09 novembre 2006

Le Colbert à Bordeaux

publié par Lorenzo

Le Colbert à Venise

C'est aujourd'hui le 9 novembre. Il y a 36 ans mourrait dans sa maison de Colombey, le Général de Gaulle. Cet anniversaire m'a fait penser aux liens qui auraient pu exister entre le fondateur de la Ve République et Venise. A ma connaissance, il n'y est jamais venu. Cependant, j'ai trouvé un lien qui me permet aussi de relier la mémoire de l'homme du 18 juin à Bordeaux et Bordeaux à Venise : le Croiseur Colbert.
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Autrefois orgueil et fleuron de la Royale, navire amiral de l'Escadre de Méditerranée, admiré par le monde entier, ce navire transporta en 1967 le Général et Madame de Gaulle au Canada. C'est à son bord qu'il prépara son fameux discours. Aménagé pour permettre au couple présidentiel de vivre le mieux possible pendant la traversée (les hublots du carré de l'Amiral où logeait le chef de l’État furent transformés en fenêtres et une véritable cheminée fut installée), un lit spécial fut réalisé (la grande taille du Général), il a rendu longtemps de fiers services à la Flotte et termina sa carrière militaire en participant à la Guerre du Golfe. C'est aussi à bord du Colbert que la dépouille du Maréchal Liautey fut rapatriée en France.
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Désarmé en 1991, il finit de vieillir depuis un certain nombre d'années sur les quais de Bordeaux et beaucoup souhaitent sa disparition. Transformé en musée flottant, il passionne petits et grands et c'est le monument le plus visité de la ville. Tas de rouille, certainement amianté, il ne partira pas en Inde mais à la casse. Une association d'excités bordelais "coulez le Colbert" attendent son départ pour faire la fête. Les imbéciles. Ils ne comprennent pas grand chose. Certes aujourd'hui le bateau est en très mauvais état. Il est moins visité du coup. Et il gêne la vue des riverains qui oublient qu'autrefois tous se plaignaient de la présence des cargos et des grues qui faisaient beaucoup de bruit. J'ai même entendu dire qu'il cachait la vue... Pour ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, en face ce n'est pas la Giudecca ni San Giorgio, c'est une friche industrielle d'une laideur absolue avec quelques usines encore en activité. Avoir ce bateau sous ses fenêtres moi cela ne me dérangerait pas; c'est comme si le vent du large venait souffler derrière les vitres. J'espère qu'il sera simplement déplacé et confié à une organisation capable de l'entretenir et de l'animer... Je fais partie de ceux qui le regretteraient à cause du "Vive le Québec Libre" hurlé par le général à la tribune, et parce que loin de n'être qu'un symbole guerrier, il est la marque d'une époque où la présence française était toujours ressentie comme rassurante, forte et apaisante.
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Lorsqu'il mouillait dans les eaux somptueuses qui font face à la Piazza, des centaines d'embarcations s'en approchaient et il était autant fêté que le regretté France, le Clemenceau ou la Jeanne. Mais si je suis toujours ému en pensant à lui c'est aussi que, lors d'une visite qu'il fit à Venise, en 1984 je crois, j'ai eu l'honneur de monter à bord à la suite de Christian Calvy, alors Consul de France, et des autorités vénitiennes. Pour le jeune français que j'étais, cette réception d'apparat sur un navire français - et quel navire - fut un évènement. J'ai raconté en son temps dans je ne sais plus quel périodique cette soirée. Il mouillait au large à l'époque. Sa beauté était saisissante ; rutilant, abordant le grand pavois avec San Giorgio auréolé d'un superbe coucher de soleil à sa droite et le Lido dont les réverbères allumés donnaient une image irréelle de scène de théâtre...
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Quand il est revenu, pour son dernier voyage en tant que navire amiral, il était amarré sur les esclavons. Les photos reproduites ici montrent cette ultime visite de courtoisie. Chaque fois que je monte à bord maintenant je me souviens. La musique, le décor (il y avait ce soir là je l'ai dit, un coucher de soleil des plus majestueux et le spectacle des vedettes amenant les invités, les sifflets incessants pour les accueillir, les marins en grande tenue et dans un garde à vous impeccable, les jeunes filles ravissantes dans leurs robes fleuries).
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Nous étions arrivés avec "l'Ile de France", le bateau du consulat. Le seul bateau immatriculé à Venise qui avait le droit de battre pavillon étranger. Vestige d'un vieux privilège donné aux navires de la couronne de France par la Sérénissime en remerciement de je ne sais plus quelle aide,et qui se poursuivit jusque dans les années 80. Tombé en désuétude puisque nous n'entretenons plus de consulat général et donc plus de flottille privée, ce n'est plus qu'un souvenir ! Vous imaginez combien nous étions fiers de pouvoir nous faire conduire par cette vedette rutilante tout en acajou avec le drapeau français flottant au vent. On ne passait jamais inaperçu. J'en souris aujourd'hui. C'était une autre époque, presque un autre monde...
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