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Vivre à Venise !

Depuis plus de vingt ans, mes pas me portent sans cesse vers Venise, patrie de mes ancêtres. J'ai découvert la ville alors que je n'étais qu'un enfant. Cette fascination jamais perçue ailleurs ne m'a plus quittée. Venu en vacances, puis en transit sur la route d'Istanbul ou des Iles grecques, j'ai fini par m'y installer, un beau jour de septembre 1980. Berlusconi n'était alors qu'un petit chevalier d'industrie déjà arrogant. Les Brigades Rouges vivaient leurs derniers feux, on ne savait jamais qui était président du Conseil tellement ils changeaient souvent et le Totocalcio occupait les conversations des cafés et des campi. Tour à tour garçon d'étage, serveur, répétiteur pour payer mes études, mais aussi drogman du consulat, galeriste, éditeur d'art, j'apprenais peu à peu à devenir vénitien, "bon vénitien" selon l'expression d'Henri de Régnier. Puis, il a fallu se résoudre à choisir. Celle que je devais épouser ne me laissa aucune alternative : Elle ou Venise. Ce fut elle... Vinrent quatre merveilleux enfants. Je rêvais de les voir courir, après l'école, sur le Campo Santo Stefano ou aux Zattere. Il m'a fallu attendre longtemps pour que cela se produise. Il y a quelques jours, enfin, mes deux derniers, heureux d'être à leur tour vénitiens, débridés, épanouis, jouaient à la balle à Santa Margherita, à la marelle à San Trovaso et se moquaient des touristes pressés à l'entrée de Saint Marc. J’étais exaucé.

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