23 juillet 2013

Inédit : Le journal de Nicolas W. de W.

Pour A., 
qui peut-être lira ses lignes. 

[...] Il referma la grille du jardin sans un seul regard vers la rue. Déjà, l'air se faisait différent. L'agitation de la rue, les bruits de la ville s'estompaient comme montait en lui une infinie tristesse. Un goût amer dans la bouche, il renifla pour retenir ses larmes. Comme tout avait été simple. Un adieu rapide, quelques mots brefs prononcés avec indifférence. Un dernier regard puis l'absence, le vide et le silence. Plus rien jamais ne serait comme avant. Pourtant il fallait qu'il en soit ainsi, il le savait. La satisfaction d'avoir agi sagement pourtant n'atténua pas le cataclysme intérieur qui s'était emparé de lui. Ses pas sur le gravier, le chant d'un merle dans les buissons, l'odeur des roses et l'herbe coupée, tout cela d'habitude le réjouissait quand il pénétrait dans ce jardin. Pourtant, tout lui semblait fade et moche à cet instant. Un premier chagrin véritable qui le laissait brisé, anéanti, perdu. [...] 

 ..Quelques lignes écrites par un inconnu, quelques mois avant la première guerre mondiale. Un jeune aristocrate comme l'Europe en produisait encore. Il se prénommait Nicolas Weyss de Weyssenhoff. Un joli nom pour un bien grand mystère. Il y eut longtemps quelques traces de lui à Venise. Des témoins. Olga Rudge m'avait présenté à une de ses amies musiciennes qui avait connu sa famille... Adolescent, la lecture d'un carnet retrouvé dans notre vieille maison, quelques photos, des lettres piquèrent ma curiosité. On me montra la tombe de sa mère Marie de Wirouboff, qui resta longtemps dans un angle du cimetière orthodoxe de San Michele, non loin du monument de Caterina Potemkine.  Elle mourut, assez jeune encore, dans un palais vénitien dont je n'ai jamais retrouvé l'adresse, un jour d'hiver 1899. Je crois que Nicolas naquit à Constantinople, comme sa tante Hélène Stoyanovich, morte elle aussi à Venise à l'aube du XXe siècle. J'ai longtemps voulu écrire un roman de sa vie. Mais il eut fallu presque tout inventer, faute de documents. Pourtant, son amour pour Venise, la mélancolie de ses propos et les quelques vers bien tournés de son carnet pourraient constituer l'ébauche d'une biographie imaginée. Un jour peut-être. Rien ne presse.



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21 juillet 2013

Amoureux de Venise, connaissez-vous l'Avogaria ?

Ce lieu magique est la démonstration accomplie que la tradition, l’histoire, le passé peuvent se mêler avec beaucoup de bonheur au modernisme le plus élaboré. Ce restaurant situé au 1629 Dorsoduro, entre la chapelle San Ludovico (lieu d’expositions d’art contemporain dont je vous reparlerai) et San Barnaba, est selon moi le plus esthétique de tous ceux qui existent à Venise. Une atmosphère raffinée et élégante, un public très choisi visiblement conscient du choix qu’ils font en venant dîner ici, une cuisine mêlant tradition et innovation à l’italienne, un accueil incomparable. Bref un endroit où il fait bon venir.  

Avec le Harry's Dolce, et dans la lignée du regretté Caffé Orientale qui fut longtemps ma cantine, l'Avogaria (dont la métamorphose date de 2002) fait partie de ces restaurants "lounge" de qualité internationale, tant par ce qu’on y sert que par la beauté moderne et raffinée des lieux. Ouvert en 1986 je crois, il a été restauré par l’architecte Francesco Pugliese, frère et complice de la cuisinière, qui a su mettre en valeur les vieux murs typiques de brique vieux de 400 ans, par des panneaux de couleurs denses et du mobilier et des accessoires ultra contemporains. 

Mais, contrairement à ce qui se retrouve dans les créations de beaucoup de nos prétentieux et redondants architectes hexagonaux, tout à l'Avogaria est harmonieux, chaleureux, et surtout confortable. Ici on ne trouve pas de trace de ce snobisme qui veut que la beauté n’ait rien à voir - "surtout pas, voyons" - avec le confort dont la recherche est jugée trop vulgaire. On se sent bien à l’Avogaria, véritable lieu Feng-Shui, non seulement parce que Mimmo Piccolomo, le gérant, est accueillant sans affectation, parce que la cuisine inventive et sensuelle d’Antonella Pugliese fait des merveilles pour nos papilles en plongeant ses racines dans la richesse culinaire des Pouilles, parce que la carte des vins est riche et gourmande, parce que les végétariens y sont bienvenus, dorlotés et ravis, mais aussi et dès l’entrée, parce qu’on y est bien assis, parce que la lumière est agréablement nuancée, l’acoustique onctueuse et la compagnie le plus souvent de bon aloi. 

Un cadre et un état d'esprit slowfood de toute évidence. L’addition n’est pas toujours légère certes (compter au minimum 50 € par personne), mais une soirée entre amis, entre amoureux, pour le plaisir ou les affaires, vaut bien que l’on allège son portefeuille. Je vous recommande leur site que j’ai mis en lien, il vous donnera une idée parfaite des lieux. Manquent le parfum des mets et la saveur des vins (ils ont un délicieux Moscato di Trani !)… Sans conteste, l’un des meilleurs restaurants de la ville !

Il est prudent de réserver soit par téléphone, soit par mail. Fermeture hebdomadaire le mardi. 

Le site du restaurant : ICI
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