05 mars 2020

Venise vidée de ces touristes... Une aubaine ?

Piazza San Marco mardi 14h30 / © Catherine Hédouin - mars 2020
Lorsque j'ai laissé Venise au début du mois de février, juste à temps pour éviter la ruée du carnaval, le temps était froid mais sec, la lumière comme toujours splendide, et les journées, encore très courtes, toutes ensoleillées. Un régal comme chaque année à la même période. Janvier est vraiment l'un des meilleurs moments de l'année à Venise. Un bémol cependant, c'est le moment choisi par un grand nombre de vénitiens dont la vie professionnelle est en rapport avec le tourisme, profitent de l'accalmie pour s'en aller vers d'autres horizons. Ils partent en général au ski ou à l'autre bout de la planète à la recherche d'une mer chaude, de sable fin et de cocktails exotiques. Les gondoliers surtout qui méritent bien de se la couler douce au bord d'une piscine ou sous les palmiers.

Lorsque je reviens, longtemps après que les effluves du carnaval se sont évanouies, la ville est transformée. Les décorations de Noël qu'on garde ici jusqu'au temps du carnaval retirées, les boutiques de fanfreluches et de pacotilles chinoises rouvertes, la Sérénissime dégorge de nouveau d'une foule disparate venue des quatre coins du monde. Du moins c'est ainsi depuis des années en cette période qui précède le printemps. Partout les touristes se répandent et il est de nouveau difficile d'avancer dans les ruelles aux alentours de la Piazza et du Rialto notamment. C'est un bonheur - au début - de voir l'émerveillement des petits et des grands qui découvrent pour la première fois la cité des doges. Puis la lassitude reprend le dessus. Voir les visiteurs d'un jour ou moins encore s'arrêter en plein milieu d'un pont étroit simplement parce que de là la vue sur le campanile de San Marco doit servir impérativement de fonds à leurs selfies, où devoir en enjamber d'autres vautrés sur les marches pour une pause-pitance. Je ne parle pas de ceux qui s'arrêtent en plein milieu d'une rue pour regarder une vitrine ou interroger leur GPS, ceux qui en groupe bouchent carrément l'accès au vaporetto, parlent fort et pénètrent partout où une porte est restée entrouverte... L'insupportable parfois mais qui n'empêche tout de même pas de bien vivre ce quotidien unique dans une ville unique. Quel centre urbain ailleurs dans le monde dispense autant de beauté et de sérénité, autant de poésie et de silence ? 

Autant dire que la présence de ce virus dont on nous rabat les oreilles depuis quelques semaines peut sembler être une aubaine. Il n'y a littéralement plus personne dans les rues d'habitude les plus fréquentées de la ville. En voici des images envoyées par mon amie Catherine. Du jamais vu depuis longtemps. La Piazza et le Rialto quasiment vides à des heures de pointe.

Mais en voyant ces rues et ces places vides du point de vue de ceux qui vivent du tourisme, l'absence de visiteurs n'a pas le même sens. Cette peur et cette paranoïa qui a fait fuir le monde risque de coûter cher à l'économie locale et mettre dans l'embarras plus d'un petit commerçant...

Campo San Luca, mardi 13 heures © Catherine Hédouin - mars 2020.

Pont du Rialto, mardi 15 heures / © Catherine Hédouin - mars 2020

4 commentaires:

  1. Et bien venez profiter de tout cela. Vous vénitien, rejoignez vos semblables pour partager ces moments parce que pour le quotidien, nous ramons de moins en moins joyeusement. Des actes!!!!

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    1. Vous avez raison Chère Amie. Et si seulement je pouvais franchir les barrages et les contrôles et vous rejoindre. J'ai ici trois vénitiens bloqués ici aussi et qui, bien que ravis d'être en vacances en France, aimeraient rejoindre leurs amis pour un verre au caffé Rosso même s'il y a obligation de fermer à 18 heures. La France est le prochain pays sur la liste du confinement absolu, peut-être alors pourra-t-on rentrer puisque la situation sera la même des deux côtés des Alpes, haha !

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  2. Comme l’avait formulé Paracelse, « tout est poison et rien n'est sans poison, la dose seule fait que quelque chose n'est pas un poison ». Ce que mon professeur de toxicologie résumait de la façon suivante : « en toxicologie, tout est une question de dose ». C’est clairement applicable aux humains : la dose change tout !

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  3. Merci Cher Ami pour cette citation, heureuse et sage conclusion à ce billet.

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