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20 avril 2026

Ils savent tous ce qui est bon pour Venise ou les sauveurs de salon

© Ludovico De Luigi, "Palladio platform", 1978 

Ils savent tous ce qui est bon pour Venise. C'est le sentiment d'un agacement lourd, presque décourageant, qui s'empare de quiconque vit, étudie ou aime sincèrement la Sérénissime à la lecture des récentes vagues d'enquêtes et de tribunes scientifiques publiées ces derniers mois, relayées avec une gravité spectaculaire dans les colonnes du Monde qui en a été l'instigateur. ; pour être précis, il s'agit de la grande enquête scientifique publiée le 17 avril 2026 dans les colonnes du Monde : « Que pourra-t-on sauver de Venise, menacée d'être engloutie par l'élévation du niveau de la mer ? »
À intervalles réguliers, la technocratie mondiale ressent le besoin impérieux de se pencher au chevet de la lagune. Armés de modélisations numériques, de statistiques globales et de certitudes d’ingénieurs, des experts qui n'ont souvent jamais partagé le quotidien d'un sestiere et de ses habitants, viennent administrer leurs savants conseils pour « sauver » la ville de son engloutissement ou de sa dérive.
Cette fois, le délire technologique et l'absurdité des propositions franchissent un cap qui laisse pantois. Issues d'une étude de la pourtant sérieuse revue « Scientific Reports » les derniers rapports de grands laboratoires pourtant réputés pour leur sérieux ont peut-être voulu être drôle  : afin de pallier la montée des eaux, ils préconisent désormais des scénarios d'une violence inouïe sous couvert de philanthropie patrimoniale. Accrochez-vous, lecteurs qui connaissez Venise et sa lagune :  Le premier d'entre eux consisterait à murer définitivement la lagune en fermant totalement les passes maritimes. Je m'en étouffe presque en écrivant ces lignes. Une aberration écologique majeure qui transformerait cet écosystème unique, vivant et mouvant, dont les marées nettoient la ville depuis des siècles, en un lac stagnant, clos et biologiquement mort ! 
Mais restez accrochés à votre fauteuil car il y a plus insensé encore : certains experts suggèrent froidement «d'anticiper la relocalisation pure et simple» du patrimoine et des derniers habitants vers l'hinterland, sur la terre ferme… Déplacer la population (ce serait une forme de déportation ou comme on le dit pudiquement chez les fascistes, une remigration forcée); Avec avec les derniers natifs, on déménagerait les chefs-d’œuvre d'architecture, les œuvres d'arts qu'on transfèrerait dans une copie à l'identique sur la terre ferme. En clair,  ce serait précipiter la mort clinique de la Venise historique, acter sa fin, pour en préserver la coquille vide un peu plus loin, là où c’est plus pratique, là où les ordinateurs l'auront décidé. Sauver (l'idée de) Venise des eaux mais en reconstruire l'ersatz, un simulacre de rechange, un double en plastique sur le continent, là où les ordinateurs auront décrété que c’est plus sûr et plus gérable.
Ce qui exaspère dans cette approche, c'est l'aveuglement historique et humain de ces prophètes de laboratoire. Ils abordent Venise comme un problème d’ingénierie hydraulique ou comme une Atlantide de musée qu'il faudrait rendre étanche à tout prix. Ils oublient – ou feignent d'ignorer – que Venise n'a jamais été une ville de la terre ferme que l'on aurait posée sur l'eau par accident. Elle est née de la lagune, elle s'est construite contre la terre ferme, par le choix délibéré d'hommes et de femmes cherchant dans l'instabilité des marécages un espace protégé et inviolable, un univers de liberté et de commerce. Prétendre sauver Venise en la coupant de la mer, ou en la déménageant sur le continent, c'est vouloir sauver un poisson en le sortant de l'eau pour lui éviter de se noyer.
Mais ne nous trompons pas de cible. Derrière le paravent humanitaire et scientifique de ces « sauveurs » hors-sol, derrière chaque portillon d'accès, chaque application de traçage et chaque projet de taxe d'entrée à cinq euros destiné à « réguler » le flux des touristes d'un jour, se cache toujours la même logique implacable. Une logique que les Vénitiens ne connaissent que trop bien et qu'ils résument d'un mot, cinglant comme une gifle : « i schei ». Le fric, le gain, le profit immédiat de certains édiles, de societes immobilières ou de construction.
Cet esprit de salon s'exprime de la même manière lorsqu'il s'agit de gérer le flux humain. Pour ces experts, la vie humaine se régule comme un débit d'eau. On invente des portillons d’accès, on planifie des taxes d’entrée à cinq euros, on imagine des applications de traçage pour les visiteurs, transformant la cité des Doges en un immense parc à thèmes sous surveillance algorithmique. 
On prétend guérir la pierre à coups de mesures comptables et de restrictions hors-sol, mais on ne s'attaque jamais aux véritables causes de l'hémorragie : la spéculation immobilière qui chasse les derniers Vénitiens, la disparition des commerces de proximité au profit des échoppes de pacotille, et la transformation des appartements historiques en placements financiers.
Venise ne s’effondre pas sous le poids de la fatalité climatique ou de l’ignorance de ses résidents. Elle s’asphyxie sous le poids de ceux qui prétendent la gérer de loin, depuis des bureaux feutrés à Rome, Paris ou New York. Le salut de la Sérénissime ne viendra pas de scénarios de science-fiction consistant à déménager ses églises ou à bétonner ses passes maritimes. Il viendra du courage politique de la rendre à ceux qui y vivent, y travaillent et maintiennent, jour après jour, ce miracle fragile qu'est une cité sur l'eau. Tant que les sauveurs de salon refuseront de comprendre que Venise est une communauté humaine avant d'être un spot photographique, leurs remèdes - et l'idée même qu'ils puissent croire à leurs potions - resteront plus dangereux que le mal.

© Jean Giraud alias Moebius, La Venise céleste
1988 - Droits réservés
Crénom de nom, mais quand vont-ils comprendre que la véritable tragédie de Venise n'est pas hydraulique, mais bêtement mercantile. Pendant que les experts s'écharpent sur des digues permanentes, la municipalité et les grands investisseurs transforment la gestion humaine en une vulgaire opération comptable. La taxe de cinq euros n'a jamais arrêté aucun touriste ; elle a simplement légitimé le fait que Venise a désormais un prix d'entrée, comme Disneyland ou le Musée du Louvre. On feint de chercher des solutions pour la pierre, mais on ferme les yeux sur l'hémorragie humaine provoquée par la spéculation immobilière sauvage. On laisse les plateformes de location saisonnière vider les immeubles de leurs derniers locataires, on laisse les commerces de proximité indispensables à la vie de quartier (boulangeries, quincailleries, cordonneries) mourir au profit d'échoppes de masques en plastique fabriqués à l'autre bout du monde et de fast-foods standardisés. Pourquoi ? Parce que la monoculture touristique rapporte des montagnes d'argent à une petite poignée de profiteurs de salon politicards avides et investisseurs malins du monde entier qui, eux, dorment bien au sec sur la terre ferme.
Venise n’est pas une maquette de laboratoire, ni une marchandise à découper en actions financières. C'est une communauté humaine fragile qui s'asphyxie sous le poids de ceux qui prétendent la gérer de loin. Le salut de la Sérénissime ne viendra pas de scenarii de science-fiction ou de BD consistant à déplacer ses églises ou à emprisonner ses eaux sous du béton ou du polystyrène. Il viendra du courage politique de couper le robinet du schei spéculatif pour rendre les logements aux familles, les ateliers aux artisans et la lagune à ceux qui la respectent. Tant que les sauveurs de salon refuseront de comprendre que Venise doit d'abord être habitée pour rester vivante, leurs remèdes resteront infiniment plus dangereux que le mal.
Lien vers l'article du Monde du 016/04/2026 :  ICI



23 décembre 2025

Ma Venise en hiver V : se retrouver pour ne pas se perdre

21 décembre 2025
La froidure est là, on ne peut tout de même pas imaginer qu'à Venise en hiver, quelques jours avant Noël, on puisse continuer à se promener sans manteau ni écharpe. Pourtant le ciel est clair et aucune menace ni de pluie ni de neige. Je suis étonné du peu de monde encore. Ils vont tous arriver à partir de mercredi. Mais tout de même, j'ai connu d'autres semaines de fin décembre pleines de visiteurs, italiens pour la plupart mais les effets des tensions dans le monde, la crise économique qui atteint tout le monde, sauf les ultra-nantis, complique un peu la vie. 

Je ne me plains pas de trouver de la place sur les terrasses ou dans le vaporetto et c'est un bonheur toujours renouvelé de n'entendre parler que le dialecte dans le vaporetto ou de ne croiser sur le traghetto que des visages connus..

Mais dès 10 heures le soleil avait réchauffé l'atmosphère. Temps idéal pour amener ces dames au Rialto voir la  désormais régate des Babbi Natale. Difficile de réveiller tout le monde et de les presser. Le départ avait lieu à 10h30 et nous nous sommes mis en route qu'un peu avant midi. 

Les filles se demandaient ce que j'allais leur montrer et la foule amassée à l'Erbaria et sur le pont du Rialto les ont fait changer d'avis. videos depuis le pont, les derniers équipages arrivés, elles ont pu se retrouver au milieu d'une ambiance 100% vénitienne avec tous ces équipages déguisés en pères Noël. Il n'y avait plus grand chose à grignoter au buffet offert sur le campo mais la bonne humeur et quelques connaissances retrouvées après les discours d'usage et la remise des prix m'ont permis de trinquer avec un  délicieux soave. 


Alors que je m'apprêtais à leur proposer de déjeuner sur place de tramezzini et polpette, c'est un tour en gondole qui a eu leur préférence. Excellent moyen pou elles de percevoir Venise et le gondolier choisi avait tout pour plaire à ces dames. Après lui avoir fait mes recommandations pour qu'il leur fasse faire un tour plus ample qu'à l'accoutumée, il a   "Ne t'en fais pas je vais bien les coucouner tes amies !"

22 décembre 2025
Avant leur arrivée, je me disais que ces dames voudraient certainement vouloir voir les hauts lieux du parcours touristique et que les y accompagnerai bien sur mais que je leur montrerai le plus souvent possible des lieux méconnus et pittoresques ignorés - heureusement - par les hordes qui envahissent la ville. 


N'ayant pas cette année les revenus dont je disposais il y a encore quelques mois, ne pas pouvoir me comporter en digne vénitien m'ennuyait. Un vénitien bien élevé ne laisse jamais payer une femme ! Les usages comme les préjugés, ont la vie dure ! 

Je savais qu'il me serait impossible de les inviter à chaque fois pour un café, boire un verre ou pire, à dîner. Je l'aurai certes fait bien entendu, et de bon cœur mais avec parcimonie - ce conseiller dont je découvre la présence et le soutien. Mais leur envie de se retrouver après des mois de séparation a réglé le problème. Elles préfèrent se restaurer au gré de leurs envies pendant leurs promenades et leur léchage de vitrines que je leur ai volontiers laissé. 

Après leur départ en gondole avec le fringant gondolier, ravi de les voir folles de joie à cette petite balade sur les canaux, j'ai donc mangé mes tramezzini et bu mon birrino tranquillement et en solo, ravi de cet entracte. 


Le reste du temps, je reste à l'appartement pour écrire et lire. Il est fort agréable, bien placé et aménagé de telle sorte que nous puissions y vivre ensemble sans se déranger et, s'il manque un bureau dans ma chambre, il y a un magnifique piano à queue. Les fenêtres donnent sur les jardins de la pensione Accademia, c'est clair, propre et silencieux. 

A Sant'Angelo comme calle delle Muneghe, la configuration des lieux plus spacieux pourtant ,aurait été moins pratique. J'avais aussi dans la tête plusieurs plats que je voulais concocter à ces dames pour les régaler, notamment pour la veille de Noël et le repas du 25. 

Je ne suis pas vraiment sûr que cela leur plaise, elles ont plutôt envie  d'être ensemble et de fêter cela à Venise plutôt que de passer du temps dans l'appartement à écouter mes anecdotes sur la Sérénissime d'un fou de Venise  !

J'irai tout de même commander ce qu'il faut au Rialto demain et chez mon boucher favori à Santa Margherita.


En attendant, c'est à pied et pas en gondole que je rejoins  ce matin le campo dei Gesuiti, avant que d'aller à la Querini. J'ai des heures de libres pour travailler. En dégustant un macchiato et un croissant à une table du Combo - le bar a été déplacé depuis mon dernier passage et la terrasse sur l'eau ne sert plus que pour les fumeurs. On y était merveilleusement tranquille et le service du café était familial, tenu par des étudiants avec l'ambiance que seuls des jeunes savent instiller dans de tels lieux. 

Il faut aller avec son temps. L'entreprise - une chaîne - qui a repris l'alloggi a ouvert un café-restaurant, certainement plus rentable mais aussi terriblement bobo. Les prix demeurent encore raisonnables et le macchiato à 1,50€, soit 3 euros pour un café et una brioche, cela reste encore possible à Venise quand on connait les bons endroits.

Lecture et traduction d'un article du journal Il piccolo (25 octobre 2023) que j'avais gardé et jamais encore utilisé. C'est un texte de  Fulvio Senardi, intitulé « Saba poeta omosessuale che bramava la “calda vita” sforzandosi di nasconderla ». C'est la recension de l’ouvrage de Luca Baldoni, «L’altro Saba.L’omoerotismo nel  Canzoniere », (Firenze, Edizioni Le Lettere) qui venait alors de paraître. 

Joie de retrouver mes dossiers laissés dans le magazzino que Marie-Christine Jamet a la gentillesse de me prêter depuis mon déménagement. Cela ne devait être que pour quelques semaines et toutes mes affaires y attendent le retour définitif à Venise. L'année prochaine, dieu voulant ?


Mais revenons à ce texte sur l'auteur triestin et l'approche de l'ouvrage de Baldoni. L'article du Piccolo cite une phrase relevée dans mes carnets et qui est à l'origine de mon projet d'édition d'un ouvrage transversal qui reprendrait des textes de plusieurs auteurs italiens qui ont influencé Mario Stefani ou du moins l'ont inspiré. 

Si je parviens à voir l'ami Flavio Cogo, j'en discuterai avec lui. En attendant cet article est une mine. L'auteur y cite les propos célèbres de  Saba à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire en 1953 où il évoquait la difficulté de « naître avec un tempérament classique dans une ville romantique et avec un caractère paisible dans une ville dramatique », Trieste, une cité où des communautés ethnolinguistiques s’affrontaient âprement, religieuses mais aussi sociales, une ville, vouée à Mercure, dieu du commerce, qui ne savait pas trop quoi faire des poètes et des écrivains — hormis les porte-voix de l’irrédentisme —, comme Italo Svevo.

19 décembre 2025

Ma Venise en hiver II : Trois heures avec les mots de Mario Stefani

Jeudi 18
Voyage sans histoire, plutôt drôle comme souvent quand on se retrouve avec des masques improbables. J'en ai croisé quelques uns entre Lyon et Milan. dès le passage de la frontière, j'ai ressenti, come di solito - et peut-être n'est-ce qu'une une vue de mon esprit somme toute très partial - une ambiance bon enfant, détendue, des visages souriants, des regards bienveillants. Rien à voir avec les traits figés et tendus qu'on croise en France. L'homme qui voyageait à côté de moi en compagnie de son adorable et très age petite fille, un professeur de littérature comparée à Paris, me disait «En France, les gens font la gueule». Ce qui fit sourire de plus belle nos voisines, jeunes italiennes parfaitement bilingues. Elles acquiescèrent en rougissant...
 
L'appartement à San Trovaso ne sera prêt que demain. En attendant je retrouve les impressions de ma jeunesse à Santa Fosca. Tout y a bien changé. C'est propre, net, pimpant. Les jardins ont été organisés et tout semble bien entretenu. L'idée de me retrouver dans un dortoir ne me déplaisait pas trop, d'autant qu'ils sont dotés de lits individuels et d'une salle de bain privative. Mais, en discutant avec le garçon de la réception, j'ai pu occuper la même petite chambre qu'il y a une trentaine d'années, petite cellule exiguë qui donne sur le rio. Un lit, une armoire, un minuscule bureau et une chaise. La salle de bain est dans le couloir mais j'en suis le seul bénéficiaire. 
 
Une fois ma cellule de moine installée (Comme à mon habitude, j'ai déplacé l'ordonnancement des meubles et des objets pour me sentir mieux chez moi), je vais visiter les lieux refaits. Près de la réception je croise un garçon d'une vingtaine d'années un peu recroquevillé sur sa chaise et en train de manger une plantureuses salade. Il me salue avec un large sourire. Je comprends à son regard et ses gestes un peu maladroit qu'il est handicapé. 
 
Il est attendrissant, un enfant dans un corps d'adulte. Derrière ses longs cils noirs, il m'a regardé, ses yeux très clairs me scrutaient lentement. Son regard très expressif, débordait de bonté. «L'esprit de Noël qui vient» ai-je pensé. 
Un peu comme cette femme toute de noir vêtue sur le quai du métro à Lyon. On aurait dit une fée ou une befana mais avec un regard très doux. En la regardant, j'ai cru un court instant l'entendre me dire « bon voyage et bonjour à Venise». Une fois dans la rame, je n'ai pas osé me retourner au cas où il n'y aurait personne et qu'il se soit agi d'une ces visions qui nous viennent parfois à Venise, les jours de grand brouillard en hiver... Ne riez pas, cela arrive plus qu'on ne le pense, Hugo Pratt le savait bien qui en a fait de belles histoires. Dans la pièce commune de la Foresteria, croisé quelques étudiants. Fait la connaissance de deux d'entre eux. L'un est algérois mais étudie à Bologne, l'autre vient du Brésil. Ce dernier quand je lui dis ma gêne à me retrouver parmi les jeunes et leur parler d'avant, de ma vie d'étudiant ici, de mes souvenirs, des lieux tels que je les ai connus il y a plus de quarante ans, me sentant comme un vieillard cacochyme, il me répond "you're not old, Lorenzo, you're wiser". Une parole gentille, dite spontanément qu'on ne refuse pas. Expliquer combien ces quelques mots prononcés par un presque inconnu résonnent en moi joyeusement. Cela  a étouffé  toutes mes pensées négatives, mes doutes et ma lassitude. Mes préventions devant ce voyage inattendu se sont envolées et la joie d'être là l'emporte sur tout le reste. Belle introduction à ce séjour.


 

27 juillet 2025

Vanessia.com fête ses 25 ans !

Nous sommes nés presque en même temps et au même endroit ! Le site Venessia.com est né en 2000. Il a réellement pris toute son ampleur en  2005 en même temps que naissait Tramezzinimag. Les deux sites fêtent donc dans la joie respectivement leurs 25 et 20 ans d'existence ! Tanti Auguri aux fondateurs de Venessia !   et une pensée pour Stefano soffiato, "l'inventeur" du site, aujourd'hui disparu
 
 
Engagés dans le même combat, partageant les mêmes valeurs, eux parce que vénitiens D.O.C. et nous, parce que Fous de Venise pour mille raisons diverses mais avant tout pour cet amour inconditionnel ressenti pour la Sérénissime, que nous soyons d'origine vénitienne ou qu'il s'agisse d'une longue histoire particulière à chacun mais dont le résultat reste le même : la passion pour Venise, la solidarité avec ses habitants, la colère devant l'inanité de la plupart de ses dirigeants et la hargne contre tout ce qui enlaidit, blesse, appauvrit, étouffe et finalement porte atteinte à la vie même de la cité des doges et de ses habitants. Tramezzinimag a été - et demeure - de tous les combats de Venessia.com et continuera de soutenir leurs actions. Histoire d'amour inconditionnelle
 
Pour ma part, cela s'est fait spontanément, parce que c'est le même le sang qui coule dans nos veines, parce qu'à quelques jours près j'aurai pu (et dû) naître à Venise, il y aura soixante dix ans cette année. Mais ce n'est pas de moi dont il s'agit aujourd'hui, mais de ce site inénarrable,  impossible à gnorer, qui parfois dérange et pique là où ça fait mal. Un site dont les colères toujours sont celles des vénitiens, toujours fondées, et les commentaires salutaires, absolument jamais politiquement corrects - loin s'en faut heureusement - de ces velléitaires et colériques pourfendeurs de tous ceux qui font du mal à la Sérénissime en prétendant la servir. les gens de Venessia.com sont Vrais, dans leurs engagements, leurs propos et leurs actions.  Tout ce qu'on aime à Tramezzinimag. 
 
Comme nous, ils n'aiment pas les faux-semblants. Ils sont bien loin de l'hypocrite pudeur des pisse-vinaigres et autres culs-de-plomb réactionnaires,maladivement engoncés dans leur bien-pensance et la défense de leurs privilèges et de leur portefeuille. Comme nous, ils votent NON à tout ce qui détruit l'humain, l'amour, la paix, la liberté. Ils tiennent de Brassens, de Rimbaud et de Luigi Tenco, pour ne citer que ceux-là. Ils sont les vrais amants de Venise, au parler rude et franc, à la colère prompte et toujours saine. Ils sont les meilleurs défenseurs de Venise. 
 
Pour ceux qui ne les connaissent pas, voici la traduction de l'éditorial publié sur leur site. Tout y est. Au passage, payez leur un café en ligne, modeste contribution qui montrera combien leur combat est nôtre.
« C'était le 30 mai 2000 lorsque Venessia.com a été mis en ligne pour la première fois. À l'époque, on y parlait de Venise, des Vénitiens et des touristes, mettant en avant tout ce qui n'avait pas encore été écrit jusqu'alors.
Cette idée quelque peu inhabituelle est venue de son fondateur, Stefano Soffiato, alors âgé de 40 ans et sans aucune connaissance en informatique. Le projet, né évidemment pour plaisanter, a dès le début reçu un accueil flatteur, si bien que deux ans après, le forum a vu le jour. Nous avons déployé tant d'efforts pour n'inclure dans le forum que des sujets concernant Venise, qu'à la fin nous avons décidé d'organiser une première rencontre entre nous, afin de mieux nous connaître et de créer quelque chose de plus qu'un simple groupe en ligne. C'était en 2004.
À partir de ce moment, se dessine ce qui sera à l'avenir l'organisation de tous les réseaux sociaux que nous connaissons aujourd'hui et qui traitent des problèmes de notre ville. Avec une différence : l'arme de la jovialité et de l'originalité. Ainsi, même une protestation devient sympathique, presque un bélier contre « le pouvoir ». 
Protestations, initiatives, idées, blagues, bénévolat, fêtes... tout se faisait « à l'intérieur » de Venessia.com. Tout était minutieusement documenté dans les médias locaux et mondiaux : du Gazzettino à la RAI, de la Nuova di Venezia à la BBC. 
Le forum évolue ensuite avec Ning, une plateforme plus riche, plus moderne et avec un graphisme plus attrayant.
Mais le coup de grâce qui uniformise tous les réseaux sociaux est la naissance de Facebook. Petit à petit, il attire tous les groupes existants, y compris Venessia.com, mais surtout, il en fait naître des dizaines. 
Grâce aux smartphones et à la facilité avec laquelle on peut s'exprimer en écrivant et en prenant des photos depuis son téléphone portable, n'importe qui peut créer un réseau social en 10 minutes. Alors que Venessia.com a toujours traité tout ce qui concerne Venise, d'autres groupes se concentrent sur la propreté des murs, la saleté dans les canaux ou la mobilité...» Mille baci, fioi !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     uq

18 mai 2024

Quand le respect et la douceur de l'estime ramène le soleil

Dans nos temps où ne se répand presque jamais d'autres informations que violentes, sanguinolentes et malsaines, quand le climat fait du joli mois de mai un novembre décalé et méchant, les ciels bas et partout la grisaille et des pluies torrentielles, un article joyeux et aimant est un vrai baume. Il y a bien le « Fil good » du Monde (*), mais cela ne suffit pas à renverser la tendance. Au diable ce qui ne va pas, il y a aussi de belles choses chaque jour. 

© Veneziablog, 2024. Tous Droits Réservés
 

Ce billet découvert par hasard parmi les sites sur Venise que Tramezzinimag suit, en est un lumineux exemple. Court, simple. Juste une photo et sa légende mâtinée d'une recommandation implicite. Un vieil homme de dos, courbé, qui marche dans une calle, un sac de courses dans chaque main. Il sort du marchand de fruits et légumes comme l'indique l'auteur du billet. Un vieil homme qui fait ses courses comme n'importe quel autre personne de son âge. 

Pourtant, il s'agit d'un artiste célèbre, un des plus grands photographes vénitiens de notre époque : Giovanni Berengo Gardin, qui a 94 ans qui faisait ses courses au Rialto. L'auteur du billet (et de la photo) n'a pas osé l'aborder mais il a pris une photo. En émane du respect et de l'émotion. La manière dont les choses sont énoncées sous l'image est pleine de délicatesse et de respect. Des mots simples qui disent simplement ce qui est. Un petit rien qui fait du bien. Vraiment, un grand merci à Steven Narni. Alias Nonloso (**), cet italo-américain venu de New York s'installer à Venise il y  a quelques années maintenant avec femme et enfants. Il rédige depuis 2011 ses chroniques sur son sympathique Veneziablog, écrit en anglais. Si vous ne le connaissez pas, je vous invite à vite le découvrir.

 

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(*) «Fil Good», nom du supplément public en ligne du journal Le Monde. On peut regretter le titre trop accrocheur qui transcrit bien l'idée d'une opération marketing, une manière de chercher des lecteurs par la séduction. (soit dit en passant, n'auraient-il pas pu se creuser davantage la tête et éviter ce jeu de mot franglais ?)

(**) : Littéralement «je ne sais pas», euphémisme plein d'humour et de modestie quand on lit les qu'écrit ce monsieur articles du signore Narni.

17 avril 2024

Le regard d'Inge Morath sur Venise

Le monde photographie Venise. Depuis le XIXe siècle combien de photographes sont venus tirer le portrait à la Sérénissime. Parmi eux, la grande Inge Morath.

 
















 

26 mars 2024

Quand nous étions confinés...

© Prosper Wanner, 2020
Confiné et pris par des imbéciles, nous n'osions sortir, on parlait de millions de morts à venir et partout, tous autant que nous sommes, nous nous étions soumis à de nouvelles normes, exorbitantes du droit commun, les libertés mises sous clé et la peur quotidiennement étayée par des médias ravis de retrouver un rôle et des millions de lecteurs, pardon de suiveurs. Bref, la belle escroquerie a changé la face du monde. On sait aujourd'hui combien tout cela fut démesuré, absurde. Nos gouvernants firent mieux que Goebbels de sinistre mémoire n'aurait rêvé et Jacques Ellul depuis son paradis a dû sourire de voir ses propos sur la propagande se réaliser, sans que personne ou presque ne rechigne.

Mais foin de polémique. Évoquons plutôt les jolis souvenirs que cette période nous a laissé : les rues vidées de la foule et de la circulation automobiles, le silence absolu, l'air pu, la lumière diaphane et du temps, beaucoup de temps pour soi. Le meilleur endroit pour vivre cette période d'enfermement où tout semblait arrêter de notre vie, de notre quotidien d'avant - en dehors de la campagne et des bords de mer (comble de la bêtise et du ridicule, ils voulaient même nous interdire d'aller sur les plages nous baigner ou sur les routes enneigées pour skier !) - ce fut Venise. !

Cette ville-monde, unique et différente de tout centre urbain parce qu'interdite aux automobiles, aux camions, et à tout autre engin motorisé doté de roue, était enfin rendue à ses habitants, débarrassée du fardeau du tourisme, sans les hordes de barbares qui la souillent et l'étouffent. L'eau de la lagune se retrouva aussi pure qu'à la création du monde. Faune, flore, tout reprenait ses droits.

Tramezzinimag a publié plusieurs billets sur cette période. Je vous invite à relire celui-ci, paru le 22 mars 2021 : «Un dimanche comme les autres mais en plus doux»? Pour le lire : CLIQUER ICI et cet autre publié en avril 2021 : «Aimer Venise avec l’œil et l'esprit", CLIQUER ICI.  

Bonnes lectures et n'hésitez-pas à laisser vos commentaires et Bonne Semaine Sainte !