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Affichage des articles du février, 2016

Venise : Triste constat

Cette photo de l'ami Enzo Pedrocco, prise récemment sur la Fondamenta Sant'Anna dans le sestier de Castello montre ce à quoi conduit l'ignoble laissé-aller des responsables de la Sérénissime. Peu à peu, lentement mais inexorablement,  au nom de la liberté économique, ils laissent périr Venise. "Vision emblématique des tristes et désolantes conséquences de cette monoculture touristique" commente l'auteur du cliché. Une charcuterie ferme et laisse la place à une boutique d'articles pour gogos. Ailleurs, il s'agira d'une boulangerie, d'une échoppe de cordonnier, d'un coiffeur ou d'un marchand de jouets... Peu à peu la ville se vide de sa substance pour se transformer en un simple parc d'attractions, un luna-park envahi par des touristes distraits et pressés. Quelle tristesse.
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6 commentaires (non archivés)

Un parfum de Craven A (2)

Antoine se dirigeait vers le campo. Il y avait peu de monde encore dans les rues. Des retardataires se hâtaient de franchir le portone du Palazzo Recanati, siège du lycée artistique. Il se sentait paisible et détendu. Pas de cours pour lui, aujourd'hui, le professeur avait prévenu de son absence. Après la colazione avec ses amis, ce sera de longues heures à la bibliothèque. Betti préférait celle de Ca'Foscari, Stefano et lui, les hautes salles de la Querini Stampalia. Il se répétait ces vers de Rimbaud découverts la veille en exergue d'un roman médiocre qu'on lui avait offert : C'est le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré.
C'est l'ami ni ardent ni faible. L'ami.
C'est l'aimée ni tourmentante ni tourmentée. L'aimée.
L'air et le monde point cherchés. La vie.
- Était-ce donc ceci ?
- Et le rêve fraîchit.
Je ne sais plus qui a écrit que c'est dans le sombre de la nuit qu'il est beau de croire à la lumière. P…

Un parfum de Craven A (1)

Un matin comme les autres. le ciel était gris mais on sentait dans l'air que la journée serait ensoleillée. Antoine n'aimait pas que le ciel fut bleu quand il devait s'enfermer dans la bibliothèque. De toute manière, en ce moment, il n'aimait rien. Il croyait être triste, il n'était que maussade. Jaloux. aigri. Même sa propre image que reflétaient les vitrines ne trouvait grâce à ses yeux. Il se sentait laid, petit. Il était seul. Le vaporetto n'arrivait pas. Il allait être en retard. Assis sur la banquette en bois du pontile, il regardait ses pieds. Il les trouvait ridicules ses pieds. Quelle idée stupide d'avoir mis des chaussettes dans ses baskets. Il allait sûrement transpirer. Il faisait déjà chaud, pourtant 9 heures sonnait à peine au campanile voisin. Un mendiant passa devant lui en maugréant. Des écoliers piaillaient. Una gita scolastica comme il y en a tant à Venise. Une religieuse les rejoint avec un diable chargé de bidons d'huiles d'oliv…

Lettre à mes lecteurs

Biens Chers Lecteurs, 
Il est difficile de trouver sur la toile des informations sympathiques et véridiques concernant notre Venise au quotidien. Envahie par les barbares depuis tant d'années, mille guides sont publiés, des centaines d'articles paraissent dans les journaux du monde entier qui présentent une Venezialtra, avec des adresses à ne pas manquer, des lieux à visiter à tout prix et aussitôt 21 millions de touristes se précipitent et endommagent le peu qui reste d'authenticité. En me promenant sur le net il y a quelques mois, et sur les recommandations d'une vieille amie vénitienne, j'avais découvert le blog de Riako, alias Chiara Regazzini, pétulante (et c'est un compliment, pas de l'ironie) jeune étudiante de la Ca'Foscari, apparemment grande amoureuse de Venise dans le même sens que nous, chers lecteurs. Son post sur les choses à voir et à faire qui ne coûtent rien (et font du bien pour paraphraser un adorable petit livre que j'ai offert n…

Non Tibi sed Petro...

Le silence de l'hiver, quand les frimas engourdissent les doigts et les esprits, ce pauvre Tramezzinimag est bien délaissé par son auteur... Que le lecteur lui pardonne à l'aulne de ses propres paresses, car les journées sont courtes et la nuit tombe vite. A Venise pourtant, déjà carnaval pointe son nez. Quittée hier, grise et brumeuse, embellie comme toujours par le silence et ses ciels bas, elle va se parer bientôt de couleurs et d'artifices, ses rues et ses campi se gorgeront de bruits et de cris joyeux. Pourtant, quelle lassitude à l'idée de ces fantasmagories de pacotille, la fête sera jolie pourtant aux yeux de certains, mais tellement peu authentique et bruyante. 
.La foule qui envahit tellement souvent et par vagues les plus célèbres spots de la Sérénissime ne fait que reproduire le mouvement perpétuel des flots quand ils pénètrent les bouches d'accès à la lagune. L'image de ces milliers de personnes qui s'avancent, joyeux, étonnés, attentifs ou dist…