Vacances à Venise c'est aussi pour moi l'affiche de Venezia Città del Cinema, l'exposition de photographies créée en 1985 par Roberto Ellero, alors Directeur des Activités cinématographiques à l'Assessorat à la culture, (actuel responsable démissionnaire du Circuito Cinema), dont le catalogue, L'immagine e il mito di Venezia nel cinema (L'image et le mythe de Venise au cinéma) que j'ai eu le plaisir de traduire en français, reste à ce jour le répertoire le plus complet de tout ce qui a été tourné à et sur Venise depuis le film daté de 1896 réalisé par Albert Promio, l'opérateur des Frères Lumière (un billet de Tramezzinimag aujourd'hui irrémédiablement perdu dans les limbes par la mauvaise foi de Google et de ses sbires était consacré à cet ouvrage). Sur cela aussi, Tramezzinimag reviendra dans un prochain billet. Bonne fin de dimanche et bon lundi à vous.
VENISE, UN LIEU MA ANCHE UN VIAGGIO NELL'EUROPA CHE MI PIACE NOT THE ONE OF THE GLOBALIZATION, MAIS CELLE DES NATIONS, DES PEUPLES, DES CULTURES, PATRIA DELLA DEMOCRAZIA DELLA FILOSOFIA DELLA STORIA LA REINE DES VILLES AU SEIN DE L'EUROPE, REINE DU MONDE
27 novembre 2016
Vacances à Venise (1955)
Vacances à Venise c'est aussi pour moi l'affiche de Venezia Città del Cinema, l'exposition de photographies créée en 1985 par Roberto Ellero, alors Directeur des Activités cinématographiques à l'Assessorat à la culture, (actuel responsable démissionnaire du Circuito Cinema), dont le catalogue, L'immagine e il mito di Venezia nel cinema (L'image et le mythe de Venise au cinéma) que j'ai eu le plaisir de traduire en français, reste à ce jour le répertoire le plus complet de tout ce qui a été tourné à et sur Venise depuis le film daté de 1896 réalisé par Albert Promio, l'opérateur des Frères Lumière (un billet de Tramezzinimag aujourd'hui irrémédiablement perdu dans les limbes par la mauvaise foi de Google et de ses sbires était consacré à cet ouvrage). Sur cela aussi, Tramezzinimag reviendra dans un prochain billet. Bonne fin de dimanche et bon lundi à vous.
Venise chantée par Nietzsche
Friedrich Nietzsche rédige son poème 'Venise" en 1888. Il le recopie dans Ecce homo, en notant cette phrase devenue célèbre : "Quand je cherche un autre mot pour musique, je ne trouve jamais que Venise"(1) Il avait séjourné dans la cité des doges quelques années auparavant. En 1880, puis en 1884 et aussi en 1886. C'est à Venise qu'il écrivit Aurore, sous-titré Réflexions sur les préjugés moraux, avec en exergue cette belle citation du Rig Veda "Il y a tant d'aurores qui n'ont pas encore lui". dont il dicta les aphorismes sous le titre L'Ombra di Venezia, au musicien Frierich Köselitz (que Nietzsche avait rebaptisé Peter Gast). Philippe Sollers souligne, dans son Dictionnaire amoureux, combien les termes musique et silence reviennent souvent lorsque le philosophe parle de ses séjours à Venise, notamment dans ses lettres à l'ami Köselitz-Gast, "...Un seul endroit sur terre, Venise". (2)
An der Brücke stand
jüngst ich in brauner Nacht.
Fernher kam Gesang :
goldener Tropfen quoll’s
über die zitternde Fläche weg.
Gondeln, Lichter, Musik -
trunken schwamm’s in die Dämmrung hinaus…
Meine Selle, ein Saitenspiel,
sang sich, unsichtbar berührt,
heimlich ein Gondellied dazu,
zitternd vor bunter Seligkeit.
- Hörte Jemand ihr zu ?…
__________Accoudé au pont,
j’étais debout dans la nuit brune
De loin, un chant venait jusqu’à moi.
Des gouttes d’or ruisselaient
sur la face tremblante de l’eau.
Des gondoles, des lumières, de la musique.
Tout cela voguait vers le crépuscule.
Mon âme, l’accord d’une harpe,
se chantait à elle-même,
invisiblement touchée,
un chant de gondolier,
tremblante d’une béatitude diaprée.
- Quelqu’un l’écoute-t-il ?
(Traduction de Guy de Pourtalès)
2 - : In- Philippe Sollers, Dictionnaire amoureux de Venise, Plon éditeur, 2004., pp. 343-352.
25 novembre 2016
Comme un musée imaginaire... (1)
Il est des œuvres d'art qui s'imposent à nous un jour et ne quittent plus notre panthéon intérieur. André Malraux qui inventa, ou du moins détaillera le concept du musée imaginaire disait : "Il n'est pas vain de savoir à quel appel profond de notre être répond une œuvre, ni de savoir que ce n'est pas toujours au même..." Dans un musée réel, l’objet d'art qu'on peut y admirer est détaché du contexte dans lequel l'artiste en son temps avait composé sa peinture ou sa sculpture. Il n'y a plus cette liaison fondamentale entre le monde réel et l’œuvre. Et une dimension nous manque donc. L'avantage du musée imaginaire est cette possibilité - démultipliée avec bonheur par les moyens techniques modernes - non seulement de constituer pour soi, au gré de nos trouvailles, de notre cheminement personnel, de nos attirances et de nos besoins, des objets d'art que nous pourrons contempler à loisirs, n'importe quand, n'importe où.
Mais cette joie pour moi a ses limites quand on ne peut que se résigner à l'idée que l’œuvre tant aimée est totalement détachée du monde où elle a vu le jour et pour qui elle a été créée. C'est un peu comme avoir dans une vitrine une belle vaisselle ancienne, des couverts d'autrefois et ne pas les utiliser pour ce qu'ils sont, de la vaisselle et des couverts...). C'est simplement pour cette raison que je me suis pris d'affection très jeune pour l'art vénitien, avant et bien plus que tous les autres. Même largement appauvri par les pillages et les dispersions liées aux aléas de l'Histoire, il existe toujours en grande partie à l'endroit même où il est né. Certes on peut dire cela de l'art gothique resté sur l'emplacement même de sa création, à la façade des églises, l'art de la Renaissance est toujours visible dans les palais de Rome ou de Florence et les flamands en Flandre. Mais, quelque chose a changé. Pas seulement l'état de l’œuvre elle-même, forcément modifié par le temps. Malraux l'a dit bien mieux que je ne saurai le faire quand il souligne que "Toute œuvre d'art survivante est amputée, et d'abord de son temps. Sculpture où était-elle ? Dans un temple, une rue, un salon. Elle a perdu temple, rue ou salon. Si le salon est reconstitué au musée, si la statue est encore au portail de sa cathédrale, la ville qui entourait le salon ou la cathédrale a changé." (1) Rien de cela avec l'art vénitien, car finalement, les siècles s'ils ont porté leur lot d'outrage à la cité des doges, l'essentiel demeure. On peut sans être moqué ni taxé de doux rêveur prétendre haut et fort que Venise demeure ce qu'elle était aux temps des Bellini, Giorgione ou Tintoret. C'est d'ailleurs étourdissant de se dire que les siècles et les modes artistiques se sont succédé sans que soit détruits les témoignages des époques précédentes... C'est aussi pour cela que Venise n'est pas encore prête de devenir un musée et un musée seulement : la vie est toujours là. Les personnages qui peuplent les tableaux de Carpaccio sont toujours dans la rue, des siècles après, comme le sont aussi ceux de Guardi ou du Canaletto. Ce sont leurs descendants qui vivent et respirent dans la Venise d'aujourd'hui. Ne vous est-il jamais arrivé de croiser au détour d'une calle un des jeunes écuyers de la suite de la princesse-martyre Ursule, ou bien parmi les jeunes rameurs d'une régate les gondoliers du miracle de la croix ?
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(1)- Et j'aime qu'il rajoute presqu'aussitôt "Si nous parvenions à éprouver les sentiments qu'éprouvaient les premiers spectateurs d'une statue égyptienne, d'un crucifix roman, nous ne pourrions plus laisser ceux-ci au Louvre..."
(2)- Peinture de Giovanni Bellini conservée dans la Capella Sacra de San Francesco del Deserto, un des lieux les plus paisibles de Venise. Longtemps attribuée à un élève de Bellini, Girolamo Mocetti. Selon Vasari, elle remplacerait un magnifique Christ mort qui avait été commandé au maître mais qui fut offert au roi Louis XI par le Sénat sous le dogat de Vendramin, mais dont on ne sait rien.. Serait-ce le superbe panneau conservé au Musée Correr ? A ma connaissance, il n'y a aucun tableau de Bellini dans les collections de France...
(3)- Il est vrai qu'une autre image de lui subsiste. Il s'agit d'un grand portrait du Titien réalisé en 1532, année où le patricien fut nommé gouverneur de Trévise. Il est conservé au Los Angeles County Museum of Art.
(4)- Pour le texte intégral de la Satire, voir la page ICI.
Les citations d'André Malraux sont extraites se son ouvrage Les Voix du Silence ( NRF Gallimard, Collection La Galerie de la Pléiade, édition de 1952).
24 novembre 2016
Journal. Eté 2016. Extraits
Ne dit-on pas que les chats ont plusieurs vies ? En voilà bien la preuve : il sent que ça ne va pas mais il continue, fatigué mais toujours déterminé. Je ne crois pas une seconde que il ne s'agisse que d'instinct. La bête est diminuée, plus ou moins bannie de la colonie des bien-portants mais sans subir aucune hostilité. Les plus jeunes parmi les chats s'approchent même de lui et tentent de jouer avec lui. Il ne réagit pas. Ni violence, ni indifférence. Il n'a pas mal physiquement, plutôt une difficulté à été parmi les autres. Tous les grands malades sont ainsi, leur souffrance les éloigne du reste des humains même de ceux qui leur sont proches et qu'ils aiment. Le vieux chat observe, il aspire tout ce qui est la vie comme si tout ce qui vit et existe autour de lui lui était un supplément d'existence.
Quand la vie s'échappe peu à peu, un simple rayon de soleil, le rire d'un enfant ou le chant d'un oiseau nourrissent bien mieux qu'un bouillon de viande. C'est ce qui se passe pour ce pauvre vieux chat. Et puis, il doit revoir les moments joyeux de son existence. On sent bien à le regarder qu'il n'a pas eu une vie toujours très facile. Ni heureuse. Mais il y a dans son regard autre chose que la fièvre. Une lumière qui laisse présager la fin imminente et la résignation qui l'accompagne, ou alors la manifestation de la vie qui aura le dernier mot une fois encore, qui reste plus forte que tout et anime encore ce vieux corps.
Le chat qui dort à côté de moi vient de changer de banc pour se mettre au soleil. Une jolie petite chatte blanche et grise passe devant moi, tête et queue bien droites. Elle court après un papillon. Les grillons se sont tus. Il est presque dix heures, je continue ma promenade.
22 novembre 2016
Venise inconnue : Le Punk Museum, un musée unique au monde !
"Les Pistols sont tous ici. ceci est la version anglaise de “Anarchy in the U.K.”, ici la française, ici l'allemande, là l'italienne. Là, la version nigériane et la thaïlandaise. Toutes les versions existantes sont là. Toutes. Où trouver quelque chose de plus exotique ?"
"Toutes les racines du punk, son fil rouge des années soixante jusqu'à nos jours, toutes ses ramifications”...
C'est le plus grand musée du mouvement punk au monde, la plus grande collection existante sur cette terre. Il n'est ni à Berlin, ni à Londres, ni à Los angelès. Au-dessus d'une des portes du corridor siège le lion doré de San Marco, garde silencieux de l'extraordinaire patrimoine conservé en ces lieux, dans cet appartement de Venise. Une lueur brille dans les yeux du directeur quand il parle de son musée : " Ce que vous voez est l'affiche réalisée à la main pour le premier concert de Joy Division. Il a été peint par une étudiante des beaux-arts, qui s'est servie d'une grande feuille de carton où elle était ébauché auparavant l'esquisse d'une paysage. C'est une pièce unique."
"Un collectionneur célèbre dit que même en réunissant l'ensemble des reliques punk conservées partout dans le monde, on n'arriverait pas à un ensemble aussi complet que celui conservé à ici ! Nous avons eu de la chance car au fil des années nous avons pu acquérir des lots complets d'archives. Beaucoup d'artistes ou les familles de certains artistes ont vendu aux enchères toutes leurs archives et nous avons tout récupéré. Cela nous a vraiment aidé à compléter en un temps record des pans entiers de l'histoire du mouvement punk. mais, je vous assure que ce fut une folie."
“Les premières productions où apparaissent des couleurs fluo, où pour la première fois le nom des groupes masculins étaient en lettres roses, travail de bénédictin de découpage et de collage . Ici, nous avons X3, ici le graphisme des Twilight Zoners...”
“Il y a tout sur chaque période, chaque courant, même les plus infimes et souvent oubliés, mais qui ont compté et ont été à leur niveau constitutifs du mouvement. L'idée est que quiconque voudrait écrire une thèse ou approfondir certains arguments, soit d'un point de vue iconographique que d'une point de vue musical ou historique, puisse trouver ici tout ce qui existe et sur tout ce qui y est rattaché."
“Tout est né d'un simple petit pas en avant.Même les Sex Pistols et es Ramones, qui semblent la révolution, ne sont que des détails de cette histoire... Il est important de relier entre eux tous ces groupes, tous ces degrés pour comprendre l'importance du mouvement. C'est passionnant. Il faut savoir qu'en 76, le punk n'existe pas et qu'un an plus tard, tout le monde en parle...
21 novembre 2016
Venise hier et Venise aujourd'hui : combien les choses ont changé !
19 novembre 2016
Ecrire toujours et sans cesse ! Journal d'automne (extraits)
6 novembre.
Il y a trente six ans aujourd'hui mon père quittait ce monde. Je suis plus vieux que lui aujourd'hui mais il me manque comme au premier jour.
Commencé le magnifique opuscule de C.S. Lewis, (l'auteur de Narnia et de Surpris par la Joie), Diario di un dolore (A grief observed) que j'ai longtemps cherché en français sans le trouver. Écrit après la mort de sa femme, j'y retrouve des sentiments vécus avec la mort de mon père, puis celle de ma mère.
Je devrais être à Venise mais des impondérables ont eu raison de ma détermination. Ma valise n'est pas défaite pourtant et le chat semblait s'être fait à l'idée de repartir.Je me demande en fait si j'ai envie de repartir ; si j'ai vraiment besoin désormais d'être physiquement à Venise. la ville a tellement changé. Rien finalement n'est plus vraiment pareil. "Un nouveau Pompéi" comme le clamaient il y a quelques jours les vénitiens et dont Libération se fait aujourd'hui l'écho.
Mes deux derniers séjours, en mai et en juillet m'ont glacé le sang. Une ville livrée aux barbares, à un tourisme de masse qui devient impossible à supporter. La Venise virtuelle que je côtoie chaque jour à distance avec mes études et mes lectures n'est-elle pas plus authentique finalement ? La vrai est écartelée entre des visiteurs low-cost qui saccagent, polluent et encombrent et des snobs étrangers méprisants et prétentieux qui se croient vénitiens plus vrais que les vrais vénitiens, ne sortent qu'entre eux et de plus en plus de parvenus de la jet-set mondialisée qui consomment du luxe à haut niveau et n'apportent rien à la ville. Quelle place pour les vénitiens au milieu de tout cela ?
Loupé la Table-ronde organisée sur le thème Venise : fascination à l'Institut Bernard Magrez, un des mécènes de l'ouvrage commenté sur ce site où ont écrit mes amis Francisco Rappazzini, Alain Vircondelet, et d'autres sous la direction de delphine Gachet ( Venise, chez laffont, collection Bouquins). Heureux d'y avoir été invité alors que, pensant être à Venise à cette période, j'avais laissé l'information de côté. Finalement une toux infernale et la migraine qui suivit m'ont fait rester chez moi avec le chat sur mes genoux et Diario di un dolore de CS. Lewis que je n'avais jamais trouvé et que j'ai découvert cet été à la librairie de la Toletta. en tout cas, quel joli travail de promotion (et l'ouvrage mérite qu'on parle de lui tellement il est excellent, bien fait, agréable et complet) : après la première présentation au teatrino du Palazzo Grassi en mai, où j'ai fait la connaissance de Delphine Gachet, il y a eu la rencontre avec les bordelaisà la librairie Mollat, puis de nouveau à Venise, à l'alliance Française en octobre, et jeudi chez Magrez, dans son merveilleux petit château Labottière dont je rêvais enfant. Planté dans un joli parc quasiment en plein centre de Bordeaux, il était alors presque à l'abandon et mon père songeait à l'acquérir au grand dam de ma mère que l'ampleur des travaux et la taille du palais effrayait. Jolis souvenirs d'enfance. J'y retourne toujours avec beaucoup de plaisir et puis le vin qu'on y déguste est très bon. Ce fut la demeure de fameux libraires et typographes bordelais au XVIIIe siècle. Déjà le livre et ses lieux m'attiraient... Mais comme dirait un libraire de Venise qui me connait peu, " il est curieux ce Lorenzo !"...
Bon Anniversaire mon fils !
Joyeux Anniversaire mon fils.
18 novembre 2016
La Venise d'avant
On peut encore voir aussi deux simples colonnes de pierre, vestiges de l'ancien oratoire, dans le hall de l'hôtel. Est-ce l'esprit du prêtre roux qui fit décider Pierluigi et Elisabeth Beggiatole, propriétaires de l'hôtel depuis la fin des années 50, d'organiser régulièrement des concerts de musique de chambre ou des récitals de chant dans un salon à côté du hall ? Certainement. D'autant que l'esprit de la musique y vibre en permanence puisque la salle se trouve à l'emplacement exact de l'ancien oratoire où Vivaldi retrouvait ses élèves. Mais ce fut surtout à la mémoire de leur fils, jeune musicien au talent prometteur, mort dans un accident de voitures.
Il y aurait mille autres choses à dire sur l'Ospedale. Expliquer comment ces orphelins vivaient, comment tout était organisé. Des trois institutions similaires de la République intra-muros, seule la Pietà accueillait les enfants abandonnés. Il fallut en 1548 le rappel d'une bulle du pape Paul III, gravée dans la pierre près de l'entrée, pour rappeler à l'ordre les gens tentés d'abandonner en toute discrétion leur enfant alors qu'ils avaient les moyens d'assurer leur subsistance. Loger et nourrir, élever, soigner, éduquer, tout cela coûtait fort cher et la république, bienveillante, ne pouvait tolérer qu'on profite des œuvres charitables quand on pouvait soi-même faire face aux besoins des autres.
Lorsqu'il m'arrive de faire visiter à des amis cette partie de Venise, je constate que mes hôtes ont toujours la même réaction dans ces lieux. Est-ce la personnalité du musicien et le fait que ses compositions soient si populaires ? Est-ce l'émotion que provoque l'idée de ces abandons systématique d'enfants pauvres ou illégitimes ? Mais tous mes visiteurs ressortent assez émus de leur passage dans ces lieux. Plus que ça, ils en repartent avec la sensation que les lieux sont peuplés, vivants et qu'il ne serait pas surprenant, par une de ces failles spatio-temporelles dont rêvent les romanciers et les enfants, de croiser un jour de jeunes orphelines dans leur uniforme rouge de l'époque,dont le rire diaphane contrasterait avec la tristesse de leur condition ou, bien plus triste, une femme cachée par sa bauta qui actionnerait la porte-tambour pour y déposer furtivement un tout petit être avec comme seul bien la moitié d'une image sainte ou d'une carte à jouer (seul signe permettant si besoin était un jour de rompre l'anonymat de l'enfant et lui rendre son nom et son état légitime)...
17 novembre 2016
11 novembre 2016
A Venise, l'exode se poursuit : moins de 55.000 habitants dans le Centre historique. Manifestation samedi
La ville véritable ne trouve pas la paix, cette Venise dépouillée de son besoin naturel d'harmonie qui, au fil des siècles, l'a liée à ses habitants et à ses hôtes, cette Venise blessée par l'excès et la confusion de l'offre touristique qui détruit son tissu artistique et culturel. Venise, « maltraitée » par 30 millions de touristes par an, par des offres commerciales de mauvaise qualité, des imitations du verre de Murano, des pièces fabriquées en série vendues comme des objets artisanaux, ne trouve pas le repos, tandis que les 55 000 Vénitiens qui ont réussi à rester à Venise assistent avec inquiétude au déclin de leur ville.
Et ils n'ont pas l'intention de rester les bras croisés. Le rendez-vous est fixé au samedi 12 à 11h30 à San Bortolomio, un lieu symbolique grâce à la pharmacie Morelli qui, en 2008, à l'initiative d'un groupe de Vénitiens, a installé un compteur qui a permis de surveiller le nombre de résidents, fournissant ainsi une image claire de l'exode des Vénitiens.
Cette année-là, en 2008, on comptait 60 700 habitants, et on enregistrait également le chiffre le plus révélateur : en 1960, les habitants étaient 145 400. Cette courbe inexorable a marqué l'histoire du logement dans la ville et ce n'est pas un hasard si, dès 2009, pour protester contre l'exode, l'association Venessia.com a organisé des funérailles le long du Grand Canal, avec une gondole et un cercueil, accompagnées d'un long cortège de Vénitiens qui demandaient aux politiciens d'intervenir, d'offrir des opportunités, des alternatives à ce qui s'annonçait déjà comme une réalité décadente.
De San Bortolomio à la place Saint-Marc samedi, plus de 15 associations se sont rassemblées autour de la question amère « Devons-nous partir ? », accompagnées d'un doge, valise à la main, quittant la ville à bord d'une gondole.
Un geste symbolique et polémique à l'égard de l'administration municipale et de ceux qui profitent de la ville pour leurs spéculations, excluant du cercle magique et avantageux les besoins mêmes des Vénitiens.Les participants étaient nombreux : de l'Assemblée sociale de la maison aux photographes du collectif « Awakening », qui ont affiché dans toute la ville des photos dénonciatrices, en passant par Ambiente Venezia, No Navi et Venessia.com. Les jeunes de la génération des années 90, déjà promoteurs d'une manifestation citoyenne de protestation, accompagnés de caddies, provocation efficace sur les problèmes de logement, ne manqueront pas à l'appel.Les manifestants savent qu'il existe 700 logements appartenant à la municipalité (mais aussi de nombreux logements appartenant à l'Ater) qui pourraient être attribués aux Vénitiens. Ils demandent aux politiciens de taxer ceux qui louent de manière spéculative aux touristes et la création d'un organisme unique capable de regrouper toutes les ressources immobilières existantes pour les louer ensuite aux Vénitiens.
Entre-temps, la municipalité a publié un appel d'offres pour l'attribution de 71 logements et va commencer les travaux de restauration de 300 autres, sachant que cette mesure nécessite 10 millions d'euros.
Au cœur de toutes ces raisons se trouve essentiellement « le problème de Venise » qui, pour être soulagé de ses nombreux fardeaux, devrait être repensé, à commencer par son dépeuplement, la réorganisation des flux touristiques, les recettes touristiques, le problème du logement, du travail, des offres « autres » culturellement accessibles par rapport à celles qui existent actuellement.
Une révolution culturelle semble frapper à la porte d'une ville qui tente de se rebeller contre une situation qui lui enlève toute l'énergie accumulée au fil des siècles et qui l'a rendue si extraordinaire et riche d'une préciosité aujourd'hui ignorée et bafouée.
Andreina Corso
Andreina Corso, citoyenne "historique" de Venise, est journaliste et travaille pour plusieurs journaux et revues, dont la Voce di Venezia, elle est aussi enseignante, autrice et poète.
Ringraziamenti à La Voce di Venezia pour son travail et la qualité de son contenu et l'utilisation de l'article de Andreina Corso dans nos colonnes.
























