Accéder au contenu principal

Articles

L'ordinaire des jours (1)

Délices du petit matin à Venise. La grande majorité des touristes n'est pas levée ou pas encore en train de se répandre dans les rues. Tout est calme. Il règne un silence de bibliothèque. Les éboueurs arpentent les rues avec leurs grands chariots, des livreurs passent et repassent. Seul bruit rémanent, le cri des hirondelles qui se mêle à celui des mouettes. Sous mes fenêtres, des gens qui se rendent à leur travail, d'autres qui promènent leur chien. Ils se croisent, se saluent et repartent. Rien que de très banal et qu'on peut observer dans toutes les villes du monde, mais ici cette animation matinale est différente. Malgré la vie qui se répand de nouveau à travers la cité avec le lever du jour, il règne ici une tranquillité semblable à celle de la campagne. Pourtant on ne peut pas ne pas avoir la sensation d'être au milieu d'un centre urbain, certes dépeuplé, mais tout rempli de siècles d'activité humaine. C'est un peu comme si aux habitants d'aujourd…
Articles récents

Des supports publicitaires inattendus inventés à Venise

Mais où va-t-on si les ducs d'Albe deviennent des supports publicitaires ! C'est une photographie d'Emiliano Roveri qui fait poser cette question.
Le cliché a fait le tour du net vénitien aujourd'hui. Un cliché assez surprenant. Comme le précise la plateforme du Gruppo 25 aprile dans un article daté de ce jour, il ne s'agit pas d'un ex-voto ni d'une de ces petites chapelles miniatures que dressaient autrefois un peu partout les pêcheurs et leurs familles,  au milieu de la lagune, pour rappeler aux passants un évènement survenu là et remercier la vierge d'avoir sauvé leur bateau en difficulté.
Il s'agit en réalité d'un duc d'albe (qu'on appelle ici bricole) utilisé - abusivement - comme support publicitaire ! Si, si. On peut se demander si l'installation du panneau s'est faite avec l'autorisation de l'administration municipale, auquel cas il s'agirait d'un fait sans précédent qui ferait se retourner les provéditeurs …

San Cristoforo e il Santo bimbo decollato

L'une des maisons que j'ai eu le bonheur de fréquenter puis d'habiter à Venise, à deux pas de Santa Maria Formosa abrite dans son androne, une de ces entrées souvent majestueuses des palais vénitiens, une très belle statue de bois sculpté. Usée par le temps, c'est un travail qu'on peut situer entre 1650 et 1700. L'enfant Jésus a perdu la tête. Et le saint qui le porte sur son épaule en semble marri. Sa contrariété a toujours eu un sens pour moi. Cette tristesse convient bien à notre temps. Son regard et sa tête un peu penchée n'expriment pas vraiment de la mélancolie, ni un chagrin qui ne sied pas à un homme de Dieu. Il s'agit bien plutôt du regret de constater la faiblesse des hommes, leurs erreurs sans cesse répétées et rarement assumées. 
Quant à l'Enfant-Roi, on peut penser qu'il a perdu la tête en voyant jour après jour défiler devant lui notre bêtise. Nous courrons sans cesse après des chimères, prétentieux et veules à la fois, nous bâtisso…

Comme une source d'eau vive : Enchantements. Ebauche 2

Pourtant à l'entendre, c'était plutôt de  l'Ange dont il fit la rencontre. Pour être plus précis, j'oserai dire qu'il fut longtemps persuadé d'avoir été, comme Tobias, confronté à un envoyé des dieux... Antoine soudain fut subjugué. Cela aurait pu l'anéantir. Il ressortit de l'épreuve régénéré et transfiguré. Je ne l'avais pas revu depuis cette fameuse lettre retrouvée par hasard. Il était en France pour voir sa mère qui n'allait pas bien. Nous avions convenu de nous retrouver dans notre café d'autrefois. Il était assis à la place habituelle et lisait. Quand il leva les yeux, sans même me saluer, il me montra le livre et me lut un passage :

"Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.  J’aimais les peintures idiotes, dessus des portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d…

Plongeon interdit dans le grand canal : encore des touristes qui violent les règles à Venise

Une fois encore, et pas plus tard que ce matin aux alentours de 6 heures, de jeunes touristes étrangers ( ressortissants belges) ont montré leur méconnaissance  des us et coutumes de la cité des doges. Surpris par la police qui a été prévenue par des passants, un groupe de jeunes gens avait entrepris de plonger depuis le pont de Calatravà qui unit la Piazzale Roma à la gare Santa Lucia. Un  des endroits les plus dangereux ( par sa hauteur et la fréquence des bateaux qui passent par là). Aussitôt interpelés par les forces de l'ordre, ces jeunes abrutis semblaient ne pas comprendre ce qu'il y avait de répréhensible - et encore moins de dangereux - à se jeter dans l'eau du grand canal !  
S'il est vrai que de tout temps, les eaux de la Sérénissime ont attiré les voyageurs, si les enfants se baignaient l'été devant la porte de leur maison, si Byron allait parfois rendre visite à ses amies à la nage, le contexte était différent. Mais comment les étrangers de passage, écr…

Et si nous reparlions d'Antonella Pugliese

Les lecteurs qui suivent TraMeZziniMag depuis sa création auront noté notre goût pour les lieux authentiques et les personnalités qui les animent. En 2013, je faisais découvrir un restaurant qui était devenu en quelques mois le lieu le plus in gamba de la cité des doges. Sa modernité, le parti-pris esthétique qui avait présidé à sa transformation, la richesse de la carte et l'accueil des plus agréables, en faisait une adresse remarquable en dépit d'une addition moyenne assez élevée. L'Avogaria n'est plus ou du moins est devenu une locanda, un petit Bed & Breakfast de 5 chambres fort agréable au demeurant et qui a sa clientèle. Mis en valeur par l'architecte Francesco Pugliese - le frère du chef Antonella Pugliese - déjà à l'origine du restaurant, c'est un bel endroit. Mais on n'y sert plus de repas. 
Pour retrouver la cuisine inventive et joyeuse d'Antonella Pugliese, il faut se rendre aux fins fonds de Dorsoduro, calle del Vento exactement. C…

Les archives de TraMeZziniMag

Ceux qui lisent régulièrement TraMeZziniMag se souviennent de l'incident survenu il y a un an quand fut mit à jour le piratage d'un des composants de notre compte Google. Après quelques jours de désarroi, un site provisoire fut mis en place et des démarches entreprises pour récupérer l'ensemble des données des douze ans d'activités. Silence radio depuis ce jour fatal en dépit de l'intervention de lecteurs et d'amis ayant des contacts avec le géant américain. Le mal était fait de toute manière, plusieurs dizaines d'abonnés se sont perdus en même temps que sombrait le blog d'origine qui contenait plus de 2000 billets. 
Depuis, jour après jour, les archives se reconstituent. Par le biais du cache des articles qui resta accessible quelques semaines, avec les données collationnées par le site webarchives.org, mais aussi par les contributions de nos lecteurs qui avaient gardé ou reproduit certains billets. Mais il reste encore d'énormes trous, des milliers…

Les Tramezzini sur Europe I avec TraMeZziniMag, c'était en 2014

Un podcast retrouvé du temps où votre serviteur s'habillait en fixeur pour les journalistes des radios francophones. Ces petits moments, toujours très courts, ont fait beaucoup pour la notoriété du blog et, sans fausse modestie, cela a ouvert la voie à d'autres qui ont pris le relais pour les télévisions surtout, en aiguillant nos amis des médias, vers une autre vision de Venise. 
Ce qui faisait dire à un éminent chroniqueur, avant TraMeZziniMag, il y avait la Venise des gondoles, des pigeons et de l'effondrement, depuis il y a la vie quotidienne, les lieux méconnus de la Venise mineure. Je crois que nous pouvons être fiers d'avoir permis que se répande une image de la Venise du XXIe siècle, des dangers qui la guette, et que soit relayés le combat de ses habitants pour la sauvegarde de leur ville. Bon, il y a encore beaucoup de travail, mais je suis certain que les journalistes dans leur ensemble savent vraiment de quoi il faut parler quand se prépare une émission sur l…

La Véritable Venise. Journal juillet 2016 (extraits)

Avez-vous jamais ressenti cette emprise des sens qui soudain surgit et nous inonde en un instant de pensées biscornues et terrifiantes ? Plus rien n'est clair dans notre esprit et pourtant, derrière ce  fatras d'idées et d'images un peu floues qui nous  envahit, une grande lumière demeure, prête à jaillir. On ne la sent que peu à peu, prémices d'un renouveau de la joie après les fureurs de la tempête. Quand les éclairs jaillissent de partout et font trembler la terre, que la pluie tombe drue poussée dans tous les sens par le vent furieux, on aperçoit toujours quelques tâches discrètes de bleu  entre les nuages, puis soudain  tout redevient clair et lumineux ; le grondement de l'orage laisse la place aux oiseaux qui s'égaient ; l'horizon délavé s'encadre d'un arc en ciel somptueux... C'est cette image qui m'est venue l'autre jour au détour d'un campo éloigné du parcours des hordes.  

J'avais fui cette foule que j'essaie de ne p…

Petits riens vénitiens

Je devais y arriver en début de la semaine. Les bagages attendaient d'être bouclés, un sac pour les livres et les carnets, avec un peu de place pour le thé et les biscuits sans lesquels je ne pars jamais, ma boîte de tabac et mes pipes favorites. Le panier du chat bien ouvert dans l'entrée pour que Mitsou s'habitue à l'idée du départ... Puis, déconvenue, empêchement : d'inénarrables impératifs m'éclatent à la figure... Plus question de Venise pour le moment. Il fut un temps où cela m'aurait anéanti. Repousser une fois encore mon retour... Les grosses chaleurs que nous connaissons depuis quelques jours et l'idée d'un voyage difficile atténuent mon dépit. Ce sera pour plus tard. 

Pendant que j'écris ces lignes, mon amie Catherine se promène du côté des Santi Apostoli, attendant que Gabriele sorte de sa réunion avec l'équipe du Giorgione. Elle s'installera certainement dans le salon ou au bar de l'hôtel, ou peut-être dans l'atrium ou…