26 janvier 2019

Le cueilleur de papillons, Chronique de ma Venise en janvier (1)

où quand l'esprit des lieux sollicite la mémoire des poètes.


Parfois le désir du « donner à voir » me reprend. Montrer, faire découvrir, partager mes coups de cœur, transmettre, autant de postures qui s'imposent en moi depuis qu'il m'a été donné de « prendre un enfant par la main pour lui montrer le chemin ». Je ne connais rien de plus gratifiant, de plus joyeux que de voir une étincelle dans les yeux d'un enfant qui apprend et s'approprie le trésor qu'on dépose dans ses mains. L'enseignement aurait dû être le meilleur terrain pour développer ce goût et en faire un talent utile. 
 

Mardi 22 janvier.
C'est sûrement pour cela que l'écriture est très tôt devenue une part de moi-même. Mes lecteurs le savent bien qui connaissent mon parcours. Peu savent combien ce besoin m'est nécessaire. Un coucher de soleil qui m'émeut, un tableau, une musique, la page d'un livre qui résonne soudain, je voudrais pouvoir tout partager. Lorsque la magie opère et que la transmission se fait, j'ai la sensation d'être plus riche et cela me rend heureux. « Le bonheur de donner est le plus nourrissant pour l'âme » disait ma chère grand-mère. J'étais ce matin dans un café près du campo San Barnaba. Attendant des amis qui devaient me rejoindre pour une promenade, je relisais les premières pages du carnet que j'emporte toujours avec moi. Des notes écrites il y a quelques semaines en France. Un prétexte pour entreprendre cette chronique et nourrir Tramezzinimag en janvier sur la joie qu'on ressent quand en donnant à voir, on offre une part de bonheur en partageant notre découverte...
De mes années d'apprentissage, mes études en France puis à Venise, puis mes premières expériences professionnelles, somme toutes privilégiées, je ne surprendrai personne en disant qu'elles ont laissé une forte empreinte et ont imprégné à jamais ma vie, déterminant mes choix, réussites et échecs mêlés. Je pense notamment à ces années passées dans la galerie de Giuliano Graziussi à la Fenice puis dans celle de San Vio aux côtés de Bobo Ferruzzi. j'ai gardé longtemps la nostalgie. C'est ainsi que longtemps après mon retour, mon mariage, les enfants, le divorce et pas mal de pataugeage, j'ai ouvert la Galerie Blanche. Une petite galerie associative aux parois immaculées comme le suggère son nom. Un lieu sans prétention mais construit avec beaucoup de passion. L'aventure dura seulement trois ans. Trois belles années où je cherchais avant tout à « donner à voir ». La rue était fréquentée par de nombreux étudiants, d'abord parce qu'il y avait en face les Archives Municipales, dans un bel hôtel du XVIIe dont la salle tranquille accueillait de futurs historiens, et un peu plus loin une bibliothèque ouverte tard le soir. La rue abritait aussi plusieurs cafés et un pubs, tous très fréquentés. Les jeunes qui s'y retrouvaient envahissaient plusieurs soirs par semaine les trottoirs pour fumer leurs cigarettes et boire leurs chopes de bière. Souvent ils venaient s'asseoir sur le rebord de la vitrine. Je restais souvent tard dans la galerie (j'étais en plein naufrage matrimonial) et je voyais depuis mon bureau tous ces jeunes gens qui bavardaient et riaient. Parfois, ils regardaient ce qui était accroché sur les cimaises. Un jour, je décidais de laisser la porte ouverte. Bien m'en prit : ils s'engouffrèrent jour après jour. Le lieu était joli, l'espace confidentiel et chaleureux et mon sourire avenant. Filles et garçons prirent alors l'habitude de venir voir les expositions. Lieu associatif, j'outrepassais les interdits concernant la tabagie et les laisser entrer avec leurs cigarettes et leurs verres d'alcool. Bientôt passer un moment dans la galerie devint un des rites des fins de semaine pour bon nombre d'étudiants. Beaucoup devinrent des amis et même des clients. J'avais réalisé mon projet de donner à voir à un public en majorité peu familier de l'art et des galeries. La galerie tournait bien mais il fallait vendre de plus en plus pour pouvoir payer nos charges, notamment le loyer qu'un propriétaire avide et peu honnête augmentait chaque année. Bref, l'aventure s'est arrêtée, mais le désir de montrer reste toujours aussi fort. C'est ainsi que je suis ravi lorsque Cécile Odartchenko, éditeur et écrivain me demande de la remplacer dans sa jolie petite galerie du Vieux Bordeaux. Cela lui rend service et j'aime ces moments passés C'est de là que j'écris ces lignes. 
Je retrouve ici l’atmosphère qui était celle de la galerie de Ferruzzi en hiver. Des livres, de la musique, un mug de thé fumant, et autour de moi sur les cimaises, des petites huiles intéressantes et belles de l'américain Michael Pierce. Le temps passe. Simplement : je rêvasse en écoutant Pierre HantaÏ dans la Canzona terza de Frescobaldi. Peu de visiteurs mais qu'importe. Le soleil joue avec les nuages, les cloches de l’église voisine qui viennent de sonner sont comme un rappel de ma vie vénitiennes. Les gens passent, ragaillardis par un ciel bleu. Parmi eux, des enfants tout pleins de la joie du mercredi après-midi. Les passants vont par vague. Il n'y a soudain plus personne dans la rue.
C'est sur un palcoscenico vide et silencieux que trois jeunes lascars sont entrés en scène, me tirant de ma rêverie. Beaux et purs comme des anges, innocents encore, ces trois petits bonshommes d’une douzaine d’années à peine se sont arrêtés devant la galerie pour je ne sais quelle raison n'appartenant sûrement qu'à leur monde. L’un d’entre eux, peut-être attiré par la musique, a levé les yeux vers la vitrine et a remarqué les peinture qui sont exposées, puis il m’a vu et m’a lancé un joli sourire en s'approchant de la vitrine, puis, curieux, il m’a regardé. J’étais en train de ranger des livres. En leur disant bonjour, je les ai invités à rentrer. Ils m’ont salué à leur tour mais sans faire un pas, hésitants. Nous sommes restés ainsi quelques secondes, moi avec mes livres à la main, amusé par ces trois enfants à l’air espiègle mais qui soudain apostrophés par un adulte avaient perdu toute faconde et eux, intimidés semblaient attirés aussi. Celui qui m’avait souri, le plus grand des trois, le plus joli aussi, en culottes courtes comme les autres, a décidé ses camarades d’un « allons-y, ça a l’air chouette », et ils sont rentrés.
« C’est la première fois que je rentre dans une galerie de tableaux » a dit le plus petit, à la frimousse couverte de tâches de rousseur comme un poulbot, « ce n’est pas une galerie a dit le grand, c’est une librairie, tu vois bien que c’est plein de livres aussi ». Le troisième, pour ne pas être en reste a lancé à mon attention, « mon frère, il m’a lu l’histoire du Petit Prince. Vous l’avez ce livre ? ». Je lui explique que la galerie-librairie est aussi une maison d’édition spécialisée dans la poésie et que le livre de Saint-Exupéry n’est pas en vente ici. Ce court échange a délié les langues. Nous avons ainsi parlé de peinture, d’art moderne, de poésie, d’écriture, et l’échange était passionnant. Ces trois-là ne manquaient pas d’à-propos ni de jugement. Visiblement éveillés par des parents attentifs et cultivés, ils savaient utiliser le vocabulaire adéquat et leur savoir m'a paru surprenant. Le plus grand parla de Prévert et de Baudelaire que lit son père. Ils aimèrent les petits formats de l’américain, les couleurs du crépuscule.
« C’est comme les nuages à l’océan » me dit le plus petit. « C’est cela même », lui ai-je répondu, expliquant que le peintre aimait à peindre sur des carnets les couchers de soleil sur l’océan où il habite une partie de l’été… Les deux autres aimèrent les paysages d’Irène Mamantova, qui vont être exposés dès la semaine prochaine. Je leur raconte que la dame, encore jeune fille (elle avait vingt ans à peine) eut la vie sauve grâce à un domestique qui la cacha dans un placard quand les bolchéviques (je leur expliquais ce que cela voulait dire) envahirent la datcha familiale pour la piller et massacrer tout ce qu’ils trouvaient d’aristocratique donc honni. Objets, meubles, gens, animaux. Les trois garçons furent captivés par l’histoire. La fuite d’Irène, son arrivée à Nice où sa famille finalement se réfugia, sa vie ensuite, la musique au conservatoire (le blond m’apprit qu’il était en classe de hautbois), les rencontres avec les émigrés, la misère matérielle mais la richesse intellectuelle. En partant, ils me remercièrent et promirent de ne jamais passer devant la galerie sans rentrer voir ce qu’il y avait sur les cimaises. « On viendra avec nos parents » dit le plus grand. « Ah oui, on leur montrera les tableaux et on racontera l’histoire de la fille russe qui les a peints » répondit le plus petit.
Leur sourire radieux et satisfait, sans aucune feinte, tout rempli de sincérité et de reconnaissance, me réchauffa le cœur. Le ciel avait beau être passé au gris, les nuages se faire menaçants et la lumière triste, les adultes pressés et hautains au regard indifférent, que je vis passer tout au long de l’après-midi et qui ne rentraient jamais en dépit de la porte ouverte, tout s’effaçait devant la magie de cet instant où trois jeunes garçons, beaux et espiègles, vinrent à ma rencontre et repartirent joyeux, paisibles, satisfaits et contents, tout comme moi. Il n’y a de vraie joie que dans ces rencontres, toujours inattendues qu'il nous est parfois donné de faire avec la pureté vraie, la candeur, la simplicité et l’innocence. Le Largo du concerto en sol majeur pour flûte traversière de Vivaldi, Sul Modo Antico, accompagna leur sortie, digne et sympathique. Il sera bientôt l’heure de fermer. Une bien belle journée.
C'est en relisant ces notes vieilles de quelques mois que j'ai repensé à un texte de Diego Valeri sur les poètes français qu'il affectionnait. Fatigué de travailler à une traduction qui s'avère  insatisfaisante et sur laquelle je peine depuis mon retour à Venise, je suis allé fouiller à la Querini-Stampalia dans le Fonds consacré à l'auteur. Dehors, le ciel bas n'a pas encore livré la neige que  tout le monde annonçait. Les cloches de Santa Maria Formosa répondent à celles de San Zanipolo. Il fera bientôt nuit. En dépit du chauffage, il ne fait pas vraiment chaud dans les salles. J'aime quand mon souffle se transforme en buée et que mon haleine soudain participe aux mouvements de la nature en se faisant brouillard...  J'ai vite retrouvé ce que je cherchais. L'ouvrage que j'avais si souvent feuilleté du temps de mes années d'étudiant en Histoire des Arts à San Sebastiano, est toujours là. Intitulé Poeti Francesi del nostro tempo. Comme il porte une dédicace de l'auteur, il est maintenant classé parmi les manuscrits, autographes et ouvrages rares. Une édition bien ordinaire pourtant qui ne date que de 1924. Certes, la page de garde comporte une  signature autographe du maître mais elle semble avoir été apposée là bien distraitement... La consultation ne peut donc se faire que dans une petite salle sans âme, située à proximité de l'accueil - j'ai même dû laisser ma carte d'identité... Je ne pourrai donc pas repartir avec l'ouvrage ni m'installer dans ma salles préférée, celle qui donne sur le jardin, avec les murs couverts de tableaux anciens et meublée des lourdes tables de bois sculpté avec les lampes des années 1910. Le lieu idéal pour lire du Diego Valeri, le poète comme le critique.

Diego Valeri qui concevait la critique artistique comme partie intégrante de sa recherche créative – il a écrit de nombreux commentaires et préfaces sur les peintres modernes et publia beaucoup sur l'art et la littérature -, écrit dans son commentaire sur le poète béarnais :  
« Toute l’œuvre [de Jammes] est la transcription immédiate de ses sensations, de ses sentiments comme de ses pensées. Son sublime est totalement spontané et inconscient, Ça et là  surgit quelque chose qui est plus qu'un sourire ou un sanglot.[...] Il ne sait pas ou plutôt, ne veut pas savoir ce qu'est l'Ars Poëtica. »
Cette spontanéité, pareille à celle de ces trois petits bonshommes venus dans la galerie l'autre jour, me touche terriblement. Elle résonne en moi bien plus que les mots d'un Sollers ou d'un Houellebecq, ces représentants d'un crépuscule parfois splendide et rayonnant? mais qui n'en demeure pas moins un crépuscule, l'illustration pathétique d'une fin, l'odeur déliquescente d'un monde qui s'achève et qui meurt. Un peu comme ce que Debussy disait de la musique de Wagner dont le sublime n'a rien d'une aube joyeuse mais bien plutôt d'un crépuscule. La « la disgrâce de la nuit qui engloutit » écrivait René Char... 

La poésie de Francis Jammes rayonne ainsi comme l’innocence des enfants. Et Diego Valeri de citer le poème Cette personne, qu'il qualifie de « Poesia profumata della più pura essenza francescana » (poésie de la plus pure essence franciscaine) :
Cette personne a dit des méchancetés 
[…]
Alors j'ai été révolté.
Et j'ai été me promener près des champs 
où les petits brins d'herbes ne sont pas méchants
avec ma chienne et mon chien couchants. 
Là, j'ai vu des choses qui jamais 
n'ont dit aucune méchanceté, 
et de petits oiseaux innocents et gais. 

Je me disais, en voyant au-dessus des haies 
s'agiter les tiges tendres des ronciers : 
ces feuilles sont bonnes. Pourquoi y a-t-il des gens mauvais ? 

Mais je sentais une grande joie 
dans ce calme que tant ne connaissent pas, 
et une grande douceur se faisait en moi. 

 Je pensais : oiseaux, soyez mes amis. 
Petites herbes, soyez mes amies. 
Soyez mes amies, petites fourmis. 

Et là-bas, sur un champ en pente, 
auprès d'une prairie belle et luisante, 
je voyais, près de ses bœufs, un paysan. 

Qui paraissait glisser dans l'ombre claire 
du soir qui descendait comme une prière 
sur mon cœur calmé et sur la terre.
D'aucuns aujourd'hui hurleraient à la niaiserie - l'esprit bisounours, injure suprême - en entendant ces vers. Je les laisse à leurs aigreurs de pisse-vinaigres patentés ! Ils le classent dans les simples. Pas assez morbide, malsain ou pessimiste à leur goût... Virgile et Saint Jean de la Croix aussi je suppose, ne trouvent grâce à leurs yeux. Pour ma part, je trouve comme Diego Valeri, une belle profondeur dans la poésie de Francis Jammes. Pas de faux-semblants, de tics, d'effets chez le béarnais. Rien d'artificiel, tout émane de son cœur et résulte du vécu et le plus souvent du quotidien. C'est ce que j'aime chez le Cueilleur de papillons comme le nomme Diego Valeri, faisant allusion à ces lignes extraites du court roman écrit par Jammes en 1899, Clara d'Ellébeuse, qui fit mes délices d'adolescent un jour d'été pluvieux, dans le grenier de la maison où nous passions nos vacances  dans un village des Pyrénées :
« Prends ce petit livre. Il est fait sans art. Mais je souris parce que je l'aime à cause de toi, et que tu n'as jamais su, ô cueilleuse de papillons, pas plus que moi, selon quelle formule il faut aimer en vers, il faut pleurer en prose ».
C'est avec toutes ces réflexions dans la tête que je me hâtais d'aller retrouver ce couple d'amis venus passer quelques jours à Venise. Ils logent dans un rez-de-chaussée trop sombre à deux pas du Ponte dei Pugni. Bonheur de longer la fondamenta qui fait face au campo San Barnaba encore vide de ses terrasses en ce mois de janvier finissant. Une pensée pour Katherine Hepburn barbotant dans l'eau du canal, dans la fameuse scène de Summetime,, le film de David Niven.


Je découvre au passage que la boutique du bellâtre dont Jane, la vieille fille américaine qu'interprète l'actrice, tombe amoureuse, est à céder. Il y a longtemps que ce n'est plus un magasin d'antiquités. L'endroit reste un des lieux mythiques de Dorsoduro, avec sa vitrine ouvrant directement sur le pont de fonte qui conduit par la rue des antiquaires et des libraires à la Ca'Foscari.

Me voilà aussitôt rêvant y installer une librairie française, qui serait aussi galerie et salon de thé. Ainsi situé à deux pas de la Ca'Rezzonico, proche de la fermata du vaporetto, de l'Université, lieu de passage de milliers de touristes et d'étudiants, quel bonheur ce serait de sauver ce lieu qui risque de devenir un énième bar ou une boutique de faux artisanat vénitien Made in Bengladesh tenu par des chinois maffieux qui y blanchiront leur argent sale avec la bénédiction de l'équipe municipale actuelle... Mais le prix demandé doit être faramineux ! J’appellerai tout de même pour me renseigner. Sait-on jamais... La librairie française avant que le Signor Pinchi s'installe Barbaria delle Tolle, était sur l'autre fondamenta, juste au débouché du Ponte dei Pugni. A côté d'une mensa* très bon marché où se côtoyaient étudiants et ouvriers. Il n'y a plus désormais aucune librairie de langue étrangère à Venise. le livre s'y porte relativement bien pourtant avec plusieurs nouveaux espaces ouverts depuis un an : la Marco Polo de la Giudecca (première librairie dans l'histoire millénaire de ce quartier), Sullaluna à la Misericordia, joyeuse librairie-salon de thé, Zazà, la librairie de Bande dessinée...

San Barnaba, l'église de Joseph de Chypre, l'ermite juif que les apôtres appelèrent Barnabé  - littéralement Fils de la consolation ou de l'exhortation - me fait penser toujours - trivialement - à  Fernandel et à la chanson éponyme :  "J’ai plus d’un truc pour réussir / Car je possède en vérité / Un nom qui plaît / Barnabé, Barnabé / C’est assez facile à épeler !" - avec son campanile qui a plus de mille ans dont le sommet ressemble à celui des minarets anciens avec sa pointe en forme de pigne, est un point de rendez-vous pour les vénitiens, comme naguère (avant que les lieux soient envahis en permanence par les hordes de touristes), la loggia du campanile de San Marco ou la statue de Goldoni à San Bartolomeo.

Qui se souvient qu'à cet endroit, le 29 janvier 1441, se déroula une fête extraordinaire qui marqua l'esprit des vénitiens d'alors ? C'était un dimanche et on célébrait dans l'église une messe d'action de grâce pour le mariage de Jacopo Foscari, le fils du doge alors en fonction, avec la belle Lucrezia Contarini dont c'était la paroisse  Les deux époux sont restés dans la mémoire universelle avcc l'opéra de Giuseppe Verdi, I due Foscari.

De nombreux cavaliers arrivèrent sur la place grâce à un pont de bateaux, partout des tentures et des oriflammes ornaient les fenêtres et les balcons. Le doge lui-même vint chercher sa belle-fille qui venait de recevoir l'eucharistie, pour l'accompagner ensuite jusqu'au Bucintoro qui avait accosté non loin de là, à l'emplacement de l'actuelle fermata du vaporetto, où attendaient cent cinquante dames choisies pour escorter la jeune épousée jusqu'au palais ducal. On fit de belles révérences, le parvis de l'église était couvert de splendides bouquets, et la foule subjuguée par tant de faste, applaudissait à tout rompre. Pompes et parades, fêtes et réjouissances furent tout au long des siècles des outils de communication très utilisés par la Sérénissime, pour séduire le monde extérieur et s'assurer l'adhésion du peuple... Ce Jacopo eut une fin terrible comme tous ceux qui portèrent ce nom depuis. Mais c'est une autre histoire et elle reste bien douloureuse pour moi.

* Restaurant universitaire et ouvrier.
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