31 mars 2008

COUPS DE CŒUR n°22

Michel Lambert, Airs de cour
René Jacobs et Wieland Kuijken.
Harmonia Mundi, coll. Curiosita, 2004.Je vous ai déjà parlé à plusieurs de cette trop discrète collection qui reprend des enregistrements du fonds Harmonia Mundi, qui est, comme vous le savez certainement, d’une incroyable richesse. Pour les esprits curieux (c’est ce que dit la notice de présentation du catalogue), on trouve les Arts Florissants de Willian Christie, interprétant magistralement le Cantique de Möyse de Moulinié, Les cantates de la vénitienne Barbara Strozzi avec la voix de Judith Nelson, l’Ensemble Janequin avec les Leçons de ténèbres de Sermisy, Huguette Dreyfus au clavecin qui joue le Microcosmos de Bartok (superbe !)… Des pochettes résolument sobres, contemporaines, très légères presque trop épurées, mais un contenu d’une belle qualité. J’ai toujours apprécié la politique éditoriale de cette maison de disques. Rappelez vous la création dans les années 70-80 de la collection Musique d’abord qui pour 10 Francs (1,50 € !), proposait des enregistrements d’une grande qualité et d’une incroyable diversité. Presque tous les titres ont finalement été réédités, mais le prix forcément a changé. Leur politique de développement est intelligente, leur méthode de commercialisation très sobre et surtout leur catalogue d’un éclectisme et d’un goût absolument sûr. Comme on dit d’une oreille qu’elle est parfaite. Bon, je ne sais si ce panégyrique me vaudra un cadeau de la Maison arlésienne (ce n'était pas le but, Bernard Coutaz), mais je revendique mon attachement à cette maison !
 
Revenons-en à ce disque de René Jacobs. Dans un français parfait, Maître Jacobs chante avec la délicatesse, le raffinement et l’efficience qui lui sont naturelles (nous sommes en 1981 au moment de l’enregistrement réalisé par l’excellent Jean François Pontefract) ces "airs de cour" composés pour ces concerts qui s’organisaient souvent dans les salons en ville comme à la cour, et où régnait une atmosphère précieuse et légère à la fois. Ce n’était pas des réunions prétentieuses mais savantes, aurait-on dit à l’époque, de gens bien mis, connaisseurs et cultivés. Michel Lambert, protégé de Madame de Montpensier et beau-père de Lully, fut l'élève du grand Etienne Moulinié. Il chantait en s’accompagnant au théorbe et avit de nombreux élèves au Palais comme en ville. Presque toute son œuvre est consacrée à ce genre musical, avec le plus souvent une référence à l’amour et à la mort. Ce disque est un régal.
Je ne sais plus en fait si je vous en ai déjà parlé, mais ces airs de Lambert participent tellement de ma vie vénitienne qu'ils ont presque davantage leur place dans TraMeZziniMag que le disque de Barbara Strozzi, magnifique aussi.
Lambert me ramène en arrière. Il y a une vingtaine d’années, quand jeune étudiant, je passais les plus belles soirées du monde chez un vieil aristocrate, musicien amateur qui connaissait tout le monde à Venise. Des soirées mémorables. Je sais bien qu’il réunissait chez lui beaucoup de jeunes gens parce qu’il était très sensible à notre jeunesse, et on croisait souvent dans son salon, de forts jolis garçons et de très belles jeunes filles. Mais il n’eut jamais, pour aucun de nous, de gestes qui eurent pu nous embarrasser ni ne prononça de propos déplacés. Il nous jouait entre autres du Lambert. C’est chez lui que je découvris le théorbe, le plaisir de cette musique paisible, humaine, interprétée parfois par de grandes voix qu’il invitait en même temps que nous. Je pense à Margaret Zimmermann qui venait parfois en voisine (elle habitait à l’époque un très bel appartement sur le campo Santa Maria Formosa), à ces jeunes chanteurs du conservatoire Marcello dont j’ai déjà parlé et qui donnèrent à ma demande un récital pour le vernissage de l'exposition d'un jeune sculpteur (voir le lien en cliquant ici).
 
Ce vieux monsieur, aujourd’hui disparu, avait un talent extraordinaire pour rassembler et harmoniser des êtres qui ailleurs ne se seraient jamais rencontrés. N’est ce pas cela l’esprit du XVIIe où la curiosité et la parfaite éducation permettaient de s’ouvrir à la nouveauté, où l’accueil se faisait naturel et l’hospitalité toujours royale. Inconnu en pénétrant dans le salon, vous vous sentiez au bout de quelques minutes, parfaitement intégré, comme lorsqu’on revient chez des amis de longue date… Cette capacité extraordinaire est une caractéristique de l’aristocratie et diffère tellement de la prétention bourgeoise, de cet esprit recroquevillé, frileux et sans curiosité aucune qui est malheureusement l’apanage de cette classe sociale pleine de prétention et de complexes en même temps que sottement ambitieuse et superficielle.

Mais laissons-la ces digressions. Lambert et ses airs de cour est un vrai régal, surtout ce merveilleux "Vos mépris chaque jour", avec la basse continue qui souligne la douleur du chanteur, fou d’amour et de dépit :
"Vos mépris chaque jour me causent mille alarmes,
Mais je chéris mon sort, bien qu’il soit rigoureux.
Hélas ! si dans mes maux je trouve tant de charmes,
Je pourrais de plaisir, si j’étais plus heureux."
La viole et les violons reprennent l’air et le terminent, prolongeant la douleur de l’amoureux transi. Ce qui fait la beauté de l’écriture de Lambert, c’est justement ce passage naturel de la voix à l’instrument. On n’est plus seulement dans l’ornementation. Chaque air possède un double qui loin de nous éloigner du texte, le développe, le souligne et parfois même l’explique. Méditation douloureuse, cette chaconne parle à tous nos cœurs, qui ont forcément connu, à un moment ou à un autre, les tourments dont il est question. Ecoutez, vous serez conquis.
Anne Queruel
Andrea Tron, le maître de Venise
Editions Loubatières
La biographie très bien écrite d’un grand patricien vénitien du XVIIIe siècle, ambassadeur de la Sérénissime à la cour de Versailles, homme politique visionnaire et très consulté, témoin de cette époque terrible où venise qui avait pu tout être s'apprêter sans vouloir y croire à n'être plus rien. Andrea Tron est né en 1712 dans une Venise où "On chante dans les places, dans les rues, dans les canaux. Le fond du caractère de la nation est la gaieté" (Mémoires), ami de Montesquieu, avec qui il correspondit longtemps, homme de grande culture, en avance sur son temps, il fut obsédé par un seul combat : permettre à Venise de durer. Il mourra en 1785, assez tôt pour ne pas avoir le chagrin de voir sa Sérénissime déchiquetée et anéantie par Buonaparte et les autrichiens.
Focaccia Genovese 
Lorsqu’il fait bien froid et que nous avons tous envie de rester chaudement installés dans le salon, devant la cheminée, lovés parmi les coussins du canapé, avec le chat qui ronronne comme une vieille grand-mère heureuse d’avoir tous les siens autour d’elle, je fais un plat vite fait, roboratif en diable et finalement assez fin. Il s’agit en fait à la fois d’un pain plus que d’une pizza. On en trouve partout dans les bars de Venise et l’origine serait génoise (rien n’est parfait – vous savez que je n’aime pas Gênes ni les génois, ennemis de toujours des vénitiens) d’où son nom. Peu de boutiques en vendent à Venise qui soient aussi bonnes que celle de notre recette. 
Le jeune Sam, auteur-(ex) adolescent d’un livre de recettes, écrit pour délivrer ses congénères boutonneux de l’éternel et pitoyable duo hamburger & Coca, donne une recette à peu près semblable. Essayez, vous m’en direz des nouvelles. Je sers une grande tranche encore chaude, bien moelleuse avec quelques feuilles de salade bien vertes (de l’épinard, du cresson ou de la mâche), nappées d’un simple filet d’huile d’olive et de vinaigre balsamique, avec des tranches de pancetta lorsque nous sommes à table. Sinon, pour les soirées "feu de cheminée-grosse paresse" comme en ce moment, la genovese est présentée dans une grande corbeille et chacun se sert avec les doigts. En général, je sers aussi des mugs de velouté bien chaud à base de Miso soup.
Il faut 400g de farine, 20g de levure fraiche, huile d'olive, sel, 2 pommes de terres moyennes cuites à l'eau et réduites en purée (mais c'est optionnel), de la sauge fraiche ciselée ou à défaut du persil, quelques olives dénoyautées et coupées en rondelles.
Mettez la levure dans un peu de lait ou d'eau tiède pour la dissoudre. Mélangez-la avec la farine, 2 cuillères à café de sel, la purée de pommes de terre et 3 cuillères à soupe d'huile d'olive. Travaillez la pâte, en ajoutant un peu d'eau tiède autant que nécessaire. Laissez reposer la pâte une petite heure sous un linge propre qui va monter sans sécher. Ajoutez les herbes et/ou les olives. Huilez un moule ou une plaque à four. Etalez-y la pâte. Attention elle ne doit pas être trop fine, ce n'est pas une pizza! Laisser reposer encore au moins une demi-heure. Avec les doigts, faites de petites marques, comme des "fossettes" à la surface de la focaccia. Dans chaque trou, disposez un peu de sel (le mieux est la fleur de sel, dont le croquant à la dégustation est un plaisir). Cuisez la focaccia à four très chaud, 200°C. Le temps de cuisson dépend de votre four et de l'épaisseur de votre focaccia. Elle est cuite lorsqu'elle a une belle couleur dorée! Au moment de servir, j'étale dessus un mélange assez épais de purée de tomates parfumée au basilic, et mélangée à une sorte de piperade épaissie, des petits morceaux de jambon ou des anchois, du parmesan, etc... Attention à ne pas trop saler la préparation car la foccacia Genovese selon cette recette, est salée.

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1 commentaire:

Anonyme a dit…
Ma perché la ricetta della focaccia genovese ? Qui siamo a Venezia non a Genoa ! Mangiamo la polenta, semplice, con le seppie al nero. Buonissimo !

18 mars 2008

La Pescheria : Promenade et recette gourmande à Venise

Quand on a la chance de séjourner à Venise assez longtemps pour cuisiner, faire ses courses devient un réel plaisir. La cuisine vénitienne traditionnelle est simple mais savoureuse car elle profite depuis toujours d'excellents ingrédients qui poussent à portée de barques de la cité des doges. 

Parmi les grands classiques, les cichetti, ces tapas vénitiens dont je vous ai souvent parlé et qui sont traditionnellement accompagnés d'un verre, la fameuse ombra (surtout du vin blanc). On y retrouve les fameuses sarde in saor (sardines marinées avec de l'huile d'olive, du vinaigre, du laurier et/ou des oignons, des pignons de pin, des raisins secs) dont j’ai déjà donné la recette, mais aussi quantité de préparations de poissons et de fruits de mer: bigorneaux, poulpes, polenta aux schie (petites crevettes)... Sans oublier la baccalà mantecàto, sorte de brandade de morue séchée (mais non salée, contrairement à ce que désigne le terme baccalà dans le reste de l'Italie) préparée avec des anchois, de l'ail, du lait, de l'huile d'olive et du persil. Ce délice n’est pas si difficile à préparer même pour les cuisiniers obsessionnels comme Julian Barnes, dont je vous ai recommandé le très humoristique ouvrage paru il y a peu en poche "Un homme dans sa cuisine" (cf. Mes Coups de Cœur).

Le Veneto est une région du nord certes mais toute sa tradition culinaire est imprégnée des produits de la Dieta Mediterranea (cette philosophie culinaire qui fait la part belle aux produits naturels, de proximité, où l’ail, la tomate, l’huile d’olive sont les acteurs principaux). La polenta, jaune ou blanche, et les risotti y sont monnaie courante bien davantage que la pizza méridionale qu’on trouve partout pour satisfaire le touriste pour qui Italie rime forcément et presque exclusivement avec spaghetti et pizza... La polenta, à base de farine de maïs, est servie liquide ou durcie et sautée dans une poêle beurrée en accompagnement de nombreuses préparations (voyez la recette de Casanova que j’ai donné en 2007). 
Les risotti s'ornent de toutes sortes d’ingrédients mais toujours de saison: potirons, roquette, houblon, artichauts, champignons, coques, crevettes, scampi, Saint-Jacques... Légèrement différent, puisque le riz est ici ajouté au bouillon et non l'inverse, le risi e bisi (riz et petits pois) est, sans doute, l'un des plats populaires les plus connus de Venise et du Veneto, surtout quand viennent, avec le printemps, ces belles variétés de petits pois parfumés qui poussent du côté de Mazzorbo mais aussi dans les potagers des collines d’Asolo. Le fameux risotto al nero surprend toujours par sa couleur noir profond, obtenue grâce aux poches d'encre fraîche des petites seiches utilisées dans pour cette recette. J’essaie d’en faire quand je suis en France, à Bordeaux ou sur le Bassin d’Arcachon, mais jamais les variétés que je trouve là-bas ne permettent d’obtenir le goût du risotto qu’on réalise sur place. 

Bien entendu, à Venise aussi la pasta est incontournable (à la table quotidienne de presque tous les vénitiens et à la carte de quasiment tous les restaurants vénitiens). Simplement agrémentée d’une passata di pomodoro avec de l’ail et des herbes fraîches, ou enrichie de boulettes de viandes, de morceaux de poulet rôti. Dans les restaurants mille variétés sont offertes aux amateurs. Les spaghettis à l’ail sont simplement succulents. Les penne rigate servies avec des morceaux de tomates fraîches coupées en quartier, un filet d’huile et du parmesan fraîchement coupé en tranches fines et du basilic… 

Comment résister ? Puisqu’on évoque la morue et la seiche, allons donc nous promener du côté du marché aux poissons, au Rialto. A chaque saison, les étals présentent des denrées d’une telle richesse que l’on ne peut manquer d’avoir envie de tout goûter. Connaissez vous les moeche ? Ces ces petits crabes mous très recherchés qu’on ne trouve que pendant une très brève période (à peine quelques jours, un peu comme dans l'estuaire de la Gironde, les fameuses pibales), au début de l’automne, récoltés pendant leur mue. Frits entiers et vivants, on les consomme en beignets cuisinés de la même manière depuis plusieurs centaines d’années. 

On mange beaucoup de poissons ici, la plupart du temps simplement grillés (un régal)simplement accompagnés d’un pesto de rucola (roquette), frits ou cuits à la vapeur. Il n’est pas rare de trouver de l’espadon et les têtes de ces étranges poissons avec leur piquant géant attirent toujours les curieux. Thons, sardines, merlus, anguilles, des dizaines de variétés de poissons se retrouvent sur les bancs des marchands du Rialto et des quelques autres poissonniers installés all’aperto, à Santa Margherita ou Viale Garibaldi.

Si la viande est plus rare (mais je puis vous indiquer deux ou trois très bons bouchers et un des derniers tripiers de Venise), les Vénitiens raffolent du canard, du lapin, des tripes et bien entendu du foie de veau (cf. la recette du chef de l’Antico Martini) et du carpaccio de boeuf. Ce plat qui a aujourd'hui fait le tour du monde a été créé au début des années 50, du temps où Hemingway fréquentait le propriétaire du Harry’s Bar, le génial Giuseppe Cipriani. A l’origine, ce plat était accompagné non pas de copeaux de parmesan et d’un filet d'huile d'olive mais d'une sauce "universelle" (car se mariant aussi bien à la viande qu'au poisson), à base de mayonnaise, de crème fraîche, de moutarde et de sauce Worcestershire. On vous le prépare encore comme cela à la demande.

Venise ne reste pas inoubliable pour ses desserts, comme le reste de l’Italie en général. Longtemps le sucre a été un luxe. Si l'on excepte le tiramisu, devenu universel (et souvent massacré), il y a peu de grandes trouvailles sucrées. Cependant les livres de recettes qui sont parvenus jusqu’à nous, des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, donnent des exemples de délicieux sabayons, de massepains et de biscuits dont certains existent encore. Les temps modernes font la part belle aux préparations à base de fruits et aux gelati que les biscuits secs typiques accompagnent agréablement sur toutes les tables authentiques. Les plus connus sont les baicoli (que l'on trempe dans un Moscato ou un vin cuit), les bussolai, biscuits aux œufs en forme de couronne ou les esse buranèi car en forme de S, spécialité de l'île de Burano, (endroit où il faut les acheter pour ne pas se faire plumer comme le conseillait devant moi à un groupe de touristes belges, un guide très avisé !). Pour ma part j'ai un faible pour la torta di mandorla et le strüdel hérité des autrichiens.

Au vu de la diversité offerte par la Lagune, il serait dommage, lors d'un prochain séjour à Venise, de ne pas profiter de son art de vivre, qui pousse la soirée venue, à s'asseoir à une terrasse installée sur un campo animé pour siroter l'aperitivo ou au bar pour déguster une assiette de cichetti. On profite alors de cette magie vénitienne - un art de vivre - qui fait que ces mêmes gestes répétés chaque soir ne lassent jamais… 

Mais revenons à la Pescheria. Allons acheter les ingrédients nécessaires à ce plat toujours apprécié de mes invités comme de mes enfants : le thon à la vénitienne

Il faut de jolis filets de thon frais. N'importe quel étal de la pescheria vous en proposera. Passez prendre du bon vinaigre de vin à la boutique qui fait l'angle, achetez au passage des oignons. Vous aurez certainement déjà de l'huile d’olive, du sel et du poivre, de l'ail et de la polenta. Nous voilà de retour à la maison. Installons nous dans la cuisine. Pour commencer, il faut peler et émincer les oignons. Faites les dorer et frire à feu doux dans une sauteuse avec un peu d'huile. Remuez constamment afin qu'ils restent blonds et légèrement croustillants. Poêlez le thon rapidement dans l'huile d'olive. Cela prend quelques minutes, le temps d'émincer grossièrement les gousses d'ail. 
Quand le poisson a pris une jolie couleur et que son délicieux arôme s'est répandu dans toute la pièce, réservez-le au chaud dans un plat que vous aurez chauffé au préalable et déglacez la poêle au vinaigre puis faites-y cuire l'ail sans le faire brûler. il doit rester blanc. Remettez le thon dans la poêle et parsemez avec les oignons frits. Au moment de servir, je rajoute un morceau de beurre et plein de parmesan fraîchement râpé. Servi avec de la polenta grillée ou en purée, c'est sublime. La prochaine fois, nous nous mettrons à la torta di mandorla. Si cela vous tente bien entendu !

7 commentaires:

Anonyme a dit…
Bien sûr que ça me tente !
Noto Bene : Où trouver la recette du foie de veau du chef de l'Antico Martini
Anonyme a dit…
Questions
Dans quel restaurant et à quelle époque peut-on déguster de bons moeche ?
Quel restaurant sert les meilleures tripes de Venise ? Da Marisa ? Ai Gondolieri ? Autre ?
Valerio a dit…
Je serai début avril à Venise et j'ai hâte de découvrir certains de vos bons tuyaux.
Merci pour votre blog qui est un ravissement pour ceux qui aiment Venise et veulent mieux connaître sa face cachée.
Lorenzo a dit…
il fegato alla veneziana... La semaine prochaine sur Tramezzinimag, laissons passer la semaine sainte ! La recette de l'Antico Martini est assez spéciale car elle renferme un ingrédient inédit. Mais chut, ce sera pour plus tard.
Anonyme a dit…
Quel suspense !
Lorenzo a dit…
N'est ce pas !
catherine a dit…
Bonjour,
De retour d'En Haut après 6 jours merveilleux à nous perdre dans la Sérénissime. Quel bonheur de découvrir vos billets sur les marchés. Notre appartement était à 5 minutes et tous les matins c'est avec un plaisir renouvellé que je découvrai l'étal argenté des poissonniers et cette mosaïque verte et rouge chez les maraichers. Nous avons fait des festins de "cuor de bue" (quand je pense aux malheureuses coeurs de boeufs qu'on essaie de nous refiler sur nos marchés !) et de roquettes. Je continue le voyage en vous lisant chaque jour et fait découvrir en ce moment à mes enfants un Livre "Rendez vous à Venise" de Eva et Olga Prud'homme.
Catherine

16 mars 2008

COUPS DE CŒUR N°21


Contrairement à ce que j’ai pratiqué jusqu’ici dans cette rubrique, je voudrais vous parler de livres qui m’ont plu mais qui n’ont rien à voir avec Venise sauf peut-être que je les ai lu en y allant, où dans notre jardin de Dorsoduro, où encore à la terrasse du Margaret Duchamp, de Nico, du cafédel Paradiso ou du Harry’s Dolce. D’autres parce qu’ils sont allés rejoindre les rayons de notre bibliothèque vénitienne à l’attention de nos hôtes à venir. Quant aux disques, ce sont vraiment des coups de cœur.
.
Julian Barnes 
Un homme dans sa cuisine
Mercure de France, 2008

Imaginez un peu, un britannique qui parle de cuisine sans haut-le-cœur quand il mentionne l’ail et les pratiques culinaires françaises, cela montre que la Perfide Albion a bien changé (hélas parfois) depuis le passage de la terrible Dame de Fer. Du temps de Shelley ou de Browning, les anglais colonisaient Venise et le reste de l’Italie, produisant dans leurs villégiatures exotiques de Capri ou des Îles Borromées, les chefs d’œuvres que l’on sait. Aujourd’hui, ils s’en prennent au Périgord ou aux Landes et Barnes fait partie de ces intellectuels branchés qui fonctionnent à l’obsession. Vivant à deux cents à l’heure, cuisiner est pour ces bobos une activité qui doit être cadrée, rationnelle et répond systématiquement à des critères bien définis. C’est ce qui fait l’intérêt de ce petit livre. On y suit les péripéties de l’auteur dans ses velléités gastronomiques. Il collectionne les livres de recettes, en jette parfois et panique complètement quand l’explication fournie n’est pas assez précise. Aucun sens de l’improvisation, aucune confiance en son bon goût ni en son flair. Avec beaucoup d’humour, il raconte au fil des pages son combat pour réussir des plats et avoue ruser en passant par la case traiteur. Il faudra décidément de longues décades pour que ce peuple sache se détacher de son flegme et de sa rigueur victorienne. Même en cuisine. Un des plus célèbres écrivains anglais d'aujourd'hui nous livre ainsi un désopilant récit de ses trouvailles (parfois curieuses comme le saumon aux raisins secs), de ses échecs (souvent savoureux comme le lièvre à la sauce au chocolat) et de ses coups de gueule (ah, ces livres de cuisine tous aussi imprécis les uns que les autres !). Il nous fait partager ses angoisses et bien sûr ses enthousiasmes - en nous livrant au passage quelques (demis) secrets.
.
Hippolyte Taine
Vie et opinions philosophiques d’un chat
Éditions Payot-Rivages
Petite Bibliothèque poche. 2008

Paru en 1858 à la Librairie Hachette, le célèbre Voyage aux Pyrénées, illustré par Gavarni et d’autre talentueux dessinateurs, contenait ce petit texte humoristique qui reparaît enfin. Ce petit classique de la littérature sur les chats (j’allais écrire de la littérature pour les chats…) a pris sa place sur les rayonnages de notre bibliothèque vénitienne. Le chat narrateur est pourtant un lointain cousin de nos matous vénitiens. C’est un chat campagnard qui en quelques pages raconte sa vie et ses expériences, du jour où il a ouvert les yeux jusqu’au soir de sa vie, où, repu et satisfait, il tire quelques conclusions qui ont fait dire à l’auteur «j’ai beaucoup étudié les philosophes et les chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure». La très belle illustration de couverture est due à Gerrit Greve. A offrir à tous les amis des chats et aux autres qui ne le sont pas encore.
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Mavis Gallant
Laisse couler

Éditions Payot, Rivages. 2008
Coll. Rivages Poche/Bibliothèque étrangère n°599
"Les nouvelles ne sont pas des chapitres de roman, dit Mavis Gallant. On ne doit pas les lire l’une après l’autre comme si les histoires se suivaient. Lisez-en une. Fermez le livre. Lisez quelque chose d’autre et revenez plus tard. Les nouvelles peuvent attendre. Peut-être, mais pas celles-ci, croyez-moi." écrit Russell Banks dans sa préface. Canadienne de langue anglaise, née à Montréal en 1922, Mavis Gallant vit à Paris depuis 1950. Elle y écrit des histoires courtes qui font d’elle l’une des plus grandes nouvellistes de notre époque. Quand on le commence, on ne lâche plus ce petit livre de la très jolie collection Payot Rivages.
.
Salomone Rossi
Vocal works
Ut Musica Poesis Ensemble, L’Aura Soave Ensemble & Hypothesis
Label Symphonia, 2008
Ce compositeur auprès de la cour de Mantoue était à son époque une célébrité. Ami et collègue de Monteverdi (sa sœur créa le rôle d’Ariane dans le Lamento d’Ariane de Monteverdi, Rossi jouant dans l’orchestre), on ne dispose malheureusement que de bien peu d’éléments biographiques et il semble que bon nombre de ses œuvres aient été perdues, en particulier après le sac de Mantoue par l’armée autrichienne, sans parler de la peste qui s’ensuivit (il était habituel de détruire par les flammes toutes les possessions des pestiférés). Dans ce disque de très bonne facture, le label Brilliant Classics a choisi de nous présenter des madrigaux à quatre voix parmi les plus tardifs, ainsi que les superbes Cantiques de Salomon et surtout des madrigaux pour une voix seule, accompagnée du théorbe. Rossi fut l’un des premiers musiciens, précurseur du baroque en cette toute fin de la Renaissance, à se pencher sur le langage nouveau du chant monodique, accompagné harmoniquement par un simple instrument. Ancêtres vénitiens du Lied, Ces pièces instrumentales et vocales témoignent de la hardiesse de style et de langage de Rossi. En complément de programme, quelques ouvrages de Purcell et Campra, plus tardifs de deux générations, mais dans la lignée d’une certaine conception à l’italienne et qui furent beaucoup joués à Venise.
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L'organo nella Venezia del XVI secolo : Claudio Merulo, Andrea Gabrieli, 
Hans Leo Hassler, Gioseffo Guami, Massimiliano Raschetti, 
Orgue Colombo de 1532.
Label Symphonia
Une radiographie complète de la musique d'orgue vénitienne du XVIe siècle, voici ce que nous offre Massimiliano Raschetti sur un très bel orgue de 1532. La musique autant que l'orgue sont colorés comme des verres ou des bijoux vénitiens : l'idéal de cette époque alliait l'exubérance byzantine et la vitalité de la culture arabe, qui se rejoignaient dans ce port ouvert à toutes les influences artistiques et intellectuelles. Trois pièces inhabituelles dans ce programme : des compositions poétiques d'origine populaire, collectionnées sous le nom de l'éditeur Andrea Antico. Toute en grâce et en délicatesse, elles témoignent des aspirations esthétiques de tout un chacun en ces temps. Il faut noter l'utilisation judicieuse de percussions pour en souligner le caractère dansant. Un bijou.

COUPS DE CŒUR N°21

Contrairement à ce que j’ai pratiqué jusqu’ici dans cette rubrique, je voudrais vous parler de livres qui m’ont plu mais qui n’ont rien à voir avec Venise sauf peut-être que je les ai lu en y allant, où dans notre jardin de Dorsoduro, où encore à la terrasse du Margaret Duchamp, de Nico, du café del Paradiso ou du Harry’s Dolce. D’autres parce qu’ils sont allés rejoindre les rayons de notre bibliothèque vénitienne à l’attention de nos hôtes à venir. Quant aux disques, ce sont vraiment des coups de cœur.
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Julian Barnes 
Un homme dans sa cuisine
Mercure de France, 2008

Imaginez un peu, un britannique qui parle de cuisine sans haut-le-cœur quand il mentionne l’ail et les pratiques culinaires françaises, cela montre que la Perfide Albion a bien changé (hélas parfois) depuis le passage de la terrible Dame de Fer. Du temps de Shelley ou de Browning, les anglais colonisaient Venise et le reste de l’Italie, produisant dans leurs villégiatures exotiques de Capri ou des Îles Borromées, les chefs d’œuvres que l’on sait. Aujourd’hui, ils s’en prennent au Périgord ou aux Landes et Barnes fait partie de ces intellectuels branchés qui fonctionnent à l’obsession. Vivant à deux cents à l’heure, cuisiner est pour ces bobos une activité qui doit être cadrée, rationnelle et répond systématiquement à des critères bien définis. C’est ce qui fait l’intérêt de ce petit livre. On y suit les péripéties de l’auteur dans ses velléités gastronomiques. Il collectionne les livres de recettes, en jette parfois et panique complètement quand l’explication fournie n’est pas assez précise. Aucun sens de l’improvisation, aucune confiance en son bon goût ni en son flair. Avec beaucoup d’humour, il raconte au fil des pages son combat pour réussir des plats et avoue ruser en passant par la case traiteur. Il faudra décidément de longues décades pour que ce peuple sache se détacher de son flegme et de sa rigueur victorienne. Même en cuisine. Un des plus célèbres écrivains anglais d'aujourd'hui nous livre ainsi un désopilant récit de ses trouvailles (parfois curieuses comme le saumon aux raisins secs), de ses échecs (souvent savoureux comme le lièvre à la sauce au chocolat) et de ses coups de gueule (ah, ces livres de cuisine tous aussi imprécis les uns que les autres !). Il nous fait partager ses angoisses et bien sûr ses enthousiasmes - en nous livrant au passage quelques (demis) secrets.
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Hippolyte Taine
Vie et opinions philosophiques d’un chat
Éditions Payot-Rivages
Petite Bibliothèque poche. 2008

Paru en 1858 à la Librairie Hachette, le célèbre Voyage aux Pyrénées, illustré par Gavarni et d’autre talentueux dessinateurs, contenait ce petit texte humoristique qui reparaît enfin. Ce petit classique de la littérature sur les chats (j’allais écrire de la littérature pour les chats…) a pris sa place sur les rayonnages de notre bibliothèque vénitienne. Le chat narrateur est pourtant un lointain cousin de nos matous vénitiens. C’est un chat campagnard qui en quelques pages raconte sa vie et ses expériences, du jour où il a ouvert les yeux jusqu’au soir de sa vie, où, repu et satisfait, il tire quelques conclusions qui ont fait dire à l’auteur «j’ai beaucoup étudié les philosophes et les chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure». La très belle illustration de couverture est due à Gerrit Greve. A offrir à tous les amis des chats et aux autres qui ne le sont pas encore.
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Mavis Gallant
Laisse couler

Éditions Payot, Rivages. 2008
Coll. Rivages Poche/Bibliothèque étrangère n°599
"Les nouvelles ne sont pas des chapitres de roman, dit Mavis Gallant. On ne doit pas les lire l’une après l’autre comme si les histoires se suivaient. Lisez-en une. Fermez le livre. Lisez quelque chose d’autre et revenez plus tard. Les nouvelles peuvent attendre. Peut-être, mais pas celles-ci, croyez-moi." écrit Russell Banks dans sa préface. Canadienne de langue anglaise, née à Montréal en 1922, Mavis Gallant vit à Paris depuis 1950. Elle y écrit des histoires courtes qui font d’elle l’une des plus grandes nouvellistes de notre époque. Quand on le commence, on ne lâche plus ce petit livre de la très jolie collection Payot Rivages.
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Salomone Rossi
Vocal works
Ut Musica Poesis Ensemble, L’Aura Soave Ensemble & Hypothesis
Label Symphonia, 2008
Ce compositeur auprès de la cour de Mantoue était à son époque une célébrité. Ami et collègue de Monteverdi (sa sœur créa le rôle d’Ariane dans le Lamento d’Ariane de Monteverdi, Rossi jouant dans l’orchestre), on ne dispose malheureusement que de bien peu d’éléments biographiques et il semble que bon nombre de ses œuvres aient été perdues, en particulier après le sac de Mantoue par l’armée autrichienne, sans parler de la peste qui s’ensuivit (il était habituel de détruire par les flammes toutes les possessions des pestiférés). Dans ce disque de très bonne facture, le label Brilliant Classics a choisi de nous présenter des madrigaux à quatre voix parmi les plus tardifs, ainsi que les superbes Cantiques de Salomon et surtout des madrigaux pour une voix seule, accompagnée du théorbe. Rossi fut l’un des premiers musiciens, précurseur du baroque en cette toute fin de la Renaissance, à se pencher sur le langage nouveau du chant monodique, accompagné harmoniquement par un simple instrument. Ancêtres vénitiens du Lied, Ces pièces instrumentales et vocales témoignent de la hardiesse de style et de langage de Rossi. En complément de programme, quelques ouvrages de Purcell et Campra, plus tardifs de deux générations, mais dans la lignée d’une certaine conception à l’italienne et qui furent beaucoup joués à Venise.
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L'organo nella Venezia del XVI secolo : Claudio Merulo, Andrea Gabrieli, 
Hans Leo Hassler, Gioseffo Guami, Massimiliano Raschetti, 
Orgue Colombo de 1532
Label Symphonia
Une radiographie complète de la musique d'orgue vénitienne du XVIe siècle, voici ce que nous offre Massimiliano Raschetti sur un très bel orgue de 1532. La musique autant que l'orgue sont colorés comme des verres ou des bijoux vénitiens : l'idéal de cette époque alliait l'exubérance byzantine et la vitalité de la culture arabe, qui se rejoignaient dans ce port ouvert à toutes les influences artistiques et intellectuelles. Trois pièces inhabituelles dans ce programme : des compositions poétiques d'origine populaire, collectionnées sous le nom de l'éditeur Andrea Antico. Toute en grâce et en délicatesse, elles témoignent des aspirations esthétiques de tout un chacun en ces temps. Il faut noter l'utilisation judicieuse de percussions pour en souligner le caractère dansant. Un bijou.

04 mars 2008

Deux recettes de mon carnet

Cette petite promenade gourmande m'a ouvert l'appétit ! Je ne résiste donc pas au plaisir de vous donner deux recettes que j’aime bien réaliser, en modifiant les ingrédients en fonction des arrivages et de l’avancée de la saison. Car il s’agit de plats qui font la jonction gustative entre les mets roboratifs de l’hiver et ceux plus légers et parfumés qui annoncent le printemps.

2 commentaires:  (archivés par Google)

Petite Fée a dit…
Merci pour ces bonnes recettes!
délicieux vraiment merci pour vos recettes et vos articles je me régale chaque jour !
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