30 avril 2007

Irisée d'une tendre jeunesse de lumière...

C'est demain l'anniversaire de ma grand-mère maternelle qui aurait 115 ans ! Cette vieille dame, avec douceur et discrétion m'a tout donné : le goût de la musique, de l'art, des fleurs, du calme et des bonnes choses. C'est aussi l'anniversaire d'une merveilleuse personne plus jeune de 35 ans qui vit à Venise et qui fut l'un de mes guides lorsque je m'installais dans la cité des doges, une sorte de protectrice et de marraine. Elle adore les roses.

Je lui ai fait envoyer deux rosiers de chez David Austin, des Centifolia Muscosa, appelées aussi Old Pink Moss, cette belle variété remontante et très parfumée que je voudrais aussi planter, si je pouvais, dans notre petit jardin de la Toletta et qui se plairont chez elle. Cela m'a rappelé un texte de Henry de Régnier que je dédie à ma vieille bonne amie vénitienne pour son anniversaire et à tous ceux qui raffolent du printemps à Venise.

"[...] Venise aussi a ses jardins dont les roses débordent les vieux murs, mais ce n'est pas là qu'est son printemps. Il est dans la fraîcheur de la lumière, dans le rajeunissement des pierres et des eaux, dans je ne sais quoi de joyeux et de délivré, dans la furie ailée des hirondelles, dans l'éclair de leur vol sous l'arche de quelque pont. Il est aussi de grandes averses qui parfois tombent du ciel. J'en ai subi une tout à l'heure. Rien ne l'annonçait. Nous avions pris une gondole pour aller jusqu'à l'Arsenal. J'aurais dû remarquer cependant que l'eau des canaux était sournoise et comme anxieuse. On la sentait pleine de ces courants secrets, de ces mouvements intérieurs que les gondoliers connaissent si bien et savent si bien utiliser, pour ménager leur effort avec un art délicat et une paresseuse précision. Tout à coup, sans que nous ayons vu le nuage se former, il s'est mis à pleuvoir, une pluie forte, chaude, abondante, qui criblait l'eau du petit canal où nous nous trouvions. Le gondolier a cherché un abri sous un pont. Justement, il avait choisi un de ces rares ponts de fer dont le tablier est à claire-voies. Nous attendîmes là la fin du déluge. Parfois une grosse barque pansue et ruisselante frôlait au passage la gondole avec un frottis de bois mouillé et continuait sa route silencieuse [...]"
[...] "La Venise printanière, toute en nuances, toute en reflets, toute irisée d'une tendre jeunesse de lumière ![...]"
(extraits de "L'Altana ou la vie vénitienne" par Henry de Régnier)

Le printemps éclate en mille couleurs



27 avril 2007

Vivere Venezia

"Vivere Venezia", (Vivre Venise). C'était le titre d'une revue à l'éphémère existence à laquelle je participais et dont Bruno Tosi fut le directeur de publication (et Giuliano Graziussi, l'éditeur). C'est aussi le titre qu'on pourrait donner à un magnifique texte composé (plutôt qu'écrit) par Claudio Ronco.

Je ne résiste pas au plaisir de vous présenter ce magnifique texte (ICI)de mon ami Claudio Ronco, compositeur et musicologue, violoncelliste émérite que j'ai rencontré un jour à Venise et que j'ai eu l'honneur de recevoir à Bordeaux où, dans le cadre de la Première semaine de Bordeaux à Venise (il n'y en eut pas d'autres !), il y a plus de vingt ans, il donna deux concerts extraordinairement époustouflants dans ce qui était alors la salle Jacques Thibaud et dans les foyers du Grand Théâtre... (voir mon article en cliquant sur ce lien).

Écoutez-le parler de Venise. Écoutez la voix de Venise. J'aurai aimé écrire ce texte. Comme Claudio Ronco vit Venise, je me sens vivre dans la musique des mots qu'il déclame avec tout son amour pour notre chère Sérénissime. Comme lui, un jour j'ai décidé que ma vie, c'était Venise. Mais lui, contrairement à moi, est un artiste et il a choisi de vivre de son art à Venise quand j'ai eu la faiblesse de me contenter d'un quotidien commun, la vie facile de monsieur tout le monde, en rentrant à Bordeaux...

Merci Claudio pour ce beau poème. Merci Umberto Sartory pour les photos de ces murs qui sont pour nous qui aimons Venise le symbole même de cette ville...

24 avril 2007

Un forum intelligent

J’y suis inscrit depuis longtemps, j’y passe parfois quand un courriel me prévient d’un nouveau débat mais plus ou moins consciemment, je me rends compte que je les snobais… Injuste attitude certainement mâtinée d’une jalousie inavouée : "Comment puis-je accepter que d’autres partagent le même amour, le même goût, la même passion pour Ma ville ?" Ridicule attitude qui me fait sourire en écrivant ces lignes : vous qui aimez Venise, vous qui allez vous y rendre, ne manquez-pas de passer par la case Venice-views : le forum. C’est souvent drôle, toujours bien documenté, plein d’idées et de bonnes choses.

Je viens de lire une série de commentaires écrits par les membres du forum en réponse à la provocante déclaration d’une certaine Christine qui revenant d’une croisière en Méditerranée, avait fait l’étape obligée mitonnée par les tour-operators : Saint-Marc, le Campanile, les Mercerie, sous un soleil tapant au milieu de la foule. Tout le monde est tombé à bras raccourcis sur la pauvre dame qui à ma connaissance n’a plus donné signe de vie ! La pauvre, elle a eut de Venise une image horrible, celle que l’on a lorsqu’on fait un tour en gondole dans la Venezia reconstituée à Las Vegas (berk!)… Bref, je vous recommande ce forum si par un malheureux hasard vous ne le connaissez pas encore ! Et félicitations à ses fondateurs et aux animateurs !

20 avril 2007

Aimez-vous Tobiasse ?

Lui en tout cas aime Venise... "et nous dans la famille, nous aimons Tobiasse et Venise", vient d'enchaîner Constance (ma petite dernière), qui venait de lire par dessus mon épaule le titre de cet article. Dans ses carnets - qui viennent d'être publiés à nouveau - le peintre de St Paul de Vence fait la part belle à la Venise des amoureux, colorée et chaleureuse. Cette vision plait beaucoup aux enfants et aux amoureux.

15 avril 2007

Égotisme di passeggio

Je suis sorti ce matin de bonne heure, laissant la maisonnée dans les brumes du sommeil. Peu de monde dans les rues. Quelques pas en direction de San Barnaba. Traghetto. J'aime le Grand Canal au petit matin. Le trafic est déjà intense mais il règne une sorte d'euphorie. La joie du jour nouveau forcément chargé de promesses. C'est exactement ce que je ressentais en marchant. Une joie ineffable, celle d'être là, à Venise, par une belle matinée de printemps, dans le calme et la sérénité d'une journée tranquille à peine commencée, après la folie de ces derniers jours.En prenant un café du côté des Frari, je me suis rendu compte - ceux qui me lisent depuis deux ans crieront à l'évidence - combien je me sens en phase avec cette ville. Combien je m'y sens moi-même, tout entier en harmonie.

A tous les lieux inexplorés qui existent encore en ce monde, à tous les endroits que je ne connais pas, je préfère ces paysages où mon âme se retrouve. A Venise, depuis toujours, je me sens unifié, vivifié. J'existe vraiment, sans faux-semblants ni concessions. Peu de lieux m'ont autant marqué et aussi soudainement. Naples, Sorrente, Capri bien sûr, Constantinople, Rhodes et Lindos, Londres aussi, furent les lieux de mon adolescence mais aucune de ces villes où j'ai vécu mes "années d'apprentissage" ne m'a autant définitivement accaparé, corps et âme.

14 avril 2007

La maison de l'antiquaire

Connaissez-vous l'antiquaire de Torcello ? Sa maison est une caverne d'Ali Baba et le jardin est un lieu délicieux. J'aime beaucoup m'y attarder quand je vais dans les îles. Entre deux vagues de touristes, le campo devant la basilique est un lieu merveilleux. Les quelques chalands, le mur d'enceinte de la propriété garni de stalles antiques, le trône d'Attila, les arbres, les coquelicots sur la pelouse, tout concourt à faire de ce lieu un "palcoscenico" (une scène de théâtre) presque irréel. La lumière et l'air qu'on respire sont les mêmes que partout ailleurs sur le lagune, mais ici il y a quelque chose en plus. Peut-être est-ce l'âme de tous les vénitiens qui vécurent dans l'île au début de son histoire. Ce désert de verdure qu'est devenue Torcello a été autrefois un centre commercial et administratif important, grouillant de monde avec son port et ses entrepôts, ses boutiques et ses manufactures. La maison de l'antiquaire garde sans le vouloir des remugles de ce temps révolu. J'ai chez moi un coffret très ancien qui vient de chez lui. Je l'avais vu un jour il y a longtemps et je ne le croyais pas à vendre. Des années plus tard, à l'occasion d'une ballade sur la lagune, nous avions décidé de déjeuner à Torcello. Après le café, laissant mes compagnons lézarder au soleil, j'avais rendu visite à l'antiquaire. Le coffret avait changé de place, mais je le reconnus tout de suite. Quelques minutes et négociations plus tard, je repartais vers notre barque, le coffret sous le bras. Il est ainsi des objets qui semblent choisir leur destinée et attendent leur heure pour partager votre vie... D'autres l'ont dit mieux que moi.

12 avril 2007

Venise, sans commentaire

copyright Andrea Grigolo - 2007
C'est à chaque fois pareil. encore plus douloureux au fur et à mesure du temps qui passe, quand il faut partir. Ranger, nettoyer, fermer les volets, attendre Graziella pour vérifier qu'elle emportera bien les provisions qui restent dans le frigo, lui rendre son aspirateur parce que le notre est cassé. Penser à en acheter un autre. Puis, après un dernier regard dans la maison déjà endormie, la clé qu'on tourne dans la serrure... La rue, les bruits familiers qui ne seront bientôt plus que souvenir... Le salut amical du marchand de journaux... La journée sera chaude. Il y a déjà beaucoup de monde. En route vers Piazzale Roma. Adieu Venise, à une prochaine fois... Pourquoi faut-il toujours que je reparte. C'est la même tristesse qui me prend aux tripes depuis vingt ans. Mes enfants sont eux aussi contaminés et de belle manière ! Ils aimeraient que nous abandonnions tout pour vivre ici. Même le chat semble attendre ma décision, l'air de dire "nous serions si bien ici tous ensemble !". Au lieu de ça, des allers et retours perpétuels, sorte de nomadisme figé entre Venise et la France. Question d'organisation matérielle oblige. Mais pour atténuer notre peine, à chaque fois un détail, une image qui nous rappelle que notre exil n'est que temporaire et que bientôt, très bientôt, nous serons de retour ! Hauts les cœurs, nous reviendrons vite !

11 avril 2007

Matinales

8h35, ce mercredi matin. Le silence du petit jour se remplit peu à peu de ce qui n'est encore qu'un assemblage de sons disparates et lointains. La voisine déroule le fil sur lequel son linge va sécher et la poulie grince un peu, dans le jardin les oiseaux fêtent le soleil. Dans la rue, un jeune livreur se dépêche "permesso, permesso" lance-t-il aux passants qui discutent devant la vitrine du libraire. Aux sons se mêlent peu à peu des senteurs qui me ravissent : l'odeur du linge propre qui sèche au soleil, la glycine qui commence à faner, le jasmin juste sous ma fenêtre qui sera splendide cette année et, toujours présent, le parfum si particulier, comme un mélange d'herbe et d'eau, de prairie de de sable, qui domine et pourtant se fait à peine perceptible. C'est la singulière odeur de la lagune, à la fois odeur de port et de marée, si particulière aux premières chaleurs et qui demeure pour moi le symbole de la douce vie vénitienne. 

Un jeune merle chante sur la margelle du puits dans la petite cour devant ma chambre. Il va faire chaud. Ce sera bien. Nul mouvement dans la maison. Les enfants dorment encore. Déjà les rayons du soleil éclairent la chambre et font danser la poussière à travers les persiennes. Il faudra les repeindre cet été. Tout à l'heure, nous prendrons le petit déjeuner sur la terrasse. Rien que de très banal, un peu de musique, du thé chaud, des muffins et du pain grillé - un pain de mie que nous avons cuit nous-mêmes !-, la sempiternelle gelée de coings et Nutella pour les gourmands. Pas de projet précis aujourd'hui. Quelques emplettes chez Billa, des fleurs à Sta Margherita. Peut-être une virée en barque mais le moteur a des problèmes. Envie de ne rien faire. Rester ainsi, comme engourdi à s'imprégner des milles sensations, regarder l'eau des canaux qui brille sous le soleil, observer les passants à la terrasse d'un café, errer dans les couloirs du Musée Correr ou dans les salles de la Ca'Rezzonico voisine. Préparer le repas. Un gâteau ou des scones pour le thé. Bouquiner, dessiner, écrire. 

Puis ce soir la passeggiata. Une vie tranquille où le temps passe joyeusement et sans heurt. C'est le miracle de la vie vénitienne. On peut ici s'empoigner, se lancer des bordées d'injures et soudain réconciliés, aller boire un verre à la lumière des lampions d'une petite osteria, comme du temps de Goldoni. L'air de Venise a le pouvoir d'anéantir ce qui est le quotidien de tous les citadins du monde. Ici pas de stress, de hargne, de nervosité. Pas de mollesse non plus comme on en ressent forcément de l'autre côté de la Méditerranée. Les vénitiens sont des ardents. Peuple actif et conquérant, ils sont imbibés de cet air unique aux parfums si particuliers qui apaise et ravit. Il faut séjourner souvent à Venise pour comprendre cela. Le vrai (et merveilleux) poison de Venise, pour reprendre une expression de Maurice Barrès, c'est cela, "la respiration de la magicienne endormie et le vivant soupir de la beauté" disait Henri de Régnier.

10 avril 2007

Comment devenir bon vénitien en quelques leçons

"[... ]Chaque calle a son nom inscrit avec souvent l'indication du quartier, sestiere, et de la paroisse, parrochia, mais ces indications ne suffiraient pas pour s'y diriger. Il faut se laisser aller à une sorte d'instinct que l'on acquiert bientôt. A Venise, les voies directes sont rares ; on ne se rend d'un point à un autre qu'à travers un entrelacement de calli à peu près semblables, qu'elles soient qualifiées de via, de strada, de salizzada, de ruga, de rughetta, où soient dénommées rio terrà parce qu'elles occupent l'emplacement d'anciens canaux désséchés ; mais aussi quel plaisir de croire s'égarer en cette pittoresque diversité, de traverser un vaste campo ou un petit campiello, de passer sous un sottoportico, de suivre une fondamenta, de s'engager dans un ramo, qui nous ramène au même point, dans une corte ou un cortile sans issue, ou d'aboutir à un rio transversal qui vous barre la route et vousoblige à revenir sur vos pas, tandis que quelques polissons ou quelque commère vous crie narquoisement : "Acqua, acqua ![...]"

Tout est dit. Henri de Régnier a écrit ces lignes en 1899. Venise en ce temps-là demeurait une cité marquée par l'abandon qui suivit le départ des autrichiens et les débuts de l'unité italienne. Devenue simple ville de province, elle voyait peu à peu s'écailler les vestiges de sa splendeur et la misère y était grande. Pas encore redynamisée par les usines voulues par le Comte Volpi, Venise dépérissait. Il y avait pourtant plus de 100.000 habitants encore à cette époque là. Derrière les volets disloqués, dans les cours aux crépis écaillés, une foule de pauvres gens essayait de survivre, pêcheurs, facchini, ouvriers des quelques manufactures encore en action, domestiques. Leurs enfants qui allaient nu-pieds, les guenilles rapiécées qui pendaient au fil tendus le long des rues, tous les mendiants rencontrés sur les ponts et les campi, ces façades sculptées de lézardes qui devenaient pittoresques au soleil de l'Adriatique, tout cet aspect misérable et somptueux à la fois allait bientôt fournir la matière à cette idée qui se généralisera vite d'une Venise mortifère et lugubrement romantique. Cette Venise où viendra mourir le Professeur Von Aschenbach, où des légions d'invertis se rejoindront pour vivre leur déchirante ambivalence longtemps avant que la libération des mœurs leur permette de s'afficher à San Francisco, Ibiza ou Mykonos.

Henri de Régnier décrit cette Venise dont on me parlait dans la famille. Une ville remplie de pauvres gens vivant dans des masures infectées d'humidité où l'insalubrité se répandait suite à l'inertie du gouvernement italien qui ne faisait rien pour la cité, abandonnée par une bonne partie de son aristocratie trop intéressée à servir la nouvelle monarchie et être admise à la cour du petit roi Victor-Emmanuel de Savoie devenu, par la grâce de Napoléon III et du monde progressiste, le premier roi d'Italie.

Mais revenons à notre propos : être bon vénitien, c'est savoir vivre au rythme des vénitiens. Je l'ai déjà écrit cent fois. C'est aussi respecter le mode de vie pratiqué ici. cela sous-entend de se faire le plus discret possible. Deux avantages : contribuer à garder à la vie vénitienne le plus d'authenticité possible et en vous faisant oublier éviter de vous faire arnaquer... C'est vrai que l'idéal serait de ne parler qu'italien mais on ne peut pas obliger un touriste de passage à apprendre à chaque voyage la langue du pays où il se rend. Un minimum cependant me parait nécessaire comme la preuve d'une exquise politesse, un savoir-vivre qui montre le respect qu'on a pour l'autochtone dont on foule le sol. Savoir dire "bonjour, merci, pardon, excusez-moi" et le sésame "pardonnez-moi, je ne parle pas l'italien (ou le serbo-croate) puis-je parler en français ?". Cette marque de respect forcera toujours la bienveillance de votre interlocuteur.

John Singer Sargent à Venise

Le Musée Correr expose depuis le 27 mars dernier, une cinquantaine d'aquarelles et de dessins de John Singer Sargent, qui avec Turner est l'aquarelliste qui a su le mieux décrire l'atmosphère unique de notre Sérénissime. Des œuvres très fraîches, très poétiques provenant des plus grands musées américains et anglais ainsi que de quelques collections privées. L'exposition se présente en deux parties : la première, conçue comme une promenade en gondole, montre des œuvres vénitiennes de Sargent : du classique Grand Canal aux petites scènes de la vie quotidienne prises visiblement sur le vif. Beaucoup d'inédits superbes. Le deuxième volet de la mostra est surprenant : il présente des œuvres de peintres vénitiens qui furent visiblement influencés par le travail de Sargent qui (fut plusieurs fois présent à la Biennale) : Milesi, Tito, Selvatico, Nono. On voit à observer ces tableaux, que cette influence allait dans les deux sens et c'est ce qui fait l'intérêt d'un tel rapprochement.
Le catalogue de l'exposition (Edité par Electa et Yale University Press) est très bien fait, bien documenté et les illustrations sont de qualité. Il n'existe qu'en italien ou en anglais malheureusement. Une exposition à voir pour ceux qui sont à Venise. Jusqu'au 22 juillet.





Sérénissime beauté

Pâques est la fête de la Résurrection.
C'est le temps du renouveau, l'apogée du printemps, les relevailles de la joie. TraMeZziniMag profite de ce temps qui se fait plus léger, plus guilleret pour se refaire une beauté. Afin de mieux honorer la reine des villes, la plus belle des créations urbaines que l'homme ait jamais conçu.
Joyeuses Pâques à tous !

Qu'est ce que je vous disais : I barbari sono arrivati !

Il ne manquait que le plaid écossais ou la nappe à carreaux vichy rouge pour compléter le cliché : Venise le week-end de Pâques ressemblait à une gigantesque ère de pique-nique. Ce que les italiens appellent il popolo del bivacco (le peuple du bivouac).
 
Chez nous ce terme est le plus souvent usité pour désigner les zonards et autres S.D.F. en rupture de société qui n'ont pas d'autre choix que de vivre dans la rue et se regroupent avec leurs sacs à dos, leurs chiens et leurs litrons de rouge sur les places de nos villes. A Venise, c'est un peu différent mais le spectacle ne vaut pas mieux et le résultat est le même : bouteilles vides, canettes défoncées et papiers gras jonchent le sol. Triste décor qui vient polluer le plus beau palcoscenico du monde...

Pour ceux qui ne s'installent pas à la terrasse d'une des nombreuses trattoria, le menu est presque toujours le même : à l'ombre de la basilique San Marco, devant les pauvres leoncini, les bivouaqueurs sortent de leurs sacs plastique les mêmes sandwiches élastiques jambon oeuf dur, canette de bière et yaourt à boire. Riva del Vin, c'est la pizza qui fait la base du pique-nique et du coca-cola. Pour digérer, tout ce monde se vautre par terre autour de la piazza. La ce n'est pas la place qui manque. C'est fatigant d'arpenter Venise sous un soleil de plomb et au pas de course...

Difficile de quantifier le nombre de visiteurs qui sont arrivés ces dernières heures. Rien que samedi la police estimait à 120.000 le nombre d'arrivants pour Pâques. A ceux-là se sont ajoutés les italiens des environs qui ont choisi les îles et le Lido pour passer ce week-end pascal. Ce qui doit faire une autre centaine de milliers de visiteurs. Aux deux ferry-boat qui relient habituellement le Tronchetto avec San Nicolo, l'ACTV a été obligé un troisième bateau pour répondre au nombre impressionnant de cyclotouristes avec leurs vélos à destination du Lido ! Du jamais vu. Quant aux îles de Murano et Burano, complètement envahies, il a fallu doubler les navettes.

La situation était critique en fin de matinée sur la Piazzale Roma. Déjà le jour de Pâques, le pont de la Liberté est resté bloqué pendant deux heures à cause de la file interminable des automobilistes qui cherchaient à se garer au Tronchetto ou dans les garages de la Piazzale Roma. La police a du faire venir des renforts de Mestre pour dévier le trafic vers le Tronchetto parce que les 2500 places des garages municipaux étaient occupées... 700 entrées se sont ajoutées au 950 du vendredi et aux 1000 enregistrées entre samedi et dimanche ! La piazzale Roma n'a commencé à se vider que tard dans la nuit d'hier et en se promenant du côté de San Sebastiano on entendait la rumeur du trafic comme dans n'importe quelle ville du monde au moment des bouchons !

Et pendant toute la journée, sortir à pied dans Venise a été une véritable expédition. Il était difficile - et à certains endroits pratiquement impossible - de marcher à certaines heures aux alentours du Rialto. Impossible de le traverser d'ailleurs. Pareil sur le pont de l'Accademia et celui de la gare, les environs de San Marco et en général tout au long des parcours suivis par les touristes. Le buraliste de San Barnaba est à 150 mètres de chez nous. Il a fallu à une de mes filles plus de 20 minutes pour y aller et revenir tant la foule était dense sur la Toletta. Inutile de vous dire combien nous étions bien dans notre petit jardin parfumé. La musique de Brescianello couvrait heureusement le bruit de la rue.
 
Ce qui m'étonne toujours dans cette vague de visiteurs c'est que la majorité se contente de se promener mais ils se promènent tous aux mêmes endroits. Les musées ont parait-il ressenti aussi cette invasion mais, comme à l'accoutumée, on ne se bousculait ni au Musée Correr, ni à l'Accademia, ni à la Ca'Rezzonico.
Allant de pair avec l'augmentation des visiteurs, le nombre des vendeurs ambulants a atteint aussi un pic vertigineux. Regroupés tous les un mètre avec leur drap où ils exposent les ceintures, sacs et lunettes de soleil de pacotille, maroquinerie de contrefaçon. En dépit des nombreuses plaintes des commerçants vénitiens - et des vénitiens eux-mêmes - on avait l'impression qu'ils se multipliaient à vue d’œil. Aucun policier ne risquait venir les déloger, toute la maréchaussée était occupée du côté de la Piazzale Roma à essayer de réguler le trafic des véhicules et des autocars ! Joli week-end de Pâques en vérité.

Moralité : si vous vous trouvez à Venise à un de ces moments d'hystérie touristique et que vous ne pouvez fuir vers Asolo ou Cortina et ne revenir que tard le soir voir quelques jours après, ne sortez pas entre 11 heures et 16 heures où bien étudiez des itinéraires-bis, ces raccourcis que les vénitiens pratiquent avec dextérité et qui permettent de contourner la foule, d'aller rapidement vers son but et de ne pas être au bord de l'implosion quand vous attendez entre deux murs que les pin pins arrêtés devant vous pour admirer un reflet sur l'eau d'un canal daignent se pousser pour vous laisser passer. Quittez les sentiers battus, installez vous sur un campiello retiré ou dans un des ces jardins retirés que le touriste ne connaît pas où qui ne l'intéresse pas : San Alvise, Ca Foscari, Ca Rezzonico, San Elena, San Pietro... Allez, patience, ils ne font que passer.

09 avril 2007

Le Doge et sa cour reçus en grande pompe dimanche à Nice

Une somptueuse soirée de gala a eu lieu dimanche soir à Nice, sous les lumières du Casino Rühl, qui a vu le Doge en personne et bon nombre de masques vénitiens défiler à l'occasion de la clôture de l'exposition "Les splendeurs de Venise", qui présentait aux niçois depuis le 30 mars des costumes, des masques et des peintures sur le thème de Venise avec notamment les splendides costumes de Stefano Nicolao. Concert sous la baguette du maestro Giulio Magninini, dîner de gala et défilé donnèrent à l'autre grande ville du Carnaval des allures de Sérénissime.
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Crédits photographiques Nice-Premium/Vincent Trinquet.

Les barbares sont de retour !

120.000 personnes ont été recensées sur la piazza San Marco ce samedi de Pâques. Ce n'est pas de pélerins dont il s'agit venus fêter la résurrection du Christ dans la basilique de Saint Marc mais des badauds venus du monde entier - et en particulier d'Italie, de France et des autres pays voisins.

Le double de la population effective de la cité des Doges aujourd'hui ! Cela veut dire les pontons du vaporetto engorgés comme le métro Châtelet ou Les Halles aux heures de pointe, cela veut dire plusieurs centaines de tonnes de déchets et de papiers gras, des canettes vides et des bouteilles de bière brisées dans les rues, cela veut dire des litres d'urine qui viendront attaquer les pierres déjà bien malades de certains bâtiments et empesteront l'atmosphère. 
Pour le bonheur des pigeons et des vendeurs de souvenirs et autres pacotilles fabriquées en Inde ou en Chine, les hordes vont se précipiter entre le Rialto et le pont des soupirs pour quelques heures qu'elles voudront croire tellement romantiques ou follement culturelles. Elles défileront bruyamment dans les salles du palais des doges et fouleront (tout aussi bruyamment) les pavements de mosaïque de la basilique. Certains iront voir la vue imprenable qu'on a du haut du campanile, d'autres regarderont de près les Maures qui sonnent la grande cloche d'airain de la tour de l'horloge. La plupart camperont au bord du bassin de San Marco, sous les galeries du Palais, dans le jardin royal, le long du quai qui mène au Harry's Bar avec leurs sandwiches, leurs pizzas caoutchouteuses trop cher payées, et leurs canettes de Fanta. 
Ils trouveront tout trop cher, tout trop beau et croiront avoir tout vu en ne voyant rien du tout. Les plus hardis s'aventureront jusqu'à l'Arsenal et les jardins de la Biennale, en musardant le long des Schiavoni. D'autres pousseront l'exploration jusqu'à San Giovanni e Paolo, Sta Maria dei Mendicoli, les Frari... Pour 500 visiteurs de l'Accademia, il y en aura 100 à la Querini Stampalia, 10.000 à la tour de l'horloge, 20.000 au Campanile et une petite dizaine à Sant'Elena, au fin fond de Castello. Une petite dizaine seulement débarquera au Lazarée des Arméniens quant une bonne centaine attendra la motonave pour Torcello à chacun des départs de la journée... Le reste arpentera les alentours de la place jusqu'à l'heure du retour. Puis quand viendra le soir, des centaines de bus rechargeront leur cargaison de visiteurs harassés et transpirant, les trains seront pris d'assaut et les balayeurs pourront commencer à nettoyer la piazza et les ruelles alentour. Le calme qui succédera à la rumeur impressionnante que je puis entendre depuis notre jardin à Dorsoduro, sera comme à chaque fois une agréable sensation. Les rues ne seront plus encombrées, on se surprendra même à parler tout bas pour ne pas troubler l'atmosphère redevenue paisible, tranquille, familière. Les barbares auront levé le camp. Mais nous savons tous que dès l'aube, ils seront de retour...

Les pigeons et l'enfant


Jolie photo prise avant l'arrivée des hordes, par ma fille seconde Alix, la semaine dernière contrairement à ce qu'indique la date sur la photo (son appareil a beau être assez sophistiqué, il déraille apparemment un peu !)

07 avril 2007

Clin d'oeil

Lu sur la vitrine d'une osteria dont le patron est plein de cet humour vénitien toujours grinçant et caustique : "La Pizza nous ne savons pas la faire pour la bonne raison que nous sommes trop bouchés pour apprendre".

06 avril 2007

La pointe de la douane revient à Pinault

Joli cadeau de Pâques pour la Fondation Pinault dirigée par Jean-Jacques Aillagon : parmi les œufs en chocolat, l'attribution par la Commune de la gestion et de l'utilisation des entrepôts de la Pointe de la douane est un évènement retentissant.

Le Palais Grassi l'a donc emporté après moultes péripéties devant la Fondation Guggenheim dont la présence "historique" à Venise est pour le première fois remisée au second plan. C'est la réponse au "Where are we going ?" qui était le titre de l'exposition inaugurale du Palais Grassi refait par Tadao Ando. C'est aussi l'illustration de "La joie de vivre" (exposition qui vient de se terminer sur Picasso). Mais c'est surtout un évènement pour le monde de l'art. Événement aussi pour nous français, qui devenons ainsi par le biais de cette donation privée dirigée par un ancien ministre de la Culture, un des piliers de l'activité culturelle vénitienne. 

Et comme tout ce qui se déroule à Venise devient par la force des choses, valeur universelle, la présence culturelle française à Venise en se déployant sur les 2500 m² de la pointe de la douane, après la reprise du Palais Grassi, après la marque insufflée au fil des années par les intervenants français à la Biennale, montre le respect et l'estime que l'on nous porte. Bien sûr, l'idée un peu trop folle et généreuse de Massimo Cacciari, le maire-philosophe, de réunir les deux fondations dont les collections se complètent aurait permis d'établir un projet grandiose en présentant le plus grand inventaire de la création contemporaine des années 20 à nos jours. Des questions de gros sous, de prestige et d'orgueil, ont empêché ce projet d'aboutir. La guerre n'aura peut-être pas lieu entre les deux organisations, l'américaine et la française. 

Pour l'amateur d'art, pour le simple visiteur, il n'y a que du bonheur : Venise devient, à quelques heures de toutes les capitales de l'Europe, le plus grand centre d'art contemporain au monde sous la férule de deux des plus dynamiques fondations d'art moderne. Réjouissons-nous, c'est peut-être le signe de la résurrection de la Sérénissime. Venise prouve ainsi qu'elle ne reste pas figée dans un immobilisme patrimonial qui risquerait de faire de la plus belle ville du monde un disneyland sans vie véritable. Place à la création, à l'innovation et à l'audace ! Joyeuses Pâques à tous !

02 avril 2007

La saison a débuté dimanche au Lido.

Cette fois, ça y est, l'hiver n'est plus qu'un souvenir. Ce n'est pas le retour des hirondelles qui nous permet de dire cela,mais l'ouverture des grands hôtels du Lido. Traditionnellement leur réouverture au début du printemps marque la fin de la mauvaise saison. Les vénitiennes vont bientôt remiser leurs somptueuses fourrures au placard. l'Hôtel des Bains et l'Excelsior sont ouverts. Les capanne (cabines de bains) de leurs plages sont pratiquement toutes déjà louées - à prix d'or - et ce jusqu'en octobre prochain. Pour le prix d'un appartement sur Park avenue vous pouvez disposer d'une de ces baraques de toile rayée au bord de la plage où vous pourrez vous prélasser entre deux bains, en bénéficiant du service impeccable des garçons de plage stylés. Mais, bien qu'ouvertes, les plages ne sont pas encore très fréquentées. Les premiers bains sont pour le mois de mai, voire mi-juin. En attendant, l'eau reste un tantinet fraîche mais si cela vous tente...

01 avril 2007

Pas doute, le printemps est là...

 
Tout semble dormir encore mais Derrière le calme apparent, la ferveur peu à peu se ressent. La belle saison, enfin, est de retour. L'air s'est fait plus doux, la lumière plus ample. Venise redevient elle-même. Le touriste moyen, celui qui ne fait que passer de Rialto en palais des doges ne voit rien, mais vous, les fous amoureux de la Sérénissime, tendez l'oreille, ouvrez l'oeil, respirez amplement et vous sentirez ce dont je veux parler : Le doux printemps de Venise n'est pas une invention de poète. 
 
 
Toutes la gamme des couleurs qui dansent en reflet sur l'eau verte des canaux ne peut laisser personne indifférent, le parfum des fleurs qui envahissent l'atmosphère et cette douce chaleur qu'un vent léger vient adoucir. 
 
 
La glycine de notre jardin embaume jusque dans la rue. A cet odeur subtile qui suit le passant partout dans la ville se mêle, les odeurs des étals de fruits, le fumet des brioches aux devantures des pâtisseries. La brume du matin est devenue légère. Le jour se lève sur un ciel sans nuage. C'est la saison que je préfère ici. Tout semble chanter et chacun parait joyeux.
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