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Ecrire toujours et sans cesse ! Journal d'automne (extraits)

Vendredi 4 novembre. 
Écrire. En dépit de tout, du doute, de la peur. Écrire pour vivre. Comme un cri lancé au monde, un chant, une prière. Écrire comme on respire. Dire au monde ce qu'on a sur le cœur, ce qui nous fait vibrer, trembler ; ce qui nous pousse à nous lever le matin ; Hurler sa foi, son désespoir ou sa joie. Aligner les mots qui jaillissent du fonds de notre être et se répandent presque malgré nous,s ans retenue parfois, comme pour échapper à notre vigilance, à notre censure. Ils sont libres ces mots et rusés. Ils s'emparent de l'idée qui germe timidement dans notre tête et éclatent au grand jour. Parfois maladroits, déplacés ou obscurs. Je crois que je pourrais tout accepter sauf l'interdiction d'écrire. J'en mourrai. Pourtant je n'écris que pour mon plaisir. Certes la joie d'être lu et apprécié compte beaucoup dans ce bonheur-là. Mais l'écriture est le seul moyen que j'ai trouvé en moi pour rendre grâce, pour répandre ce que mon âme contient de joie. C'est tout ce que je puis donner. Tout ce que je sais donner. 

[...] Venise est un élément important de ce qui me permet de fonctionner ainsi. Sa beauté, ses mystères, la relation que j'ai avec la ville depuis toujours, ce qu'elle signifie pour moi, ce qu'elle me communique et qui se répand dans mon sang et s'y répandait déjà bien avant moi, tout cela est unique. Je m'en nourris pour en nourrir mes mots. Bien pauvre est le résultat bien que beaucoup de lecteurs semblent y trouver du plaisir.Ils sont bien indulgents. J"ai toujours été sans complaisance avec ce que j'écris. Combien de pages brûlées, déchirées. Combien de larmes et de grincements de dents avant que de me satisfaire de quelques lignes. Souvent, pressé par le temps, je m'efforce de ne pas relire. Je jette en pâture ce que mon cerveau a éructé. De toute manière cela ne me plait pas ou rarement... Cette incapacité parfois - souvent ? - à exprimer vraiment ce qu'on a à dire. Ces mots qui se dérobent, ces expressions qui sonnent faux comme un mauvais jeu. Mais écrire et écrire encore...


6 novembre. 
Il y a trente six ans aujourd'hui mon père quittait ce monde. Je suis plus vieux que lui aujourd'hui mais il me manque comme au premier jour. 

Commencé le magnifique opuscule de C.S. Lewis, (l'auteur de Narnia et de Surpris par la Joie), Diario di un dolore (A grief observed) que j'ai longtemps cherché en français sans le trouver. Écrit après la mort de sa femme, j'y retrouve des sentiments vécus avec la mort de mon père, puis celle de ma mère. 

Je devrais être à Venise mais des impondérables ont eu raison de ma détermination. Ma valise n'est pas défaite pourtant et le chat semblait s'être fait à l'idée de repartir.Je me demande en fait si j'ai envie de repartir ; si j'ai vraiment besoin désormais d'être physiquement à Venise. la ville a tellement changé. Rien finalement n'est plus vraiment pareil. "Un nouveau Pompéi" comme le clamaient il y a quelques jours les vénitiens et dont Libération se fait aujourd'hui l'écho. 

Mes deux derniers séjours, en mai et en juillet m'ont glacé le sang. Une ville livrée aux barbares, à un tourisme de masse qui devient impossible à supporter. La Venise virtuelle que je côtoie chaque jour à distance avec mes études et mes lectures n'est-elle pas plus authentique finalement ? La vrai est écartelée entre des visiteurs low-cost qui saccagent, polluent et encombrent et des snobs étrangers méprisants et prétentieux qui se croient vénitiens plus vrais que les vrais vénitiens, ne sortent qu'entre eux et de plus en plus de parvenus de la jet-set mondialisée qui consomment du luxe à haut niveau et n'apportent rien à la ville. Quelle place pour les vénitiens au milieu de tout cela ? 

18 novembre.
Loupé la Table-ronde organisée sur le thème Venise : fascination à l'Institut Bernard Magrez, un des mécènes de l'ouvrage commenté sur ce site où ont écrit mes amis Francisco Rappazzini, Alain Vircondelet, et d'autres sous la direction de delphine Gachet ( Venise, chez laffont, collection Bouquins). Heureux d'y avoir été invité alors que, pensant être à Venise à cette période, j'avais laissé l'information de côté. Finalement  une toux infernale et la migraine qui suivit m'ont fait rester chez moi avec le chat sur mes genoux et Diario di un dolore de CS. Lewis que je n'avais jamais trouvé et que j'ai découvert cet été à la librairie de la Toletta. en tout cas, quel joli travail de promotion (et l'ouvrage mérite qu'on parle de lui tellement il est excellent, bien fait, agréable et complet) : après la première présentation au teatrino du Palazzo Grassi en mai, où j'ai fait la connaissance de Delphine Gachet, il y a eu la rencontre avec les bordelaisà la librairie Mollat, puis de nouveau à Venise, à l'alliance Française en octobre, et jeudi chez Magrez, dans son merveilleux petit château Labottière dont je rêvais enfant. Planté dans un joli parc quasiment en plein centre de Bordeaux, il était alors presque à l'abandon et mon père songeait à l'acquérir au grand dam de ma mère que l'ampleur des travaux et la taille du palais effrayait. Jolis souvenirs d'enfance. J'y retourne toujours avec beaucoup de plaisir et puis le vin qu'on y déguste est très bon. Ce fut la demeure de fameux libraires et typographes bordelais au XVIIIe siècle. Déjà le livre et ses lieux m'attiraient... Mais comme dirait un libraire de Venise qui me connait peu, " il est curieux ce Lorenzo !"...
 

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