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Articles

Affichage des articles du 2018

Regata Storica 2018, un super millésime !

L'une des dernières vraies fêtes des vénitiens. J'emploie sciemment cette formule plutôt que fête vénitienne qui s'apparente désormais aux artifices mercantiles que produisent partout dans le monde les organisations en charge de la culture et du tourisme. L'intention est bonne bien sûr, attirer le chaland avec des bribes de l'Histoire d'un pays, d'une ville, d'un peuple. Mais si les spectateurs se régalent - au prix de bousculades et de suées en plus de tickets d'entrée pas donnés - les vénitiens s'enfuient, reconnaissant de moins en moins leurs fêtes. 
Même la Fête de la Salute est aujourd'hui suivie par les hordes qui arpentent le pont, assistent aux messes votives comme on regarde un match de foot, et mitraillent - se mitraillent aussi - l'évènement pour pouvoir rayonner dans les réseaux sociaux et proclamer  des "nous y étions !" exhibitionnistes.  

Bref la Regata Storica garde ses codes, ses usages et les vénitiens ne l'…

I Gondolini : Avec la bénédiction du Père, les champions de demain se mettent à l'eau

"Le sport est harmonie, mais si c’est la recherche de l’argent qui prévaut, et celle du succès, alors cette harmonie se casse... Dans une optique de victoire à tout prix, on court le risque de réduire les athlètes à des instruments dont il faut tirer profit... Ils entrent alors dans un mécanisme qui les transforme, ils perdent le vrai sens de leur activité, cette joie de jouer qui les a attirés en étant enfants et qui les a poussés à faire tant de sacrifices et à devenir des champions..."  C'est avec les mots du pape François que les jeunes athlètes et leurs aînés ont été accueillis par Don Fabrizio Favaro sur les marches de la Salute. Partis du palazzo Vendramin-Calergi, siège du casino municipal, devant lequel trône une rutilante Ferrari (symbolisant le jumelage de la Régate Historique de dimanche prochain avec la célèbre course automobile de Monza qui aura lieu le même jour et sera présentée en même temps sur les écrans de la RAI). Signe des temps, cet engin automob…

Jour après jour, avancer dans une joie sereine. Chroniques d'un été vénitien (3)

Il avait vraiment raison l'inventeur de l'adage, on est le maître du monde quand on est tôt levé. La météo joliment clémente m'avait incité à sortir du lit à l'aube. L'air dehors était déjà bien doux. La nuit avait été douce, sans ventilateur, sans avoir besoin de se rafraîchir comme pendant les dernières semaines. Une brise iodée soufflait sur la ville encore endormie. Ciel un peu voilé à 6 heures 30. Que sera ce jour ? Rien d'autre que ce que nous en ferons. Un tour rapide dans la salle de bains, Quelques rangements, faire le lit, aérer la chambre de mon amie C. qui arrive  et vient prendre ses quartiers d'automne, un mug de thé bien chaud et en route.
En marchant au rythme habituel d'ici, celui que nous prenons tous quand il s'agit d'aller dans un point précis et qu'on sait qu'à chaque moment des hordes de touristes vont bloquer un pont, une rue, s'arrêter à tout moment n'importe où. On apprend dès le plus jeune âge à se mouvoi…

Un matin comme les autres. Chroniques d'un été vénitien

Vivre en pleine conscience les instants les plus bénins de nos jours érigés en ouvrage d'art, work in progress toujours inachevé, l'écoulement des heures où les tâches du quotidien prennent le masque d'évènements sacrés. Le premier café du jour d'habitude est un moment de calme. j'aime bien le prendre en dehors de la maison, surtout en cette saison. Un de mes endroits favoris depuis quelques mois, surtout lorsque le temps s'avère doux comme aujourd'hui, est le café de la Foresteria des Crociferi. L'endroit est tranquille, ombragé, et on a le choix entre une terrasse sur l'eau ou le cloître de cet ancien couvent garni de tables et de chaises longues. L'accueil y est vraiment sympathique et attentionné. Le café et les viennoiseries qu'on y trouve sont parmi les meilleurs de la ville. Bref, l'endroit idéal pour reprendre les notes de la veille, lire le journal, répondre aux courriels du jour avant que de vraiment commencer la journée. Depui…

Dans quelques jours la très attendue Regata Storica

Comme chaque année, Venise se prépare à la Regata Storica, le rendez-vous le plus important sur le calendrier des festivités traditionnelles de la Sérénissime, un des rares qui rassemblent la population et les touristes, la compétition la plus suivie - et la plus spectaculaire, des adeptes de la fameuse "Voga alla Veneta", discipline sportive unique au monde pratiquée dans la lagune depuis la nuit des temps. 
La régate et le cortège historique qui la précède auront lieu comme chaque année le premier dimanche de septembre, à 16 heures. Comme toujours devant une foule nombreuse et très impliquée où se mêleront des vénitiens de tous âges et de tous milieux, des invités étrangers (la Mostra du Cinéma début aussi dans les prochains jours), et des touristes venus du monde entier. 
La Regata Storica dans son aspect actuel est née à la fin du XIXe siècle. La tradition des courses d'embarcations à la rame est connue depuis les débuts de la République et n'a jamais été interromp…

L'enfant inconnu qui dit Venise en vérité

Cet enfant, rouge encore de s'être dépensé sous le soleil à jouer au ballon, belle frimousse et chevelure bouclée. Il s'assoit en face de moi sur le banc pour remettre ses chaussures que sa grand-mère lui tend. Il me regarde en silence. Soudain il me sourit, montrant de jolies dents écarlates. 

- C'est un livre sur Venise ? me demande-t-il. 

Sa grand-mère aussitôt rugit : Louis, on n'interpelle pas les gens ainsi, voyons !" et se tourne vers moi visiblement désolée. Je souris à mon tour. 

- Pardon" poursuit l'enfant, mais c'est bien sur Venise votre livre !"

 Je lui réponds par l'affirmative. Il continue d'ignorer sa grand-mère et poursuit : 
- C'est beau Venise. J'y suis allé l'été dernier avec mes parents"

La vieille dame est retournée s'asseoir, mais elle reste aux aguets et me lance des regards gênés comme pour s'excuser d'avoir un petit-fils aussi culotté.

C'était magnifique ! Je ne crois pas qu'el…

La lettre reçue

"Mi sono innamorato di te" chante Luigi Tenco à la radio ce matin. Avec cette lettre reçue hier qui traîne sur la table, l'odeur du café et des brioches dans la cuisine, le vent qui souffle derrière les fenêtres closes, le ciel gris qui recouvre la ville, cette voix me ramène loin dans le temps ; dans ces années 80 où je vivais ici mes années d'étudiant sans projet précis, sans savoir que faire ni quoi choisir. Je me revois assis à mon bureau, calle Navarro, la fenêtre rendue presque opaque par les gouttes d'une pluie comme aujourd'hui, dense, rendue sauvage par la force du vent. Se superpose aussi l'image du jeune homme indécis et un peu confus devant la cheminée du petit appartement de la Fondamenta Coletti, à San Gerolamo. Les lambris et le tapis ancien qui donnaient à ces lieux un petit air de chalet alpin, la photo de cette fille que je ne cessais de fuir et vers qui pourtant je revenais sans cesse, le jour quand je m'interrogeais sur les choix q…

Revenir est toujours une joie

"Venezia è un adolescente delle bellisime carne dorate"
Mario Stefani
Il y avait bien longtemps que je ne m'étais pas absenté autant. En général, je ne reste jamais loin de Venise. Je ne peux pas. L'éloignement m'est toujours une souffrance. La cité des doges occupe mes pensées, à peine revenu, je ne songe qu'à repartir. Tout me ramène depuis toujours en pensée vers elle. Achaque instant son image peut surgir, il suffit d'une cloche qui sonne, une musique, une lumière, un objet,pour que surgisse mon désir d'elle. Un besoin plutôt...

Jusqu'à mes promenades dans les venelles médiévales de la charmante petite ville (heureusement encore boudée par les touristes) où je suis très souvent.J'y retrouve la même atmosphère particulière que dans les rues de la Sérénissime, dans ses quartiers excentrés où les hordes ne passent jamais. Bref, je suis resté bien trop longtemps éloigné - depuis mai ! - et je ne devrais pas. Le manque était devenu intenable, d&#…

Petits bonheurs tranquilles. Chronique d'un été vénitien (1)

Ferragosto à Venise. 15h. 30. Depuis la terrasse de la maison. Après le déploiement des cloches pour fêter le madone, de nouveau le silence. Le temps orageux qui couvrait la lagune a laissé place à un vrai beau temps du mois d'Auguste : le vent venu de la mer rafraîchit l'air et éclaircit le ciel redevenu d'un bleu pur. Plus un nuage. Autour de moi, je sens la vie qui palpite. Pourtant tout semble au ralenti. Bruits de vaisselle à l'Acqua Pazza, le restaurant voisin. le service est fini. les serveurs bavardent en défaisant les tables. Il y a encore quelques clients qui s'attardent. Le bruit du trafic sur le Canalazzo, la trace d'un avion haut dans le ciel. Peu de monde dans la rue. 
C'est le 15 août. Toute l'Italie vit au même rythme. Tout le monde est parti. A la plage, à la campagne... Il n'y a guère que les touristes pour arpenter les rues et donner l'image d'une ville à cet ensemble de bâtisses, de monuments, de campi et de calle écrasé…

Le Belem, une légende vivante (1)

‘‘Le brigantino, c’était la première chose qu’on voyait en arrivant sur l’île de San Giorgio, et la dernière que nous laissions derrière nous en partant. Il constituait pour nous un totem ; un objet que nous investissions d’une valeur symbolique quasiment religieuse ; c’était notre grand-frère, que nous admirions et dont nous étions fiers. Il n’est pas un port d’Italie qui n’ait vu un marinaretto, ni même un chantier naval ; il n’est pas une mer qui n’ait vu naviguer un marinaretto.’’
C'est la voix troublée par l'émotion que Lauro Nicodemo, ex-marinaretto de l’Istituto Scilla, parle du Giorgio Cini, l'ancien navire école de l'établissement dans lequel il a grandi. Il arpente les coursives, s'arrête longuement pour contempler les mâts du brigantin qui revenait pour la première fois depuis longtemps à son ancien port d'attache, au printemps 2014. 
C'était il y a quatre ans. La Sérénissime recevait en grande pompe le Belem, ex-Giorgio Cini, ex-Fantôme II, qui …

Nous ne serons jamais seuls !

Une fois n'est pas coutume, un son d'aujourd'hui destiné aux jeunes filles en fleur et aux jeunes garçons en ébullition qui seront demain à notre place, diffusé sur TraMeZziniMag. Ceux qui entendent l'anglais comprendront vite : Never be alone, n'être jamais seul... C'est ce que proclame Shawn Mendes, ce jeune chanteur canadien bourré de talent. Des paroles découvertes au moment où je rédigeais l'appel que nous venons de publier, préambule au lancement effectif, matériel, palpable de ce projet éditorial médité depuis 2010 et, timidement, initié avec la publication de Venise, l'hiver et l'été, de près et de loin... Pas de hasard, ce " tu ne seras jamais seul" : on a beau le savoir, cela fait du bien de l'entendre à la radio au moment où on décide de sortir de sa zone de confort pour démarrer, vraiment, une nouvelle aventure. Se savoir porté, sentir avec plus ou moins d'acuité, que c'est la bonne voie, le bon choix et se jeter à …

Editions Tramezzinimag : et si nous lancions la machine tous ensemble ?

Variations en guise d'avant-propos. Il y a quelques semaines, j'étais assis à une terrasse en train de lire Le Gazzettino quand le non de TraMezZiniMag fut prononcé. Bien évidemment je dressais l'oreille, cherchant en même temps à me cacher derrière les feuillets bien pratiques du quotidien vénitien qui ne fois déployés devaient me faire ressembler à l'inspecteur Clouzot cherchant à passer inaperçu. En réalité, j'étais installé sur une table haute, devant l'une des fenêtres du bar largement ouvertes sur la rue et les deux dames qui venaient de mentionner le sésame qui ouvrit ma curiosité étaient installées un peu plus loin en contrebas de ma place. 
Elles ne pouvaient me voir, assises à l'angle de la terrasse et ne devaient apercevoir tout au plus qu'un pan du journal avec derrière un homme en train de le lire. Il y avait du bruit dans le café. Je ne parvenais pas à tout bien entendre. Les deux dames parlaient français. l'une dit à l'autre : "…