07 septembre 2007

Venise la joyeuse et non pas Venise la morbide


En 1869, mon arrière grand-père qui était parti se marier en Allemagne, fit son voyage de noces en Italie et notamment à Venise. Il a tenu le journal de ce périple et quelques documents retrouvés dans le cahier de moleskine noire (une ou deux photos réalisées, des cartes postales, un billet de vapeur, la facture de l'hôtel, etc...) rendent leur séjour très vivant. Nous avons toujours, dans un bel album relié, les photos qu'ils ramenèrent de leur voyage, magnifiques tirage sur carton, devenus aujourd'hui des raretés pour collectionneur.

Cela me donne l'occasion de vous parler des archives Filippi léguées par la famille à l'IRE, l'Istituto di Ricovero e di Educazione di Venezia où la dernière fille du grand photographe termina ses jours. Tomaso Filippi (1852-1948) était un photographe vénitien élève de Carlo Naja, qui passa sa vie à faire des clichés de Venise, des gens et des monuments. Une extraordinaire collections de souvenirs d'un monde disparu. En noir et blanc ou colorisée, les premiers clichés conservés datent de la fin du XIXe, les plus récents de la fin des années 40. C'est une incroyable source de documentation qui couvre toute cette période somme toute assez noire pour Venise, au propre comme au figuré. Après les années de la domination autrichienne et les débuts de l'Unité italienne, Venise n'est plus que l'ombre d'elle-même. Elle se paupérise. 
Psychologiquement, elle se méprise et se sent déconsidérée. Sa jeunesse devient ce qu'a été un temps la jeunesse misérable des Philippines. Elle se donne au plus offrant. Non, plutôt, elle se vend. Les murs s'effritent, les canaux sales ne sont plus nettoyés et les grandes familles désertent les palais pour Rome et se pavanent au Quirinal, (les mêmes qui avaient glané titres et couronnes à Vienne). Le petit peuple se sait abandonné. Les Richard Wagner, Thomas Mann, Maurice Barrès, Jean Lorrain, Jacques d'Adelsward-Fersen et tant d'autres se repaissent de cette atmosphère déliquescente qui va si bien à leur dandysme décadent. Ils vont répandre dans la mentalité universelle cette contre-vérité qui veut que Venise soit mélancolique, morbide et moralement décatie. Ne l'a-t-on pas appelé le "royaume des invertis" ou "Notre Dame des Mers Mortes"? Ceux qui la connaissent savent qu'elle est tout le contraire, la vie, la lumière, la fête, la joie, le rire. Derrière son apparente décrépitude, elle découvre à ceux qui l'aiment vraiment les restes grandioses de ce qu'elle fut des siècles durant, la reine de l'Adriatique. 
















Le pain des pêcheurs


L'excellentissime Venise Daily Photo présentait hier ce délicieux biscuit vénitien qu'on trouve dans les vraies pâtisseries comme celle que le webmestre mentionne à Cannaregio sur la Lista di Spagna, mais aussi sur celle qui est voisine du ghetto près du pont des Guglie, sur la calle Barbarie delle Tole, près de la maison de retraite de San Zanipolo, en face de l'école primaire du quartier. En fait c'est une sorte de macaron croustillant à la pistache et aux amandes. Comme sa couleur rappelle les produits de la mer et qu'il est assez dur et s conserve longtemps, on dit que les marins l'emportaient avec eux sur leur bateau. Il existait au Lido une petite pâtisserie spécialisée dans les produits à base d'amandes qui en faisait de délicieux : dur en dehors et moelleux à l'intérieur. A se rouler par terre. Cette même pâtisserie proposait une sorte de petite puits de fine pâte sablée garnie d'un onctueux mélange comme la torta di mandorla mais d'un parfum unique. Je vais rechercher l'adresse pour la communiquer aux amateurs de ce genre de délices.

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1 commentaire:


Pierre a dit…
Merci Lorenzo pour cet "Excellentissime" qui me touche même si mon blog n'en mérite pas tant... Et merci pour toute cette culture vénitienne que tu nous transmets avec régularité au fil des pages de Tramezzinimag.
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