28 février 2007

Aqua alta : Venise fait le choix de passerelles synthétiques mais pourtant "biocompatibles"...

Tout ceux qui ont été à Venise lorsque les hautes hautes s'emparent de la plupart des places et des rues de la ville, confirmeront qu'il n'est pas facile d'utiliser les passerelles actuelles faites de simples planches de bois, lourdes et épaisses, juchées sur des tréteaux métalliques, glissantes, brinquebalantes, elles sont d'un usage assez limité et pourrissent vite. La ville a demandé il y a un certain temps à un organisme de recherche travaillant depuis sa création sur les techniques de pointe pour la protection de l'environnement, du patrimpoine et de l'habitat, le Consorzio Venezia Ricerche, dirigé par paolo Canestrelli, de mettre au point une passerelle fiable et révolutionnaire. Le résultat des recherches était présenté à la presse et au public lundi dernier par le maire. Fabriquées en moplen, un matériau plastique à haute concentration de molécules conçu à base de farine de bois et de polypropylène, il offre une surface parfaitement lisse, dépourvue de trous ou d'irrégularités et une solidité à toutes épreuves. C'est cependant du plastique et pourtant présenté comme "ecocompatible" (est-ce que cela veut vraiment dire quelque chose ?). 
 
A titre expérimental, ces passerelles d'un troisième type seront installées près de la Ca'Farsetti (la mairie). Matériau plus dense mais aussi plus léger donc plus facile à transporter. Un seul inconvénient tout de même, elles restent faites de plastique même si les composants d'origine végétale sont majoritaires. Est ce vraiment écologique ? L'est-ce en tout cas davantage que les planches utilisée aujourd'hui ? Les mauvaises langues continuent de jaser en prétendant que la modernité là-aussi cache une incapacité certaine à résoudre les vrais problèmes de la ville. On verra sûrement un jour prochain débarquer des palli en plastiques imitant parfaitement le bois. Comme disait un Philippe Meyer tous les matins sur les ondes de France-Inter "Nous vivons une époque moderne !" 
Décidément toutes les innovations soutenues par l'équipe municipale de Massimo Cacciari sont systématiquement critiquées et toujours décodées comme n'étant que de simples effets de manche. Chi lo sa ?

Vaste polémique à Venise : les adeptes du silence contre la jeunesse trop bruyante, dispute autour du campo Santa Margherita…

Le campo Santa Margherita, l’une des plus pittoresques places de Venise. A deux pas de l’université, entouré d’écoles et de lycées, il est situé dans une zone encore très peuplée. La population du quartier reste assez diversifiée et sur le campo se croisent étudiants et retraités, pêcheurs et fonctionnaires, aristocrates et ouvriers. C’est un lieu très vivant avec son marché où se côtoient poissonniers et marchands de légumes, fleuristes et camelots. De nombreux cafés s’y sont installés au fur et à mesure des années, remplaçant peu à peu les commerces traditionnels. Longtemps, un manège animait les après-midis sans école des enfants du quartier. Peu de touristes qui le plus souvent ne font que passer pour retourner à la gare où visiter les monuments des environs. 
C’est à cet endroit charmant dont je vous parle souvent (notre maison est à deux pas) que vient de naître une polémique qui oppose deux communautés apparemment incapables de se comprendre. Les riverains, le plus souvent des gens d’un certain âge et quelques familles avec des enfants d’un côté et les jeunes vénitiens de l’autre, étudiants et lycéens, mais aussi jeunes travailleurs qui aiment à se retrouver la nuit sur le campo où les bars sont agréables, la musique de qualité et les horaires de fermeture les plus souples de tout Venise. C’est ainsi que toutes les fins de semaine il y a foule jusqu’à deux heures du matin (heure obligatoire de la fermeture selon l'arrêté municipal) mais souvent bien plus tard. 
Joyeux, souvent bien éméchés, les jeunes ont pris depuis longtemps l’habitude de rester sur le campo bien après la fermeture des bars. Ils parlent fort, certains font de la musique ; ils rient… Et les riverains ne peuvent plus dormir. Certains s’en sont plaints à tel point que les autorités sont intervenues. Les médias aussi, faisant naître la polémique : faut-il sanctuariser Venise en interdisant la vie nocturne – ce fut longtemps le cas – et exiler les jeunes ailleurs, quitte à dévitaliser davantage la ville où bien doit-on laisser certains lieux entre les mains des jeunes et des noctambules ? "Venise musée vaut mieux que Venise Las Vegas" crient les ennemis du bruit. "Empêcher les jeunes de s’amuser, c’est détruire l’oxygène de la ville" disent les autres …

En attendant, l’ancien propriétaire du Salus Bar (situé sur la calle larga qui va de San Barnaba au campo Santa Margherita), Franco Bernardi, vénitien de Valdobbiadene, vient d’ouvrir une nouvelle osteria, en plein sur le campo, près de la banque, à l’emplacement d’une ancienne boucherie et qu’il a baptisé l’ostaria alla Bifora, car en faisant les travaux de rénovation notre ardent cabaretier a retrouvé les arches d’origine du local. Ouvert depuis quelques jours seulement, il attire déjà les anciens habitués du quartier que le bruit des groupes de rock appréciés des jeunes, a fait fuir vers le Rialto. Il espère les faire revenir et contribuer ainsi à recréer un équilibre sur le campo. Cette osteria traditionnelle s’adresse donc à une génération plus posée, moins bruyante et économiquement plus à l’aise. Inutile de préciser que les tarifs pratiqués ne seront pas ceux du Margaret Duchamp ou du Bar Rosso… Un moyen comme un autre de lutter contre le bruit après tout…
Le campo Santa Margherita, pendant la journée est un lieu merveilleux. Comme dans d’autres places des quartiers de Venise, on y retrouve toutes les générations. Comme sur une place de village. Les commerçants n’ont pas encore cédé leur place aux boutiques à touristes et le soir, au moment de l’apéritif, la passeggiata demeure une des plus rafraîchissantes de Venise. C’est après que tout se complique, plus tard le soir, la nuit aussi. Mais, gageons qu’avec un peu de doigté, le sens de la mesure et quelques spritz, les différentes factions trouveront un accord pour que tous continuent de vivre ensemble, harmonieusement, sans jamais avoir besoin de reprendre la tradition du combat entre Nicolotti et castellani (*), qui tous les ans se retrouvaient sur le pont des Pugni, à San Barnaba, pour une sacrée castagne immortalisée par de nombreux peintres.
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(*) : voilà ce que l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert disait au XVIIIe siècle de ces NICOLOTTI & CASTELLANI, (in Histoire de Venise) : "Ce sont deux partis opposés parmi le peuple de Venise, qui tirent leurs noms de deux églises de cette ville; ils forment deux espèces de factions, qui en viennent quelquefois aux mains; mais le conseil des dix ne tolère ces deux partis, qu'autant qu'il n'y a point de sang répandu dans leur querelle. Cette république aristocratique pourroit sans doute éteindre peu - à - peu l'animosité populaire des deux factions, mais elle aime mieux la laisser subsister, dans la crainte que ces deux partis ne se réunissent, pour tramer quelque complot contre le sénat, ou contre la noblesse". (D.J.)

Le label Venise ne parle pas français


Le label Venise lancé à grand renfort de publicité est décliné de différentes manières, couleurs et formats. Un magnifique vademecum à été édité avec une couverture orange très Hermès. Cependant, vous remarquerez qu'avec l'italien, seul l'anglais a été retenu. Et nous autres français, dont la langue fut autrefois avec le latin, le plus parlé dans l'ensemble du monde civilisé, langue de la culture, de la diplomatie et de l'art, nous devons renfiler notre orgueil et parler cette langue anglaise qui prend le pas sur toutes les autres. Et nos amis hispaniques, allemands, les scandinaves, les slaves ?

26 février 2007

Somewhere over the rainbow...

Comme l'apparition des montagnes enneigées certains jours de printemps derrière Murano et Torcello, la vision d'un arc-en-ciel sur la lagune a toujours quelque chose de magique. Après l'averse, la lumière froide et métallique se réchauffe et le miracle se produit : la plus belle vue du monde s'embellit d'un des plus réjouissants phénomènes que nous offre Dame Nature.

25 février 2007

Promenade ou farniente ?

La pluie ne cesse de tomber. le ciel est bas. Gris sale. La lagune a pris des teintes vert foncé. Peu de monde sur les Schiavoni. Les cafés sont remplis et la buée sur les vitres donne une impression irréelle à ces lieux illuminés où vénitiens et touristes se réfugient quand le temps est mauvais. Un chien traverse seul le campo que je vois de la fenêtre. Il ne fait pas vraiment froid mais l'humidité est désagréable. Mieux vaut avoir de bonne chaussures. Pour le promeneur tout s'achève lorsque ses pieds ont froid. Nous sommes bien au chaud dans la maison. Certains sont dans le salon et bouquinent. Mario Lanza chante "you are my love" sur Yahoo.launchcast.radio. Le programme de cette radio en ligne va parfaitement avec l'atmosphère de ce dimanche tranquille.

J'entends Constance dans la cuisine qui prépare le thé. Une assiette de digestive et de custard cream, nos biscuits préférés. (merci au supermercato Billa des Zattere de penser aux amateurs de biscuits anglais), du panettone (les enfants n'en mangent pas ce qui ne m'ennuie pas vraiment vue ma passion pour ce gâteau d'hiver). Jean fait de la peinture près de la fenêtre et le chat fulmine. il aimerait bien courir et surprendre les moineaux qui chantent dans le jardin mais la pluie n'arrête pas de tomber. Un dimanche d'hiver comme les autres avec cette odeur très particulière qui est un mélange des parfums de la campagne et des remugles de la ville. Le feu crépite en bas. C'est en principe interdit mais ici à Dorsoduro tout le monde ou presque allume sa cheminée l'hiver, surtout quand comme nous, elle est au rez-de chaussée et ne risque pas d'embraser la maison. 

Je me souviens des après-midis chez Bobo Ferruzzi et sa femme Héléne. Le feu dans la cheminée de leur living, les confortables canapés bariolés, Savall et Hespérion XX en fonds sonore. Héléne sur la mezzanine qui travaillait à l'application de pochoirs sur une pièce de velours; Bobo qui me racontait sa jeunesse avec Neruda, le vieux domestique un peu simple qui s'affairait dans la cuisine. Atmosphère unique que je retrouve un peu dans la maison de la Toletta, avec en plus les odeurs du jardin, herbes et terre mouillées...

Insula : le nettoyage des canaux, une nécessité absolue enfin prise au sérieux

Crédits Photographiques :
Dominique Hazaël-Massieux/ Gis Portal & Insula.
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Toute ville est comme une gigantesque machine qu'il faut régulièrement réviser et réparer. Chaussées et trottoirs, canalisations en tout genre, bâtiments publics, espaces verts, etc...
C'est une règle qui s'applique particulièrement à Venise, ensemble urbain unique au monde, avec ses cinquante kilomètres de canaux accumulent chaque année près d’un 500.000 mètres cubes de boues et de déchets en tous genres, ses 454 ponts et ses 100 kilomètres de rives, la plupart donnant sur les sous-sols de palais, d’églises et de couvents, chefs-d’œuvre reproduits dans les livres d’art du monde entier.
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Bien que l’entretien de cette ville paraisse une nécessité évidente, il a fallu des années de discussion pour que soit repris l'entretien des canaux interrompu depuis plus de soixante dix ans. Depuis la fondation de la Sérénissime, l'Administration des Eaux veillait à ce que les riverains draguent et entretiennent les canaux. Ce nettoyage évitait que les voies de circulation aquatiques ne deviennent ce qu'ils sont plus ou moins de nos jours : des égouts à ciel ouvert. L'eau était propre au point que les enfants pouvaient y nager (on voyait encore dans les années 70, des gamins s'amuser à plonger du haut des ponts pour amuser les passants et surprendre els touristes !).  

Mais la lourdeur de l'administration, les complications apportées par les nouvelles répartitions des responsabilités, l'indigence de la pensée politique contemporaine (cela ne s'applique pas qu'à Venise hélas), et la perte de la mémoire collective ont contribué à l'envasement des canaux et à leur pollution. Il aura fallu de nombreuses interventions, des cris d'alarme et la terrible inondation de 1966 pour que tout le monde se réveille. Mais ce n'est que depuis six ans que la décision est effective et les moyens mis en place. 
Le résultat s’appelle Insula, une société d'économie mixte (52 % des parts sont détenues par la municipalité et 48 % par quatre entreprises privées), née en juillet 1997 afin de gérer la machine urbaine de Venise.En un peu moins de trois ans, Insula s’est fondée sur une énorme masse d’études réalisées par le bureau de l’UNESCO à Venise pour draguer plus de 22 kilomètres de canaux, extraire 123 000 mètres cubes de boues et restaurer 79 ponts. Insula est chargée de nettoyer, de réparer mais aussi de pourvoir au câblage de la ville par de la fibre optique car, pour survivre, Venise doit aussi se propulser à la pointe de la science et de la recherche. De cela on parle peu car le voyageur qui vient à Venise n'est pas là pour chercher l'innovation mais pour s'imprégner des vestiges d'un passé somptueux qui le fait rêver. C'est là une des chances de Venise : pouvoir associer les plus beaux monuments, les plus belles oeuvres d'art aux techniques de pointe et aux systèmes les plus innovants.

C'est ainsi que l'UNESCO a depuis 1966 un de ses laboratoires dans l'ancienne abbaye San Gregorio, où, avec les instruments les plus sophistiqués, des savants venus du monde entier s'appliquent à mettre au point des techniques de recherche et de restauration qui seront ensuite mises au service de l'humanité entière. C'est ainsi que ITAL Telecom a ouvert à deux pas de San Marco une galerie high tech où le passé est omniprésent grâce aux inventions les plus récentes de l'informatique et de l'électronique. C'est ainsi que Venise s'est dotée d'un des sites les plus performants en matière urbanistique sous l'égide de la société Insula, le Gis Portal qui permet de visualiser l'état de la cité lagunaire, les bienfaits des rénovations, mais aussi de calculer vos déplacements selon les marées, de repérer le sottoportego ou le pont que vous recherchez en vain. Accessible de n'importe quel poste internet, c'est un outils incroyablement riche dont peu de villes modernes sont dotées.

Voilà comment il faut concevoir Venise, voyez-vous. Un merveilleux témoin du passé de l'humanité qui par chance - et avec l'aide de la nature finalement - nous a été conservé jusqu'à maintenant et en même temps un laboratoire où s'inventent chaque jour des solutions et des techniques au service de l'art, de l'habitat et de l'environnement. Nulle part ailleurs ce mariage entre le passé et le futur n'est aussi fort qu'à Venise et je crois que les vénitiens commencent à en prendre conscience. L'Italie, en dépit d'un système politique brinquebalant, en l'absence d'une élite politique créative et inspirée (mais c'est aujourd'hui hélas le lot de tout l'occident, n'est ce pas), et Venise en dépit de l'exode forcé de sa population naturelle, sont loin d'avoir fini de nous surprendre. Car ils sont nombreux à Venise - et à Rome - à avoir compris que si le problème de la montée des eaux et de l'affaissement des îlots est crucial, le véritable souci vient de la pollution potentielle dont Venise est à la merci avec les centaines de millions de mètre cube de produits chimiques notamment des dérivés du pétrole qui transitent chaque année par la lagune. Un seul incident comme l'Amoco Cadiz suffirait à détruire irrémédiablement l'écosystème lagunaire et souillerait à tout jamais la ville, empoisonnant la nature mais aussi l'avenir...

La pioggia a Venezia


Même sous la pluie, la ville est belle. Peut-être même davantage sous certains aspects.

Vous savez la chanson de Charles Trenet qui dit approximativement : "...quand il fait soleil, je suis heureux, et quand il pleut j'aime la pluie..." 

C'est un peu cela je crois que les amoureux de Venise ressentent quand ils foulent le sol de leur ville tant aimée : sous un ciel d'été ou par une pluie glacée, par temps de neige ou de brouillard, ils sont à Venise et cela les rend pleinement heureux.

Je vous expliquerai bientôt comment manier un parapluie dans les ruelles étroites et les campi sous une pluie battante. tout un art qui pourrait contribuer à faire de vous, de vrais vénitiens !

24 février 2007

Venise et la littérature de gare

Bon, ce n'est pas un conseil, mais si vous vous sentez esseulé(e) dans votre voiture-sleeping(*) lors de votre prochain voyage à Venise, pourquoi ne pas vous plonger dans la lecture de ce roman comme cela vous nous en ferez le compte-rendu ? Moi je crains le pire mais bon après tout, ce n'est peut-être pas si nul que la couverture veut bien le suggérer...

(*) : wagon-lit pour les générations qui ne prennent que l'avion ou les TGV et n'auront pas goûté aux délices des cabines avec vrai lit et cabinet de toilettes dans les trains de nuit !

23 février 2007

Les Doges de Venise

Entre 697 et 1797, alors qu'en France,cinquante-cinq monarques seulement sont montés sur le trône de Childebert III à Louis XVI, ce sont cent-vingt doges qui se sont succédé à la tête de la République Sérénissime.

En voici la liste avec les dates de leur investiture. Certains ont régné longtemps (le record étant une vingtaine d’années), d'autres seulement quelques mois. L'un d'entre eux qui rêvait de confisquer le corno pour l'usage exclusif de sa famille en s'appropriant le pouvoir ad vitam æternam en perdit la tête, après moins d'un an de règne. 

Pas de monarchie donc à Venise, mais une système oligarchique très sophistiqué. Si être élu Doge représentait un insigne honneur, c'était aussi une calamité pour les familles : le moindre mouvement de fortune, le plus petit soupçon d'enrichissement ou d'avantages nouveaux risquait de précipiter l'élu au bas de son trône et sa famille dans la ruine et la déchéance. Beaucoup d'ailleurs y laissèrent leur fortune. On dit même que certains patriciens pressentis refusèrent d'avance d'être candidats. Mais laissons ces ratiocinations aux historiens.

1-- Paolo Lucio Anafesto, (697)
2-- Marcello Tegalliano, (717)
3-- Orso Ipato, (726)
4-- Teodato Ipato, (742)
5-- Galla, (755)
6-- Domenico Monegario, (756)
7-- Maurizio Galbaio, (764)
8-- Giovanni Galbaio, (787)
9-- Obelerio Antenoreo, (804)
10- Angelo Participazio, (809)
11- Giustiniano Participazio, (827)
12- Giovanni I Participazio, (829)
13- Pietro Tradonico, (837)
14- Orso I Participazio, 864)
15- Giovanni II Participazio, (881)
16- Pietro I Candiano, (887)
17- Pietro Tribuno, (888)
18- Orso II Participazio, 912)
19- Pietro II Candiano, (932)
20- Pietro Partcipazio, (939)
21- Pietro III Candiano, (942)
22- Pietro IV Candiano, (959)
23- Pietro I Oseolo, (976)
24- Vitale Candiano, (978)
25- Tribuno Memmo, (979)
26- Pietro II Oseolo, (991)
27- Ottone Orseolo, (1009)
28- Pietro Barbolano, (1026)
29- Domenico Flabanico, (1032)
30- Domenico Contarini, (1043)
31- Domenico Selvo, (1071)
32- Vital Faliero de’ Doni, (1084)
33- Vital I Michele, (1096)
34- Ordelafo Faliero, (1102)
35- Domenico Michele, (1117)
36- Pietro Polani, (1130)
37- Domenico Morosini, (1148)
38- Vital II Michele, (1156)
39- Sebastian Ziani, (1172)
40- Orio Mastropiero, (1178)
41- Enrico Dandolo, (1192)
42- Pietro Ziani, (1205)
43- Jacopo Tiepolo, (1229)
44- Marino Merosini, (1249)
45- Reniero Zeno, (1252)
46- Lorenzo Tiepolo, (1268)
47- Jacopo Contarini, (1275)
48- Giovanni Dandolo, (1280)
49- Pietro Gradenigo, (1289)
50- Marino Zorzi, (1311)
51- Giovanni Soranzo, (1312)
52- Francesco Dandolo, (1328)
53- Bartolomeo Gradenigo, (1339)
54- Andrea Dandolo, (1342)
55- Marino Faliero, (1354)
56- Giovanni Gradenigo, (1355)
57- Giovanni Delfino, (1356)
58- Lorenzo Celsi, (1361)
59- Marco Cornaro, (1365)
60- Andrea Contarini, (1367)
61- Michele Morosini, (1382)
62- Antonio Veniero, (1382)
63- Michele Steno, (1400)
64- Tommaso Mocenigo, (1413)
65- Francesco Foscari, (1423)
66- Pasqual Malipiero, (1457)
67- Cristoforo Moro, (1462)
68- Nicolo Trono, (1476)
69- Nicolo Marcello, (1473)
70- Pietro Mocenigo, (1474)
71- Andrea Vendramino, (1476)
72- Giovanni Mocenigo, (1478)
73- Marco Barbarigo, (1485)
74- Agostin Barbarigo, (1486)
75- Leonardo Loredano, (1501)
76- Antonio Grimani, (1521)
77- Andrea Gritti, (1523)
78- Pietro Lando, (1538)
79- Francesco Donato, (1545)
80- Marcantonio Trivisano, (1553)
81- Francesco Veniero, (1554)
82- Lorenzo Priuli, (1556)
83- Giorolamo Priuli, (1559)
84- Pietro Loredano, (1567)
85- Alvise Mocenigo, (1570)
86- Sebastiano Veniero, (1577)
87- Nicolò da Ponte, (1578)
88- Pasqual Cicogna, (1585)
89. Marino Grimani, (1595)
90- Leonardo Donato, (1606)
91- Marcantonio Memmo, (1612)
92- Giovanni Bembo, (1615)
93- Nicolò Donato, (1618)
94- Antonio Priuli, (1618)
95- Francesco Contarini, (1623)
96- Giovanni Cornaro, (1624)
97- Nicolò Contarini, (1630)
98- Francesco Erizzo, (1631)
99- Francesco Molino, (1646)
100 Carlo Contarini, (1655)
101 Francesco Cornaro, (1656)
102 Bertuccio Valiero, (1656)
103 Giovanni Pesaro, (1658)
104 Domenico Contarini, (1659)
105 Nicolò Sagredo, (1674)
106 Luigi Contarini, (1676)
107 Marcantonio Giustinian, (1683)
108 Francesco Morosini, (1688)
109 Silvestro Valiero, (1694)
110 Alvise Mocenigo, (1700)
111 Giovanni Cornaro, (1709)
112 Sebastiano Mocenigo, (1722)
113 Carlo Ruzzini, (1732)
114 Alvise Pisani, (1735)
115 Pietro Grimani, (1741)
116 Francesco Loredano, (1752)
117 Marco Foscarini, (1762)
118 Alvise Giovanni Mocenigo, (1763)
119 Paolo Renier, (1779)
120 Ludovico Manin, (1789)

22 février 2007

Une recette expresse pour pallier les imprévus

Je ne sais pas vous, mais nous ici, lorsqu'un visiteur imprévu sonne à la porte à peu près à l'heure du dîner, il nous est difficile de l'accueillir sans lui proposer de rester dîner. Comme notre vie à Venise est en général sous le signe du farniente et que nous réduisons notre vie mondaine à un niveau genre en-dessous de zero, j'ai pris l'habitude de remplir mes placards d'ingrédients-secours qui me permettent d 'improviser un repas chic pour six, huit ou quinze. C'est vrai que la plupart du temps la cuisine de la Toletta se remplit du doux parfum des spaghettis à l'ail ou au sugo al tonno, mais la pasta à chaque repas ça peut finir par lasser. Il y a tellement de trucs comme dirait ma fille Constance qui peuvent rendre un repas improvisé digne de Lucullus.
Par exemple la pizza speedo... Je sais certains vont pousser des hauts cris connaissant mon adhésion totale (viscérale et sans concession) au mouvement Slow Food et ma sympathie pour l'Accademia Italiana della Cucina dont j'ai eu l'honneur et la joie de faire partie (mais je ne suis plus à jour de mes cotisations, je me contente dorénavant d'en porter l'élégante et très britannique cravate parfois !). C'est vrai que faire une vraie pizza n'est en rien sorcier mais quand il faut réagir au dernier moment devant l'arrivée d'amis français de passage à Venise débarquant à la maison avec grand-mère et enfants, harassés et affamés, cette recette fait mouche et tout le monde l'apprécie.
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Pour cela il vous faut des pains pitta que vous couperez en deux (on en trouve à Venise dans les super-marchés comme Billa et en France un peu partout aussi). Sur chaque tranche ainsi obtenue, étalez de la sauce tomate (pizzaïolo ou napolitaine), des olives dénoyautées (ou de la crème d'olive par petits tas), des anchois ou à défaut des petits tas de crème d'anchois, des morceaux d'artichauts, d'aubergines et de poivrons marinés (à l'huile d'olive bien entendu et pas ces ersatz à l'huile de tournesol), de la mozzarella râpée ou coupée en fines lanières et enfin des herbes séchées : origan, basilic, thym à votre convenance. Vous nappez le tout d'un filet d'huile d'olive et vous mettez au four une dizaine de minutes. Servies avec une salade verte et, si c'est la saison, avec des tranches de tomates bien mûres, vous ferez à coup sûr des heureux ! On peut faire cette recette avec des morceaux de pancetta, de provolone et de gorgonzola, des aubergines grillées, des champignons, un œuf...

J'ai toujours comme cela des produits de secours qui me permettent d'improviser des festins sans sortir toute la batterie de cuisine grâce aux bonnes inventions de ces cuisinières en vogue dont les livres apparaissent depuis quelques années sur les rayons des librairies (La cuisine de Sam qui est la bible culinaire de ma plus jeune fille et le bouquin rigolo de Julie Andrieu)... Les enfants qui m'aident le plus souvent, sont ravis de ces trésors qu'ils contribuent à faire naître. Et puis, nous inventons au gré de notre fantaisie et de ce que nous avons dans les placards. C'est plus rigolo. Nos favoris : les galettes irlandaises de Sam (vous savez le petit anglais qui lutte contre le fast food et la mal-bouffe des adolescents de la perfide Albion), les blinis rapides, le crumble de légumes, les rillettes de thon, les épaules de lapin aux oignons, le risotto aux quatre fromages, le traditionnel mais revisité risi bisi, etc, etc... Nous sommes une famille indécrottablement Slowfood même si nous avons baptisé la pizza de dernière minute pizza Speedo !

Aimez-vous Prada ?


La maison Prada a sorti il y a quelques temps un magnifique sac à main en toile qui a eu un succès fou au Japon notamment. Le thème : Venise évidemment. Une réussite. C'est aujourd'hui un objet "vintage" comme on dit aujourd'hui, très recherché car édité à un tirage limité. Si vous le trouvez sur ebay ou dans une brocante ou vide-grenier, n'hésitez pas une seconde, achetez-le ! 
 

Exemple (en voie de disparition) du preppy vénitien qui ne veut pas rater le vaporetto pour ne pas être en retard au bureau...

Photographie prise pendant le Carnaval. Sans commentaire.

Un monde sur la piazza !

L'équivalent de la population entière de Venise était sur la Piazza chaque jour pour assister aux défilés et autres manifestations du carnaval. Et à certains moments, la police ferroviaire, mise en état d'alerte permanente pendant ces onze jours, dénombrait des mouvements de foules dépassant parfois les 50.000 personnes sur les quais et dans le hall de la Stazione Sta Lucia !

 
Heureusement cette foule bon enfant ne posa pratiquement aucun problème en dehors des sempiternels appels au mircro pour retrouver le papa et la maman du petit Nicolas "qui attend des parents au bureau de la sécurité". 


Seul fait-divers notoire : l'arrestation de 19 jeunes gens, la plupart mineurs et inconnus des services de police qui se firent renifler par les chiens policiers avec sur eux de gigantesques pétards qu'ils avaient certainement l'intention de fumer sur les bords d'un canal bien à l'abri derrière leurs masques. Appréhendés, ils ont pour la plupart fondu en larmes, voyant la perspective d'une folle nuit hallucinogènée... s'envoler en fumée ! Mieux vaut en rire.

25.000 verres de Bellini servis sous le campanile durant le carnaval

Vingt cinq mille Bellini ont été servis aux vénitiens et aux touristes pendant le carnaval au "Bellini Bar", installé à l'ombre du campanile de San Marco, entre le 9 et le 20 février. "Les trois barmen, explique Lorenzo Canella, le dynamique président de la société vinicole qui porte son nom, ont débouché sans interruption des bouteilles de Bellini à l'intérieur d'un espace décoré dans le style Liberty par la société Eta Beta Produzioni". Ce partenaire officiel du carnaval a ainsi repris l'antique tradition de l'ombra sous le campanile. Le Bellini en bouteille qu'il fabrique, version semi-industrielle de l'apéritif inventé par Arrigo Cipriani (à base de jus de pêche blanche fraîche et de prosecco) est aujourd'hui commercialisé dans le monde entier. "Notre produit fête ses vingt ans avec un goût davantage parfumé, continue Lorenzo Canella : "ingrédient fondamental de la préparation du Bellini, les pêches sont sélectionnées et cueillies lorsqu'elles arrivent à pleine maturité, lorsqu'elles sont gavées de sucre et donc ultra parfumées". Aucun conservateur ni additifs chimiques pour ne pas détériorer le goût finalement très proche du Bellini frais du Cipriani ou du Danieli. Goûtez et vous m'en direz des nouvelles. La Maison Canella a ajouté à son catalogue le Rossini et le Mimosa, deux autres apéritifs vénitiens. Salute !

21 février 2007

La barcheta et l'éléphant

Connaissez-vous "la barcheta" ? Cette merveilleuse chanson en dialecte vénitien, immortalisée par Reynaldo Hahn en 1901 (Venezia, n°2. Chansons en dialecte vénitien), est en fait un poème de Pietro Buratti (1772-1832) surtout connu pour son poème lyrique et satirique intitulé "elefanteide" qu'il écrivit en 1815 et dont le manuscrit est conservé à la Marciana. L'auteur y raconte en 800 vers épiques, le fameux épisode de ce pauvre éléphant qui dans les années 1780 effraya tout Venise en s'échappant d'une ménagerie pendant le carnaval. Mais avant de vous raconter cette histoire assez drôle, laissez-moi vous donner les paroles de cette belle chanson superbement mise en musique par le compositeur français.

Il en existe une transcription pour sextuor de violoncelle qui vient d'être publiée chez Maguelone dans une magistrale interprétation de Roland Pidoux avec le Quatuor Gabriel. Il existe un enregistrement de Reynaldo Hahn lui-même qui s'accompagne au piano, sur le site consacré au compositeur, et ce très beau disque paru chez Hypérion que j'ai découvert sur le forum du Campiello, intitulé "Souvenirs de Venise" avec le ténor anglais Anthony Rolfe Johnson. J'ai écouté la première fois cette mélodie à Venise, dans les années 80 grâce à Annette Hahn, étudiant alors avec moi la langue italienne. Je ne connaissais le compositeur que par le roman de Roger Peyrefitte "l'exilé de Capri", dont je venais de trouver l'édition originale chez le vieux bouquiniste de la Strada Nova qui a fourni la plupart des rayons de ma bibliothèque. 

Il y était question d'une mélodie de Hahn sur un texte du romantique Jacques d'Adelsward-Fersen "Chantez-moi doucement, la douleur d'être fou sur la terre, Chantez-moi voulez-vous, la douceur d'un amant solitaire". Cet Adelsward-Fersen esthète richissime, aujourd'hui oublié, publia de nombreux recueils de poésie dont certains sont réellement de qualité, chez Messein, l'Editeur de Verlaine. Il fut l'ami de Reynaldo Hahn, de Jean Lorrain et de tant d'autres brillants esprit de la Belle-époque. Il écrivit le premier roman sur Venise du XXe siècle : "Notre Dame des mers mortes". Annette Hahn était la petite fille (ou bien la petite-nièce, je ne sais plus très bien) du compositeur. Elle en parlait souvent et de là naquit mon intérêt pour le musicien. Je découvris des partitions dans la bibliothèque du Conservatoire Marcello, et parfois de vieux gondoliers chantaient des mélodies qu'il composa à Venise. Dont cette barcheta merveilleuse.
......
La note è bela,
Fa presto, o Nineta,
Andemo in barcheta
I freschi a ciapar !
A Toni g'ho dito
Ch'el felze el ne cava
Per goder sta bava
Che supia dal mar.
Ah!
...
Che gusto contarsela
Soleti in laguna,
E al chiaro de luna
Sentirse a vogar!
Ti pol de la ventola
Far senza, o mia cara,
Ghè zefiri a gara
Te vol sventolar.
Ah!
.
Se gh'è tra de lori
Chi troppo indiscreto
Volesse dal pèto
El velo strapar,
No bada a ste frotole,
Soleti za semo
E Toni el so' remo
Lè a tento a menar.
Ah!
.............
Après cet intermède musical, voyons cette histoire d'éléphant. Je vous la rapporte telle que mon ami Umberto Sartory la présente. Nous sommes dans les années 1780, peut-être un peu avant ou un peu après. Des forains installèrent sur la Riva dei Schaivoni leurs roulottes. Parmi les attractions présentées, il y avait un jeune éléphant d'Inde que ces romanichels exhibaient contre un sequin. Cette merveille de la nature jamais vue dans la cité des Doges devint tellement à la mode et suscita un tel enthousiasme qu'il fallut organiser la circulation autour du campement avec force gens d'armes. Les spectateurs accouraient de partout pour voir l'animal dans sa baraque de toile et de bois. Une nuit, le pachyderme, peut être lassé de tant de bruits et de mouvements autour de lui, peut être énervé par l'air marin de la lagune, décida de reprendre sa liberté. Il cassa les chaînes qui le retenaient et défonça l'une des parois de la baraque. Il s'offrit un tour de Venise "by night" en semant la panique sur son passage. Toutes les tentatives de la maréchaussée pour l'arrêter dans ses divagations restèrent vaines et ne firent que l'agacer davantage. Tout le monde sait que les éléphants sont des animaux débonnaires mais la patience à ses limites et l'animal n'en pouvant plus de tout ces hurlements, ces coups de feu, ces êtres humains qui s'enfuyaient de tous côtés, tout échevelés et poussant des cris de sauvages, eut un geste de colère qui parut bien déplacé : il enfonça d'un coup de tête la porte de l'église San Antonio (à moins que ce fut San Iseppo) à Castello et pénétra dans l'édifice au grand dam du curé et des bigotes qui s'y trouvaient. Il recherchait certainement un peu de paix dans ces saints lieux. Mais les vénitiens ne le comprirent pas ainsi et les cris et la panique redoublèrent. L'infortuné animal, aussi déplacé à cet endroit qu'un chien dans un jeu de quilles, posa malheureusement ses énormes pattes sur une pierre tombale qui céda sous son poids. Emprisonné dans cette cage insolite, il fut vite solidement enchaîné de bronze.

Les magistrats de Venise qui n'avaient ni pitié ni commisération à l'égard des merveilles de la nature quand elles sont susceptibles de troubler l'ordre public, décrétèrent dans une procédure d'urgence (contrevenant à tous les usages de la République qui se voulait toujours juste, et réfléchie en tout), la condamnation à mort de la bête rebelle et sacrilège, deux défauts très mal vus par la magistrature en général. La sentence fut aussitôt exécutée sur la Piazza San Marco par un coup de canon tiré à bout portant, devant une foule ravie et qui cette fois n'avait pas eu à payer pour assister au spectacle.
Cette histoire tragi-comique inspira donc le poète satirique Pietro Buratti pour son célèbre poème épique "Elefanteide" (référencé à la Marciana sou le numéro : LEO A 0616), L'histoire revue par Buratti se passe en 1815 et sert de prétexte à l'auteur pour dénoncer les exactions et les bêtises de la nouvelle administration vénitienne, mise en place par l'infâme caporal corse puis par l'occupant autrichien. Le pauvre éléphant victime de la bureaucratie et des petites peurs des médiocres petits bourgeois qui administraient alors Venise, devient dans les vers du poète le symbole d'une vis naturalis spontanea injustement persécutée.
.
Mais la note de présentation du squelette conservé au musée d'Histoire Naturelle du Fondaco dei Turchi ne dit pas la même chose. Le jeune éléphant d'Inde avait effectivement été exhibé dans toutes les rues et campi de la ville. Le spectacle terminé, il fut mis dans une barque pour quitter Venise mais pris de frayeur il piétina son gardien et regagna la rive où il fut pourchassé par des soldats. Il se réfugia dans l'église S. Antonio ou les troupes le contraignirent à rentrer dans un espace étroit d'où il ne put s'échapper et là ce fut le massacre puisque on découvrit plus de 50 douilles de balles dans ses flancs... Et la scène ne se déroulait pas au XVIIIe mais dans les premières années du XIXe, pendant l'occupation autrichienne.

Je préfère pour ma part la légende racontée aux enfants qui rappelle le tableau de Pietro Longhi où l'on voit des masques visiter la baraque d'un pauvre rhinocéros bien ennuyé par tout ce tapage et ce voyeurisme de mauvais aloi !

20 février 2007

Xe brucia el carnival !

Cette fois c'est fini. Demain c'est le mercredi des Cendres et ce soir, le grand feu d'artifice a attiré plusieurs dizaines de milliers de badauds sur la piazza San Marco. Mercredi, la chrétienté entre dans le temps du Carême. Évidemment on va moins en parler que du ramadan dont le monde entier nous rabat les oreilles. Comme ce mardi-gras de la septième année du XXIe siècle, Venise fêtait dans l'allégresse son dernier jour de carnaval qui mettait un terme à plusieurs mois de festivités car en ce temps là, Carnaval durait pratiquement toute l'année. En fait, sauf pendant le temps de Noël, pendant le Carême et durant l'été, lorsque la chaleur torride de la lagune poussait les familles patriciennes vers leurs villas de l'intérieur. Ce n'était pas comme on le dit trop souvent parce que Venise était la patrie de la licence et de la débauche, mais parce que les masques permettaient à la République de connaître la paix sociale. Sous le masque et la bauta, le pauvre devenait patricien et le patricien trop connu devenait n'importe quel plébéien libre de ses mouvements. Chrétiens, juifs et maures pouvaient jouer ensemble aux cartes jusque dans les salons du Doge, les jeunes gens riches pouvaient courtiser leur belle dans l'arrière boutique du savetier ou dans la cour de l'auberge du coin sans risquer leur renommée, l'apprenti boutiquier de San Polo comme l'ouvrier de l'arsenal pouvait assister aux bals et aux spectacles à côté des plus jolies jeunes filles de la noblesse. Chacun sortait du rôle que la naissance, la fatalité et les lois lui avaient assigné. Ainsi la République limitait les risques de revendication et de mécontentement. Des fortunes se faisaient et se défaisaient chaque soir durant le carnaval. On pouvait aussi plus facilement se débarrasser d'un ennemi de l’État, d'un espion devenu gênant, d'un témoin trop bavard ou trop gourmand... Cynisme et pruderie commandaient cette licence institutionnalisée. Pendant plusieurs centaines d'années, tout le monde s'en porta bien.
Carnaval est mort donc. La ville peu à peu va se vider de cette foule joyeuse venue des quatre coins du monde. Les rues et les campi se sont faits plus tranquilles. Plus d'embouteillages aux abords de la piazza. On peut enfin prendre le vaporetto sans risquer de mourir étouffé et les cafés comme les restaurants se font plus agréables. Mais ce calme sera de courte durée. Dès le weekend de Pâques, les hordes reprendront la ville d'assaut et ce sera la cohue sur la piazza, au Rialto et un peu partout jusqu'aux premiers frimas... Mais on s'adapte. Il suffit de ne pas prendre le même chemin que le touriste moyen. Il suffit d'éviter la piazza, le pont du Rialto et leurs environs entre 10 heures du matin et 20 heures le soir. Mais bon, on va encore dire que je râle tout le temps quand il s'agit du sujet épineux du tourisme à Venise.

19 février 2007

Connaissez-vous la petite église de San Giovanni Elemonisario ?

Perdue parmi le dédale des boutiques du Rialto, on passe et repasse devant elle sans la remarquer, dans la ruga degli orefici ou ruga vecchia S. Giovanni, dans l'antique quartier des orfèvres et des drapiers. Longtemps fermée, elle retrouve peu à peu sa beauté. Car l'église dédiée à ce Saint Jean l'Aumônier, natif d'Alexandrie, est splendide. Sa discrète façade lui a permis d'être préservée des hordes de touristes et on y respire une paix très agréable après l'ambiance de hall de gare au moment des grandes migrations estivales qu'est devenue la basilique San Marco... .

Incroyablement dotée par les nombreuses guildes de marchands du quartier (notamment celle de "corrieri", les messagers, à qui on doit les tableaux de Saint Roch et de Sainte Catherine), cette église est une des plus anciennes de Venise. Construite en 1071, elle ne résista pas au terrible incendie qui détruisit pratiquement tout le quartier de Rivo Alto. On pense qu'elle fut reconstruite par Antonio Lo Scarpagnino qui fut chargé de la reconstruction de pratiquement tout le quartier, sous le dogat d'Andrea Gritti.

Elle était "jus patronato" du Doge qui la visitait en grande pompe chaque année pour le mercredi saint. On ne sait pas trop pourquoi l'architecte ou les commanditaires ont pris le parti de la fondre complètement dans le corps de bâtiments. Peut-être pour respecter la nouvelle unité architecturale de la rue. Je pense davantage, avec certains historiens vénitiens, que le clergé voulait continuer à louer les devants de l'église à des boutiquiers, ce qui leur procurait des revenus substantiels puisque le produit des offrandes allait aux œuvres du Doge, et pour cela il fallait une façade sobre et surélevée par rapport à la rue. Le campanile que l'on a du mal à voir quand on est proche de l'église s'est écroulé au XIVe siècle et a été aussitôt reconstruit.

Cette petite église est un véritable petit bijou, typique de la Renaissance, qui sert d'écrin aux plus beaux tableaux du Titien et du Pordenone. La représentation du saint-patron de l'église par le Titien, située sur le maître-autel est un de ses plus beaux tableaux du maître. Tintoret, Pollaioli, Vecellio et d'autres ornent l'église, son presbytère et sa sacristie. Un autre autel est orné d'un magnifique tableau de Pordenone représentant Sainte Catherine, Saint Roch et Saint Sébastien. On raconte que parmi les nobles vénitiens qui voulaient réduire les prérogatives du Titien devenu à leur goût bien trop omniprésent au détriment d'autres artistes, certains poussèrent Pordenone à défier le maître qui venait de terminer le tableau du saint patron de l'église. C'est en revenant d'un voyage à Bologne que le Titien se rendant compte du grand succès de son élève en aurait pris ombrage et demanda l'intervention du Doge pour que les tableaux de son adversaire soient placés dans un coin reculé de l'église... C'est apparemment une légende car on date le tableau de Pordenone des années 1530-1535 et celui du Titien de 1545-1550. Il y a aussi à San Giovanni Elemosinario un très beau tableau de Palma le Jeune restauré il y a peu.



18 février 2007

Ciacole sur le campo Sta Margherita

Elles discutent sec ces sympathiques vénitiennes assises sur un banc du campo Santa Margherita. C'est qu'on ne parle que de ça en ce moment sur la campo : les riverains se plaignent de tout ces concerts qui se succèdent sur la place, avec leur inévitable cortège de nuisances sonores. Et pendant le temps du carnaval, cela ne s'arrange pas vraiment.
  C'est vrai que ce campo pittoresque se transforme peu à peu. Moins de boutiques. Elles ferment les unes après les autres et sont remplacées par des bars à la mode qui attirent étudiants et touristes. Ouverts tard le soir, ils génèrent tellement de bruit que de nombreuses plaintes ont été enregistrées à la Questure... Pourtant comme elles sont agréables ces terrasses où vénitiens et touristes se retrouvent, jeunes et moins jeunes, dans une convivialité que le monde peut envier à notre cité.

Je ne sais si vous vous en souvenez mais il y a quelques années, un plasticien du nom de Matej avait imaginé une performance assez originale et très symbolique. Il avait habillé le bâtiment qui siège au milieu de la place avec des morceaux de tissus et des vêtements de toutes les couleurs. Joli travail qui égaya le campo pendant plusieurs semaines. Cette "casa vestita" fut perçue comme un appel à l'espérance, comme redonner vie à l'échange entre les gens, les peuples, les générations. Le choix de Santa Margherita ne s'était pas fait au hasard. C'était pratiquement le dernier endroit de la Cité des doges où cet état d'esprit se manifestait encore. chaque jour, au milieu des étals des poissonniers, des fleuristes et des marchands de fruits et légumes, tout un monde se retrouvait, enfants qui venaient jouer, mamans avec leurs bébés venus prendre le soleil, personnes âgées, étudiants de la Ca'Foscari. Quelques touristes un peu intimidés devant ce spectacle intime, cette ambiance familière comme s'ils surprenaient un moment de vie familiale, s'aventuraient sur le campo. Ambiance bonne enfant. Agora, place de village, cour de récréation, réunion d'amis... Tout les qualificatifs étaient bons pour décrire cet agréable lieu. L'exposition de Matej voulait exprimer tout cela en l'appliquant à une échelle universelle. Le "united colors" de Benetton et ses campagnes publicitaires assez controversées semblent s'en être inspiré.


Pourtant s'il est de notre devoir de préserver le plus possible ce trésor du passé qu'est Venise, nous devons aussi savoir l'ouvrir aux temps modernes, la faire évoluer avec le monde. Venise n'est pas une vitrine remplie de formol où marquises et polichinelles des anciens temps continueraient d'évoluer bien protégés des bactéries du XXIè siècle. Au contraire : autrefois en permanence à la pointe de la nouveauté, politique, esthétique, économique, artistique, elle a encore ce rôle à jouer. Montrer au monde qu'il existe une parfaite adéquation entre les rythmes issus de son passé que sa structure urbaine impose, le sens de l'autre que cela implique, et les inventions du futur qui ne sont pas forcément liées à la technique comme on veut nous le faire croire ailleurs. 

A Venise on ne meurt pas seul abandonné, à Venise on ne peut rester au coin d'une rue sans personne à qui se confier. A Venise, l'autre existe et il fait partie de notre vie. Dans un monde pressé et solitaire, c'est un concept révolutionnaire. A Venise, la solidarité est une tradition. Le mélange des milieux sociaux, des races, des générations est un fait réel que le campo Santa Margherita a toujours démontré. Si les vieux vénitiens qui ne dorment plus se plaignent du bruit fait par les jeunes qui s'amusent, alors quelque chose ne fonctionne plus ici. Peut-être faut-il qu'ils soient associés à ces festivités et que de nouveau à Santa Margherita on se considère comme en famille, toutes générations confondues...
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