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La Vergine dei Dolori de Scarlatti à l'opéra de Bordeaux



De retour à Bordeaux, j'étais invité ce soir à la répétition générale de l'oratorio d'Alessandro Scarlatti que produit le théâtre San Carlo de Naples, sous la direction de Rinaldo Alessandrini dont j'ai enfin fait la connaissance. Son ensemble Il concerto italiano entourait les excellents chanteurs que sont la sublime Sara Mingardo (Marie), Romina Basso (Nicodème), Anna Simboli (Saint Jean) et le ténor Daniele Zanfardino (le prêtre Onia). Des moments d'émotion dans cette salle à l'acoustique idéale pour ce type de musique qui pourtant aurait bien mieux résonné dans une de nos magnifiques églises baroques bordelaises comme Saint-Paul ou Saint-Bruno. Sara Mingardo était comme d'habitude émouvante et grandiose dans sa douleur retenue et très digne. L'aria où elle décrit sa douleur était à pleurer. Magnifique aussi le "tu piangi, io piango". Le moins bien ? Une sorte de retable humain, où s'agitaient parfois inutilement de jeunes comédiens de la Manufacture de Lausanne, qui entourait un palcoscenico très sombre (qui ne s'éclaira qu'un court moment, lorsque le Christ meurt, avant que les ténèbres ne tombent sur le monde en deuil).  

Michel Laplénie était dans la salle et ne tarissait pas d'éloges sur la qualité des musiciens. Tous étaient à leur place, le son parfait, en dépit d'un orgue un peu trop ronflant et de quelques langueurs du côtés des violons. Jolis soli de hautbois tenu par Andrea Mion et du flûtiste Pietro Meldolesi. Quel joli moment après ces quelques heures d'absences dans un Bordeaux abandonné aux touristes sous un ciel trop changeant pour rappeler le ciel d'Italie, en tout cas celui dont on garde la mémoire car de l'autre côté des Alpes comme ici, le dérèglement climatique fait ses ravages et perturbe nos repères les plus intimes. Il pleut à verse sur la lagune de Venise, les cerises poussent encore à foison alors qu'abricots et pêches ne mûrissent pas et que déjà des raisins et des poires font leur apparition en même temps que les premiers champignons avec deux mois d'avance... Les douleurs de la vierge accompagnent bien l'inquiétude de nos temps et la beauté de la musique du maestro Scarlatti réconforte comme en ce temps de la passion, en 1717, à Salerne... 

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