18 décembre 2007

Take a walk on the wild side


15 Décembre 1982
[...] Je n’ai pas encore assez d’argent pour rentre en France. Il fait très froid. Venise semble vide. Les facs ont fermé hier. Déjà pleins d’étudiants sont repartis dans leurs familles. Il fait nuit tôt. Des vapeurs de brume s’élèvent des canaux. A la lumière des réverbères, cela donne l’impression d’être dans les limbes. Et ce silence… Je marche dans les rues sans but précis. Il est presque minuit. Lou Reed chante dans mon walkman "Take a walk on the wild side". Le saxophone résonne dans ma tête. J’ai l’impression que le musicien est là au coin de la rue, près du kiosque. Tout brille, le sol, les parois des vieux palais délabrés. "Take a walk on the wild side"...
[...] Mes pas seuls dans la ville endormie. Tout à l’heure, au Do Draghi, vin chaud et crostini, la chaleur enfumée n’avait pas la même consistance. Stefano est rentré chez ses parents à Ancône, Betti est à Castelfranco… Ils me manquent. "Perfect day" maintenant dans mes oreilles. La pointe de la douane est un endroit magique à cette heure de la nuit. Un bateau parfois, la ville éclairée comme un décor de tragédie. San Giorgio, tout blanc, et au loin le Lido. En été, on croise des amoureux, des fumeurs solitaires, des groupes qui bavardent et rient. 
[...] Ce soir il n’y a personne. Même pas un de ces chats faméliques qui vivent dans les entrepôts abandonnés de la Punta della dogana. Un vaporetto qui accoste à la Salute rappelle que la vie existe toujours ici. Venise bouge encore. A peine. Les cheminées recrachent partout de la fumée. Il fait vraiment froid. Humide. Une heure sonne au campanile de San Zaccaria. D'autres cloches lui répondent. Je suis tout au bout de Venise, loin de tout. Ici le silence se fait encore plus lourd. Plus grave. Les maisons sont basses. La nuit plus noire encore. Je viens de croiser un chien étonné de rencontrer un humain. Il a hésité un instant puis a repris son chemin, se retournant une ou deux fois. Je vais bientôt rentre. Il fait froid. "Take a walk on the wild side". Dans une semaine c’est noël, je serai en France, en famille. Le sapin, le vieux chat endormi près du feu, notre mère, les enfants, la famille. 
[...]Et puis je reprendrai le train, Bordeaux-Vintimille, la nuit, puis la journée seul dans un compartiment. Il y a si peu de monde après la frontière sur cette ligne en hiver. Et la magie de nouveau : en pénétrant sur la lagune, le train sifflera. La fenêtre grande ouverte, j’humerai à pleins poumons cet air unique qu’on respire ici. Je marche dans la nuit. Mes pas me ramènent vers la fondamenta delle Capucine ou j’ai élu domicile. Rosa, ma petite chatte grise doit m’attendre derrière la porte.[...]

Juste pour rêver


Quand l'été s'en reviendra, quand la chaude lumière d'avril fera resplendir les façades des palais et que miroiteront à nouveau dans l'eau claire et bleue comme le ciel les campaniles, nous irons de nouveau par les calle, les rughe et les campi, avec cette petite musique dans la tête. Mais de qui est-ce déjà ? Ces cordes endiablées, ces flûtes doucereuses qui chantent comme chantent les oiseaux. Venise alors nous apparaîtra rayonnante et joyeuse.


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1 commentaire:

venise86 a dit…
J'ai découvert des droits de propriété là où je croyais le monde libre à condition d'être civilisé, et de nommer les sources... j'ai eu envie d'avoir une cigarette sous la main...
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