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Articles

Affichage des articles du mai, 2012

On ne peut devenir qu'autant qu'on soit déjà

9 mai 2012 
C'est Novalis qui écrivait cela. Profitant d'un beau soleil, je relisais assis sur l'herbe des poèmes de Rainer Maria Rilke. Leur beauté m'a renvoyé, par un de ces mystères de la pensée, vers Louis Émié, cet auteur bordelais peu connu encore, mais qui est l'un des plus grands poètes de notre époque.
..Dans Le Mémorial, son journal, édité en 2000, j'avais trouvé le texte suivant qui date de 1941 je crois, quand la France était occupée. Il m'avait paru alors tellement en adéquation avec ma vie. Plus de dix ans après, ces lignes restent tout aussi fortes. 
.."Est-ce un bonheur ou un malheur que de savoir qu'il y a des choses que l'on ne pourra jamais faire, qu'on demeure toujours limité à soi-même malgré tous les efforts que l'on accumule pour se dépasser ? 
.."Il y a des livres que je ne lirai jamais, des villes que je ne connaîtrai jamais. J'en éprouve par instant un regret aussi douloureux qu'un soudaine brûlure. Et…

"Gelido in ogni vena", Vivaldi chanté par Cecilia Bartoli

,,En relisant mes notes sur l'Ospedale della Pietà, j'ai eu envie d'écouter ce magnifique disque enregistré par la grande Cecilia Bartoli, The Vivaldi Album, paru il y a un certain temps déjà (en 1999 !) chez Decca. Une merveille que tous les amateurs de musique baroque connaissent. Tout est beau dans ce disque. Avec l'enregistrement du Nisi Dominus de James Bowman, les Gloria et Magnificat dans la sublime version de Riccardo Muti avec la grande Teresa Berganza, c'est un des plus extraordinaires enregistrements consacrés à la musique du prêtre roux. Dans son Dictionnaire amoureux de Venise, Philippe Sollers décrit parfaitement la beauté émouvante de cette musique et le portrait qu'il dresse de la cantatrice est totalement justifié par ces images. Qui disait si bêtement qu'Antonio Vivaldi avait passé sa vie à écrire le même concerto ?

..Il m'est impossible de parler de Vivaldi sans évoquer la mémoire d'Olga Rudge et d'Ezra Pound. Sans eux, le com…

La Venise d'avant (1)

,,L'église de la Pietà que l'on peut voir aujourd'hui sur le quai des Esclavons n'est pas celle où Antonio Vivaldi dirigeait les jeunes musiciennes du couvent. Elle a été construite après sa mort. L'église qu'il connut et où eurent lieu les nombreux concerts qu'on venait écouter de toute l'Europe n'a été démolie que plus tard et remplacée par un palais aujourd'hui transformé en hôtel, l'Albergo Metropole. La gravure ci-dessus montre l'entrée de la chapelle de l'Ospedale della Pietà telle que Vivaldi et ses jeunes musiciennes l'ont connue. 
,,On peut encore voir des colonnes de l'ancien bâtiment dans le hall de l'hôtel. Est-ce l'esprit du prêtre roux qui fit décider le propriétaire de l'hôtel d'organiser chaque semaine des concerts de musique de chambre ou des récitals de chant dans un salon à côté du hall où trônent les deux colonnes vestiges de l'église reconstitue plus loin ? Certainement. Mais ce fut sur…

Premier matin de mai

"Quelle ville pour les marins ! Tout flotte, et rien ne roule. Un silence divin. l'odeur de la marine, partout. Même ignoble, aux carrefours de l'ordure croupie, des choux pourris, des épluchures et de la vase, l'odeur salée se retrouve encore ; et toujours monte la douceur sucrée du filin et l'arôme guerrier du goudron, cet Othello des parfums. C'est un bonheur d'aller grand'erre sur les eaux dociles : le charme de Venise contente tout caprice. Et moins l'on sait où l'on est, moins l'on sait où l'on va, plus l'issue a de grâce, le plaisir s'y parant de la surprise. Il n'est canal qui ne mène à la lumière."  André Suarès