02 mars 2014

Reflets


Ce morceau de bois flotté trouvé sur la plage de Malamocco il y a des années et qui porte au dos, gravé par mes soins la très belle phrase de Jean Cocteau : "Il y a deux Venise, celle des pierres et celle des reflets". C'était un matin de juin, en 1985. J'allais bientôt quitter Venise pour revenir en France. Je ne parvenais pas à m'y résoudre. Les jours étaient déjà chauds, l'air très doux se chargeait de toutes les senteurs du large. La plage était déserte ou presque. J'ai toujours préféré ces lieux un peu excentrés où la foule ne vient jamais. Aucun touriste non plus. Comme sur les Murazzi, après les plages des grands hôtels du Lido, ces endroits n'étaient fréquentés que par les gens du coin, des amoureux, des bandes de jeunes qui déboulaient comme une volée de moineaux, se baignaient, s'ébrouaient puis repartaient. J'aimais y aller le matin avant l'été. Se baigner dans cette eau calme et chaude, nager dans la solitude d'une mer vide et profonde. Un régal. Je continue de fréquenter ces petites anses de sable éloignées des rumeurs de la ville. L'eau y est toujours aussi claire et le silence propice à mille rêveries. On y croise seulement les riverains, quelques campeurs parfois, et beaucoup moins de jeunes gens qu'autrefois, bien qu'il en vienne encore, bandes joyeuses qui s'ébroue et joue comme nous le faisions aussi.
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