19 octobre 2007

Venise en octobre

Ah quel joli moment que cette journée vénitienne. Le ciel est sans nuage, le soleil luit et une douce fraîcheur depuis ce matin transforme la lumière et l'air qu'on respire ici. Les gens ont l'air heureux. Rien à voir avec cette apparence maussade qu'ont tous les passants dans les rues de Venise quand la pluie s'installe. Pierres et corps sont alors comme imbibés de cette humidité qui semble ne vouloir jamais disparaître. Sous le soleil d'aujourd'hui, si rien ne ressemble plus aux paysages de l'été, voire des débuts timides de l'automne, il règne une atmosphère difficilement descriptible. Une sensation de bien-être, mais comme passagère, temporaire. 
 
Le vent frais se faufile dans les ruelles sombres et il a fallu attendre midi et le tintement joyeux des cloches de Zanipolo pour que frère soleil réchauffe les pierres. Les chats qui avaient disparu retrouvent la margelle des puits, les rebords de fenêtre mais on les sent attentifs, ils savent bien eux que tout ce bien-être n'est qu'éphémère. Demain, la Bora soufflera et le froid s'immiscera partout. Le silence se fera plus lourd et la joie d'entrer dans les derniers lieux qui semblent habités dans cette ville endormie, ces bacari chaleureux, sera la même que celle que doivent ressentir les explorateurs du grand nord quand ils retrouvent leurs abris après une longue expédition.

L'intérieur vénitien, Liliana Magrini nous guide...

Je viens de retrouver la citation, elle conclut une belle réflexion sur la manière dont on a pu concevoir la topographie de Venise au fil des temps et des besoins : 
"Étrangement, dans ces rues, on n'a jamais le sentiment d'être "dehors" : elles sont elles-mêmes l'intérieur vénitien." (*)
Si vous ne connaissez pas le livre de Liliana Magrini, je vous invite à le découvrir. C'est un pur bijou, un guide amoureux, authentique celui-là, écrit par une vénitienne dans ces années de Dolce vita où on a l'impression que la vie justement douce et apaisée après les sombres années de guerre ne se conçoit pour nous qu'en noir et blanc comme ces films italiens dont je raffole... La dame traduisait des ouvrages pour Gallimard. Elle fut très proche de Camus qui relut son Carnet Vénitien. Elle connut aussi Jean Grenier et Louis Guilloux, le grand poète breton. Elle a  aussi publié la Vestale, un roman paru en 1953,  toujours chez Gallimard, qui connut un certain succès.

Pour illustrer ces propos, ce cliché Afi de ma collection qui montre un instant de pause lors du tournage du film Canal Grande de Andrea Robilant avec Maria Denis (1943). Vous aurez reconnu le ponton du traghetto de S.Tomà à moins qu'il s'agisse de celui de Sta Maria del Giglio. je ne me souviens jamais et quand j'y passe j'oublie toujours de vérifier... Vous imaginez l'âge qu'aurait le chat aujourd’hui...

(*) : Liliana Magrini, Carnet vénitien. Éditions Gallimard, 1956.

Venise est une vaste demeure

C'est Liliana Magrini je crois qui dans son merveilleux "Carnet vénitien", (Gallimard, collection blanche, 1956) souligne qu'une des particularités de Venise, c'est que même dehors, dans les rues et sur les places, on ne sent pas vraiment à l'extérieur. C'est comme si nous arpentions les salles et les corridors d'une immense demeure. N'avez-vous jamais ressenti cela ? 
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