01 novembre 2010

Ce n'est pas une farce mais c'est tragique...

« Ce serait une farce si ce n'était une tragédie ». C'est ainsi que s'exprimait l'autre matin un vieil homme, chez Rosa Salva, où je m'étais arrêté pour prendre un café. « Voilà que non contents de d'avoir prostitué notre symbole le plus ancien et le plus fort, le transformant en logo commercial, ils laissent maintenant les grandes marques s'afficher partout sur nos monuments. Ils payent à prix d'or ces surfaces miraculeuses qui leur permettent de parader dans un des plus beaux lieux du monde. les 20 millions de visiteurs qui passent devant le pont des soupirs ne peuvent pas manquer le message, c'est scandaleux ». 
 
Le vieux monsieur très distingué qui s'énervait ainsi en lisant le Gazzettino faisait allusion à la décision prise il y a quelques mois par le consortium VM&E (Venezia Marketing e Eventi) d'utiliser le lion ailé de Saint-Marc, symbole religieux et historique de la cité des doges utilisé pour la première fois d'une manière totalement désacralisée, devenant un simple logo commercial de prestige. 
 
La commercialisation systématique de tout ce qui touche à Venise n'est pas un courant nouveau mais on y mettait au moins les formes dans le passé. Il a raison ce vieil homme, quand il vilipende ces marchands du temple qui oublient qu'au cours des siècles de nombreux vénitiens sont morts pour défendre ce symbole et ce qu'il représentait. Les édiles prostituent la Sérénissime chaque jour davantage. On ne peut pas tout faire au nom du profit, que diable et il a des choses que l'on doit s'interdire. Question de respect pour le passé, mais aussi pour tout un peuple qu'on dépossède, à vitesse grand V, de sa ville. Le lion ailé, tous en sont fiers encore aujourd'hui, et pas seulement les indépendantistes. Le lion de San Marco devenu un label, une marque, un outil générateur de «schei» (argent en dialecte), afin de financer... le carnaval.
 
Quant aux publicités géantes qui couvrent les murs des monuments en cours de restauration, pour les vénitiens la coupe est pleine. Il y a quelques mois, le patriarche lui-même était monté au créneau en vilipendant l'administration qui avait laissé couvrir la façade de San Simeone, l'église située en face de la gare de Santa-Lucia, d'une pin-up vantant les mérites d'une célèbre marque de lingerie féminine ou de maroquinerie... Partout, cet appétit pour le gain que la municipalité ne semble pas vouloir - ou ne pas pouvoir- freiner.
 
C'est hélas un exemple supplémentaire de ce qui se trame depuis quelques années à Venise et que beaucoup ne veulent pas vraiment voir : la confiscation de la ville, lieu de vie et patrimoine de tous, par un conglomérat d'affairistes internationaux uniquement à la recherche du profit maximum. Peu à peu, et avec de moins en moins de pudeur, ces rapaces s'attaquent à tout ce qui bouge encore d'authentique dans la ville. Sans manifester le moindre respect pour l'identité profonde de Venise, qui est tout sauf un parc d'attraction ou un club pour milliardaires. On a ainsi l'impression que tout est à vendre à Venise. 
 
«Vous verrez bientôt, ils nous obligeront à mettre de la publicité sur les colliers de nos chiens et sur nos chapeaux aussi ». Un gondolier présent abondait dans son sens : «Mais ne t'inquiète donc pas, si cela continue de toute façon, ce sera Disneyland ici. Les gens seront tous partis et ceux qui resteront seront les employés d'un grand lunapark ». «En tout cas », répliqua le vieil homme, « on l'a échappé belle, il était question un temps que ce p..... de Pizzigati (le président de la Venezia Marketing & Eventi) se présente aux élections. Vous imaginez si on l'avait élu maire !». Inutile d'ajouter quoi que ce soit.

7 commentaires:

Michelaise a dit…

C'est vrai que ces immenses pubs, enchâssées dans un semblant de reconstitution photographique du monument restauré, cela devient vite lassant, voire pénible. Oh certes, on prend bien soin de vous indiquer que le commanditaire de la pub sponsorise les travaux (le terme est-il juste, paie-t-il l'affichage ou verse-t-il, en plus du loyer normal de toute publication murale, des subsides pour la restauration ?? cela reste à éclaircir), mais on finit par se réjouir quand la place reste vide et blanche (devant l'Accademia je crois, je ne sais plus)

VenetiaMicio a dit…

C'est vrai que c'est choquant de voir ces immenses photos publicitaires un peu partout !
Je me rappelle autrefois, lors des restaurations de momnuments ou de palazzi, les bâches étaient en trompe l'oeil et reprenaient le dessin de l'architecture. En attendant nous gardions Venise idendique à son image...
Bon dimanche Lorenzo
Danielle

Anonyme a dit…

C'est pour cela que le 14 novembre 2010, la manifestation de Venessia.com doit être suivie :
à 12 h 00 à Piazzale Roma, une dénonciation de cette réduction de Venice à un parc à thèmes sera organisée.
Condorcet.

Anonyme a dit…

C'est vrai, voilà déjà plusieurs années que j'observe la Disneylandisation de Venise... Hélas ! Mais rien ne repoussera la puissance de l'argent...

Hélas, trois fois hélas !

Anonyme a dit…

Venise86
Cela concerne notre vie quotidienne, où que nous soyons, et, même si je sais que votre site n'est pas le bon lieu, mais quand même, pour moi, Venise est signe de Liberté et de Résistance, je nous invite tous à résister, partout, à ces puissances de l'argent et de son pouvoir pouvoir, imbéciles, ignorantes, et vulgaires. Nous sommes juste en guerre contre des êtres qui visualisent et analysent tout ce qu'ils rencontrent selon des critères financiers, matérialistes, et vulgaires. Les marchands de Venise ne méprisaient pas l'argent, loin de là, mais ils savaient aussi que la richesse, la vraie, et le pouvoir qui va avec, sont jumeaux de la beauté, des arts et du progrès.

Anonyme a dit…

Résister, aux puissances d'argent ? oui, bien sûr, mais comment ?

Les contrats publicitaires sont signés avec la Municipalité, comment les défaire, les modifier ? Tous les logements vides, loués aux touristes, par les Vénissiens, comment les interdire, comment ? Tous les Vénissiens obligés d'habiter ailleurs, comment les faire revenir ? comment ? Comment faire marcher les commerces sans niveler vers le bas, comment ?

Je souhaite un grand succès à la manifestation de samedi...

Amicalement.

Lorenzo a dit…

dimanche, c'est dimanche Veniceland. Gageons que les vénitiens seront tous dans la rue !

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