31 décembre 2011

Petits riens...

L'année bientôt va s'achever. Plus que quelques heures et nous découvrirons une nouvelle année. Le ciel est gris. Il fait froid. Mais nulle tristesse ne semble vouloir se répandre dans l'air en ce jour tranquille. Gérard Jarry et l'Orchestre de chambre Jean-François Paillard illumine la maison avec les concerti pour violon de Bach. Le chat ronronne près du feu. Dehors, le marché bat son plein. pourtant peu de bruits nous parviennent protégé que nous sommes du froid et des rumeurs de la ville par les fenêtres closes. Sur la table de la cuisine la pâte pour les shortbreads repose. Il y aura aussi des petits gâteaux au chocolat, crémeux et fondants. Ma tasse de thé fume à côté de moi. Il fait bon. Un de ces petits moments de bonheur simple comme je les aime, où rien d'extraordinaire ne se passe. Où rien ne se passe en fait. L'odeur des jacinthes, l'ambre sur les radiateurs, et bientôt le délicieux fumet des gâteaux qui vont cuire... Ces petits riens qui font ricaner les esprits supérieurs toujours trop occupés de grandes choses. 

C'est toujours dans ces moments-là que j'aime prendre mes carnets et noter. Souvenirs, idées, recettes, bribes de conversations partagées ou volées en passant. Je faisais ce matin une liste. Celle des choses à faire en 2012. Traditionnelles résolutions qu'on parvient rarement à tenir ? Plutôt une série de tout ce que j'ai envie de faire ou que je dois faire. Il y a notamment l'idée d'un petit livre de cuisine, des textes à peaufiner pour parler de Venise aux enfants. 

Car Venise sied bien aux enfants. L'esprit d'enfance, voilà le seul bagage indispensable pour découvrir Venise ou la savoir bien connaître. Les enfants savent d'instinct ce qui est important. Ils reconnaissent instantanément ce qui compte vraiment. Leur art spontané du temps perdu, leur capacité d'émerveillement, ces yeux neufs qu'aucun a-priori ne vient encore voiler... Avec les chats, ils sont les vrais princes de Venise. 

Leur consacrer un livre qu'illustrerait des images anciennes et des photographies d'aujourd'hui. Ci penso... Les shorbreads sont dans le four. Je les ai fait en forme de bâtonnets piqués de trou. J'ai découvert sur un site gourmand un tampon qui permet de marquer les biscuits du label fait maison. Envie soudaine d'avoir le même. Commande passée sur Amazon

Un de ces objets peu coûteux qui ajoutent au quotidien une once de plaisir supplémentaire. Le ciel est blanc. Comme s'il contenait des flocons de neige prêts à tomber et à embellir la ville. Hélas, ce ne sera que de la pluie, fine et glacée. Trop tôt encore pour la neige. En février certainement. Deux moineaux picorent les miettes déposées sur le rebord d'une des fenêtres du salon. Les violons de Bach s'harmonisent à merveille avec l'atmosphère de ce samedi matin... Dans quelques heures nous découvrirons 2012. Bonne journée à tous. 
Recette des shortbreads 
C'est tout simple, et tout est en fait dans la qualité des produits utilisés et dans la lenteur de la cuisson (trente minutes à 150°). Pour la forme, vous avez le choix : soit des bâtonnets - les "fingers" anglais - piqués à la fourchette, soit en rond à l'emporte-pièce (6cm environ), soit en grand, genre fonds de tarte, marqué en portion et piqué avant la cuisson). Autre truc pour bien les réussir : mettre les biscuits au frais avant de les enfourner. 

Il vous faut 100 g de sucre en poudre, 200 g de beurre demi-sel et 300 g de farine tamisée. Si vous n'avez pas de beurre salé, prévoir une 1/2 cuillère à café de sel fin à rajouter à votre mélange. C'est plus long à la main mais cela donne un très bon résultat et c'est bon pour les muscles des bras et des mains ! 

Mélanger le beurre ramolli (mais pas fondu !), le sucre et la farine jusqu'à l'obtention d'une belle pâte moelleuse et compacte. Préparer une feuille de papier à cuisson sur la quelle vous étalerez les biscuits de la forme que vous souhaitez, la tradition les voulant ronds et lisses ou en bâtonnets piqués à la fourchette. Mettre l'appareil ainsi préparé au frais puis mettre au four (150°) pendant 30 minutes environ. Ils doivent rester clairs. a déguster avec un bon thé anglais (mon préféré reste le mélange de thés d'Assam de l'Irish breakfast appelé aussi "Builder's tea" . mais un verre de bon lait frais ou chaud se mariera bien aussi avec ces merveilleux petits sablés écossais. 

Photo ci-dessus extraite de l'excellent blog Sucrissime 

_________
 3 COMMENTAIRES (non enregistrés par Google)

L'enfant et les pigeons







3 COMMENTAIRES : non enregistrés par Google.

28 décembre 2011

Luigi Nono au conservatoire de Venise

Fascinante oeuvre pour flûte, petit chœur et live electronics, du compositeur vénitien, sur des textes de Rainer Maria Rilke et des hymnes orphiques réunis par Massimo Cacciari créée à Florence le 30 mai 1981. En exergue de cette composition, Luigi Nono cite ce passage de L'Homme sans Qualité de Robert Musil : « S'il y a un sens du réel, il doit y avoir aussi un sens du possible. C'est la réalité qui éveille les possibilités... Néanmoins, dans l'ensemble et en moyenne, ce seront toujours les mêmes possibilités qui se répéteront, jusqu'à ce que vienne un homme pour qui une chose réelle n'a pas plus d'importance qu'une chose pensée. C'est celui-là qui, pour la première fois, donne aux possibilités nouvelles leur sens et leur destination, c'est celui-là qui les éveille. »  

Les Brèves

Bonne nouvelle pour nos amis belges : 
Vol quotidien low-cost Bruxelles-Venise 
La compagnie aérienne Air One a annoncé la prochaine ouverture (prévue le 4 mai prochain) d'une base à Venise, sa troisième en Italie après Milan et Pise. A la clé le lancement de onze nouvelles liaisons. La filiale low cost d’Alitalia va ainsi baser deux Airbus A320 sur l’aéroport de Venise -Marco Polo, et y lancera ses quatre premières routes. Bruxelles sera desservie quotidiennement avec un départ de Venise à 7h50 et un retour de Belgique à 10h25. ligne créée pour concurrencer la compagnie Brussels Airlines. Air One desservira aussi Barcelone chaque jour. Venise sera également reliée à Prague et à Tirana. Enfin, dès le 15 juin 2012, la low cost lancera d'autres lignes : Athènes, Bucarest, Istanbul, Sofia et Varsovie. Venise sera ensuite reliée à Mahon dans l’île de Minorque et Palma de Majorque, faisant de l'aéroport de Venise une véritable plate-forme européenne. Cela voudra dire encore plus de visiteurs sur la lagune, mais permettra aussi à l'aéroport Marco Polo de devenir une place de transit ce qui présente de nombreux avantages. A noter que la France n'est pas desservie par cette compagnie. . 

La saint Sylvestre 2012 
sous haute surveillance à Venise 
La mode est au sécuritaire même à Venise. Cette année, prévoyant que le traditionnel Love kiss de minuit au pîed du campanile de San Marco animé par la charmante Betty Senatore, attirera du monde, le Commandant Marini, chef de la police municipale a pris des mesures draconiennes. Les habitants sont prévenus que la circulation pédestre pourra être déviée si besoin et que certains axes seront à sens unique. En cas d'une affluence trop massive de véhicules, le stationnement sera interdit Piazzale Roma et les automobilistes déviés vers le Tronchetto. Cela ne devrait pas décourager les 100.000 personnes attendues sur la piazza où sont prévues cette année encore de nombreuses attractions : concerts, théâtre, bal avec le célèbre DJ vénitien Maci, et brindisi avec le Bellini dans sa fameuse bouteille rose et argent de la société Canella, en attendant le compte à rebours et le feu d'artifice sur le Bacino di san Marco. Bonne soirée à tous ceux qui se rendront sur la piazza le 31 décembre ! . 

Vous aimerez peut-être: Venise au quotidien Bucolique et tranquille, le printemps fait le reste. Qui Le vol d'Isard  

_________

2 COMMENTAIRES : Non archivés par Google

27 décembre 2011

Concert de Noël : le Gloria de Vivaldi

Ceux qui ont lu mon livre où sont fidèles à mon blog savent combien le Gloria de Vivaldi est une de mes musiques favorites liées depuis plus de trente ans maintenant à ma vie vénitienne. C'est avec le Magnificat, le morceau qui m'accompagnait le plus souvent dans mes promenades nocturnes à travers la ville, c'est aussi ce que j'écoutais quand je travaillais à la bibliothèque de la Querini-Stampalia. Les trompettes du Gloria ont souvent résonné sous les voûtes de la galerie de Bobbo ferruzzi à San Vio... Voici une vidéo d'un concert de Noël donné en 2008 à Pescara, par le choeur et l'orchestre de l'Université Gabriele D'Annunzio de Chieti. Joyeuses Fêtes de Noël a tutti ! 



_______

2 Commentaires  : non archivés par Google


Ombre et lumière : Ponte dei Pugni, San Barnabà.



© Giuseppe Crimi, 2011 - Tous Droits Réservés.

15 novembre 2011

L'abat-jour était rose. Récit. (Work in Progress)

,,Il ne voulait pas être là. Tout en lui l'avait poussé à renoncer. Le temps qui venait de se mettre au froid, la lumière qui baissait et la nuit qui trop vite recouvrait tout d'un manteau de mystère. Encore un pont, puis la fondamenta, le passage étroit avec la jolie figure de la vierge dans son petit autel toujours fleuri. Il avançait machinalement, serrant nerveusement les poings dans ses poches. Il aurait dû mettre un autre pull. Il marchait en regardant ses pieds. Peu de monde dans les rues. Le silence de Venise soudain lui pesait. Pourquoi accepter ce rendez-vous ? Il savait bien que la silhouette jaune qui irradiait les couloirs du musée quand il l'avait vu pour la première fois, son rire chatoyant, la blancheur de ses dents, rien jamais plus d'elle ne pourrait être à lui. Il y a longtemps... Elle s'était abandonnée, prête et soumise à leur destin. D'un geste il avait balayé toutes les promesses de bonheur qui soudain s'offraient à lui. Trop imprégné encore de chimères bien trop lourdes pour son jeune cœur, il resta fermé à tout ce qu'elle s'apprêtait à représenter pour lui. L'autre, devenant chaque jour une vision un peu floue, attendait quelque part, loin d'ici. Il s'en persuadait, désirant avec force qu'il n'en soit rien. Il croyait être pur et agir comme un saint en ne cédant pas à celle qui déjà lui cédait. Peut-être préférait-il souffrir ? 
,,Elle était revenue. Son rire à l'autre bout du fil avait ranimé en un instant mille sensations qu'il croyait oubliées : - 19 heures 30, au Vapore. Les abats-jours sont-ils toujours aussi délicieusement roses ? Sois-bien à l'heure. Je t'embrasse. Le petit accent traînant, les roulades qu'il ne pouvait plus entendre depuis sa rencontre avec Luisa, sans voir sa chevelure brune, ses yeux verts, sa peau délicate et tremblante, tout resurgit et le troubla comme avant. Quel était ce mystère qui le renvoyait en quelques secondes à une vie qu'il croyait disparue, comme un rêve envolé ? Deux jours étaient passés. Maintenant, il fallait se décider. Luisa serait au restaurant, dans la petite salle du fond, près des grands miroirs. Sur la table damassée, la lampe avec l'abat-jour un peu mièvre répandrait sur son visage une douce lumière. 

,,Quelques années plus tôt, au même endroit, ils avaient prononcé la même phrase, avec la même intensité et le même désir. Son "que tu es belle" avait résonné en même temps que son joli "qué tou es beau". Il avaient ri tellement fort que tout le monde un court instant avait cessé de parler. La soirée fut merveilleuse. Elle le suivit chez lui. Quand elle s'étendit sur le lit étroit, il pensa à l'autre, l'élue, celle qui l'attendait dans sa vie d'avant. Il prit la main de Luisa, l'embrassa avec fougue puis, hésitant, les yeux dans le vague, il se détacha d'elle et lui proposa de la raccompagner à son hôtel. Elle eut un sourire incroyablement bon. Elle se leva. Il crut apercevoir dans l'ombre de la chambre mal éclairée, une larme sur son visage qu'elle essuya du revers de la main. Discrètement... Ils marchèrent main dans la main jusqu'au petit hôtel, près du traghetto. Elle devait partir pour Malaga le lendemain... Il ne la revit plus. Les années passèrent. Leurs vies... 

,,Et ce soir, elle était revenue. Enfin. Hélas. Qu'allaient-ils se dire ? Qu'avaient-ils à se dire ? Il ne voulait pas être là. Le quartier lui semblait laid. La ville, le ciel bas, le froid, il avait tout en horreur. Pourtant, il poussa la porte du restaurant, accueilli par Carlo, le serveur, qui ne semblait pas surpris de le voir surgir là après tant d'années : - La signorina vous attend, Monsieur, la table sous le miroir. Celle qui a l'abat-jour rose...

Work in Progress : 
Inédit extrait d'un récit à paraître, 
déjà initié sur Tramezzinimag en 2009. 

01 octobre 2011

Le Spanglish sandwich (Keller sandwich)

Les pauvres malheureux pour qui le sandwich s'arrête au simple jambon-beurre ou au pâté-cornichon n'ont pas idée des merveilles gastronomiques, époustouflantes trouvailles pour les papilles. Il y a les tramezzini - Tramezzinimag, vous le savez, se veut depuis 2005 l'infatigable zélateur de cette merveilleuse invention. Il y a le Club Sandwich dont la version la plus aboutie est celle d'Arrigo Cipriani, toujours servi au Harry's bar et au Harry's Dolce. 

Et puis, il y a tous ceux que d'émérites chefs inventent. Le spanglsih sandwich est un des plus grands. On lui donne le plus souvent ce nom car sa préparation figure dans une scène mémorable du film de James L. Brooks, Spanglish, sorti en 2005 avec Adam Sandler, la ravissante Tea Leoni et la non moins superbe Paz Vega. Peut-être certains d'entre vous s'en souviennent. cette comédie typiquement américaine raconte l'histoire d'une jeune femme mexicaine qui s'installe à Los Angeles avec sa fille et qui rentre au service d'une famille américaine dont le mari est un célèbre restaurateur. Dans une scène mémorable du film, le personnage principal revenant de son service au restaurant, se prépare avec amour ce fameux sandwich. Rien que de le voir à l'écran donne faim. Il a en fait été créé par un célèbre Chef californien (mais oui, il y en a), un ancien de chez Taillevent, reconnu comme un des meilleurs cuisiniers du monde, qui officie depuis 1994 au French Laundry, l'un des plus fameux restaurants de la Napa valley, un certain Thomas Keller.

Les ingrédients : 3 ou 4 tranches de bacon, 2 tranches de Monterey Jack (fromage californien créé par les franciscains au début du XVIIIe et qui ressemble un peu au cheddar blanc très frais ou à la feta turque dessalée), 2 tranches de pain de campagne (j'utilise des tranches pain de mie anglais complet), 1 cuillère à soupe de mayonnaise, 4 tranches de tomates bien mûres, 2 feuilles de laitue, beurre, 1 œuf.

3 commentaires: (Archives Google)

ytaba36 a dit…
Ho fame!
Yvonne
Michelaise a dit…
Thierry Marx, du temps où il était encore "par chez nous" avait accepté de parrainer une formation avec pôle emploi (qui ne s'appelait pas encore ainsi !) pour de la cuisine rapide de qualité !! De jeunes bordelais avaient ainsi acquis une qualification en suivant un cursus de 6 mois je crois et avaient appris à faire du "à consommer rapide" mais original, attrayant etc... j'avais trouvé l'idée sympa
Lorenzo a dit…
Effectivement. Il serait intéressant de savoir ce qu'ils sont devenus et ce qu'ils en ont retiré. Quant à la cuisine moléculaire... je trouve l'idée moins sympa, mais je dois tourner au vieux machin réactionnaire...

11 août 2011

La Venise que nous aimons. Chronique gourmande

Quand on rencontre sur la lagune une de ces embarcations traditionnelles au gréement aurique, que l'on appelle aussi gréement latin, et si un heureux hasard fait qu'on navigue soi-même sur un sandolo, si le ciel est clair, les chenaux silencieux, si une cloche au loin se met à sonner et que devant nous des oiseaux s'envolent en poussant leur cri, il est facile de se croire revenu aux temps anciens, quand un peuple laborieux sillonnait les eaux de la lagune pour pêcher, chasser, pour transporter bêtes et marchandises.
Aucun des bruits caractéristiques du monde moderne ne vient troubler le silence des eaux. Le glissement des barques, la rame qui s'enfonce dans l'eau, le vent dans les herbes... C'est un bonheur extraordinaire qui se renouvelle à chaque fois. Parfois, lorsque nous faisons halte au beau milieu de nulle part, le vent nous porte des senteurs incroyables, d'herbe et de terre, de fleurs et de vase. Je n'ai jamais retrouvé cela ailleurs, sauf parfois en hiver sur le Bassin d'Arcachon.
 

Ces émotions esthétiques creusent l'appétit. L'humeur exacerbée par tant de sensations, la beauté des lieux, la fatigue aussi, suscitent vers le milieu du jour une ferveur venue de très loin en nous. On est pris soudain d'une envie de nourritures roboratives. Heureux hasard : certains plats traditionnels, mitonnés à l'ancienne, nous attendent à chaque fois. Pasta e fagioli bien sûr, mais aussi Guazzetto de foie de volaille et de champignons, Bigoli au ragoût de canard sauvage, Anguilles marinées, Fritelle et Torta di mandorla... Souvent, nous déjeunions dans une de ces baraques de bois et de briques, bâties sur des îlots il y a longtemps pour la chasse. Toutes en rondeurs avec la cheminée au centre, elles se dressent au milieu de nulle part. Une vieille cuisinière à bois ronronnait doucement et, très jeune, j'imaginais que le retour d'une expédition polaire, quand l'équipage regagnait l'igloo où attendaient chaleur et nourriture, devait ressembler à cela. Plus tard, à la lecture du festin que l'ami Fritz organise pour ses amis dans le roman d'Erkmann-Chatrian, je ressentais le même plaisir, cette sensation qui vous prend tout entier, réchauffe et apaise. Ces petits riens qui font la vie bonne et le bonheur tranquille. Mais il serait cruel de vous parler de ces plats délicieux sans vous en communiquer la recette. C'est aujourd'hui dimanche, jour où l'on peut s'arrêter un peu et laisser de côté les préoccupations qui nous assaillent et nous empêchent de vivre. Alors, aux fourneaux !

Guazzetto de ma grand-mère
 

Ce plat est très ancien. A l'origine, il était mijoté dans les familles modestes pour utiliser les foies de volailles qui se perdent vite. A l'automne, on utilise les funghi porcini qu'on trouve dans les forêts de Vénétie, il en existe plusieurs variétés toutes très parfumées. Peu à peu, ce plat s'est ennobli, on trouve même des recettes utilisant des truffes blanches, autre produit des forêts de la Sérénissime. Je sers ce plat avec de la polenta. Avant la découverte du maïs, on faisait de la bouillie d'épeautre, de millet ou de pois chiche pour aller avec.
Il faut : 4 à 6 foies de volaille (canard ou autre), 1 gros oignon, 250 à 300 grammes. de cèpes frais ou séchés), 1 gousse d'ail,
du persil, du sel et du poivre et de l'huile d'olive et du beurre frais.
Préparer la polenta, la réservez au chaud. Hacher l'ail et le persil. Tailler les champignons en lamelles au couteau, les faire revenir pendant 5 minutes à la poêle préalablement nappée d'une à deux cuillères d'huile d'olive avec l'ail et le persil. Saler et poivrer. Il faut veiller à ce que les cèpes n'attachent pas et puissent dorer tout en restant mous. Couvrir et réserver au chaud. Découper les foies en lamelles assez fines. Éplucher un oignon. Le mettre à fondre dans une poêle avec un mélange d'huile et de beurre, puis ajouter les lamelles de foie. Saler et p
oivrer. Bien surveiller, et remuer souvent, pour que obtenir un mélange rissolé et non pas grillé. Ajouter ensuite les foies rissolées avec les oignons dans la poêle des cèpes en mélangeant jusqu'à obtenir un ensemble homogène. vérifier la température et s'il le faut remettre à chauffer à feu doux tout en remuant. Le mélange doit être crémeux avec de la sauce. Vérifier l'assaisonnement et servir sur un lit de polenta en purée. décorer avec le reste de persil et d'ail haché. On peut aussi présenter le plat d'une manière plus rustique avec des losanges ou des lanières de polenta grillée et le ragoût à côté. J'ai parfois ajouté de la grappa ou du cognac dans la cuisson des foies, cela donne bien mais ce n'est plus le guazzetto traditionnel.
.
Bigoli au ragoût de canard
 

C'est un des plats les plus raffinés qu'il m'est été donné de goûter à Venise. A ma connaissance un seul restaurant (clandestin ou privé devrais-je dire) le réalisait il y a encore quelques années comme on le faisait chez moi. D'abord parce qu'il faut de l'anatra, la femelle du canard sauvage, à la chair plus tendre que celle du papero, le mâle, toujours plus gras, et que ce gibier se fait plus rare. Et puis parce que les bigoli, cette sorte de spaghetti plus petits et plus épais, ne sont vraiment bons que fabriqués à la maison. Ce sont des pâtes à base d'œuf contrairement aux véritables spaghetti. Pour 700 g de farine, il faut deux œufs, du sel et 10 cl d'eau de source. Comme les vénitiens, j'utilise pour les fabriquer un torchio, appelé aussi communément bigolaro. C'est une sorte d'emporte-pièce muni d'un poussoir-manivelle en bois. Une machine à pâtes pourra faire l'affaire mais la taille sera différente. Autrefois à Venise comme dans les campagnes, tout le monde ne possédait pas cet engin. Les femmes se réunissaient alors chez l'heureux propriétaire de la machine et tout se terminait par un repas festif pris en commun. C'est pour cela que chez les très vieux vénitiens (il en reste encore), les bigoli sont toujours comme un appel à la fête.
Il faut : (pour six à huit personnes), un canard, 1 kg de bigoli, ,2 oignons, 2 gousses d'ail, du romarin frais, du laurier, du persil,
du parmesan fraîchement râpé, 25 cl de bon vin blanc, de l'huile d'olive, du sel et du poivre.
Il faut tout d'abord préparer le canard. On ne conserve ni la peau ni le gras. Ouvrir dans la longueur par le ventre et détacher la chair de la carcasse. Tailler les
morceaux obtenus en petits dés (environ 5 mm de côté). Hacher l'ail, l'oignon, le romarin et le persil. Faire chauffer deux bonnes cuillères à soupe d'huile d'olive, ajouter le hachis ail-oignon-persil. Faire fondre puis ajouter le romarin haché. Mélanger et laisser revenir. Quand le mélange est vert transparent, ajouter les dés de viande et faire revenir en remuant souvent pendant un quart d'heure. Il ne doit plus y avoir de liquide. Quand la viande a pris une jolie couleur , ajouter le vin blanc. Saler et poivrer au moulin. Laisser mijoter quelques minutes en remuant. On reconnaît que le mélange est prêt à la délicieuse odeur qui se répand dans la cuisine. Réservez au chaud. Mettre les bigoli dans un grand faitout d'eau bouillante salée. laisser cuire 10 minutes environ. Prélever les pâtes sans trop les égoutter et les ajouter au ragoût. Mélanger. Ajouter le parmesan râpé et servir aussitôt. Ce plat se mange très chaud.
.

Anguilles marinées 
Voilà un autre plat typique de la lagune qui se retrouve aujourd'hui sur les meilleures tables de Vénétie. C'est je crois l'un des premiers poissons que j'ai goûté à Venise. Auparavant, je ne connaissais que les truites des Pyrénées (encore le souvenir de Fritz Kobus), les soles des brasseries Noailles ou Dubern de mon enfance à Bordeaux. Le souvenir de la mort de ces pauvres bêtes m'horrifiait car elles possèdent une grande force et sont capables de sauter hors du panier toutes seules et continuent longtemps de s'agiter même quand on leur a tranché la tête. Car l'anguille ne se conserve pas plus de 24 heures et elle n'est vraiment goûteuse que cuisinée aussitôt après sa mort. Pauvres bêtes, elles sont tellement délicieuses que leur sacrifice est vite oublié.

Il faut : 1 kg d'anguilles vivantes, une branche de céleri, une gousse d'ail, des oignons, du laurier, 500 g de tomates bien mûres, du vin blanc, de l'huile d'olive, sel et poivre.
La veille de la préparation, enlever la peau des anguilles, les couper en tronçons de 6 à 8 centimètres de long. mettre à mariner le poisson dans un plat creux avec le céleri taillé en bâtonnets, un oignon, l'ail en lamelles, des grains de poivres noir et du
vin blanc. Laisser au frais pendant 24 heures. Le lendemain, saler les morceaux et les mettre à dorer dans une grande poêle avec de l'huile d'olive très chaude. Compter environ 10 à 15 minutes. Couvrir et réserver au chaud. Faire revenir ensuite les oignons hachés à feu très vif avec les tomates coupées en lanières et les feuilles de laurier. Bien remuer pour éviter que le mélange n'attache. Délayer avec un peu d'eau et une cuillère à soupe de vin blanc. Saler et poivrer. Laisser cuire à feu moyen pendant 5 minutes. Passer la sauce au chinois. Disposer dans un plat creux la purée de tomates ainsi obtenue sur le plat, déposer dessus les morceaux d'anguilles, garnir les côtés de carrés ou losanges de polenta bien chaude couverte de beurre et de parmesan râpé, arroser avec la sauce. Un délice !

14 juin 2011

Le progrès fait trop de vagues à Venise

Ajouter une légende
Dans Venise la rouge, pas un bateau ne bouge... La rime n'est pas des plus élaborées mais le génie d'Alfred de Musset fait de ces vers une clé pour nos mémoires. Fermant les yeux, le lecteur voit le môle au petit matin nimbé d'un léger brouillard aux senteurs primavériles, que percent peu à peu les rayons incarnats du soleil. Sur l'eau qui scintille, les gondoles immobiles attentes le réveil. Mais soudain, un bruit étrange, mélange de pétarade et d'eau qui bruisse sort le lecteur de sa rêverie. Une vedette de la police ou bien est-ce un taxi, fend l'eau du bassin à grande vitesse, créant tout autour de son sillage des vagues de plus en plus hautes, l'eau rouge il y a un instant comme un miroir pour le soleil levant devient verte, puis noire et l'écume blanche et mousseuse éclate comme de rage sur la bordure de pierre des Esclavons, comme une protestation rageuse. La réalité éloigne la paisible vision de Musset : le moto ondoso est un poison pour la cité lacustre. Les flots remués trop fréquemment attaquent les fondations mêmes de la cité des doges, les fonds bouillonnent et ce bouillonnent se répand jusqu'aux confins de la lagune, remuant les sols, dérangeant tout ce qui tente de vivre dans ce milieu aquatique fragile qui se meurt peu à peu par la faute des hommes qui pourtant lui doivent leur existence. Qui n'a pas été témoin de ces pétaradantes cavalcades des bateaux à moteur, secouant violemment les bateaux accostés le long des canaux, arrosant les passants marchant trop près du bord au Rialto ou à San Marco ? Qui n'a pas vu de ses yeux le déplorable état des soubassements en pierre d'Istrie ou en marbre rongés par une terrible gangrène aggravée par ces vagues sacrilèges. Pompiers, police, ambulances, mais aussi livreurs, taxis, particuliers forçant leurs moteurs surpuissants comme les petits ruffians le font avec leur mobylette dans les rues des banlieues ou plus tard leur BMW ou leur Golf GTI flambant neuves, les vénitiens sont eux-mêmes responsables de ce moto ondoso catastrophique pour la ville et cela dure depuis que le moteur est apparu.

On connait les solutions. Verbaliser là comme ailleurs ne suffit pas pas plus que la limitation de vitesse, et on ne peut évidemment pas revenir aux seules embarcations à rame (quoi que parfois je me demande...). Mais il existe des moteurs électriques assez puissants pour déplacer de grosses barques mais dont la conception évite les remous, pour les déplacements lagunaires extra-urbains, les bateaux sur coussin d'air sont parfaitement adaptés, silencieux, rapides, ils n'ont qu'un impact très minime sur l'écosystème et ne dérangent aucunement les habitants - les survivants - sous-marins de la lagune. Là comme ailleurs, c'est de gros sous dont il s'agit et d'intérêts, de profit et aussi d'égoïsme. Interrogés, les bateliers concernés répètent toujours le même discours : "ce n'est pas que moi", "je ne suis pas tout seul", "il faut bien aller vite si on veut faire notre travail", etc... Là aussi, il faudrait un référendum d'initiative populaire pour forcer les autorités à prendre les mesures qui s'imposent. Pour qu'un jour, le passant puisse dire en se remémorant les vers du poète : "Mon dieu, comme Musset a bien dépeint Venise avec ces deux vers"...
photographies : © Marco Zanon.

2 commentaires:
Douille a dit… 
Sans, pour autant, vouloir prendre la défense de ces vils margoulins, force est de constater que comme toujours à Venise nous sommes "le cul entre 2 chaises"... J'aimerais bien aussi préserver la ville et mettre tout le monde à la barque à rame, mais c'est pas possible, ces gens travaillent!!! Contrairement à nous qui allons à Venise pour glander! Tout ce qu'on aime à Venise y arrive par un bateau à moteur, qu'on se le dise! Mon dernier repas si typique au Rioba (que je recommande), n'était que des produits livrés en bateau... 
14 juin, 2011  

Lorenzo a dit… 
Douille, personne ne souhaite revenir aux galères et autres barcasses. Le moto ondoso est l'exemple même de l'abus ces gens qui poussent au maximum la vitesse de leurs puissants moteurs causent de graves dommages à la ville et la règlementation n'est pas respectée. Ni les vaporetti ni les barques à moteur qui respectent la limitation de vitesse sont en cause. Heureusement que le bateau reste le moyen de transport mais il y a de plus en plus de trafic et de plus en plus d'excès de vitesse. On sait aujourd'hui que ces vagues sont très dangereuses pour les fondations de la ville.Sans remettre en cause la motorisation des embarcations, il s'agit de rappeler chacun à sa responsabilité qui non seulement finit par coûter cher à la collectivité mais aussi met en danger le patrimoine artistique de la ville. C'est un peu comme ces gens qui font du jogging dans un jardin public et courent chaque jour sur le bord de la pelouse. ils sont un puis deux puis dix puis cent et en quelques semaines il n'y a plus de pelouse. Quand on leur fait remarquer la disparition de la pelouse à l'emplacement de leur passage, tous répliquent en chœur "nous ne sommes pas les seuls" ou "ce n'est pas moi"... Que répondre à cette terrible inconscience ? Il en est de même pour le moto ondoso évidemment aggravé par la vogue de smoteurs puissants et le goût pour la vitesse (car s'il y avait seulement les ambulances, les taxis et les pompiers,mais il y a surtout les particuliers qui se font plaisir en poussant des pointes sur le grand canal comme ailleurs ils le font avec leur voiture !)  
14 juin, 2011

Venise à Bordeaux, le retour de l'ambassadeur


Photographie © Pierre Paréja - Tous Droits Réservés.
Pendant 25 ans, il y eut à Bordeaux une élégante petite boutique dans le quartier Saint Pierre à l'enseigne de Marco Polo. Sa fondatrice en avait fait une sorte d'ambassade de la Sérénissime. On y trouvait tout l'artisanat vénitien - l'authentique - signé des meilleurs : masques, cadres et miroirs, vases, lustres et lampes, bracelets, colliers et pendentifs. Les plus grands noms étaient représentés et toutes les bourses pouvaient s'y satisfaire, depuis les bagues en verre colorés jusqu'aux lustres à girandoles entièrement soufflés à la main, en passant par la verrerie de Nason & Moretti, des vases et des lampes de créateurs, de Fortuny à Hans Peter Neidhard, le fondateur de Dimensione Vetro. Mais vingt cinq ans c'est long et Claire Normand décida il y a un an de fermer boutique pour pouvoir enfin disposer de temps pour elle entre Venise et le bassin d'Arcachon où elle décida d'acquérir une petite maison. Et c'est là que l'histoire devient comme un conte, de ceux qu'on écoute au coin du feu dans les maisons perdues dans les îles de la lagune. Cherchant la maison qui lui conviendrait le mieux, la fondatrice de Marco Polo se décide sur un coup de cœur. Elle rencontre les propriétaires, Sabine et Brigitte, deux jeunes femmes qui souhaitaient changer de vie. Elles avaient fait le tour des charmes de leur profession et envisageaient une reconversion. Ensemble. C'est là que le miracle se produisit. Claire leur parla de sa boutique, de Venise, de l'artisanat de Murano, des artistes faiseurs de masques traditionnels...
Ces dames ne réfléchirent pas des mois. Elles demandèrent à Claire de les introduire chez ses ex-fournisseurs, de les aider à se lancer et elles dénichèrent dans le vieux Bordeaux, à deux pas de la rue où se tenait l'ancienne boutique, un superbe local. Sabine et Brigitte étaient fin prêtes pour le grand saut. Il ne manquait plus que le voyage à Venise, une véritable initiation pour ces jeunes femmes qui découvraient, émerveillées, la Sérénissime et son art de vivre. Accueillies chaleureusement par tous, elles tombèrent sous le charme. Après quelques semaines de travaux, Marco Polo, le second du nom est ouvert au public pour le bonheur d'une clientèle qui avait vu avec tristesse le rideau tomber sur la petite boutique de la rue du Parlement Saint Pierre.

Vous ne pouvez pas le manquer, le nouveau magasin est situé au 4 rue des Lauriers, entre la rue Saint Rémi et la somptueuse place du Parlement. Si vous êtes à Bordeaux, ou quand vous vous y rendrez, allez y jeter un coup d’œil, vous ne serez pas déçus ! Et si elles ont le temps, les nouvelles ambassadrices de Venise se feront un plaisir de trinquer avec vous. Le Prosecco n'a plus de secrets pour elles, non plus que le spritz qui les a conquis, au point que le restaurant italien voisin a ajouté l'apéritif vénitien à sa carte. Au Campari seulement pour le moment.

Marco Polo
4, rue des Lauriers
33000 - Bordeaux
05 56 81 53 76
contact @marcopolovetro.com

3 commentaires:

ladivinecomedie a dit…
" Un Spritz campari seulement" ! Pourtant de l'Aperol, on en trouve facilement en France maintenant ;-)
http://www.nicolas.com/fr/_18_17_8294_aperol.htm

Lors de mon dernier passage à Bordeaux, après avoir acheté quelques livres sur Venise aux bouquinistes de la Halle des Chartrons, j'ai découvert non loin une sympathique épicerie italienne La Bocca (78 bis Rue Notre-Dame).http://www.epicerielabocca.com/
Mais je ne manquerais pas de faire un tour à votre adresse lors de mon prochain séjour bordelais !
Lorenzo a dit…
merci pour cette adresse. Il y en a quelques unes d'autres dans la ville depuis quelques années ! Evviva Italia !
Maïté a dit…
Dommage pour le spritz à Bordeaux...à quand le Lillet à Venise ! Bonne soirée, a presto !

Venise en juin avec Henry James


© Stefano Neno - Tous droits réservés

[...] Pour ce qui est de venir à Venise, si vous le pouvez, je n'ai qu'une seule réponse, enthousiaste : oui, mille fois oui. Ce serait pour moi, dans certaines circonstances (si j'étais libre, et ma vie, sur cent autres points, différente) la solution de tous mes problèmes et la consolation de mes jours déclinants. Jamais la ville entière ne m'a semblé plus délicieuse, plus chère, plus divine. elle laisse tout le reste loin derrière. Je voudrais pouvoir rêver de venir m'y mettre dans mes meubles [...], près de vous. Je caresserais cette idée avec un attendrissement bouleversé. Que vous êtes heureuse de pouvoire envisager un tel bonheur !..."
Henry James, 
Lettre à Laura Wagnière-Huttington, 
23 juin 1907

Venise, le résultat du moto ondoso

On pourrait publier des milliers de clichés des conséquences du moto ondoso. Celui-ci est un exemple flagrant des conséquences indirectes de cette maladie des temps modernes, la vitesse. Ce pontile placé sur le grand canal non loin du Rialto est agressé jour et nuit par les vagues que provoquent les embarcations à moteur à grande vitesse. Cela ne se voit pas tout d'abord, puis peu à peu les dommages apparaissent. Conjugué à la pollution des eaux, à la pourriture naturelle, les poteaux de bois résistent mal. Au point que certains envisagent de les remplacer par des poteaux moulés... en plastique ! Mais il en est de même pour les pierres qui soutiennent les quais ou forment les soubassements des édifices de la ville.

05 juin 2011

Les délices du Rialto : recette du fricandeau di storione

"[...] Je jouis de la plus belle rue et de la vue la plus animée du monde. Je ne peux me mettre à la fenêtre sans voir des milliers de gens et autant de gondoles à l'heure du marché. A droite, la vue découvre le campo delle Beccarie et la Pescheria, le champ gauche embrasse le pont et le Fondaco dei Tedeschi ; à la croisée des deux, le Rialto où se pressent les marchands. Il y a pour moi des vignes sur les chalands, le gibier à poil et à plume dans les boutiques, le potager sur le sol. Peu m'importent les ruisseaux arrosant les prés quand à l'aube je regarde l'eau couverte de toutes sortes de produits de saison. Quel joli passe-temps, le manège des convoyeurs distribuant des tas de fruits et de légumes aux porteurs qui les acheminent ! " 

Dans une de ces lettres, Pietro Aretino (1492 - 1556) dit l'Arétin, décrit le spectacle qu'il avait sous les yeux depuis la chambre où il logeait, ca'Bollani, un palais aujourd'hui disparu dont les fenêtres ouvraient sur l'Erberia. Le réjouissant spectacle quotidien qu'offre un vrai marché comme celui du Rialto si poétiquement décrit par le poète invite à la gourmandise. Laissez-moi vous donner une recette qui nécessite ces bons produits frais et naturels qu'on trouve encore sur les étals des marchés traditionnels et que la culture de l'hypermarché et de la nourriture industrielle n'a pas encore tué : 

Fricandeau d'esturgeon sauce allemande 

C'est une vieille recette familiale que j'ai trouvé écrite en français dans un joli petit carnet recouvert d'un vieux tissu fleuri ayant appartenu à ma grand-mère, et en italien dans un autre carnet, de moleskine celui-là, avec l'inscription "Venise, 1908" : "Choisir un beau tronçon d'esturgeon, nettoyez le bien, surtout enlevez bien toutes les peaux qui sont très dures ainsi que les arêtes. Quand il sera bien paré de tous ses nerfs, piquez le de lard comme un fricandeau et faites le revenir dans un bon morceau beurre mêlé à une cuillère à soupe d'huile d'olive. Ajoutez oignons, carottes, bouquet garni et morilles avec du vin blanc (une demie-bouteille) et laisser réduire de moitié. Mouillez d'une tasse d'un bon jus ou de bouillon. Assaisonnez, sel et poivre en grains, laissez cuire 3/4 d'heure au four pour colorer le fricandeau. 
Sauce : Mettez dans une casserole 100 grammes de beurre et de la farine pour faire un petit blanc. Laissez la cuire sans le faire colorer, mouillez avec le jus de cuisson de l'esturgeon et laissez sur le feu pendant 10 minutes. Quand la préparation est cuite, faites une liaison avec 2 ou 3 jaunes d’œufs, liez votre sauce et réduisez-la fort; passez à l'étamine dans une autre casserole ; assaisonnez de bon goût. Ajoutez-y une des champignons de Paris frais de préférence mais une boite peut faire l'affaire. Dressez l'esturgeon dans un plat, et servez votre sauce et les champignons autour . Faites quelques croutons que vous mettrez sur le plat. (Cette sauce peut servir pour la sole, la carpe, le brochet etc.)" A déguster avec un délicieux pinot Grigio au délicieux goût d'amandes comme celui de la Cantina Breganza.

Voyage d'initiation : Venise en hiver, novembre 2011




A la demande de lecteurs qui ne connaissent pas ou peu Venise, Tramezzinimag envisage l'organisation d'un voyage d'une semaine à Venise en novembre prochain. 
Rien de très original, une simple approche de la cité des doges pour ceux qui veulent en voir l'essentiel ou pour ceux qui connaissent mais voudraient y amener des amis ou leurs enfants et petits-enfants (à partir de 10 ans)

Le nombre de places sera limité à seize personn personnes

Au programme : découverte des principaux monuments, visite commentée de musées et collections d'art, concerts, mais aussi promenades dans la Venezia sconosciuta en hiver, découverte de lieux et de jardins secrets, et farniente, le tout dans l'esprit Tramezzinimag.
En fonction des demandes, nous retiendrons une des dates suivantes : 
du 7 au 14 novembre, du 14 au 21 novembre ou bien du 21 au 28 novembre.

Les personnes intéressées peuvent nous écrire à l'adresse suivante : viaggio.tramezzinimag@virgilio.it


E

05 juin 2011

Voyage d'initiation : Venise en hiver, novembre 2011

A la demande de lecteurs qui ne connaissent pas ou peu Venise, Tramezzinimag envisage l'organisation d'un voyage d'une semaine à Venise en novembre prochain. 
Rien de très original, une simple approche de la cité des doges pour ceux qui veulent en voir l'essentiel ou pour ceux qui connaissent mais voudraient y amener des amis ou leurs enfants et petits-enfants.

Le nombre de places sera limité à seize personnes.
 
Au programme : découverte des principaux monuments, visite commentée de musées et collections d'art, concerts, mais aussi promenades dans la Venezia sconosciuta en hiver, découverte de lieux et de jardins secrets, et farniente, le tout dans l'esprit Tramezzinimag.
 
En fonction des demandes, nous retiendrons une de ces dates : 
du 7 au 14 novembre, du 14 au 21 novembre ou bien du 21 au 28 novembre.

Les personnes intéressées peuvent nous écrire à l'adresse suivante : viaggio.tramezzinimag@virgilio.it

8 commentaires:

ladivinecomédie a dit…
Quel dommage que mes vacances de la Toussaint ne permettent jamais de voir Venise en novembre.
En plus si vous optez pour les deux premières semaines proposées vous pourrez profiter de Concerts dans le magnifique Palazzo Bru Zane dont les prémices de programme viennent d'être dévoilés sur vivaticket !
http://www.vivaticket.it/festival.php?id=433
Pour moi, Venise ce sera sans doute en solitaire fin avril 2012 en plein entre-deux tours de la présidentielle. J'ai déjà mes billets pour le concert du Quatuor Raphael qui se produira également au Grand Théâtre de Bordeaux en mai 2012 !
http://www.opera-bordeaux.com/detail-spectacle/concert-3/quatuor-raphael-554/11-12-7.html
Robert M a dit…
Pourquoi pas, nous sommes libres mais j'aimerai avoir plus de renseignements sur le programme et le prix du voyage.
Mon mail maury-robert@orange.fr
Anonyme a dit…
Je vais toujours à Venise en novembre, la lumière y est sublime. J'avais l'intention d'y aller cette année entre la San Martino et la Festa della Salute, deux fêtes que j'affectionne particulièrement. Comme Robert, j'aimerais avoir plus de renseignements. S'il y avait trop de monde interressé, serait-il possible, étant sur place, de me joindre au groupe ?
Voici mon mail : jcduchamp29@aol.com
Gabriella
venise a dit…
quelle belle idée... ce sera sans conteste un beau voyage dans l'esprit de tramezzinimag !
Catherine Chaumet a dit…
Bonjour,
J'avais déjà manifesté mon intérêt pour un voyage que vous organisiez en avril 2009 et vous ayant demandé plus d'informations, vous ne m'avez jamais répondu... j'avais été très déçue!
http://tramezzinimag.blogspot.com/2009/09/proposition-pour-un-voyage-venise.html
Lorenzo a dit…
Bonjour Catherine, vous n'étiez pas la seule. Des contingences diverses avaient empêché la finalisation de ce voyage. d'autres ont eu lieu - des commandes - mais ce premier projet était voué à l'échec. je cherchais à organiser un séjour comme on en fait entre amis ou en famille loin de tous les clichés habituels de la visite à Venise. Celui que je me propose d'organiser en novembre prochain s'adresserait avant tout à des personnes ne connaissant pas la ville ou la connaissant à peine. Les Fous de Venise qui la connaissent sur le bout des doigts, qui sont à l'affût (et je les comprends) de lieux inconnus ou rarement visibles pour le particulier ne seront pas rassasiés. Le programme complet est en cours de finition. Je vous en tiendrai informé dans ces colonnes ou par des courriels personnels.
Catherine Chaumet a dit…
Merci pour votre courtoise réponse! Il est vrai que connaissant déjà un peu Venise, le genre de séjour que vous préparez ne correspondrait pas à ce que je souhaite encore découvrir!
Anonyme a dit…
je me marie la fin octobre 2011, j'aimerai bien faire une surprise a mon épouse, alors puis-je avoir plus de renseignements sur le programme et le prix du voyage.
Mon mail lst_r@yahoo.fr
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...