02 août 2006

Riflessi d'estate







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San Giorgio


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Toujours prêts !

 
Une meute de scouts (des vrais) posant sur les marches du Florian.
Gageons qu'il y a parmi eux un totem Lion ailé !
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Le grand canal par un bel après-midi d'été

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Touriste ou voyageur ?

En passant près de la rue Sainte Catherine, la rue la plus commerçante de Bordeaux où, à part une belle croix médiévale et une fontaine du XVIIIe adossée à une église très ancienne désaffectée, il n’y a absolument rien d’autre à voir que les sempiternelles enseignes présentes dans toutes les rues piétonnes de France et de Navarre, j’ai remarqué un groupe de touristes. Une famille avec une dizaine de personnes, du grand-père au bébé dans sa poussette. L’aïeul, la (jeune) soixantaine épanouie brandissait le guide vert Michelin. Venant de la Place de la Comédie, où notre théâtre trône maintenant sur unes esplanade livrée aux seuls piétons et bordée de terrasses très agréables, ils cherchaient la cathédrale. Le guide indiquant cette longue rue (elle fait plusieurs kilomètres de long) comme le meilleur moyen d’arpenter Bordeaux et d’aller vers ses monuments les plus significatifs.

Je me suis souvenu du guide préféré des jeunes américains, dans les années 80, Go to West qui disait alors que Bordeaux était une ville industrielle, noire et sale, sans grand intérêt à part Saint André (la Cathédrale), un musée assez ordinaire selon eux et une façade sur les quais assez belle. Le guide conseillait donc d’éviter Bordeaux, simple étape vers l’Espagne pour ces jeunes yankees qui parcouraient sac à dos en un mois toute l’Europe. L’opinion du guide a - je l’espère - changé. Mais les mentalités elles, changent peu. Je ne me permettrai pas de critiquer le Michelin et autres guides traditionnels, fort bien faits en général, mais toujours assez succincts. Mais comment comprendre une ville, l’apprécier, la découvrir, même en peu de temps, si on se réfère seulement à trois pages dans un ouvrage qui couvre toute une région, voire un pays. Quel manque d’imagination et quel dommage de se contenter de suivre le chemin indiqué… Ne serait-il pas judicieux de confier aux autochtones la description de leurs lieux de vie, quitte à vérifier ensuite auprès d'historiens et de géographes les informations reçues ? J'imagine même un site internet alimenté par les habitants d'une ville pour indiquer les lieux à voir ou à éviter et servir ainsi de guides virtuels aux visiteurs, rendant ceux-ci intelligents et avisés...

Pour vous donner juste un exemple, là où j’ai croisé cette sympathique petite famille, visiblement cultivée et curieuse des choses de l’art, en s’engageant sur sa gauche – ce qu’a fini par faire l’aîné de ce groupe tandis que les autres attendaient son verdict – elle aurait vu la place Camille Jullian, avec son ancienne église gothique, transformée en cinéma (le cinéma Utopia, assez controversé, mais qui dispose de plusieurs salles très joliment - gothiquement – décorées qui diffusent de très bons films, le plus souvent en V.O), des terrasses à profusion et un curieux monument fait de vestiges romains. Dans un angle une petite maison trop restaurée, date du XVIe, là où tout le reste est né entre 1720 et 1850. Un peu plus loin encore, un minuscule square a été aménagé de d’une manière très originale : au milieu des hôtels particuliers du XVIIIe, la ville a fait planter un jardin vertical. Sur de hauts murs poussent des plantes mais à la verticale. Un lieu très agréable. 

Cent mètres plus loin, il y a le cœur du centre historique, cet ensemble très vaste de constructions du XVIIIe (bientôt classé au Patrimoine de l’Humanité) souvent parfaitement rénovées, parfois encore dans un jus sympathique contrairement à l'avis de Monsieur Juppé que le noir de fumée qui protège les pierres agace au plus au point.. Au hasard des ruelles pavées de ces pierres ramenées des Iles où Bordeaux convoyait son vin et ses nègres (langage imagé et significatif de l’époque), on rencontre de très belles façades, des cours pittoresques, d’anciennes églises, des placettes ensoleillées où il fait bon prendre l’air… Partout des terrasses, des glaciers, des boutiques pleines d’attrait. C’est le Bordeaux mineur. De loin selon moi le plus parlant à un visiteur. Celui qui permet le mieux de comprendre l’âme d’une ville et d’en sentir le souffle.

C’est pareil à Venise. Ils vont, ces pauvres touristes, depuis cent ans, de la gare au Rialto, du Rialto à Saint Marc, de Saint Marc à la Salute et à la Pointe de la Douane et parfois jusqu’à l’arsenal. Une excursion (ou bien serait-ce une incursion ?) à San Giorgio, une autre à Murano, Burano, voire à Torcello (pour les plus courageux)… Tout est dans le guide. Mais si on l’oubliait ce guide, et son plan aussi ? Si une fois les bagages posés, la première suffocante impression digérée (vous savez tous, quand on débarque du train et qu’en sortant de cette  - assez horrible - gare très pays de l’Est, on se retrouve sur le parvis, le souffle coupé par la vue, les odeurs, l’air marin, les bruits ; ce spectacle incroyable qui nous saute aux yeux, au nez aux oreilles…), si on osait partir à l’aventure. Ce n’est pas la forêt amazonienne que diable ! C’est une ville avec tellement de monde qu’il y aura toujours quelqu’un pour vous remettre sur le bon chemin. Si donc chaque visiteur prenait son courage à bras le corps et allait droit devant. A l’instinct. Bien sûr il pourrait se faire que le séjour se passe sans rencontrer un seul des grands monuments qu’il faut parait-il avoir vu. Mais combien notre esprit et notre âme y gagneraient.

Quelle joie de découvrir, par hasard un campo solitaire avec son puits médiéval… Écouter une jeune flûtiste par une fenêtre ouverte… Caresser un chat paressant sur le pas d’une porte entrouverte… Quel bonheur de s’asseoir sur un banc dans une petite église fraîche dont on n'avait jamais entendu le nom, loin des grandes rues. La Venise mineure, qui vit et s’agite encore comme du temps de Goldoni, toute remplie de parfums, de bruits, de musique n’est pas enfermée dans les guides verts ou bleus ou rouges. Le petit bar où vous sera servi un délicieux macchiato ou un’ombra de Fragolino pour quelques centimes, n’aura pas de menu inscrit en cinq langues. La mammà qui étend son linge et vous voit vous avancer vers un cul de sac, vous criera avec gouaille "acqua ! acqua !" et vous rirez avec elle de votre méprise. Un chat peut-être vous suivra quelques pas, mais seulement parce qu’il va dans la même direction… Après, quand vous vous serez imprégné de cette atmosphère authentique, libre à vous de pénétrer ces hauts lieux sanctuarisés de la culture mondiale : San Marco (mais pas le jour, plutôt le matin très tôt, pour une messe à laquelle assister ne vous fera pas de mal), le palais des doges, loin des groupes et en prenant le temps d’imaginer la vie qu’on y menait, le campanile, la Salute, San Giorgio, Santa Maria dei Miracoli, Zanipolo, les Frari… Comme les pièces d’un puzzle qu'on assemble avec patience, lentement... 

Vous serez alors à même de comprendre cette ville et ses habitants. Vous vous souviendrez aisément ainsi que ce furent un État et un Peuple triomphants. Mieux encore, vous vous sentirez vénitien. Bon vénitien. 
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