30 octobre 2011

C'est une histoire qu'on a peine à croire et qui fait froid dans le dos. Bien sur, nous savons tous que les commères et de nombreux esprits faibles, de tout temps ont aimé colporter des rumeurs fantasmagoriques et se faire peur. Venise est une ville où le surnaturel est à l'aise. Entre les mythes et la réalité, il y a le plus souvent bien plus que la largeur du grand canal. Mais pourtant, parfois... Fait réel et avéré, tout droit sortie des rapports de police et des journaux vénitiens de l'époque, l'histoire du campo san Boldo laisse pantois. Mais lisez plutôt.

Quand Tullio Gioppo se rendit à la questure ce matin de juillet 1929, il ne savait pas que la malheureuse affaire qui l'amenait sur la Fondamenta San Lorenzo ferait la une de tous les quotidiens de la ville. Agacé par une mésaventure qu'il ne comprenait pas, il venait déposer plainte pour des troubles de voisinage. Chaque jour depuis plusieurs jours des pluies de pierraille s'abattaient sur la maison qu'il occupait à Santa Croce, sur le campo San Boldo avec sa femme et ses deux enfants. Venu de Toscane, le sieur Gioppo âgé de cinquante-sept ans (il était né à Florence en 1872) n'est pas homme à s'en laisser compter. On sait peu de chose sur lui. Son nom apparait sur les liste du bureau de recrutement de Venise où il est inscrit comme élève sergent au 54e bataillon d'Infanterie. On apprend aussi que son père Pietro Gioppo, était ingénieur et que sa mère se nommait Adalgisa Brandani.
Ce florentin avait d'abord pensé à des plaisantins du quartier qui se moquaient souvent de l'accent de ses enfants. pour les petits vénitiens, la pureté de la prononciation toscane - qui est à l'italien ce qu'est la manière de parler angevine au français - est objet de moquerie.

De tout temps la différence attire les quolibets et la haine des esprits simples et obtus. Mais, même en surveillant depuis la fenêtre de son salon ou celle de la chambre, les persiennes tirées pour ne pas être vu, il n'a pu trouver le ou les lanceurs de pierre. Peu à peu l'affaire a pris des proportions très dérangeantes : des vitres brisées, la porte de l'immeuble endommagée, sa femme et un de ses enfants touchés par ces jets de pierre. Heureusement à chaque fois, plus de peur que de mal, les cailloux ne blessèrent jamais personne. Mais ce n'était pas une raison.

Dans la Nouvelle Italie (nous sommes l'été de l'An VII de l'ère fasciste), on ne plaisante pas avec la loi et la sécurité. L'affaire est prise au sérieux à la questure, au point que l'on envoie plusieurs policiers pour surveiller les lieux et arrêter les coupables. Jour et nuit, les équipes se relaient afin de surprendre les voyous qui s'en prennent avec autant d'acharnement à la famille Gioppo. Mais, malgré leurs efforts, cela ne servit à rien et ils ne purent trouver les coupables. On affirma que els pierres qui parfois tombèrent sur madame Gioppo ou sur ses enfants, ne les blessèrent jamais. Il apparut même que l'impact ne faisait jamais mal en dépit de la taille des cailloux et des morceaux de briques.

Selon les articles parus alors dans la Gazzetta di Venezia, la police fasciste parvint seulement à maintenir à distance la foule de badauds qui venaient voir chaque soir la pluie de pierres tomber sur la maison de la pauvre famille toscane… Comme le précise le rapport de l'officier de police chargé de l'enquête dont la Gazette se faisait l'écho : "la pluie de pierres semblait tomber du ciel"... Dans les derniers jours du mois d'août, un témoin certifia que des trous apparaissaient sur le mur qui entourait la maison puis se refermaient. C'était depuis ce mur que les pierres étaient lancées d'après l'enquête de la police. Mais on ne trouvait toujours pas qui les lançait… Puis l'automne arriva, et le phénomène s'arrêta.


Finalement tout le monde se rendit à l'évidence : Il n'y avait aucune explication logique et la présence à plusieurs reprises de policiers et de témoins de chaque côté du mur, sur le campo et dans la maison des victimes le confirma, on voyait les pierres jaillir mais personne ne les lançait… On déclara avec beaucoup de sérieux qu'il s'agissait d'un phénomène de Poltergeist, en d'autres termes, d'une manifestation d'esprit frappeur. L'histoire ne dit pas ce qu'est devenue la famille Gioppo. Quant à l'affaire, laissons à chaque lecteur conclusion et interprétation.





Cette histoire
est magistralement racontée par
Gianni Nosenghi dans son ouvrage
"Il grande libro dei misteri di Venezia risolti e irrisolti".
Éditions. Newton-Compton
2010
J@M a dit…

Nota:
L'histoire est aussi racontée par Alberto Toso Fei dans VENEZIAENIGMA
2008 Editions Elzeviro

Lorenzo a dit…

J'oubliais effectivement cet ouvrage de mon ami Alberto. Merci de ce rappel !

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