuit magique dédiée à l'art et à la culture» inventée par la Ca'Foscari. Depuis quelques années, le jour du solstice est ainsi prétexte à l'ouverture des musées et galeries d'art où la musique se mêle aux autres arts. C'est dans ce contexte dynamique que la Fondazione Querini Stampalia célèbre son anniversaire avec le Q-Day / Art Night. Pendant toute la journée, l'évènement sera l'occasion unique de découvrir gratuitement les Querini - visites guidées, itinéraires créatifs, présentations, performances musicales - et «de célébrer le solstice en se laissant inspirer par l'émerveillement». 

«A la lecture du programme, on voit que dans quelques jours il va se passer de bien belles choses au sein de la Fondation. Le 21 juin, jour du solstice d'été, est un jour spécial : la fête de la musique est célébrée et, à Venise, l'énergie créative s'enflamme au crépuscule avec l'Art Night, la nuit magique dédiée à l'art et à la culture. C'est dans ce contexte dynamique que la Fondazione Querini Stampalia célèbre son anniversaire avec le Q-Day / Art Night.
La Fondation propose donc une journée entière (entrée gratuite), dès 9 heures et jusqu'à tard dans la nuit, qui comprendra des visites guidées, des itinéraires créatifs, des présentations, des performances musicales - «pour célébrer ensemble en se laissant inspirer par l'émerveillement».

Visites guidées de la bibliothèque et du musée donc qui permettront d'explorer les espaces historiques et les parcours d'exposition. Le personnel de la bibliothèque accompagnera les visiteurs parmi les manuscrits et les livres anciens, tandis que des historiens d'art les guideront à travers le musée et les expositions en cours. Les visites seront
 gratuites - ce qui est à souligner dans une ville où tout devient payant - et elles se dérouleront en italien - à souligner aussi - pour une maximum de 20 participants à chaque fois. Autant préciser qu'il est nécessaire de réserver pour être sûr de pouvoir y participer. Ceux qui retireront leur carte d'accès à la bibliothèque avant le jour J recevront gratuitement un catalogue d'architecture ou un volume sur l'histoire de la Fondation.

Pendant la journée, il sera possible de découvrir les différents groupes de lecture de la Fondation : Di libro in libro, dédié aux lecteurs seniors, et Scompaginati, destiné à un public plus jeune. L'association Un Gomitolo a Venezia - Knit Café impliquera le public dans un atelier ouvert : «une manière concrète de partager son temps et son talent, en créant des liens authentiques avec la communauté».

Ce sera aussi l'occasion si vous ne l'avez pas encore fait de devenir membre de la Fondation, ce qui «signifie vivre la culture en tant que protagoniste, participer en première personne à la vie des Querini et soutenir ses projets»(**). Plus encore,le 21 juin, les personnes qui s'inscriront pour la première fois, outre les avantages liés à l'adhésion (accès prioritaire aux expositions, évènements réservés, réductions spéciales) bénéficieront de la promotion «2x1»
 : une seconde carte «in omaggio» à offrir à une(e) ami(e). «Une invitation à partager avec quelqu'un un geste simple, mais plein de sens» En tout cas, un moyen intelligent de faire grossir les rangs des adhérents dans ces temps de vaches maigres budgétaires. 

Tout au long de la journée, la libreria Giovanni, qui se veut bien plus qu'un bookshop de musée, il sera proposé une sélection spéciale de livres, en collaboration avec les éditions Tlon, «Maison d'édition indépendante de philosophie et de floraison personnelle» - bien plus poétique vous ne trouvez pas que le fameux «développement personnel» dont on nous rabat les oreilles - en plus des catalogues et objets liés à l'histoire de la Fondation et aux expositions en cours, avec des réductions spécifiques uniquement pour le 21 juin. Le nouveau Cafè Mariona, signé par Rosa Salva, proposera à partir de 18 heures, un apéritif dédié à l'occasion à un prix specialissimo. «L'occasion de vivre ensemble une véritable fête de l'émerveillement».

«À l'occasion de la Nuit de l'Art, la Fondazione Querini Stampalia se transforme en un carrefour vibrant de culture et de créativité» et ce jusqu'à 22 heures. Les visiteurs pourront ainsi «explorer gratuitement les espaces de la Fondazione, redécouvrir les lieux, revoir les collections et les expositions temporaires à la lumière d'un esprit d'accueil renouvelé, en se laissant guider par l'émerveillement». 

Des visites guidées des collections de livres anciens et de manuscrits animeront la soirée, sur le thème Venetian Roars (lui aussi décrit en langue anglaise sur les documents de presse !) des lions de Venise. Voyons ce qu'en dit le dossier de presse :

« San Marco en forme de lion est plus qu'une devise : c'est l'âme même de Venise. Depuis le XIIIe siècle, le lion ailé incarne la force, la sagesse et l'autorité de la Sérénissime. Au cours de cette visite guidée, il sera possible d'admirer des volumes anciens, des gravures et des manuscrits documentant l'évolution iconographique du lion vénitien, du symbole civique à l'emblème universel. Un voyage à travers des documents d'archives et des vues du XVIIIe siècle, entre l'Arsenal et la chancellerie ducale, pour découvrir comment une image a construit l'identité d'une République.»
Fête de la Musique oblige, il y aura aussi un concert dans le jardin conçu par Carlo Scarpa et la poésie sera de la fête. Comme tous les évènements nocturnes dans cet espace, cela risque fort d'être magique. La Querini mettra à l'honneur le castillan Micó, l'un des principaux poètes espagnols contemporains,qui est également philologue, traducteur et musicien. La poésie qui se fait musique donc avec ce récital, intitulé “L’equilibrio impossibile” | Marta y Micó.

«Des mots qui deviennent chansons, de la poésie qui se transforme en mélodie : tel est le cœur du concert de Marta y Micó, le duo formé par José María Micó et son épouse Marta Boldú, voix et guitare dans un dialogue intime et intense. C'est précisément de cet entrelacement qu'est née son œuvre artistique, aujourd'hui enfin accessible au public italien : «L'equilibrio impossibile» publié chez Molesini Editore, l'éditeur vénitien que nous aimons beaucoup à Tramezzinimag, la première anthologie en italien de sa production poétique, publiée en janvier dernier, dont nous reparlerons prochainement dans notre rubrique Coups de Cœur. 

“L’equilibrio impossibile” | Marta y Micó.

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Q–Day, la Querini Stampalia compie gli anni: un'intera giornata a ingresso gratuito
https://www.veneziatoday.it/eventi/compleanno-querini-stampalia-ingresso-gratuito.html
© VeneziaToday

Tout au long du parcours, des médiateurs culturels de Ca' Foscari accompagneront les visiteurs « dans un dialogue ouvert avec les œuvres et l'architecture, en favorisant les expériences d'échange et de partage».

Gageons qu'une fois encore la Querini-Stampalia créera l'évènement et que les visiteurs ce jour-là ne regretteront pas de s'être déplacés. Nous nous y croiserons peut-être, chers lecteurs.



 

Pour ceux qui ne connaissent pas encore bien Venise :

La Fondation Querini Stampalia.

«La Fondation Querini Stampalia est l'une des plus anciennes institutions culturelles italiennes. Depuis 1869, elle promeut « le culte des bonnes études et des disciplines utiles », avec un regard curieux et une passion pour l'avenir.» 

C'est ainsi que se présente cette organisation unique qui est un des lieux les plus importants culturellement de la sérénissime avec son magnifique palais aménagé de 1959 à 1963par le grand architecte Carlo Scarpa puis rénové et agrandi sous la férule de Valerio Pastor et enfin de Mario Botta. Les locaux abritent un musée rempli de trésors de la peinture vénitienne, de mobilier et d'objets d'art qui méritent d'être vus. C'est aussi une bibliothèque publique, un lieu d'expositions temporaires, un agréable jardin et un délicieux espace de restauration, l'un des plus agréables de Venise.

Suivant la volonté du donateur, la fondation a été l'une des premières bibliothèques ouvertes en permanence, tard la nuit et des générations de lecteurs, étudiants, chercheurs ou simples lecteurs ont pu pendant des années venir dans le palazzo y travailler la nuit, dans le silence des grandes salles ornées de tableaux anciens, parmi un mobilier confortable et rassurant comme une bibliothèque familiale. Hélas, les temps changent et la volonté première du donateur a été enterrée. Certainement des questions de budget ou de sécurité, les maîtres de toutes les décisions dans ce monde en pleine déliquescence. 

Nous le regrettons à Tramezzinimag et ne cesserons de partager le combat de ceux qui souhaitent la réouverture de la bibliothèque jusqu'à au moins 23 heures quitte à réserver les lieux aux seuls étudiants et chercheurs. Qu'importe que parfois nous n'étions qu'une dizaine à rester travailler aussi tard. C'était un privilège offert par le fondateur à tous, sans distinction d'âge ou de classe sociale. 


 

16 février 2025

Coups de Cœur N°63

  
Aquarelle de Dürer réalisée en 1525 où il décrit son rêve,peut-être pour se souvenir de l'image d'une futur tableau qu'il aura rêvé...

La lectrice qui vient gentiment de m'écrire une vraie lettre avec des timbres et tout, ne se doutait pas combien l'enveloppe que je retirais de ma boite au milieu des infâmes prospectus dont nous sommes abreuvés quotidiennement et du magazine départemental, allait réenclencher un mécanisme que je croyais définitivement désynchronisé. 

Cette amie fait partie de ceux qui n'ont jamais renoncé à écrire à la main. Artiste douée - trop discrète - elle complète souvent ses propos de petits croquis qui m'ont toujours enchanté. Recevoir un vrai courrier est devenu tellement rare. Quand je dis aux amis qui partent en voyage de ne pas oublier de m'envoyer une carte postale de leur lieu de villégiature, ils ont un instant d'hésitation... La plupart lèvent les yeux au ciel, la mine contrite. Alors je fais semblant de ne pas relever l'ironie (ou bien serait-ce de la pitié ?) que leur moue exprime et je n'insiste pas, ou bien je dis que je collectionne toujours les cartes postales... Je ne suis pas dupe, je connais leurs propos «Oh ! Ce pauvre Lorenzo, il ne grandira jamais», «un idéaliste pur et dur», «le monde change et lui demeure» ou des choses du même acabit. On est toujours sot ou imbécile quand on n'a pas les réactions communes, au mieux naïf et à plaindre, «dans ce monde devenu si difficile et si dur».

Il y a longtemps que j'ai cessé d'exprimer mon ressenti quand je suis avec d'autres adultes. Prévert avait raison, ils ne peuvent comprendre. Leur tolérance a rapidement ses limites. Difficile de réaliser un jour, soudain, par on ne sait quelle circonstance inattendue, que mes pairs n'ont aucune imagination ou bien l'ont tellement étouffée qu'ils ne savent plus. Saint-Exupéry le fait dire au Petit Prince, n'est-ce pas. La proximité des gens sérieux rendait fou furieux Rimbaud... Tout ça pour exprimer ma joie lorsque des gens, jeunes ou vieux, ne perdent jamais cette soif d'invention, de créativité. ils font le monde moins laid, moins triste. Ces adultes sont en colère sans se rendre compte que leur colère, ils se l'adressent à eux-mêmes. Conscients que la femme ou l'homme qu'ils sont devenus a trahi l'enfant pur et émerveillé qu'ils furent. A tout jamais.


Bref notre monde actuel est ainsi fait. Bien éloigné de l'amour et de l'eau fraîche. On ne jure que par la respectabilité, le sérieux, la rigueur. On ne rigole plus maintenant Messieurs-Dames. Non, non, on n'est pas là pour ça ! Allez, au pas ! (et remettez vos masques !). 

Mais les coups de cœur n'étant pas encore proscrits. en voici quelques-uns que je vous recommande. N'hésitez-pas à revenir vers moi et me donner vos avis !
 
Ouvrage Collectif
Au bout de nos rêves
Le Retour des Utopies
Fondation Jean Jaurès
Éditions de l'Aube, 2022
8€
Un petit livre rutilant qui fait drôlement du bien dans la morosité et les grognements de plus en plus décomplexés des fascistes de tout poils d'aujourd'hui. Le principe de ce livre est simple. Publié dans la collection, «Les Petits cahiers de Tendances», que présente Thierry Germain dans son avant-propos, regroupe les textes de quatre auteurs parmi les plus pertinents, des esprits de qualité : «Quatre entrées» dit Thierry Germain, «qui disent à chaque fois un objet, un lieu, une personne et un concept, quatre regards nourris et incisifs pour émouvoir, surprendre, interroger et débattre autour de ce qui nous attend. ». Les titres donnés aux chapitres sont appétissants :  «Rêver pour suspendre le ciel » par Barbara Glowczewski, directrice de recherche au CNRS, membre du Laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France. Elle enseigne en études environnementales à l’EHESS et est l’auteure d’une dizaine de livres, dont Rêves en colère (Plon, 2017) et Viviana Lipuma,agrégée de philosophie, docteure en philosophie politique et membre du Labo HAR de l’université Paris-Nanterre. Elle enseigne la philosophie dans le secondaire et l’art contemporain à l’université Gustave-Eiffel. « Devenir jardinier » par l'écrivain Alexis Jenni, prix Goncourt 2011, auteur de « Cette planète n’est pas très sûre. Histoire des six grandes extinctions» (HumenSciences, 2022) et de « Parmi les arbres. Essai de vie commune» (Actes Sud, 2021), « Expérimenter les utopies » par Timothée Duverger, maître de conférences associé à Sciences Po Bordeaux et directeur de la Chaire TerrESS. Il a notamment publié « Utopies locales. Les solutions écologiques et solidaires de demain» (Les Petits Matins, 2021) et enfin, «Proto-Habitat : une utopie construite» par l'architecte Flavien Menu, ancien pensionnaire de la Villa Médicis, créateur avec Frédérique Barchelard de Proto-Habitat, un modèle d’habitat collectif alliant flexibilité des usages et espaces pour des modes de vie sains et durables. C'est une lecture sérieuse mais tout à fait accessible que des amis souhaiteraient traduire en italien.
 
Carles Diaz
C'est à ce prix que nous mangeons 
du sucre 
Le poème à l'épreuve du contemporain
Essai
Éditions Abordo, 2024
100 pp. 
13€
En considérant le sucre comme une métaphore du monde contemporain et en établissant une analogie entre son processus historique et l'évolution des praxis liées à l'art et à la communication, ce texte interroge les mécanismes culturels et repense le sens, la place et la nécessité d'une parole poétique dans le monde d'aujourd'hui. L'auteur nous propose de mettre le poème à l'épreuve du contemporain. 
La citation d'Elisée Reclus, « Là où le sol s’est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s’éteignent, les esprits s’appauvrissent, la routine et la servilité s’emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort » ne pourrait-elle pas s'appliquer à la Sérénissime et à ce qu'elle tend hélas à devenir, un gogoland pour le peuple et un repère d'une élite nouvelle mode, happy few de plus en plus riches et de moins en moins porteurs d'idées pour sauvegarder la vie réelle à Venise. « C’est une vérité lucide, péremptoire, cruelle. L’homogénéisation et la standardisation des modes de vie touchent aussi aux dimensions artistiques et intellectuelles, et c’est sur ce point que je me tourne vers les artistes et les poètes : que pouvons-nous faire face à ce vertige ? Que proposer dans un monde de plus en plus abîmé, essoré, numérisé ?  Comment faire société dans une communauté de plus en plus uniformisée, radicalisée, qui vise la réduction absolue de l’homme à un modèle unique ?»
Carles Diaz est un ami. Je l'ai rencontré par un heureux hasard il y a plusieurs années et j'ai tout de suite aimé sa manière de parler de l'art et de la beauté. Le jeune homme (il est né en 1978) vient d'Argentine et écrit en français. Il sait aussi la langue d'Oc. Sa page wikipedia parle mieux et plus en détail de son parcours universitaire et de ses livres. J'avais beaucoup aimé la Vénus encordée, journal imaginaire de Rose Valland en 1943. Attachée de conservation au musée du Jeu de Paume, à Paris, on lui doit le sauvetage de plus de soixante mille œuvres d'art et objets dont les nazis souhaitaient s'emparer. Parmi ces œuvres sauvées, il y avait la Vénus de Milo qui donne son titre au livre. 
Mais le dernier opus de Carles Diaz est loin de l'Occupation. Il emprunte son titre au Candide de Voltaire, « Cet essai inclassable, dont les prémisses remontent à 2019, est aussi en bonne partie le résultat de deux conférences données par Carles Diaz, en tant qu’écrivain : la première, “L’exigence poétique face à l’objectivation de l’expérience sensible”, lors de la journée “Qu’est-ce que le poétique ? ― Hommage à Jean Onimus (1909-2007)”, à l’Université Côte d’Azur, le 10 mars 2022 ; la seconde, “Écrire le siècle : de la conscience poétique et la nécessité d’être inactuel”, à l’Université de Vienne, Autriche, le 9 janvier 2023. »
« C’est un essai d’écrivain plus qu’un essai universitaire. Je tiens à le dire parce que je ne prétends pas établir une démonstration quelconque. J’ouvre des questions qui me semblent indispensables d’être posées aujourd’hui.»  
Le lien d'intérêt entre les propos du livre et Venise m'a paru évident.  
Et l'auteur d'ajouter : « Il ne s’agit pas de dire avec béatitude que la poésie doit sauver les hommes, ni de demander à celle-ci de nous permettre de rêver d’un autre monde, mais au contraire, de briser le conformisme et la complaisance, de viser plus que l’uniformisation et l’acceptation passive d’un devenir manifestement dangereux. Je suis très sensible à la question de l’environnement, à la disparition annoncée des langues dites minorées. Je le suis aussi face à l’appauvrissement des langues en général, car dès qu’une langue se simplifie et se décomplexifie, elle perd des moyens pour symboliser le monde, aussi bien que sa dimension de mémoire.»

Paul Eluard
L’Amour, la poésie 
œuvres de Kiki Smith   
Gallimard, 2024
176p. 
45€.  
Depuis les années 2000, l’artiste se projette dans le monde du vivant, du végétal. « Soyons attentifs à la nature » : c’est ce que Kiki Smith, artiste mondialement reconnue, exposée dans les plus grands musées et présente dans de nombreuses collections d'art contemporain, exprime dans ses œuvres les plus récentes. Pour son entrée dans la collection, Kiki Smith a choisi ce texte de Paul Éluard, paru en 1929, après un dernier hiver passé au sanatorium avec sa femme Gala qui devait le quitter, peu après pour Salvador Dali, ce « livre sans fin », retrace l’aventure d’un homme désespéré et déchiré entre l’amour et la poésie, entre le réel et l’imaginaire, d’un homme à qui la poésie redonne, avec l’amour, le goût et la passion de la vie. Ses interventions au fil des pages ponctuent ces poèmes, dans un univers où corps, nature et cosmos rencontrent l’esprit du surréalisme. Un beau livre, pas donné certes mais qui a sa place dans toute bonne bibliothèque et chez tout esthète de Venise ou d'ailleurs. 

Luisa Ballin
Venise, la Vénétie est une fable
Éditions Nevicata
Coll. L'âme des peuples 
90 pages. 9€ 
La quatrième de couverture de ce petit opus exprime parfaitement ce que porte le texte de la journaliste Luisa Ballin qui fut responsable de l'information au parlement helvétique. D'origine vénitienne, la dame est une appassionata de Venise autant que de sa région. Son regard est moderne, son approche pleine d'humanité et d'amour.
« La Sérénissime n'est pas une île. On l'oublie, mais Venise est indissociable de son arrière-pays. Elle est l'enchanteresse de la Vénétie, une région aussi flamboyante que les palais longeant les canaux. La Vénétie a ses traditions, sa langue, son architecture, sa gastronomie, son identité. Souvent elle défie le reste de la péninsule et refuse, sourcilleuse et orgueilleuse, les exigences de Rome, cette lointaine capitale. Elle regorge de personnages et de lieux qui témoignent des liens indissociables entre la lagune et sa terre ferme. Ce petit livre nous transporte dans les coins les plus insolites de cette région trop méconnue. Vous êtes passionnés de Venise ? Vous allez adorer cet écrin qu'est la Vénétie. Un grand récit suivi d'entretiens avec Rodolfo Bonetto (enseignant), Tiziana Lippiello (rectrice de l'Université Ca'Foscari), Antonia Sautter (styliste) et Elia Romanelli (anthropologue).» Un autre indispensable à toute bibliothèque de Fous de Venise !
 
Søren Bebe Trio
Home
Label Out Here Music
2016
Avec les musiques ancienne et baroque, le jazz a toujours accompagné mon quotidien. le jazz classique et certaines variations liées au swing. Mais ce qu'on nomme le free jazz hérisse toujours autant mes oreilles comme bien des courants (sans jeu de mots) des Musiques Actuelles. Pourtant de nombreux compositeurs de talents inventent des sons agréables et percutants, chauds et de pure musicalité. Le jazz scandinave commence d'être apprécié et reconnu par les publics français et italien. Pour France Musique, le Søren Bebe Trio - fondé en 2007 -  apparait désormais comme une pierre angulaire du jazz européen. Parmi les publications du trio danois, il y a Home, qui date de 2016, mais montre la grande maîtrise et la qualité des musiciens de cet ensemble de jazz scandinave. Un ami britannique que je logeais alors m'avait fait découvrir les compositions de Søren Bebe dont l'ensemble s'était produit à Londres.  Dès la première écoute, leur son avait enchanté mes oreilles.
 
Søren Bebe Trio
Here now
Label Out Here Music
2023
«Ce disque est un ensemble d'interprétations lyriques qui mettent l'accent sur la mélodie et la beauté. L'accent est mis sur l'ambiance, l'atmosphère et la narration plutôt que sur la virtuosité pure. » explique le critique anglais Ian Mann. Les pièces sont souvent construites comme des chansons, relativement courtes (une seule d'entre elles dépasse les cinq minutes). L'atmosphère générale est sereine. L'accent est mis sur l'humeur, l'ambiance et la narration plutôt que sur la virtuosité pure. La musique illustre le déménagement de SBebe et de sa famille vers la tranquillité de la campagne. Il vit désormais dans un petit village entouré de bois, de lacs et de terres agricoles, et l'écriture de cet album a été inspirée par la paix et la tranquillité de cette nouvelle existence bucolique. L'ambiance générale de la musique est détendue, contemplative et résolument lente, non pressée, toute en subtilité. Un bonheur.
 
Pour vous enchanter, ces deux extraits :