VENISE, UN LIEU MA ANCHE UN VIAGGIO NELL'EUROPA CHE MI PIACE NOT THE ONE OF THE GLOBALIZATION, MAIS CELLE DES NATIONS, DES PEUPLES, DES CULTURES, PATRIA DELLA DEMOCRAZIA DELLA FILOSOFIA DELLA STORIA LA REINE DES VILLES AU SEIN DE L'EUROPE, REINE DU MONDE
Sur l'aquarelle, on voit les vainqueurs, le fameux couple Albino Dei Rossi, dit “Strighetta” et son compère, Marcello Bon dit “Ciapate”. Toujours premiers pour six années consécutives, entre 1947 et 1952. De grands messieurs acclamés par la foule à chaque régate. Le souvenir d'une grande époque pour le sport vénitien !
Avec le recul, nous savons combien nous avons été pris pour des imbéciles et la peur a fait de beaucoup d'entre nous des zombies effrayés. Réduits à accepter les oukases de dirigeants tout aussi paumés que le bon peuple tétanisé foulèrent aux pieds les droits et les valeurs les plus élémentaires sous prétexte que de (faux) experts qui ne savaient rien ou pas grand chose annoncèrent un beau matin des centaines de millions de morts à venir. La peste puissance mille allait ravager la planète. Pour l'éviter, arrêt sur l'image total et absolu. Silence dans les rues et sur les places livrées aux animaux et au vide. Des citoyens déconcertés contraints de s'auto-délivrer des permissions de sortie, la trouvaille de certains (grand succès en Italie) d'adopter un chien pour pouvoir sortir sans risque de finir en prison, pardon en cellule de quarantaine.
Des policiers qui dans certains lieux, s'en donnèrent à cœur joie, pourchassant les vieilles dames sorties acheter des biscuits ou des fleurs, denrées non fondamentales. Amendes donc... Tout le monde s'est soumis comme tous - ou presque - se sont soumis ensuite au vaccin, aux tests. Heureusement des praticiens intelligents, des pharmaciens honnêtes, tous gens de savoir à qui on ne la leur fait pas, ont résisté et nous ont aidé à résister, nous les criminels, les rebelles, les assassins qui refusèrent les masques, les tests, les vaccins, qui soignèrent leur gros rhume ou leur grippe comme à l'accoutumée, à coup de thym et de quercétine, d'ail et de miel, de bon sens et de fruits et légumes frais et crus, de gestes évidents d'hygiène et qui ne sont pas morts - sinon d'effroi devant autant de bêtise - de terreur et d'effroi même chez les plus cultivés, les plus intelligents et les plus ouverts à la critique et à la réflexion.
On a payé fort cher cette escroquerie morale et on continue de la payer. Combien de familles déchirées, d'amitiés rompues parce qu'on ne partageait pas la doxa imposée par Big Brother et sa tribu de Big Pharma. Allez, mieux vaut en rire et continuer d'éviter le paracétamol, l'ibuprofène et autres chimiqueries qui ne servent qu'à engraisser d'obèses actionnaires qui ont continué de s'en mettre plein les poches. défendons les Huiles Essentielles et l'aromathérapie, l'argile et les plantes, le savoir faire ancestral et le bon sens surtout.
Profitons de cette accalmie, car demain quand les vrais médecins, fidèles au serment d'Hippocrate, qui sacrifient leur temps, leur vie parfois même pour visiter les malades, leur parler de bon sens et appliquer des thérapies naturelles et qui marchent seront tous à la retraite, remplacés par des petits soldats de l'ARS aux horaires non flexibles, ne se déplaçant plus et servant de trieurs pour une médecine de niche trieront les patients pour les envoyer chez le spécialiste qui ne saura rien de la spécialité de son voisin, il nous faudra continuer le combat - car c'est d'un combat de civilisation dont il s'agit - et défendre becs et ongles, une médecine humaine, naturelle, avec une approche holistique intelligente, avec des traitements qui ne coûtent rien ou si peu et font mieux que les bombes et autres poisons chimiques que nous concoctent les laboratoires industriels.
Le bel avantage de cette période folle, outre la preuve que l'humain est un des animaux les plus bêtes parmi les espèces animales, que les élites seront prêtes à tout pour s'enrichir sans effort, que les politiques n'ont plus aucun sens de l’État ni du bien commun, ce furent ces heures délicieuses à se promener dans des villes et villages vides, silencieux. Pouvoir rester les fenêtres ouverts en pleine ville et n'entendre que le souffle du vent dans les feuilles des arbres ou le chant des oiseaux, c'était à Venise, les retrouvailles de la ville et de ses habitants avec la nature, la propreté de la lagune, les poissons qui pullulaient, les eaux claires et l'air impollu, les touristes disparus miraculeusement.
Vous l'aurez deviné, je fais parti de ceux qui ont littéralement adoré le confinement. Seule ombre au tableau, on savait qu'un jour cela serait oublié et que le bruit, le stress, les tensions et la pollution reviendraient. A quelques jours près, j'aurai pu comme d'autres rester en clôture à Venise puisque on ne pouvait plus voyager. J'aurai adoré comme tous ceux qui sont restés, retrouvant leur âme d'enfant, l'émerveillement de sentir la ville vivre au ralenti et de l'avoir pour soi. Confiné à Bordeaux, j'ai continué à faire fonctionner la galerie - librairie (première nécessité), le café à côté fonctionnait pour ses fidèles, à guichet fermé, je sortais trois ou quatre fois par jour sans jamais avoir eu un seul contrôle. Nous avons fait de la musique, lu des livres à vois haute, joué aux cartes ou aux échecs... Je passais des heures sur un banc au soleil, j'ai fait de nombreuses balades dans les environs à bicyclette ou à pied, un casque sur les oreilles, découvrant des lieux où je n'avais jamais mis les pieds, croisant des gens heureux de vivre la même expérience, les rues propres, le silence, les oiseaux, la lumière qui semblait plus pure et joyeuse...
certains se la jouèrent même zorro mais on n'est pas à Venise là
Et c'est depuis ce temps-là que j'ai cessé d'écouter ou de lire les informations, refusant d'entendre tous ces politiciens empêtrés dans leurs fausses valeurs. Comme eux j'étais coupé du monde réel, mais eux appliquaient bêtement les instructions de ces vendus de l'OMS soumis à l'industrie pharmaceutique, cherchaient à ne pas déplaire aux financiers quand mes amis et moi nous redécouvrions les petits plaisirs d'une vie tranquille, poétique et délivrée des contraintes de ce monde moderne qui a entamé sa déréliction comme on se suicide. La nature a repris ses droits, jusque dans nos esprits. Les plus anciens ont été les plus ages. Pas une seconde, ils n'ont cru ces voix tonitruantes qui imposaient tout et son contraire comme les vérités absolues d'un nouveau catéchisme. A ce propos, rappelez-vous l'image terriblement triste de la cérémonie des obsèques du Duc d’Édimbourg à Windsor, un soldat tout les deux mètres et l'assistance masquée, tous à plus d'un mètre de leur voisin et l'interdiction faite au peuple de rendre sur le passage du cortège. Aberrant mais cela a vraiment été !
Dans nos temps où ne se répand presque jamais d'autres informations que violentes, sanguinolentes et malsaines, quand le climat fait du joli mois de mai un novembre décalé et méchant, les ciels bas et partout la grisaille et des pluies torrentielles, un article joyeux et aimant est un vrai baume. Il y a bien le « Fil good » du Monde (*), mais cela ne suffit pas à renverser la tendance. Au diable ce qui ne va pas, il y a aussi de belles choses chaque jour.
Ce billet découvert par hasard parmi les sites sur Venise que Tramezzinimag suit, en est un lumineux exemple. Court, simple. Juste une photo et sa légende mâtinée d'une recommandation implicite. Un vieil homme de dos, courbé, qui marche dans une calle, un sac de courses dans chaque main. Il sort du marchand de fruits et légumes comme l'indique l'auteur du billet. Un vieil homme qui fait ses courses comme n'importe quel autre personne de son âge.
Pourtant, il s'agit d'un artiste célèbre, un des plus grands photographes vénitiens de notre époque : Giovanni Berengo Gardin, qui a 94 ans qui faisait ses courses au Rialto. L'auteur du billet (et de la photo) n'a pas osé l'aborder mais il a pris une photo. En émane du respect et de l'émotion. La manière dont les choses sont énoncées sous l'image est pleine de délicatesse et de respect. Des mots simples qui disent simplement ce qui est. Un petit rien qui fait du bien. Vraiment, un grand merci à Steven Narni. Alias Nonloso (**), cet italo-américain venu de New York s'installer à Venise il y a quelques années maintenant avec femme et enfants. Il rédige depuis 2011 ses chroniques sur son sympathique Veneziablog, écrit en anglais. Si vous ne le connaissez pas, je vous invite à vite le découvrir.
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(*) «Fil Good», nom du supplément public en ligne du journal Le Monde. On peut regretter le titre trop accrocheur qui transcrit bien l'idée d'une opération marketing, une manière de chercher des lecteurs par la séduction. (soit dit en passant, n'auraient-il pas pu se creuser davantage la tête et éviter ce jeu de
mot franglais ?)
(**) : Littéralement «je ne sais pas», euphémisme plein d'humour et de modestie quand on lit les qu'écrit ce monsieur articles du signore Narni.
En relisant des commentaires anciens, j'ai retrouvé cet article d'octobre 2014 publié suite à l'envoi d'un courriel d'un lecteur, JiPé dont je ne sais s'il suit toujours Tramezzinimag mais qui a été un des plus fidèles soutiens du site. Je vous invite à aller y jeter un coup d’œil. JiPé m'avait adressé les photos qui illustrent le billet. Il était question d'architecture et de pastiche : «Venise, c'est contagieux !»
Je proposais alors que ceux d'entre vous qui ont connaissance de bâtiments du même acabit nous envoient des photos pour les publier et dresser ainsi, en dilettante, une cartographie des pastiches d'architecture vénitienne à travers le monde. Je renouvelle la demande. N'hésitez-pas, nous publierons vos envois dans Tramezzinimag.
Bonne fin de semaine et Joyeuse fête de Pentecôte.
Republié à sa date d'origine, «Le Gardien du pont» (30/09/2012) un billet de fantaisie comme les appelait un vieil ami vénitien aujourd'hui disparu. En relisant ce petit texte léger et sans prétention, j'ai revu la scène originale qui donna ces lignes, près de douze ans plus tôt. Encouragé par les 452 lecteurs (dix fois plus que d'habitude !)du précédent article qui évoquait la médiocrité et l'imposture, je ne résiste pas au plaisir de vous en donner le lien, car il n'est pas évident qu'en passant par nos pages, le visiteur ait l'idée, l'envie ou le temps d'aller voir dans les années passées...
Pourtant, on ne peut que constater que rien n'a vraiment changé. Les images que nous donnions à voir alors de Venise sont pour la plupart semblable à la Venise d'aujourd'hui. Un peu plus de monde, des tensions plus prégnantes qu'avant, d'autres disparues ou soignées. Venise montre qu'elle demeure bien vivante.
Sur Instagram, l'amie Ilona, pianiste et vénitienne d'adoption dans son @quiviviamobene poursuit cet état d'esprit positif que l'on retrouvait dans tous les blogs consacrés à Venise. Dans ses publications, je retrouve depuis toujours une certaine familiarité de coeur et d'esprit. Je vous les recommande, si vous ne les connaissez pas encore.
Pou l'occasion, Tramezzinimag a invité dans ses pages un ravissant matou bordelais de nos relations, qui a bien voulu accepter de prendre la pause et d'avoir son élégance posture publiée dans nos pages.
en souvenir de nos échanges, de nos idées, nos rires et nos débats,
de nos voyages d'autrefois et de ceux qu'il nous reste encore à faire.
Retrouvé ce texte de Lévi-Strauss. L'extrait m'avait été envoyé par mon ami Antoine, journaliste et grand reporter, homme de radio et de passions. Parmi tout les messages que je recevais qui, pour la plupart, concernaient Venise mes publications sur Tramezzinimag, Antoine a fait partie, avec deux ou trois autres amis très chers, de ces correspondants dont on attend toujours avec impatience le courrier. Nos échanges épistolaires, avant d'être «dématérialisés» sur Hotmail, Yahoo ou Gmail, avaient la forme tant aimée de feuillets de papiers glissés dans une enveloppe aux jolis timbres dont l'oblitération portaient la date d'envoi. Toujours une surprise, un bonheur réveillé à chaque fois, A chaque missive, c'était comme un peu de soleil qui arrivait.
Qui prend désormais le temps d'écrire à la main ? On dit que les plus jeunes ne savent pas comment remplir une adresse ni où coller le timbre sur une enveloppe. On cherche les boites à lettres et les bureaux de poste se font rares, presque tous devenus des bazars où on peut acheter tout. Propos de ringards, je sais. J'assume cette nostalgie. L'attente du facteur qui passait deux fois par jour, le regret des lettres en papier pelure et leurs enveloppes encadrées d'une bande tricolore réservés aux envois «Par Avion», les cartes postales postées tôt dès la première levée et qui parvenaient à leur destinataire le soir-même, les télégrammes qu'on recevait en mains propres, porteurs de sinistres nouvelles ou de joyeuses annonces. Je pourrais paraphraser Gainsbourg, Je me «souviens des jours anciens» et «je pleure»... mes «sanglots longs ne pourront rien y changer».
Était-ce de l'aveuglement ou un trait de mon caractère naturellement porté vers la joie et l'optimisme, mais cela me semble un vrai bonheur que d'avoir connu cette époque où notre civilisation se
déployait, les guerres n'étaient que des souvenirs,
vivre semblait ne pouvoir être que joyeux. On se moquait des postes
italiennes, espagnoles et des pays qu'on disait moins civilisés. On se
moquait aussi de leurs trains toujours en retard. Puis notre époque moderne a
laissé s'emballer la technique, le progrès est devenu une fin en soi,
l'argent aussi. On nous enseignait que ce n'étaient que des outils qui allaient faciliter la vie de tous, façonner
l'égalité et par ricochet la fraternité. On sait aujourd'hui combien
progrès, technique, communication et pognon grignotent jour après jour
nos libertés, La Liberté. Et c'est la voix de Léo Ferré que j'entends
dans ma tête en tapant ces lignes « Avec le temps, va, tout s'en va... tout s'évanouit...»
Antoine donc, dans un courriel m'avait adressé cet extrait de l'ouvrage célèbre de l'anthropologue Claude Levi-Strauss. Je ne sais plus à quel propos. C'est en le lisant que j'ai pensé à cette notion du « Spirito del Viaggiatore » qui est devenu un libellé du blog et sera bientôt je l'espère, le titre d'une collection des Éditions Deltae.
Ceux d'aujourd'hui n'ont rien connu de cette époque. C'était déjà la fin de ce monde porté par nos grands-parents, ceux qui ne voulaient plus de guerre, plus de misère, plus d'injustice. Un réalisateur disait sa surprise en tournant un film se déroulant dans les années 80, de voir ses jeunes acteurs de vingt ans ne pas savoir comment utiliser le cadran d'un téléphone pour y faire un numéro pris dans un annuaire en papier... La mélancolie ne doit pas tourner à l'aigreur ni aux regrets. Les premières automobiles étaient réservées à une élite, n'importe qui aujourd'hui possède une voiture et les voyages sont plus rapides, les distances abolies...
On peut voir les choses ainsi et penser qu'en dépit de ce que nous avons perdu, oublié ou sacrifié du passé, tout est pour le mieux ; qu'il suffit de quelques ajustements, quelques recadrages pour qu'enfin le monde vive un nouvel âge d'or... Et pourtant, combien les signaux se font de plus en plus voyants ! Partout la démocratie recule, mise en cause par ceux-là même qui devraient la défendre, partout les égoïsmes prennent le dessus sur la solidarité, l'empathie, le partage. La fraternité est devenue communautariste, les esprits ne connaissent plus les nuances, il y a ce qui est blanc et il y a ce qui est noir... C'est là-dedans que nos enfants grandissent.
Vettore Zanetti. Coll. Part.
Venise - Tramezzinimag a toujours défendu cette idée - est un laboratoire. On peut y observer à la fois les pires choses, les choix les plus imbéciles, les comportements les plus détestables qui à un moment ou à un autre se reproduisent ailleurs. On peut y retrouver des idées, des techniques et des systèmes spécifiques qui peuvent être implantés ailleurs. C'est l'exemple de la protection des eaux que dès le Moyen-Âge la Sérénissime sut mettre en place, celui de la gestion des communications et des infrastructures qui fascina Le Corbusier et inspira l'architecture des villes nouvelles, etc. Aujourd'hui la Venise contemporaine doit affronter, comme ailleurs, la déliquescence de ses élites qui, à de rares exceptions, travaillent pour leur propre intérêt et semblent n'avoir pour devise que le triste "après nous le déluge"* qu'on attribue à tort à l'un de nos rois.
« Voyages, coffrets magiques aux promesses rêveuses, vous ne livrerez plus vos trésors intacts. Une civilisation proliférante et surexcitée trouble à jamais le silence des mers. Les parfums des tropiques et la fraîcheur des êtres sont viciés par une fermentation aux relents suspects, qui mortifie nos désirs et nous voue à cueillir des souvenirs à demi corrompus.
« Aujourd'hui où des îles polynésiennes noyées de béton sont transformées en
porte-avions pesamment ancrés au fond des mers du Sud, où l'Asie tout entière prend le visage d'une zone maladive, où les bidonvilles rongent l'Afrique, où l'aviation commerciale et militaire flétrit la candeur de la forêt américaine ou mélanésienne avant même d'en pouvoir détruire la virginité, comment la prétendue évasion du voyage pourrait-elle réussir autre chose que nous confronter aux formes les plus malheureuses de notre existence historique ? Cette grande civilisation occidentale, créatrice des merveilles dont nous jouissons, elle n'a certes pas réussi à les produire sans contrepartie. Comme son œuvre la plus fameuse, pile où s'élaborent des architectures d'une complexité inconnue, l'ordre et l'harmonie de l'occident exigent l'élimination d'une masse prodigieuse de sous-produits maléfiques dont la terre est infectée. Ce que d'abord vous nous montrez, voyages, c'est notre ordure lancée au visage de l'humanité.
« Je comprends alors la passion, la folie, la duperie des récits de voyage. Ils apportent l'illusion de ce qui n'existe plus et qui devrait être encore, pour que nous échappions à l'accablante évidence que vingt-mille ans d'histoire sont joués. Il n'y a plus rien à faire : la civilisation n'est plus cette fleur fragile qu'on préservait, qu'on développait à
grand peine dans quelques coins abrités d'un terroir riche en espèces rustiques, menaçantes sans doute par leur diversité, mais qui permettaient aussi de varier et de revigorer les semis. L'humanité s'installe dans la monoculture, elle s'apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comporte plus que ce plat. »
Claude Levi-Strauss(**)
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Notes
(*) : « Après moi, le déluge. Ce doux et sociable proverbe est déjà le plus commun de tous parmi nous » disait en 1756 le père de Mirabeau. C'est la Pompadour qui aurait dit cette petite phrase au roi Louis XV après une bataille perdue par les armées du roi contre les prussiens. Le roi l'aurait repris au sujet de son petit-fils, le futur Louis XVI. Mais rien n'est moins sûr. Ce qui est sûr c'est que l'expression était très en vogue à la fin du XVIIIe, caractéristique de l'esprit de légèreté et d'inconscience qui régnait chez les élites de l'époque. Ne peut-on y voir une ressemblance avec notre époque ?
En Hommage à Mitsou, roi des chats de la dynastie Orange qui choisit notre famille et honora notre domus de sa présence pendant 15 ans, de la Normandie à Bordeaux, en passant par Milan, Venise, Le Moulleau et La Réole. Grand amateur de voyages en train, du du violoncelle et du saxophone, ami de Woody Allen (qui n'aime pas les chats mais qui fut séduit par lui et envisagea presque de le faire tourner dans un de ses films), ce petit film rigolo conçu en famille par la famille de Walter Fano que Tramezzinimag remercie au nom de ses lecteurs.
Un sympathique petit film, quelques minutes drôles, pour rappeler que Venise est bien plus la ville des chats que des chiens, que la gent féline, heureuse et tranquille, qui peuplait les campi et les calle a été décimée non pas par le Covid mais par les confinements, après avoir été cantonnée des années durant le plus loin possible du regard des gens (la colonie la plus nombreuse demeure celle de l'Ospedale, à San Giovanni e Paolo) depuis qu'un édile hostile aux félins et grand amateur de chien imposa au conseil municipal la déportation sur une île abandonnée des chats errants sans domicile fixe. Une hécatombe.
Peu à peu ils sont revenus, mais leur nombre, comme celui de la population vénitienne, reste faible. Exit la colonie du pont de l'Accademia, celle du Rialto (dieu qu'ils étaient gras ceux qui vivaient non loin de la Pescheria !), du ghetto, ceux des giardini reale qui la nuit disputait les bancs de pierre, aux garçons de la nuit qui se retrouvaient la nuit le long de la promenade entre le Harry's et la Piazza, et ceux du parvis de la gare, de la Salute... Le monde change, pour les chats aussi.
Titre original : Un giorno da gatto sull'isola della Giudecca
En passant l'autre jour devant l'église San Salvador, perdu dans mes rêveries comme souvent, j'ai soudain vu, comme sur un film qui aurait été projeté dans l'air, une scène de l'ancienne Venise... A la place des hordes de touristes qui se bousculaient, les uns pour rejoindre San Marco qui est à deux pas, les autres pour regagner la Stazione avec leurs épouvantables valises à roulettes, se déroulait devant mes yeux une procession d'un tout autre ordre.
Il y avait des pages en vêtements chamarrés, des trompettes et des fifres, des provéditeurs et autres hauts fonctionnaires de rouge vêtus, qui précédaient le doge qu'un gonfalon doré protégeait du soleil déjà chaud de ce matin de mai... La foule applaudissait, tous ces personnages gonflés de leur importance passaient devant moi et l'image se mélangeait à celle du campo plein de touristes. J'ai entendu tellement de fois le récit de ces grandes cérémonies que la République prenait grand soin à organiser, que tout se mêlait dans ma tête pendant que je marchais pour rejoindre des amis qui m'attendaient non loin de là. Des hommes vêtus de couleur sombre portaient sur une civière dorée la statue de Saint Antoine, d'autres tenaient des coussins de velours sur lesquels on avait posé de splendides objets d'or et d'argent, calices, reliquaires, coupes et autres pièces incroyablement belles.
Tout ce petit monde se rendait dans l'église. Mais quel était donc l'objet de cette cérémonie ? Sant' Antonio Abate était le patron des orfèvres, mais leur scuola était au Rialto, là-même où la plupart avaient leur boutique et leurs ateliers. J'avais souvent montré quand je guidais les hôtes illustres du Palais Clari - la légation de France - l'immeuble qui abritait l'auberge de la confrérie avec le portone où on peut toujours voir les initiales S O en fer forgé pour Schola dei Oresi. Ils avaient leur chapelle dédiée dans l'antique église S. Giacomo di Rialto, à gauche de l'autel central, avec un magnifique statue du saint entre deux anges portant sa mitre, réalisée par Girolamo Campagna.
Je cherchais à comprendre d'où surgissait ce qui n'était qu'une vision et que j'avais pourtant si clairement devant moi. En fait, je venais de passer devant la vitrine magnifiquement surchargée de Bastianello, sur la Merceria Due Aprile. Les somptueux bijoux qui y sont exposés, les pièces d'orfèvrerie et les icônes couvertes de plaques d'argent doré ont amené mon cerveau à rouvrir des cases fermées depuis pas mal de temps, et notamment celle qui concerne le trésor de San Salvador, visité une fois il y a longtemps, et celui de la pala d'argent doré que cache la plupart du temps la magnifique Transfiguration du Titien qui lui sert de protection.
Ce trésor est composé d'une centaine d'objets de culte et de décoration d'autel réalisés du XIVe au XIXe siècles par ces talentueux orfèvres vénitiens, les orafi comme on dit en dialecte. Des objets magnifiquement ciselés, somptueuses pièces dont la pala est l'exemple le plus abouti, après celle de San Marco (à ma connaissance, il n'y en a que deux à Venise). Créés par des artistes-artisans - c'était souvent la même chose autrefois, avant que le pratique et le profit ne dominent la création - ils sont l'expression non seulement d'un savoir-faire incroyable, mais aussi d'une profonde piété, où le respect des rites se mêlait à un grand sens du beau et de l'esthétique. Une manière de rendre grâce au Créateur en lui offrant de beaux objets destinés à son culte, maigre et humble image de la beauté de sa Création. Les temps ont bien changé, vous ne trouvez pas ?
Mais revenons à mon rêve éveillé et aux orafi. Sur la gravure de Visentini ci-dessus, détail d'une vue du campo San Salvador aux milieu du XVIIIe siècle, on voit une échoppe d'orfèvre. Était-ce celle de la riche famille Candoni qui officia sur plusieurs générations (jusqu'en 1790 !), à l'enseigne Al San Bortolomio ou bien plutôt la bottega Alla Generosità de Francesco Dolfin ou encore celle de Lunardo Cherubini dont le magasin se nommait Alla Religione et dont l'activité survécut à la chute de la République ? Nous sommes après tout dans le prolongement du Rialto. Sur le pont et bien sûr de l'autre côté, dans la ruga qui leu était dédiée, il y avait de nombreuses boutiques d'orfèvrerie.
La mariegola conservée - comme toutes les autres règles des confréries vénitiennes - recense les métiers liés aux métaux précieux que les artisans vénitiens travaillaient. Tous étaient réunis dans le même quartier comme cela était courant autrefois. Ainsi, autour des orafi et des argentieri, il y avait les tailleurs de pierres précieuses et semi-précieuses, les ciseleurs, ceux qui tournaient l'ivoire, l'ambre et l'écaille, les horlogers, etc. On venait de loin pour faire exécuter bijoux et objets. Louis XIV qui aimait les métaux précieux (sa collection de mobilier en argent massif était unique au monde) avait lancé cette mode qui se répandit dans toute l'Europe. Une célèbre boutique de la Spadaria, celle du maître Antonio Conba, portait d'ailleurs le nom Al Re di Francia.
L'air et l'atmosphère de Venise favorisent ces rêves éveillés, visions d'un monde que nous connaissons par les récits, les peintures et les gravures que nous ont laissées les anciens. J'ai toujours été convaincu - croyance qui remonte à ma petite enfance et se base sur de nombreuses expériences vécues - que dans notre sang coule aussi la mémoire de ceux qui ont vécu avant nous. Comment expliquer autrement ces moments uniques où, arrivant quelque part pour la première fois, on se sent chez soi depuis toujours et on reconnait tout, l'air et la lumière nous sont familiers... Cette procession qui défilait l'autre matin devant mes yeux, mêlant des personnages de l'antique République et les hordes de touristes, ce n'était pas seulement le produit de mon imagination, mais un souvenir venu de très loin avant vous et moi.
Librement inspiré de l'ouvrage de Piero Pazzi, Dizionario aureo, orefici, argentieri, gioiellieri, diamantai, peltrai, orologiai, tornitori d’avorio nei territori della Repubblica Veneta, Edizione Piero Pazzi, 1998.
Lara Lucilli est vénitienne. elle est guide depuis 2017. C'est son métier mais surtout sa passion. Elle a eu l'idée pendant le confinement de faire parler la Sérénissime. Elle lui prête sa voix. C'est émouvant, profond. C'est aussi une jolie preuve d'amour de la part de l'auteur.
Merci Lara pour ce joli moment. Sur sa page FB, la jeune femme s'explique brièvement, et remercie tous ceux qui lui ont permis d'obtenir cet entretien exclusif avec la Sérénissime :
"Venise se raconte, pendant et juste après le confinement... d'une idée née dans mes journées solitaires de quarantaine... Je remercie Andrea et Igor Pizzato, Roberto Dotto de Venice Water Limousine Service, Valeria Medici, Al Timon, l'osteria Al Cicheto, Matto le fabricant de forcole et... Venise, bien sûr."
Nous reparlerons de Lara et de ses collègues toutes et tous passionnés par leur ville et qui savent transmettre leur amour et sont les meilleurs ambassadeurs de la ville certes mais aussi de ses habitants. Qui est mieux placé qu'un guide pour expliquer aux touristes comment se comporter dans ces lieux uniques, et leur rappeler que Venise est un trésor à ciel ouvert mais pas un tombeau, ni un parc d'attraction, mais un lieu où on vit, où on travaille et pas seulement au service des touristes. Je suis convaincu que tout toujours se résout par la pédagogie et la sincérité.
Connaissez-vous le très beau blog de VirginieM., lectrice fidèle et attentive de Tramezzinimag ? je m'y promenais tout à l'heure en attendant l'heure de la réception au consulat de France, installé depuis peu sur le Grand Canal (une première historique tout de même !), petite fête organisée pour fêter... les Rois. Le blog de la dame se nomme ma Tasse de thé et c'est un régal vraiment. Simple, raffiné, authentique et sans rien d'ostentatoire. Allez vite le découvrir et faites le connaître, son auteur a du goût et ce qu'elle dit est vraiment intéressant :
Lorenzo Mattotti, outre le merveilleux prénom qui est le sien, possède de multiples talents. C'est un dessinateur hors-pair, un véritable créateur et un homme de foi et d'engagement. Passionné, il n'entreprend jamais rien sans passion et détermination. Le résultat est une carrière sans faute et une renommée en rien usurpée.
Après des études d'architecture à Venise, le jeune Mattotti, né à Brescia en 1954, qui depuis toujours rêve de devenir illustrateur, commence à travailler pour des fanzines. Il se fera vite un nom dans le monde de la bande dessinée tant en Italie qu'en France. L'élégance de son travail le fait remarquer par les plus grandes revues dont il illustre régulièrement les couvertures, comme le New Yorker, Télérama, Glamour, vanity Fair, etc.
On lui doit l'affiche du Festival de Cannes de l'an 2000, mais aussi le dessin des sacs pour la chaîne Leclerc. La Mostra de Venise lui avait demandé de réaliser le jingle vidéo de l'édition 2019. La sortie mercredi sur les écrans français de son dernier gros chantier en date, "La Formidable invasion des ours en Sicile" vient compléter le tableau déjà très complet de la carrière du monsieur qui n'arrête pas et enchaîne déjà sur d'autres projets.
Un lecteur très fidèle vient d'avoir la gentillesse de m'adresser un lien qu'il avait conservé et qui présente le Tramezzinimag des origines. Il est consultable en cliquant ICI. Certains articles ont été repris sur le nouveau blog mais d'autres manquaient à l'appel. Grande fierté devant le travail accompli, le nombre d'abonnés et le chiffre des visiteurs quotidiens qui firent de Tramezzinimag le plus célèbre blog consacré à Venise. c'était aussi le plus ancien (né en 2005).
Il permit de belles rencontres, facilita des voyages, des reportages et des documentaires, fut souvent utilisé par les enseignants et me valut de nombreuses interventions dans des émissions de radio. Une belle aventure, un peu ralentie par la disparition dans les limbes du site, assassiné par un robot Google sans qu'à ce jour on en connaisse la raison. crime gratuit ou prémédité ? Le commissaire Brunetti s'est vu retirer l'enquête. Hmmm ! cela est louche.
Trêve de plaisanterie, ce clin d’œil est pour moi l'occasion de vous remercier une fois encore, mes chers lecteurs, pour votre fidélité, votre soutien, vos commentaires et vos conseils. Vous m'avez permis de poursuivre le chemin avec détermination et dans la joie. Sans vous, rien de ce qui a été accompli n'aurait pu voir le jour. Dieu voulant, souhaitons que Tramezzinimag continue de satisfaire ses lecteurs !
Ce n'est pas un cliché du premier panonceau qui prévenait les passants du danger qu'il y avait dans les années 50 à passer trop près de la Salute, mais sa version dans les années 68, quand tout en Italie, comme en France, était joyeusement décalé. En tout cas, pour le lecteur qui contestait l'authenticité de la chose, Tramezzinimag présente cette photographie de Giorgio Lotti datée de 1968.
L'état des sculptures était tel qu'un simple coup de vent ou les vibrations provoquées par les cloches faisaient tomber les anges qui ornaient les volutes des façades. Quelques années plus tard, des facétieux, se souvenant du panneau affiché devant l'église : "Attention, Chute d'Anges" imprimé par la municipalité et qui avait été repris par plusieurs journalistes, ont complété le panneau officiel par le même bon mot. Il serait intéressant de savoir si à l'origine le texte affiché avait été rédigé par un fonctionnaire spirituel ou un curé plein d'humour !
Lancée il y a un peu plus d'un an, l'application Cool Cousin, inventée par de jeunes et brillants cerveaux fait florès. De plus en plus de cousins la rejoignent présentant ainsi à travers leur profil la ville où ils vivent. A Venise, nous sommes sept, avec des profils ( et des âges) différents. Au 10 décembre dernier, soit 195 jours après avoir été choisi pour y participer, 2596 personnes avaient utilisé ma carte, mes 54 spots avaient déjà été "likés"3119 fois et une bonne vingtaine de personnes se sont mises en contact avec moi pour des compléments d'informations, des demandes très diverses et des conseils. Une belle dynamique qui s'ouvre à de nombreuses nouvelles villes chaque jour. Montrer la Venise que j'aime, sans rien déflorer de ce qui fait la Sérénissime pleine de vie, accompagner son évolution et les changements qui s'opèrent spontanément le plus souvent à l'initiative des vénitiens eux-mêmes, donner à voir une ville qui palpite et vibre autrement qu'au rythme imposé du flot touristique. Une grande joie et beaucoup d'espoir pour demain.
Lorsque la communauté arménienne offrit à la petite association de jeunes bordelais que j'avais alors l'honneur de diriger depuis mon doux exil vénitien, d'imprimer sur ses presses l'ensemble des documents de communication de l'ambitieuse manifestation que nous avions décidé d'organiser à Bordeaux en hommage à Venise, ce fut naturellement cette agrandissement de la fameuse carte de Erhardum Reüwich de Trayecto et Bernhard von Breydenbach qui publièrent au XVe siècle un ouvrage illustré sur le périple qui les mena de la sérénissime d'où ils embarquèrent, jusqu'en terre Sainte. Le père Mékhtariste, alors supérieur du collège arménien de Venise, qui m'accompagna à l'imprimerie située dans une aile du couvent, au milieu de la lagune. avec notre consul de l'époque, Christian Calvy (à qui je dois ce cadeau fantastique que les arméniens firent à notre petite manifestation), nous en fit une description très poétique dont j'ai noté l'essentiel dans mon journal de l'époque :
"Admirez la finesse du trait, même grossi. Les artistes ont voulu montrer cette vision extraordinaire qu'on ne voit pas souvent, des montagnes enneigées comme un décor de fond à Venise qui se détache devant elles comme par magie".
Cet époustouflante perspective, inchangée ou presque des siècles plus tard, est toujours un grand bonheur quand on peut la contempler.
C'est notre actuel représentant, Gérard-Julien Salvy, qui a bien voulu attirer mon attention sur ce magnifique spectacle. Le voici tel que les vénitiens ont pu le contempler ces jours derniers. Pour ceux qui ont la chance de l'avoir déjà vu en vrai, mais aussi pour les autres, Tramezzinimag est heureux de vous présenter ce magnifique palcoscenico dressé par Mère Nature.
Dédié à la mémoire de Paolo Barbaro et de son épouse.
Cet
enfant, rouge encore de s'être dépensé sous le soleil à jouer au
ballon, belle frimousse et chevelure bouclée. Il s'assoit en face de moi
sur le banc pour remettre ses chaussures que sa grand-mère lui tend. Il
me regarde en silence. Soudain il me sourit, montrant de jolies dents
écarlates.
"C'est un livre sur Venise ?" me demande-t-il.
Sa grand-mère aussitôt rugit : « Louis, on n'interpelle pas les gens ainsi, voyons ! » et se tourne vers moi visiblement désolée. Elle me sourit. Je souris à mon tour.
« Pardon » poursuit l'enfant en penchant la tête derrière sa grand-mère, « mais c'est bien sur Venise votre livre ? ».
Je lui réponds par l'affirmative. Il continue d'ignorer sa grand-mère qui soupire et poursuit : « C'est beau Venise. J'y suis allé l'été dernier avec mes parents. ».
La
vieille dame est retournée s'asseoir, mais elle reste aux aguets et me
lance des regards gênés comme pour s'excuser d'avoir un petit-fils aussi
culotté.
« C'était magnifique ! ».
Il mord goulûment dans la brioche que la vieille dame lui a tendue. Il continue de me regarder. Je recommence à lire.
« Je ne crois pas qu'elle s'enfonce, moi »
ajoute-t-il après avoir jeté un regard du côté de sa grand-mère qui
s'était remise à tricoter.
Je lève les yeux vers lui, tenant le livre
d’une main.
« C'est
à cause des gens, en vérité. Ils viennent à Venise comme on se jette
sur un gâteau au chocolat. Ils ne veulent pas en laisser un bout, alors
la ville, elle s'abîme. »
Ce
raisonnement tellement exact me laissa pantois. L'enfant ne devait
guère avoir plus de huit ans et d'instinct, il semblait jouer avec le
sens du verbe s'abîmer.
"Tous ces gens partout, c'est comme s’ils l'écrasaient".
Il termine son goûter et se lèche les doigts. Un peu de Nutella a coulé
sur sa main. Il le lèche et s’essuie les lèvres d’un revers de manche.
La grand-mère plie ses affaires.
« Louis, il faut aller prendre ta sœur. » lance-t-elle à l’enfant, sans se retourner.
L’enfant,
semble très concentré. Les sourcils froncés, il a remis ses chaussures
et s'est levé. Sa belle frimousse éclairée par un sourire, il m'a fait
un signe de la main auquel j'ai répondu en agitant mon livre. La vieille
dame m'a fait un salut poli de la tête et ils ont quitté le parc.
Resté
seul à l'ombre du magnifique micocoulier où j'aime venir lire, J'ai
senti soudain se mêler aux parfums du jardin, comme un souffle parfumé.Celui des senteurs de la lagune...
L'esprit de Venise venait de passer devant moi. Il avait l’allure et le rire de cet enfant.
Ecrit en lisant le "Petit guide sentimental de Venise" de Paolo Barbaro,
En revenant de Venise l'autre jour, j'ai partagé ma cabine avec un jeune étudiant aux Beaux-Arts de Paris venu passer trois jours dans la cité des doges pour la Biennale. Que peut-on voir en trois jours de la ville ?
Beaucoup certes, mais tellement en surface. L'infestation des lieux par les hordes de touristes empêche le plus souvent de se faire réellement une idée de ce qu'est Venise. Les lecteurs de TraMeZziniMag connaissent la ligne éditoriale qui a mené à ce site : Venise est bien plus qu'une cité historique joliment conservée et en danger. C'est une Civilisation qui peut servir de repère et de modèle au système urbain contemporain.
Son histoire, ses usages, son mode d'organisation deux fois millénaire est toujours le même. A l'époque de la globalisation - terme que nous préférons à celui de Mondialisation, trop marqué par son acception négative -, tout cela pourrait inspirer le fonctionnement de toute les s communautés urbaines. Installées dans des lieux hostiles qu'elle a toujours cherché à préserver tout autant qu'elle a su l'utiliser d'un manière optimale au fil des siècles.
Venise est unique. On peut se lasser d'entendre ces mots, et pourtant qui peut rester indifférent aux beautés qu'elle nous livre quand on sait regarder. Mais pour cela, il faut prendre le temps. Il faut aussi aller voir ailleurs que du côté du Rialto ou de la Piazza... C'est ce que propose Claudio Boaretto dans ses balades nocturnes dont il fait généreusement profiter ses lecteurs. Jetez-y donc un coup d'oeil ICI; Gageons que Clément, comme des milliers d'autres jeunes, lorsqu'il reviendra tombera vraiment amoureux de la Venise authentique, de son rapport naturel à la nature autant qu'à sa transcription dans les arts. Et, selon ses mots, combien ce sera joli cette vision de Venise.