31 décembre 2007

Petits itinéraires choisis pour un séjour entre amis (II)

Et si nous nous promenions ce soir dans Venise. Oh ! rien de bien précis, pas de but avoué si ce n'est le désir de retrouver cette atmosphère unique qui saisit le promeneur. Enfonçons-nous dans le ville comme on se fond dans un rêve, suivons au hasard un itinéraire qui s'impose devant nous. Allons donc au gré de notre rêverie, sur un des arias de l'Oratorio de Caldarà dont je vous parlais hier. 

La stazione. Les marches descendues, le premier contact absorbé par nos sens, mettons-nous en route. Non pas par la Lista di Spagna, mais par cette petite ruelle sur la gauche. Elle va nous mener dans un dédale de courettes et de venelles vers le fonds de Cannaregio, à la limite du monde moderne que représentent les alentours de la gare et les anciens bâtiments de l'Enel et de la Venise éternelle, celle du temps des doges : les abattoirs, les vieux palais décatis. Après maints détours, nous traverserons ce jardin public inconnu des touristes. Peu de monde, quelques vieillards, des enfants, des chats au milieu d'un parc arboré de presque un hectare, entre l'église des Scalzi et la Lista di Spagna. Un passage pour éviter cette rue grouillante qu'empruntent presque tous les touristes qui remontent vers le Rialto en passant par le campo San Geremia où se dresse le Palazzo Labia et le ponte dei Guglie. 

En sortant du jardin du palais Savorgnan, on arrive au bout du canal des Tre archi après être passé par un quartier neuf rempli de jardins très fleuris. C'est par là qu'autrefois on pénétrait en bateau dans Venise. De ruelle en ruelle, on débouche sur le parvis de San Giobbe, toujours vide et tranquille. Peut-être, si l'église est encore ouverte pourra-t-on voir cette jolie peinture de Gerolamo Savoldo représentant la crèche. Il y aussi ce monument très baroque de Claude Perrault à la mémoire de l'Ambassadeur du roi Louis XIV, Renaud Le Voyer de Paulmy d'Argenson, qui mourut à Venise, en 1651. Il faut savoir que l'Ambassade de France était située non loin de là, sur la Fondamenta de Cannaregio, somptueusement aménagée dans le Palais Surian-Bellotto où logèrent Montaigne et l'insupportable Jean-Jacques Rousseau qui ne comprit rien aux vénitiens ni à Venise. 

De l'autre côté du canal (qui était le seul accès à Venise autrefois), avant le pont des Guglie, se trouve le ghetto. L'Alloggi Biasin a été mon premier logement d'étudiant. j'y tenais la réception en même temps qu'un gros garçon colombien et Gabriele Toniolo de Mogliano-Veneto, devenu un très bon ami et qui n'a jamais changé de métier puisqu'il est maintenant le gérant de l'Albergo Mignon, à Santi Apostoli. Mais toutes ces réminiscences de ma jeunesse, ça creuse. Une pâtisserie encore ouverte nous fournira quelques sucreries pour reprendre de l'énergie. 

Campo del ghetto, le pont de fer, la fondamenta de San Alvise, fondamenta delle Capucine. J'ai vécu là un an, (au 2993 Fondamenta Coletti précisément), dans un sympathique petit appartement entièrement couvert de lambris qui lui donnait un air de chalet de montagne. Les fenêtres donnaient sur le terrain de l'association sportive du quartier. J'y vivais avec un amour de petite chatte grise aux yeux verts qui se nommait Rosa. Mon plus proche voisin était un vieux pêcheur à la retraite qui passait ses journées sur une chaise sur la fondamenta. Il m'invitait parfois à partager son repas. Ses spaghettis aux clovisses et aux moules fraîches étaient un régal... Quel merveilleux quartier. Une Venise paisible et populaire se montre par ici. Tout est tranquille, serein. 

Remontons vers la Misericordia et le Casino des Esprits. Nous ferons un détour puisque le temps est beau : Madonna dell'Orto, Campo dell'Abazzia. Devant nous le grand bassin et au fond la lagune. L'air ici est toujours plus frais. La nuit plus sombre. Le casino des Esprits et son jardin restauré laissent à chaque fois une impression un peu sinistre. Est-ce les légendes que l'on raconte sur cette maison ou simplement la position géographique de ces lieux : on débouche ici sur le plein nord de la lagune et les vents s'engouffrent par la Sacca, soudain plus froids, plus vifs qu'ailleurs où l'espace étant plus restreint entre les immeubles, l'air parait plus chaud. C'est presque l'heure de dîner. Un apéritif dans ce petit bar chaleureux près du Campiello Priuli, calle de l'Ocà où le patron et le serveur écoutent un match à la radio en essuyant les verres pendant qu'une vieille dame écosse des haricots assise à une table. Vino bianco ou prosecco ? L'Osteria se remplit. Il y a toujours du monde le soir al Bomba. C'est bon, le vin est tiré directement des fûts. Saucisses et polenta, friture de poissons, légumes grillés, jambon. Un festin de roi. Avec un peu de chances, nous assisterons à un récital de vieilles chansons de gondoliers... 

Il fait complètement nuit quand nous ressortons. Peu de monde sur notre chemin, des jeunes gens qui se bousculent en riant, un vieux monsieur très élégant qui promène son petit chien. Nous voilà déjà du côté du campo Santa Maria Formosa. Le Café de l'horloge (un autre des lieux mythiques de ma jeunesse vénitienne) est en train de fermer. Un petit groupe bavarde bruyamment pendant que le serveur lave à grande eau le dallage. Au-dessus de nous les fenêtres du vainqueur de la bataille de Lépante qui décida du sort de l'Europe dont Venise fut garant, grâce à l'ingénieuse victoire de cet amiral patricien. Au fond le palais Ruzzini-Priuli, longtemps abandonné devenu un hôtel de luxe à la décoration intérieure très fashion. Sa façade (Renaissance tardive) a été repeinte en blanc. J'avais eu la chance de pouvoir y pénétrer il y a plus de vingt ans.  J'ai encore le souvenir de cette odeur incroyable qui semblait venir du lointain passé de la ville. Des tentures de soie brûlée pendaient devant les hautes fenêtres aux volets entrouverts. Des plafonds peints à fresque s'écaillaient, de grands lustres de bronze brillaient dans des salles aux murs garnis de tableaux géants. Et puis ce silence mêlé à cette odeur persistante, une sorte de mélange de naphtaline, de poussière, d'humidité, de bois de santal et de cuir. Pendant tout la visite (il devait être cinq ou six heures du soir et nous étions en octobre) j'ai eu la sensation d'être observé, guetté, suivi. C'est idiot mais j'ai toujours pensé que ce palais était hanté... J'ai su depuis que le sang des Ruzzini coule dans mes veines...

Les photos de San Giobbe et de ses environs sont de Jas et Jeanine (le Campiello) que je remercie vivement d'avoir bien voulu tolérer cet emprunt amical.

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 6 Commentaires : 

venise86 a dit… 
Tu me mets au supplice... Cette Venise là que j'aime, si loin des visites organisées et baclées... Merci encore Lorenzo.. 
11 octobre, 2007 

 Jean-Claude a dit… 
Toujours fidèle à votre blog, évidemment, je viens vous soumettre cette vidéo pour évaluation/correction/amélioration : http://jc-courbon.com/JacopoDeBarbari.htm 
Il s'agit de la carte de Jacopo de Barbari que je récupère et recompose depuis http://www.tridente.it/venetie/map/map.htm. 
La première vidéo est sur Cannaregio, je souhaiterai faire tous les sestieri en suite (c'est un boulot de fou...) Avant de la mettre sur DailyMotion, mon compte YouTube ayant été supprimé parce que j'avais utilisé quelque part la chanson "Rum and Coca Cola" des Andrews Sisters !!! (voir http://iconesetclash.blogspot.com/2008/09/la-compote-de-rhubarbe-faon-jean-pierre.html ). 
Pas de mail pour vous écrire, je mets donc un commentaire à ce billet sur Cannaregio ! Merci d'avance de vos commentaires. Éventuellement de vos encouragements à continuer ! Amitiés.
JCC (jccourbon@gmail.com)
27 octobre, 2008 

ladivinecomedie a dit…
Quelle suite magnifique hors des sentiers battus et rebattus ! Dans l'église de San Giobbe je me souviens dans la Chapelle du magnifique plafond en faience vernissé aux couleurs surprenantes représentant les quatre évangélistes. Et non loin de là, de mon repas pantagruélique à la Trattoria dalla Marisa. 
31 décembre, 2009 

Thierry a dit… 
Oui...comme dit si bien Venise86...un supplice (de ne pas y être) mais un supplice divin...Quel style! 
31 décembre, 2009 

Anonyme a dit… 
René de Voyer de Paulmy d'Argenson (1596-1651). 
M.17 
31 décembre, 2009 

Lorenzo a dit… Argenson a été l'un de nos meilleurs ambassadeurs à Venise. Fort apprécié des vénitiens, ce qui était plutôt rare. Ah! la trattoria da Marisa ! Accueil sympathique, ambiance géniale et nourriture de qualité (on mange ce que le cuisinier a décidé de préparer et c'est toujours bon). Une des meilleures adresses de Canareggio, au 352b de la Fondamenta San Giobbe. A la bonne saison, on peut déjeuner dehors au bord de l'eau. Une adresse à préserver ! 
01 janvier, 2010

13 décembre 2007

Et si vous restiez dîner ? au menu ce soir : l'agneau délicieux de Xavier

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ma dernière recette testée ce soir avec une de mes filles : , inspiré de l'excellent ouvrage Les petits dîners de Xavier que mes enfants m'ont offert pour mon anniversaire. 

Il vous faut une belle tranche de gigot d'agneau par personne que vous désosserez et que vous couperez en cubes, de la menthe fraîche et du basilic ciselés, de la coriandre et des quatre épices, de la semoule et de la polenta que vous préparerez en purée. Faites revenir dans une poêle les morceaux de viande en remuant bien pour qu'ils grillent vite sans brûler et conservent un aspect rosé en dedans. Salez et saupoudrez de coriandre et de quatre épices. Disposer dans chaque assiette de la polenta en purée ou de la semoule préparée avec du beurre (je fais cuire les deux dans de l'eau salée à laquelle j'ajoute un cube d'Oxo ou à défaut un bouillon Kub). Déglacer le jus de la poêle avec du vinaigre balsamique, nappez-en les morceaux de viande et ajoutez du basilic et de la menthe, à profusion. Servir aussitôt. J'accompagne ce plat d'un petit bol du bouillon dans lequel la semoule a été cuite, salé à point et décoré de feuilles de menthe. Avec un vin rouge un peu charpenté, c'est délicieux. En entrée, il y avait simplement des gressins autour desquels nous avions enroulé des tranches de coppa fumée. 

Comme dessert, un tiramisu aux framboises de Constance, dont je vous livrerai le secret une prochaine fois. Gardons quelques uns de nos secrets pour nourrir les prochains billets de Tramezzinimag !

07 décembre 2007

Ses pas dans la nuit comme une musique de fête

 

© Francesco Ferruccio Laiss - Venezia, 1953.


Quand il marchait dans la nuit, le bruit de ses pas sur les pavés luisants, le silence qui l'entourait et cette obscurité à peine effacée par les réverbères, le transportaient au-delà des ruelles et des campi de la ville. Venise suintait encore les parfums de l'été. Pas un bruit dans la ville endormie. Comme s'il était seul. Il allait ainsi pendant des heures, marchant au hasard, prenant une ruelle ou une autre. Perdu dans ses pensées, il ne voyait pas les bâtiments, les vitrines, les monuments devant lesquels il passait, il les sentait. Comme une présence enfouie au plus profond de lui. Il n'était pas à Venise, il était Venise. 
Il vivait dans le cité des doges depuis quelques années. Il lui semblait n'avoir jamais été ailleurs. Tout dans la cité décatie lui parlait. Les murs lépreux, les campaniles penchés, les campi oubliés avec leurs puits où les chats aiment à se vautrer dès que le soleil perce les nuages, et ces canaux tranquilles où ne circulent plus que des reflets, des soupirs ou des souvenirs. Il aimait l'animation du marché le jour, les marchands affairés, les porteurs, la foule qui déambule dans les allées, les odeurs, les parfums des femmes qu'il croisait à l'heure de la passeggiata. Il se faufilait avec délice parmi les groupes assemblés sur les places. Mais ce qu'il aimait par dessus tout, c'étaient ses promenades nocturnes sans but précis, qui le menaient à l'autre bout de la ville dans des quartiers sombres et inhabités, puis le ramenaient jusqu'au seuil de la vieille maison où il logeait avec son petit chat gris. 

Ces longues marches dans la nuit, c'était son oxygène. Il ne rencontrait jamais personne et croyait la ville entièrement abandonnée. Elle était toute à lui la nuit. Il s'en allait heureux et fébrile, comme l'amant qui va retrouver sa maîtresse. Il se faufilait par les ruelles étroites pour retrouver l'âme de la Sérénissime. Tout ce qu'il est devenu, ses livres, sa vie, la sérénité de ses jours et sa joie profondément ancrée dans son cœur, c'est à ces longues nuits solitaires qu'il les doit... "Et maintenant mon esprit, œuvre si tu peux..."

1 commentaire:

Anonyme a dit…
Marcher dans la nuit, à rêver... Quel délice !
Je cherche un flâneur pour partager ces promenades nocturnes.
M.17

06 décembre 2007

Sollers et la "Première semaine de Venise à Bordeaux"

Puisque parler de Sollers soulève toujours autant de polémiques parmi mes lecteurs comme parmi mes amis bordelais, je vais vous raconter une anecdote que je continue de trouver peu flatteuse pour le maître plus de vingt ans après. 

Nous étions en 1985. Je travaillais alors chez Ferruzzi, dans sa galerie de San Vio devenue aujourd'hui la billetterie et la boutique de la Guggenheim. C'était en avril ou peut-être avant. Le projet d'une "Première Semaine de Venise à Bordeaux" prenait figure et les contacts se multipliaient tant à Venise qu'à Bordeaux. Tous étaient emballés par le projet et la petite association que j'avais montée en France était en effervescence. Avec l'aide du consul, Christian Calvy, de nombreuses portes s'ouvraient à double battant : Augusto Salvadori, déjà maire adjoint, était d'accord pour participer au voyage. Beaucoup d'artistes, musiciens, plasticiens, s'inscrivaient. 

A Bordeaux, Alexandre de Lur-Saluces et Micheline Chaban-Delmas soutenaient le projet. Le ministère de la culture venait d'offrir son parrainage après une intervention d'Anna Barbnabo... Bref, que de bons auspices. La matinée s'était passée en rangements, appeles téléphoniques, visites de touristes. J'étais assis à ma table de travail quand un homme rentra dans la galerie. J'ai oublié son nom, mais c'est mieux ainsi et c'est plus charitable. C'était un médecin je crois ou un avocat. En tout cas il me dit être un intime de Philippe Sollers et son fondé de pouvoir... Je ne sais plus s'il vint à la galerie par hasard et que je lui découvris le projet ou bien s'il vint me voir parce qu'on lui en avait parlé. Toujours est-il qu'il trouva excellente l'idée d'inviter l'écrivain (bordelais) à venir parler de Venise, de sa passion pour elle lors de la manifestation. Il promit de faire le lien et de nous communiquer rapidement les possibilités de son ami. Il me fallait arrêter le programme et les dates des évènements prévus. Fort de cet engagement, je rédigeais rapidement dépliants et dossier de presse qu'il fallait vite confier à la Tipografia Armena pour que tout soit prêt à temps. 

Vous imaginez la fièvre qui s'était emparée de tous, à Venise comme à Bordeaux. les affiches étaient splendides, le programme de qualité (c'est à cette occasion que je fis la connaissance de Claudio Ronco, mon ami violoncelliste et des Madrigalisti di Venezia), les œuvres choisies représentatives de la création contemporaine vénitienne : Silvana Scarpa, Bobbo Ferruzzi, Barrufaldi. Du côté français : les gouaches de carnaval d'Opole et les reflets photographiés par Odile Lurton. Peintures, gravures, musique, vidéos, il y en avait pour tous les goûts. Sur le dépliant, il avait fallu indiquer une date et un lieu pour la conférence de Philippe Sollers. Un couple de cinéastes avait sorti un film assez original sur la cité des doges. J'avais pensé qu'il serait intéressant de le visionner en compagnie de l'auteur du Dictionnaire amoureux de Venise - que certes il n'avait pas encore publié - et de lui permettre de s'exprimer ensuite. Nous avions choisi les salons de la Chambre de Commerce, magnifiques salles du XVIIIe flamboyant qui convenaient à merveille au sujet. Mon équipe à Bordeaux se chargeait des billets de train et de la chambre pour le loger. 

Le temps passa très vite, tout était fin prêt. Je rentrais en France pour accueillir mes invités vénitiens qui débarquèrent à l'aéroport un jour d'octobre. Ils furent logés dans un château des environs gentiment prêté par Lucien Lurton et sa fille Brigitte. Discours, toasts réciproques, mondanités diverses. Tout s'annonçait bien. Le jour même un homme de loi se présenta au bureau de l'association exigeant que le nom de l'écrivain soit biffé des programmes. Le maître n'avait jamais confirmé son accord. Il "n'avait pas l'intention de se commettre dans cette manifestation" organisée sans son accord par des inconnus, sans visibilité politique ou sociale. Jeunes, tétanisés et sans expérience, nous n'osions pas réagir. La nuit suffit à peine pour retirer les programmes déposés dans les hôtels et prêts à être distribués le lendemain dans les salles de spectacle. D'un trait de stylo, la ligne présentant la conférence de Philippe Sollers fut rayée. L'homme de loi -mais n'était-ce pas finalement qu'un "émissaire" de l'écrivain - avait exigé un démenti officiel, un communiqué de presse, que sais-je encore... Nous en sommes restés à ce trait rageur sur les dépliants. Le résultat fut inattendu : ceux qui auraient aimé l'entendre furent bien sûr déçus, mais la plupart critiquèrent avec véhémence cette attitude redondante et pleine de mépris. Sa Hauteur Philippe Sollers  - formule employée par le rédacteur en chef de Sud Ouest à qui l'affaire fut rapportée - ne pouvait daigner participer à notre "Première Semaine de Venise", quand des artistes de renommée internationale comme Regina Reznik, Arbit Blatas, Zoran Music ou Margaret Zimmermann, que leur emploi du temps n'avait pas permis de répondre favorablement à mon invitation, mis au courant de l'anecdote, et certainement pour me consoler, eurent tous la même réaction : "Pour seconde Semaine de Venise à Bordeaux, nous viendrons"... Voilà l'explication de ma réticence quand il s'agit de mon illustre concitoyen. Cependant, comme je l'ai écrit dans mon précédent billet, son amour pour Venise, la manière gourmande qu'il a d'en parler, la beauté des pages qu'il a pu écrire sur elle pardonnent ce comportement que je n'ai pu jamais m'expliquer, n'ayant pas à ce jour eu l'occasion de le rencontrer pour en parler.

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7 commentaires:


Anonyme a dit…
Quel pédant imbuvable et imbu de lui-même que ce Bazin moderne. Quand je le vois je pense à Folcoche et à la moumoutte de son auteur. Au moins à Bordeaux vous avez eu Montaigne, Montesquieu et Mauriac. Sollers vous l'oublierez.
Anonyme a dit…
Vous parlez des "reflets photographiés par Odile Lurton". Photographiés à Venise? ça m'intéresse car j'en ai photographié beaucoup comme vous avez pu le voir. Pourriez-vous en montrer un exemple? Marie G
Gérard a dit…
Ce que je garde de l'article , c'est l'allant général de cette joyeuse bande ainsi constituée . Richement dotée . C'est ça qui compte ! Bravo à tous ! A ces chacuns convergeant qui désirèrent par ce jumelage s'offrir un bel et bref instant de rêve . De bonheur secret . C'est cela qui , finalement , reste précieux . Et c'est ce qui , même au profond du désespoir , m'étonnera toujours chez les êtres . Et puis , chapeau aux artistes plus haut cités ! Aimons les artistes : croyez-moi , ça vaut l'coup !
Anonyme a dit…
Moi ce que j'en garde est que Venise soit un lieu de réconciliation... Bien à vous d'avoir cette grandeur d'âme ! J'aime Sollers vénitien, le dire m'a apporté beaucoup d'inimités de la part de personnes avouant ne l'avoir pas lu, mais n'aimant pas le personnage. Lisez Sollers Vénitien : Casanova l'admirable, La Fête à Venise, le Dictionnaire amoureux... Pour quoi juger un écrivain sur sa personne et non sur ses textes ?
Tietie007 a dit…
J'ai dernièrement vu une émission sur France 5, qui montrait Philippe Sollers faisant visiter son Venise ! C'était très bien ! J'avais vu la même, mais avec cette fois-ci Jean d'Ormesson, autre grand amoureux de la Sérénissime !
Anonyme a dit…
Vive Philippe Sollers! Le plus grand vénitien français!
Lorenzo a dit…
Vive l'écrivain Philippe Sollers lorsqu'il parle de Venise mais pas lorsque ses sbires se comportent comme ils l'ontfait avec notre manifestation... Mais l'a-t-il seulement su ?

03 décembre 2007

Instantanés

Les vénitiens savent profiter du moindre rayon de soleil et peuvent tout arrêter pour un moment de farniente. En voici un exemple : Maître Chat en pleine action...

On ne peut pas être pressé et que cet affolement soit efficace à Venise. On agit, on est efficace mais on sait prendre son temps. le calme comme la sérénité aident à la réussite des grandes actions. La lecture du Gazzettino pendant la promenade de Médor procède de cet état d'esprit... 
Ou cet instantané volé au quotidien de la Strada Nova. La vieille dame "Je te dis ton horoscope ?", "Oui maman si tu veux"...

 
A Venise bien plus qu'ailleurs, on vient à l'art, mais si l'art sait venir jusqu'à vous, ce n'est pas mal non plus...


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4 commentaires:

 

Tietie007 a dit…
Génial ce chat ! J'aime beaucoup Venise hors-saison ! http://tietie007.over-blog.com
Marie a dit…
J'ai raté le "hors saison" "en novembre mais j'ai programmé un prochain voyage fin mars qui, je le souhaite, me verra découvrir des lumières pré-printanières.. Ces photos de petits riens sont extra et rendent bien compte de la vie "ordinaire" qui semble bien douce.... Et puisque le matou ( cool, s'il en est) est en première place, je reviens à une ancienne question sur les chats et pourquoi les chats de Venise et mon hypothèse. Hormis le fait que le chat est cousin lointain du lion, il a du être très utile dans des temps anciens pour chasser les rats dans une ville particulièrement "humide" et où il y avait de surcroit beaucoup de marchandises à protéger. Je crois même avoir lu il y a longtemps que les chats étaient embarqués sur les bateaux marchands... Amitiés Marie
mhaleph a dit…
Lectrice assidue de TraMeZziniMag, je craque littéralement pour ce chat vénitien qui semble prendre la vie du bon côté. Sollers aime bien s'écouter parler, mais cette vidéo que j'avais déjà vue et que j'ai revue avec plaisir est une assez bonne introduction à Venise évidemment...
Florence a dit…
Gato serà deventa leone (Gatto rinchiuso diventa leone)

COUPS DE CŒUR N°18

Un blog pour les papilles : luc.blogspirit.com
Découvert hier soir un blog comme je les aime, celui de Luc, gourmand et gourmet qui écrit bien et sait mettre l'eau à la bouche quand il décrit les vins qu'il a aimé et les restaurants qu'il fréquente. Son billet sur les cichetti et la tradition culinaire vénitienne est un régal. Son texte est un excellent résumé du mode de vie vénitien (que l'on retrouve avec quelques variantes partout ailleurs en Italie). Parfaite description d'un art de vivre qui est celui de TraMeZziniMag. Ah, la fameuse "dieta mediterranea" !
 Spaghetti olio e aglio
Pour quatre personnes, il vous faut : 150 ml d'huile d'olive italienne de qualité, 4 gousses d'ail frais, 400 à 500g de spaghetti n°5, du persil frais, du sel et du poivre.
Faire chauffer l'huile à feu doux dans une casserole, quand elle est chaude ajouter l'ail haché et une pincée de sel. Faire revenir à feu doux en remuant jusqu'à ce que l'ail soit coloré (il ne doit ni caraméliser ni brûler). Retirer du feu. Pendant ce temps porter à ébullition une grande quantité d'eau salée. Quand l'eau bout, ajouter les spaghettis et laisser cuire 2 à 3 minutes. Les pâtes doivent rester fermes. Al dente. Égoutter et remettre dans la marmite. Ajouter l'ail avec son huile. Ajouter le persil haché grossièrement et bien mélanger. Vérifier l'assaisonnement. Servir immédiatement dans un plat préalablement chauffé et huilé. Vous m'en direz des nouvelles, c'est à mon avis une des meilleures recettes de spaghettis. Un petit conseil au passage : sur l'avis d'une vieille cuisinière italienne, je n'achète plus de pâtes de marque, qu'elle soit française ou italienne. Il y a dans la plupart des super-marchés des paquets de pâte "génériques", souvent de qualité bio, sans marque précise et souvent extrêmement bon marché. Ce sont de loin les meilleures. Barilla et Panzani sont laissés loin derrière ! Pareil pour le riz. On trouve du riz rond pour risotto en confection de 1 kilo, sans marque et de provenance italienne (coopératives rurales du nord de la Vénétie) délicieux pour moins d'1 euro. Et zut à la mondialisation et à la dictature du profit !

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5 commentaires:


Louise a dit…
miam miam, recette ensoleillée en ces jours de grisaille
Anonyme a dit…
Spaghetti olio e ruccola... Hum ! 
M.17
venise86 a dit…
Merci Lorenzo... J’étais venue chercher un peu de hauteur et de distance, prendre des nouvelles du quotidien de Venise, et je trouve le tout, et en plus l'amitié que tu me fais de signaler ma modeste production bloguienne... La journée sera meilleure, grâce à la lecture de tes derniers articles. Bonne journée.
venise86 a dit…
Tu veux me faire devenir mamma italienne? Déjà que que la nature après un certain age n'est pas indulgente, alors avec de pareilles recettes !! Au secours !! Mais comment donc font les vénitiennes pour rester minces et élégantes avec une telle cuisine ?
Lorenzo a dit…
mais non les pâtes ne font pas grossir. Et puis comme disait mon père : "ce n'est ce qu'on mange qui fait grossir, mais les remords qu'on a après !"...

02 décembre 2007

La vérité sort de la bouche des enfants

Hayez, Testa di ragazzo. Venezia 1832
Une amie vénitienne vient de me raconter une amusante conversation qu'un petit garçon a eu avec ses parents sur la Riva dei Schiavoni. La famille se promenait. L'enfant, prénommé Lorenzo (7 ans), qui avait gardé un souvenir très précis de la cuisine de l'hôtel trois étoiles où ils avaient passé les vacances d'été, passait en revue toutes les auberges plus ou moins luxueuses du quai (et il y en a pas mal entre le palais ducal et les jardins de la Biennale) : 
"Celui là a trois étoiles, on doit y manger bien, comme à la mer et celui là qui  en a quatre, on y mange super-bien !"
Et, arrivant devant une petite auberge dotée seulement d'une étoile, il réfléchit un moment et puis s'exclame :
"Ici, on doit manger comme à l'école !"

Vous voyez que ça bouge à Venise !

Ce paradoxe de Venise rarement relayé par les médias étrangers mal informés est un charme supplémentaire pour ceux qui aiment la cité des doges : la population diminue d'année en année, les écoles ferment et l'âge des résidents augmente, les boutiques de première nécessité sont remplacées par des commerces de produits touristiques pas toujours de grande qualité, dans certains endroits à certaines périodes, il y a plus d'étrangers en visite que de vénitiens, bref tout cela pourrait constituer un long cahier de doléances. Pourtant Venise est dans certains domaines plus en avance que Milan, Florence ou Rome. 

On y rencontre des initiatives aussi innovantes qu'à New York, San Francisco ou Tokyo. L'exemple des jeunes créateurs de Imegadito dont je parlais dans mon précédent papier en sont un exemple. La galerie Telecom près du Rialto qui présente les techniques les plus high-tech du moment en est un autre. Et pour balancer le cliché "touristes go-go, pizza-coca, gondoles et familles d'animaux en verre soufflé", voici quelques photos de la vie nocturne vénitienne autour de ces créateurs. Simplement pour montrer un autre visage de la Sérénissime. Celui d'un lieu de vie dynamique et en perpétuelle mutation culturelle et sociale.




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1 commentaire:

Andrea a dit…

           Oui mais ça bouche comment ? Est ce une véritable activité créatrice, de l'invention
           ou de la gesticulation au milieu du vide ?

I love tourism

Le 8 décembre prochain sera inaugurée dans les locaux de la Fondazione Bevilacqua La Masa, sous les arcades de la Piazza, une boutique un peu particulière, baptisée I Love Tourism.
 
Ce magasin présentera les créations de jeunes designers italiens et étrangers. C'est plutôt d'une ré-ouverture dont il s'agit en fait. Je vous avais parlé à l'époque de ce commerce autrefois géré par le fameux Studio Camuffo et qui passe sous la férule de Imegadito (ce qui veut dire "ils me l'ont dit"en dialecte), un groupe de jeunes créateurs très inventifs. Il faut aller voir leur site qui mérite le déplacement.
Parmi les nombreux créateurs, vous trouverez : Abake, Mauro Arrighi, Tim Biskup, Brunno Jahara, Studio Camuffo, François Chalet, Collettivo Rapido, Oooh!Design, Eboy, Fabrica, Freitag, Gaia Zebellin, James Jarvis, Jeremyville, Josh Petherick, Korner Union, Misstake, Nic Hess, Offumac, Ox Studio, Pierluca Galvan, Quarzia, Raffaella Brunzin, Andy Rementer, Silvia Silvan, Amos Toys, Fabio Viscogliosi, Wunderlab… et bien sûr le collectif Imegadito.
En lien avec la mission de la fondation Bevilacqua La Masa et à l'occasion de l'ouverture de la boutique, I Love Tourism lance un concours (sans limite dans le temps) proposé à tous les créateurs : vous pouvez proposer vos idées en adressant un courriel à l'adresse suivante : show@ilovetourismshop.com. Les projets retenus seront exposés et mis en vente dans la boutique. A vos crayons !
I Love Tourism
Galleria Bevilacqua La Masa
piazza San Marco 71/C
(côté Florian, un peu avant le Musée Correr)

01 décembre 2007

Ad proficuum et honorem Veneciarum !

“Pour le bénéfice et l'honneur de Venise”, c'était le sermon que nos ancêtres prononçaient quand ils devenaient serviteurs de la République, fonctionnaires ou soldats. Même bannis de Venise, ses enfants gardaient pour leur patrie un amour qui tournait parfois à la passion.

Gonzague Saint Bris qui vient de publier un ouvrage sur Venise, rappelle cette anecdote sur Casanova à la cour de France qui interrogé par la marquise de Pompadour lui demandant s'il venait bien de là-bas et qui répondit à la favorite "pas de là-bas, Madame, de là-haut !" Quand le monde entier enviait, craignait et jalousait Venise, tout son peuple, du plus humble des ouvriers de l'Arsenal jusqu'au Doge, chérissait cette patrie unique qui pourtant commença très vite son déclin. Peuple de marchands, il manqua toujours aux vénitiens une ambition politique que le système de gouvernance de toute manière empêchait. Saviez-vous que pendant quelques jours les dirigeants du Grand Conseil, les conseillers et le Doge lui-même hésitèrent à accepter la proposition qui leur avait été faite d'ajouter au corno ducal la couronne impériale... Venise aurait gouverné la plus grande partie du monde, devenant un empire gigantesque. La loi de Saint Marc répandu Orbi Universo... Que de choses en auraient été changées dans notre monde.

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1 commentaire:

Gérard a dit…
Ah , Gonzague St Bris conteur !
Et la marquise d'Etiolles !
Quelle belle paire , ils auraient fait tous les deux !
Si seulement .
D'un côté , une vieille conversation bien française et de l'autre une mécène-femme comme nous en eûmes bien peu . Le protecteur de Vinci allié à celle de François Boucher . Pas mal en fait .
La France , quand ça s'y met , eh ben ça vous a un d'ces allant !
Que j'aime .
C'est sur ma route .
C'est sur un rêve .
Il tient Loches ou Amboise par éducation et elle , Sêvres ou Menars , par passion .
Et vice et versa .
C'est sur ma route .
Jamais , cette jolie marquise ne s'étiole .
Sur mon bonheur !

30 novembre 2007

Pax Tibi Marce Evangelista Mea



Il y a trente ans, par un bel après-midi de mai, je prenais la décision de vivre à Venise. J'avais longtemps hésité. La mort de mon père, le départ de la grande maison de famille qui avait abrité mon enfance et mes premiers pas vers l'âge adulte, mes débuts poussifs et contraints dans le monde professionnel, une histoire d'amour qui me laissa longtemps le cœur brisé..., toute mon existence avait été en quelques années complètement bouleversée. Face à tous ces changements, il y avait bien la douce tentation de l'engagement religieux et les frères de Taizé me tendaient la main. Mais je sentais qu'il me fallait autre chose sans savoir encore quoi. Une simple enseigne de laiton doré figurant le lion de San Marco m'apparut un matin en ouvrant mes fenêtres : les Assicurazioni Generali installaient leur siège en face de chez nous et les échafaudages jusqu'à ce matin-là cachaient l'enseigne géante... "Pax tibi Marce Evangelista mea"... Ce signe du destin était clair. Quelques semaines plus tard, j'étais vénitien. Je débarquais à la Ferrovia après vingt deux heures de train (Bordeaux-Nice-Vintimille-Milan-Venise Sta Lucia...), j'avais un peu d'argent, plein de livres, quelques vêtements et la certitude d'être enfin arrivé.

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14 commentaires:

Anonyme a dit…
Et vous aimeriez y vivre à nouveau ?
M.17
AG a dit…
"Billet" très émouvant. Quelquefois un détail, qui peut sembler banal, précipite un choix de vie ÉVIDENT.
Bonne journée Lorenzo. AG
Lorenzo a dit…
Bien entendu. J'y retourne autant que je peux mais en repartir m'est toujours terriblement difficile. Je ne suis pas le seul à avoir été un jour pris au piège de Venise. Doux piège en vérité.
J@M a dit…
Cette belle histoire appelle une suite...
Anonyme a dit…
Bigre, si c'est vous sur la photo, vous avez dû faire rêver quelques jolies Vénitiennes! :-)
Marie G
Anonyme a dit…
Très séduisant Lorenzo !
M.17
Venise86 a dit…
La fois où j'ai posé pour la première fois mes pieds sur mon premier pont à Venise, j'ai eu les larmes aux yeux .. Moi aussi l'impression d'être arrivée... Non pas quelque part, mais chez moi... Bonne journée Lorenzo
Lorenzo a dit…
La jeunesse est toujours séduisante. En tout cas mon ego se gonfle inexorablement en même temps que mes chevilles ces temps-ci ! C'est bien moi, mais il y a plus d'un quart de siècle. ..
Anonyme a dit…
Très très très séduisant Lorenzo !
M.17
Anonyme a dit…
Douce nuit !
M.17
Anonyme a dit…
Vous souvenez-vous de l'endroit, du jour, de l'heure de cette sublime photo, Lorenzo ?
Racontez-moi.
Votre regard me bouleverse.
M.17
Lorenzo a dit…
Au tout d�but des ann�es 80, au bord d'un canal de Cannaregio, � San Alvise je pense.
Marie a dit…
Ce billet ( j'aime bien ce terme utilisé dans un commentaire précédent..) ressemble fort au début d'un roman d'amour.
Ah, s'il voyait une suite! :-))
Quelle jolie écriture vous avez!
Et ce Lorenzo des années 80, l’œil et la bouclette romantiques, semble bouleverser bien des dames. Il y a de quoi, d'ailleurs!
Rassurez-vous, faire du bien à son ego ça ne peut pas faire, de temps en temps .. que du bien.
Merci pour ces confidences .

Bonne soirée

Marie
guido a dit…
ciao lorenzo, mi chiamo Guido del blog culinario francese http://coquinare.over-blog.com/
sto facendo una serie di articoli su Venezia insieme a mio fratello che ci abita, lui mi scrive degli articoli sui bacari e io li traduco in italiano, il problema sono le immagini, perché rudy ha rotto la sua macchina fotografica elas, quindi mi chiedevo se tu potessi darmi una mano dato le belle foto che metti in linea, se tu potessi prestarmi qualche foto di bei bacari te ne sarei grato, magari poi ti invito a cena da me, quando torni in patria.
ti prego di rispondermi che la risposta sia negativa o positiva non fa niente ma almeno so che mi hai risposto, se vuoi prendere contatto con mio fratello rudy che lavora alla biennale ed é anche falegname, é un tipo in gamba, se ti serve una mano a venezia ti aiuterà volentieri.
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