19 septembre 2006

Les jardiniers de San Erasmo ont les pieds dans l’eau

Ces dernières heures ont fait frémir toute la lagune : les pluies torrentielles qui se déversent depuis dimanche sur Venise ont fait craindre pendant quelques heures le retour du cauchemar de 1966 quand un déluge s’abattit sur la ville pendant que les vents empêchaient le trop plein des marées de quitter la lagune, faisant monter le niveau des eaux à plus de deux mètres par endroit, endommageant durablement plus de la moitié de la Cité et détruisant bon nombre de ses trésors. Heureusement, cette fois-ci, il n’y avait pas de vent, où celui-ci soufflait dans la bonne direction.
 
C
ependant c’est la Venise de terre ferme qui a été atteinte : Mestre est sous l’eau, les îles de la lagune sont elles aussi inondées et les chasseurs se lamentent : champs et prairies sont sous les eaux. Le panorama, hier dimanche, pour ceux qui s’aventuraient en barque sur la lagune était des plus sinistres : la plupart des fermes avaient les pieds dans l’eau, les routes et les chemins déversaient des torrents de boue. Tant de canaux sont laissés de côté et trop rarement dragués, dit le conseiller municipal écologiste Beppe Caccia. Cet abandon des usages traditionnels (on creusait les canaux plusieurs fois par an afin de maintenir le même niveau d’eau quelque soit l’ampleur des marées permettant ainsi d’éviter les inondations) aura certainement des conséquences désastreuses sur la production horticole de San Erasmo. 


Une fois de plus, l’homme oublieux des leçons du passé, contribue à l’aggravation des choses. Venise semble bien une affaire trop sérieuse pour être confiée aux seuls vénitiens d’aujourd’hui ! La Magistrature des Eaux, qui existe depuis plus de mille ans, semble bien incapable de remédier aux problèmes moins porteurs certes que ceux regardant les monuments et les lieux touristiques, mais qui risquent à plus ou moins court terme de remettre en cause, là-aussi, le système de vie lagunaire. Et après, quand il n’y aura plus de fruits et de légumes à San’Erasmo, quand il n’y aura plus de paysans, de pêcheurs, de chasseurs ? La ville fera venir d’Israël du Maroc ou d’Argentine ses melons, ses artichauts, ses pêches, ses tomates et ses aubergines ?

posted by lorenzo at 21:09
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