18 décembre 2025

Ma Venise en hiver II : Trois heures avec les mots de Mario Stefani

Jeudi 18
Voyage sans histoire, plutôt drôle comme souvent quand on se retrouve avec des masques improbables. J'en ai croisé quelques uns entre Lyon et Milan. dès le passage de la frontière, j'ai ressenti, come di solito - et peut-être n'est-ce qu'une une vue de mon esprit somme toute très partial - une ambiance bon enfant, détendue, des visages souriants, des regards bienveillants. Rien à voir avec les traits figés et tendus qu'on croise en France. L'homme qui voyageait à côté de moi en compagnie de son adorable et très age petite fille, un professeur de littérature comparée à Paris, me disait «En France, les gens font la gueule». Ce qui fit sourire de plus belle nos voisines, jeunes italiennes parfaitement bilingues. Elles acquiescèrent en rougissant...
 
L'appartement à San Trovaso ne sera prêt que demain. En attendant je retrouve les impressions de ma jeunesse à Santa Fosca. Tout y a bien changé. C'est propre, net, pimpant. Les jardins ont été organisés et tout semble bien entretenu. L'idée de me retrouver dans un dortoir ne me déplaisait pas trop, d'autant qu'ils sont dotés de lits individuels et d'une salle de bain privative. Mais, en discutant avec le garçon de la réception, j'ai pu occuper la même petite chambre qu'il y a une trentaine d'années, petite cellule exiguë qui donne sur le rio. Un lit, une armoire, un minuscule bureau et une chaise. La salle de bain est dans le couloir mais j'en suis le seul bénéficiaire. 
 
Une fois ma cellule de moine installée (Comme à mon habitude, j'ai déplacé l'ordonnancement des meubles et des objets pour me sentir mieux chez moi), je vais visiter les lieux refaits. Près de la réception je croise un garçon d'une vingtaine d'années un peu recroquevillé sur sa chaise et en train de manger une plantureuses salade. Il me salue avec un large sourire. Je comprends à son regard et ses gestes un peu maladroit qu'il est handicapé. 
 
Il est attendrissant, un enfant dans un corps d'adulte. Derrière ses longs cils noirs, il m'a regardé, ses yeux très clairs me scrutaient lentement. Son regard très expressif, débordait de bonté. «L'esprit de Noël qui vient» ai-je pensé. 
Un peu comme cette femme toute de noir vêtue sur le quai du métro à Lyon. On aurait dit une fée ou une befana mais avec un regard très doux. En la regardant, j'ai cru un court instant l'entendre me dire « bon voyage et bonjour à Venise». Une fois dans la rame, je n'ai pas osé me retourner au cas où il n'y aurait personne et qu'il se soit agi d'une ces visions qui nous viennent parfois à Venise, les jours de grand brouillard en hiver... Ne riez pas, cela arrive plus qu'on ne le pense, Hugo Pratt le savait bien qui en a fait de belles histoires. Dans la pièce commune de la Foresteria, croisé quelques étudiants. Fait la connaissance de deux d'entre eux. L'un est algérois mais étudie à Bologne, l'autre vient du Brésil. Ce dernier quand je lui dis ma gêne à me retrouver parmi les jeunes et leur parler d'avant, de ma vie d'étudiant ici, de mes souvenirs, des lieux tels que je les ai connus il y a plus de quarante ans, me sentant comme un vieillard cacochyme, il me répond "you're not old, Lorenzo, you're wiser". Une parole gentille, dite spontanément qu'on ne refuse pas. Expliquer combien ces quelques mots prononcés par un presque inconnu résonnent en moi joyeusement. Cela  a étouffé  toutes mes pensées négatives, mes doutes et ma lassitude. Mes préventions devant ce voyage inattendu se sont envolées et la joie d'être là l'emporte sur tout le reste. Belle introduction à ce séjour.


 

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