23 décembre 2025

Ma Venise en hiver V : se retrouver pour ne pas se perdre

21 décembre 2025
La froidure est là, on ne peut tout de même pas imaginer qu'à Venise en hiver, quelques jours avant Noël, on puisse continuer à se promener sans manteau ni écharpe. Pourtant le ciel est clair et aucune menace ni de pluie ni de neige. Je suis étonné du peu de monde encore. Ils vont tous arriver à partir de mercredi. Mais tout de même, j'ai connu d'autres semaines de fin décembre pleines de visiteurs, italiens pour la plupart mais les effets des tensions dans le monde, la crise économique qui atteint tout le monde, sauf les ultra-nantis, complique un peu la vie. 

Je ne me plains pas de trouver de la place sur les terrasses ou dans le vaporetto et c'est un bonheur toujours renouvelé de n'entendre parler que le dialecte dans le vaporetto ou de ne croiser sur le traghetto que des visages connus..

Mais dès 10 heures le soleil avait réchauffé l'atmosphère. Temps idéal pour amener ces dames au Rialto voir la  désormais régate des Babbi Natale. Difficile de réveiller tout le monde et de les presser. Le départ avait lieu à 10h30 et nous nous sommes mis en route qu'un peu avant midi. 

Les filles se demandaient ce que j'allais leur montrer et la foule amassée à l'Erbaria et sur le pont du Rialto les ont fait changer d'avis. videos depuis le pont, les derniers équipages arrivés, elles ont pu se retrouver au milieu d'une ambiance 100% vénitienne avec tous ces équipages déguisés en pères Noël. Il n'y avait plus grand chose à grignoter au buffet offert sur le campo mais la bonne humeur et quelques connaissances retrouvées après les discours d'usage et la remise des prix m'ont permis de trinquer avec un  délicieux soave. 


Alors que je m'apprêtais à leur proposer de déjeuner sur place de tramezzini et polpette, c'est un tour en gondole qui a eu leur préférence. Excellent moyen pou elles de percevoir Venise et le gondolier choisi avait tout pour plaire à ces dames. Après lui avoir fait mes recommandations pour qu'il leur fasse faire un tour plus ample qu'à l'accoutumée, il a   "Ne t'en fais pas je vais bien les coucouner tes amies !"

22 décembre 2025
Avant leur arrivée, je me disais que ces dames voudraient certainement vouloir voir les hauts lieux du parcours touristique et que les y accompagnerai bien sur mais que je leur montrerai le plus souvent possible des lieux méconnus et pittoresques ignorés - heureusement - par les hordes qui envahissent la ville. 


N'ayant pas cette année les revenus dont je disposais il y a encore quelques mois, ne pas pouvoir me comporter en digne vénitien m'ennuyait. Un vénitien bien élevé ne laisse jamais payer une femme ! Les usages comme les préjugés, ont la vie dure ! 

Je savais qu'il me serait impossible de les inviter à chaque fois pour un café, boire un verre ou pire, à dîner. Je l'aurai certes fait bien entendu, et de bon cœur mais avec parcimonie - ce conseiller dont je découvre la présence et le soutien. Mais leur envie de se retrouver après des mois de séparation a réglé le problème. Elles préfèrent se restaurer au gré de leurs envies pendant leurs promenades et leur léchage de vitrines que je leur ai volontiers laissé. 

Après leur départ en gondole avec le fringant gondolier, ravi de les voir folles de joie à cette petite balade sur les canaux, j'ai donc mangé mes tramezzini et bu mon birrino tranquillement et en solo, ravi de cet entracte. 


Le reste du temps, je reste à l'appartement pour écrire et lire. Il est fort agréable, bien placé et aménagé de telle sorte que nous puissions y vivre ensemble sans se déranger et, s'il manque un bureau dans ma chambre, il y a un magnifique piano à queue. Les fenêtres donnent sur les jardins de la pensione Accademia, c'est clair, propre et silencieux. 

A Sant'Angelo comme calle delle Muneghe, la configuration des lieux plus spacieux pourtant ,aurait été moins pratique. J'avais aussi dans la tête plusieurs plats que je voulais concocter à ces dames pour les régaler, notamment pour la veille de Noël et le repas du 25. 

Je ne suis pas vraiment sûr que cela leur plaise, elles ont plutôt envie  d'être ensemble et de fêter cela à Venise plutôt que de passer du temps dans l'appartement à écouter mes anecdotes sur la Sérénissime d'un fou de Venise  !

J'irai tout de même commander ce qu'il faut au Rialto demain et chez mon boucher favori à Santa Margherita.


En attendant, c'est à pied et pas en gondole que je rejoins  ce matin le campo dei Gesuiti, avant que d'aller à la Querini. J'ai des heures de libres pour travailler. En dégustant un macchiato et un croissant à une table du Combo - le bar a été déplacé depuis mon dernier passage et la terrasse sur l'eau ne sert plus que pour les fumeurs. On y était merveilleusement tranquille et le service du café était familial, tenu par des étudiants avec l'ambiance que seuls des jeunes savent instiller dans de tels lieux. 

Il faut aller avec son temps. L'entreprise - une chaîne - qui a repris l'alloggi a ouvert un café-restaurant, certainement plus rentable mais aussi terriblement bobo. Les prix demeurent encore raisonnables et le macchiato à 1,50€, soit 3 euros pour un café et una brioche, cela reste encore possible à Venise quand on connait les bons endroits.

Lecture et traduction d'un article du journal Il piccolo (25 octobre 2023) que j'avais gardé et jamais encore utilisé. C'est un texte de  Fulvio Senardi, intitulé « Saba poeta omosessuale che bramava la “calda vita” sforzandosi di nasconderla ». C'est la recension de l’ouvrage de Luca Baldoni«L’altro Saba.L’omoerotismo nel  Canzoniere », (Firenze, Edizioni Le Lettere) qui venait alors de paraître. 

Joie de retrouver mes dossiers laissés dans le magazzino que Marie-Christine Jamet a la gentillesse de me prêter depuis mon déménagement. Cela ne devait être que pour quelques semaines et toutes mes affaires y attendent le retour définitif à Venise. L'année prochaine, dieu voulant ?


Mais revenons à ce texte sur l'auteur triestin et l'approche de l'ouvrage de Baldoni. L'article du Piccolo cite une phrase relevée dans mes carnets et qui est à l'origine de mon projet d'édition d'un ouvrage transversal qui reprendrait des textes de plusieurs auteurs italiens qui ont influencé Mario Stefani ou du moins l'ont inspiré. 

Si je parviens à voir l'ami Flavio Cogo, j'en discuterai avec lui. En attendant cet article est une mine. L'auteur y cite les propos célèbres de  Saba à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire en 1953 où il évoquait la difficulté de « naître avec un tempérament classique dans une ville romantique et avec un caractère paisible dans une ville dramatique », Trieste, une cité où des communautés ethnolinguistiques s’affrontaient âprement, religieuses mais aussi sociales, une ville, vouée à Mercure, dieu du commerce, qui ne savait pas trop quoi faire des poètes et des écrivains — hormis les porte-voix de l’irrédentisme —, comme Italo Svevo.

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