25 décembre 2025

Joyeuses Fêtes à tous nos lecteurs !

 

Tramezzinimag 
vous souhaite 
un très  
JOYEUX NOËL !
qu'il soit plein de joie et de rires, 
d'espérance et de paix !
 

24 décembre 2025

Ma Venise en hiver V : Promenade à San Barnaba

24 décembre 2025
Nous y sommes, c'est aujourd'hui la veille de Noël. Comme le chante Andy William, «It's the most wonderful time  of the year» pour le monde. 
 
Campo S.barnaba. 10:45 ce matin
Hélas, le joli temps, froid mais ensoleillés des jours précédents, s'en est allé. La Bora souffle depuis avant l'aube, ciel gris et bas. Mais Noël est dans tous les esprits. Les gens se hâtent pour faire leurs derniers achats, les préparatifs de la fête vident les comptoirs de leurs gâteaux et autres gourmandises. 
 
Confortablement installé avec une bonne tasse de thé, seul dans la maison, j'observe les assauts du vent contre les arbres du jardin. des volets battent. Pas de sirène, la marée n'est pas très forte, il n'y aura peut-être pas d'Acqua Alta. Temps idéal pour la lecture.
 

En rangeant mes livres restés depuis des mois dans des cartons, j'ai retrouvé un très beau texte de François Lerbret paru chez Le temps qu'il fait.Retrouvé le même bonheur qu'à ma première lecture (voir le Coups de Cœur n°53). En revenant du café où j'aime prendre mon macchiato matutinal et lire le journal, passant comme chaque matin par le campo San Barnaba, j'ai eu envie d'inviter à nouveau les mots du livre. J'ose croire que ces quelques lignes de François Lerbret donneront à mes lecteurs l'envie de le découvrir (ou de le relire).

« Coincé entre un rio étroit, une église et les façades blanches et roses de ses maisons, le petit campo San Barnaba est un carré que les passants traversent sans paraître le remarquer, attirés sans doute par le campo Santa Margherita tout proche, vaste triangle semé d'arbres, de bancs et de terrasses qui fait office de piazza Navone du Dorsoduro. Aussi cette petite place aménagée au xvre siècle est-elle un endroit propice à l'observation, sorte d'intime avant-poste à l'animation de sa voisine, d'autant plus appréciable qu'il n'en possède pas la carrure mondaine. Le campo rayonne d'une aura populaire depuis que Katharine Hepburn y fut filmée par David Lean et qu'Indiana Jones, poursuivi par les sicaires d'une société secrète, y émerge d'un égout au milieu de dineurs effarouchés. La bouche d'égout n'existe plus- elle fut comblée après le tournage -, décor éphémère dans le grand théâtre immobile de Venise, réinventant la ville avant de lui laisser la plaisante cicatrice de l'imaginaire. J'aime par-dessus tout cette place si favorable - me semble-t-il - à l'arrêt du temps, coupée du reste de la ville comme le sont ici mille lieux, visage parmi d'autres d'un même cœur de labyrinthe toujours renouvelé et que l'on n'attend pas. »

Je ne résiste pas au plaisir de rediffuser cet extrait mythique du film de David Lean cité par François Lerbret. 
 
 
 
 
Un  très  Joyeux  Noël 
à  tous  nos  lecteurs !


20 décembre 2025

Coups de Cœur N°64

C'est la 64e édition des nos coups de cœur, pff, comme le temps passe. Livres, disques, adresses gourmandes, recettes, Tramezzinimag livre depuis vingt ans ses trouvailles. La liste est longue qu'il nous faudrait classer. Je sais que certains de nos lecteurs (lectrices en l'occurrence) l'ont fait. Ce qu'ils font moins, c'est de laisser des avis et commentaires, de faire un petit signe de temps à autre, non pas pour satisfaire un quelconque ego mais pour être sûr qu'en dépit de l'époque dans laquelle nous vivons, où tout doit aller vite et passe de mode en un clin d’œil, il reste encore des gens qui prenne le temps de lire, de se passionner pour la beauté, l'art, les bonnes choses. Tout ce qui fait la richesse commune de l'humanité, dernier rempart contre les barbares, les fous furieux démolisseurs de statues, les excités qui entartent à la peinture les chefs-d’œuvre de nos musées. 
 
Les statistiques de blogger permettent de savoir qui est passé lire nos pages, bien sûr les visiteurs sont moins nombreux. Vingt ans sont passés depuis les premiers articles. La première mouture du site qui vécut de 2005 à 2015 portait à son compteur plus de 1.600.000 visiteurs et plusieurs centaines d'abonnés. Après sa disparition mystérieuse, et le temps de reconstituer à l'identique Tramezzinimag, beaucoup d'abonnés se sont perdus en chemin. Cependant Tramezzinimag 2 comptabilise à ce jour 636.930 visites. 
 
C'est peu à l'échelle d'internet, mais c'est énorme pour nous qui croyons encore qu'il y a assez de Fous de Venise pour se reconnaître dans nos pages. Qu'ils soient remerciés une fois encore. 
 
Ici, le temps est frais mais ensoleillé et s'il n'y avait pas les décorations de Noël, on se croirait en octobre. Les enfants vont encore à l'école, mais on sent quand il passe cette excitation d'avant les fêtes. Peu de touristes là où la plupart du temps désormais il y a foule, et personne ailleurs en dehors des habitants. Contrairement à ce qu'on ressent en France, nulle morosité. Le miracle italien sûrement - en dépit des dérives politiques de la Thatcher italienne, heureusement moins puissante qu'un premier ministre anglais, et surveillée de près par un président bienveillant et réellement démocrate - cela existe vraiment. Il ne se mesure pas en indices financiers mais, en gentillesses et sourires... Dans cet esprit, pour mettre au pied du sapin, voici  quelques suggestions de lectures et de disques.
 
Venezia è Viva
Donatella Calabi
Traduction de Marianne.Faurobert 
et Paul M. Rosenberg
Liana Levi, octobre 2025 
160 pages. 
 
Le dossier de presse de ce très bel ouvrage qui fait du bien au coeur paru il y a deux mois chez Liana Levi introduit par ces lignes : « Le titre de cet ouvrage nous a été suggéré par une affiche collée sur un mur latéral du marché de Rialto en 2020. L’affiche proclamait "Venezia è viva". Depuis cette phrase est devenue quasiment un slogan dans la ville et ailleurs, y compris récemment dans des soirées-cinéma à Paris. En le reprenant, celles et ceux qui ont collaboré à ce livre souhaitent juste rappeler qu’il existe des parties de Venise et des îles avoisinantes dans lesquelles la volonté des citoyens de résister à l’hypertourisme, et à l’expropriation qui en dérive, est tout à fait évidente. Les citoyens défendent la survie de la communauté et de son tissu social. Ils bataillent pour des innovations et des transformations qui composent avec les usages et les savoirs d’autrefois.».  
De quoi se réjouir chez Tramezzinimag. en dépit de toutes les images dont nous abreuve la presse, les clichés sur la mort imminente de Venise en train de se transformer en ce que nous craignions depuis longtemps : un gigantesque parc d'attractions vidé de sa population native, plus ou moins obligés de se parquer dans des réserves du centre historique ou pire, à Mestre et plus loin encore, faire savoir au monde que Venise vit, sur-vit, revit aussi. Ce n'est pas un miracle, juste le constat que parmi ceux qui restent, il y a un nombre de plus en plus élevé de gens qui agissent, innovent, inventent pour mieux défendre, préserver, conserver l'esprit de la civilisation vénitienne. Déjà - ce n'est pas évoqué dans le livre mais c'est important de le rappeler - jamais le dialecte ne s'est mieux porté. C'est normal en Italie, pays qui par chance n'a pas eu un Louis XIV pour tout centraliser et normaliser pour asseoir son pouvoir. Les langues régionales y sont parlées partout. Pas un vénitien, quelque soit son milieu social ou son âge, qui n'entende ou ne parle la langue qui est parlée dans toute la lagune et les terres avoisinantes depuis des siècles. 
Le livre se contente de «signaler qu'il existe des parties de la ville dans lesquelles la volonté des citoyens de résister à l'hypertourisme est évidente, et qu'ils sont capables de proposer des innovations qui composent avec les vieilles habitudes». 
Ainsi sont évoqués le Rialto, véritable centre (et ventre) de la ville, la Giudecca, Castello, Santa Marta et les îles, de Poveglia à Mazzorbo. 
Un livre réjouissant qui se lit comme une épopée, bien écrit, clair et détaillé. Un cadeau parfait à se faire quand parfois le pessimisme nous gagne devant ces images terribles de milliers de touristes bloquant les rues et les ponts de la Sérénissime des quartiers touristiques, regardant tout ce qui les entoure par le biais de leur smartphone...  
L'ouvrage a été écrit sous la direction de Donatella Calabi, Professeure d’Histoire Urbaine à l’université IUAV de Venise. Ancienne commissaire de l’exposition consacrée au Cinquième Centenaire du Ghetto de Venise au palais des Doges en 2016, membre du Comité scientifique international du Musée juif de Venise, elle a écrit de nombreux ouvrages qui font référence sur Venise et sur les villes européennes de la Renaissance à nos jours. Pour en savoir plus ou commander l'ouvrage, cliquer ICI.
 
Pietro Grossi
Pugni
Sellerio editore, 2017  
Coll La memoria, n°1078 
200 pages 
EAN 9788838937200
13€ 

Belle découverte que les trois nouvelles qui constituent ce livre. On rentre dans Pugni, la première  qui donne son titre à l'ouvrage, et on est aussitôt pris par le rythme, la précision du texte
«...J'aimais beaucoup la boxe. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être était-ce la formidable intuition qu'il existait un endroit où j'avais mes chances, ou du moins où je pouvais me battre à armes égales. » 
Le Danseur et la Chèvre : c'est comme si toute leur vie, celle qu'ils ont vécue, bien que brève, mais aussi celle à venir, avait été dessinée pour leur rencontre. Le Danseur est un garçon bien, il a de bonnes notes, il n'a jamais eu de petite amie, il est maladroit (un « loser », selon sa propre définition) de ceux qui disent « toujours ce qu'il ne faut pas dire » : il fait de la boxe pour se réapproprier son existence ; avec sa légèreté de libellule, il est devenu une légende, mais sa mère lui interdit de monter sur le ring, même pour un seul combat, et il ne s'est jamais mesuré à personne. La Capra est pauvre, sourd, et le fait de ne pas pouvoir entendre les voix l'a exclu du monde. Il se bat avec une détermination obstinée et c’est un champion qui gravit les victoires comme les chèvres gravissent les ravins, mais il veut savoir s'il est vraiment le plus fort. Boxe, le premier de ces trois portraits de jeunes aux prises avec l'initiation à la vie, parle de salles de sport et d'odeurs corporelles, de sacrifices et de vantardises, d'épreuves et de défis, de la révélation fulgurante du sens secret de la vie, donnant l'impression d'un arc tendu à la limite de la rupture. C'est le très saisissant premier texte proposé par le jeune écrivain Pietro Grossi (il est né en 1978) qui a très vite enflammé le monde de l'édition italien et séduit un très large public.
Cavalli, le deuxième texte, est écrit sur un rythme de ballade et nous transporte des espaces ouverts : deux frères reçoivent de leur père deux chevaux.  C’est le début de leur destin. « Il fut immédiatement clair pour tout le monde que les chevaux emmèneraient les deux frères dans des endroits différents ». Le premier utilise le sien pour aller et venir de la ville à la recherche d'expériences et d'aventures ; l'autre reste, avec l'intention laborieuse de monter un élevage. Une blessure ouverte à soigner les retrouve côte à côte et révèle qui est déjà un homme et qui doit encore le devenir. L’économie des mots et des descriptions rend bien le côté sauvage, frustre des deux garçons et de leur univers, rendant encore plus significatif leur cheminement vers l’âge adulte. 
Si les deux premières histoires traitent de l'entreprise des jeunes hommes pour devenir ce qu'ils sont, la troisième, La scimmia (Le singe), raconte le désir de disparaître comme une voie possible qui guette. L’auteur veut nous faire toucher du doigt la fragilité invincible des êtres : l'ami connu comme le plus riche, le plus chanceux, décide soudainement d'être un singe, et le voile impénétrable du délire montre un certain sens de la vie qui, à partir de ce moment, s'attache à l'ami sain comme le double qui est toujours à ses côtés. Un coup de téléphone qui n’est pas celui attendu par le protagoniste, celle qu’il a tant aimé dans sa prime jeunesse lui demande de venir voir son frère qui fut longtemps son meilleur ami, qui se prend et agit comme un singe. Il va le voir sans s’attarder. Promet de revenir mais ne reviendra pas. Fuite devant une réalité incompréhensible à laquelle il faut donner un sens pour ne pas rompre son équilibre intérieur. Lui, le technicien de théâtre qui a du mal à joindre les deux bouts, qui a peur de la vie se retrouve face à son ami, nanti, entouré qui pourtant a quitté le monde réel en se prenant pour un singe… 
Pietro Grossi, exprime dans ces trois courtes nouvelles, une épopée du quotidien ; ses personnages, tous unis par des liens doubles sont destinés à se sauver ou à céder ensemble (l'adversaire-ami pour toujours, l'antagoniste-frère, l'alter ego vaincu), et vont lutter chacun à leur manière, par l’expérience qu’ils vont vivre, pour retrouver du sens, pour retrouver leur unité. Le roman, déjà traduit en allemand, en anglais, en chinois même, ne l'est pas encore en français.  Espérons que cela ne tarde pas.
 
Pierre Rosenberg 
Sheila McThyghe
Nicolas Poussin, La Confirmation
éditions Kulturalis, 2026 
80 Pages 
ISBN 978-1-83636-016-2

Premier volume d'une nouvelle série commandée par le ministère de la Culture et du Tourisme d'Abu Dhabi, qui présentera les chefs-d'œuvre acquis et conservés dans l'émirat, l'ouvrage est encore en précommande. Qui mieux que l'ancien président et directeur du Louvre, Pierre Rosenberg, grand spécialiste du peintre, grand érudit et homme de passion pouvait offrir au public, une étude très poussée de l’œuvre au public. Le livre s'adresse au grand public, à ceux qui ne sont pas des spécialistes mais qui s'intéressent à l'art et à l'histoire de l'art. Une passionnante présentation du tableau illustrée de très belles photographies. 
Peint vers 1637-1640, La Confirmation (vers 1637-1640)  fait partie de la célèbre série des Sept Sacrements de Nicolas PoussinCréée par un artiste considéré comme une des figures les plus importantes de l'histoire de l'art en général, elle occupe une place centrale dans l'histoire de l'art occidental. Abordant à la fois des thèmes spirituels et sociaux, l'intégration de cette œuvre dans la collection de chefs-d'œuvre d'Abu Dhabi «vise à attirer un nouveau public international et à inspirer les générations futures.»
L'essai de Pierre Rosenberg comprend une étude approfondie de La Confirmation et de la série des Sept Sacrements dans l'œuvre de Poussin, tandis que Sheila McTighe analyse la notion de peinture comme « poésie muette », alignant son travail sur l'art de Raphaël, Le Carrache et Domenichino. Ensemble, les textes de ces deux éminents chercheurs offrent un compte-rendu clair et accessible de cette œuvre majeure et complexe, accompagné d'illustrations détaillées de la Confirmation elle-même, d'autres œuvres de Poussin, ainsi que de ses précurseurs et contemporains.
Historienne de l'art, ancien maître de conférences au Courtauld Institute of Art de l'université de Londres, Sheila McTighe à la première traduction anglaise de toutes les lettres de l'artiste.

Roland de Lassus
Nativitas Christi
Dublin Chamber Choir
Arcantus Label, 2025
ARC25059
 
Ce CD offre une immersion dans les compositions sacrées de Noël du musicien de Mons, qui mêle de la musique liturgique polyphonique et et des mouvements de messes moins connus. L’interprétation du Dublin Chamber Choir, dirigé par Ite O’Donovan, en restitue toute la richesse et la magie. 
Parmi les œuvres sacrées de Roland de Lassus (1532-1594) figurent des mises en musique particulièrement expressives des propres de la messe pour les grandes fêtes de l’année liturgique : Noël, Pâques, la Pentecôte et la Fête-Dieu. Ces pièces, publiées pour la première fois en 1574 sous le titre Officia aliquot de praecipuis festis anni, se distinguent par une écriture mesurée, attentive au texte et à sa fonction dans la célébration. Le disque, premier volume de la série, est consacré à Noël.présente les propres — introït, alléluia, séquence et communion — dans leur ordre liturgique, en les alternant avec des mouvements extraits de messes moins connues mais tout aussi remarquables de Lasso. Le prochain volet, dédié à la Pentecôte, paraîtra en 2026.
 
Dario Cestaro, Paola Zoffoli
Les trésors de Venise 
Livre pop-up 
Marsilio Editore, 2013 
ISBN  9788831715973
 
Ce livre assez ancien reste un classique qui plait aux enfants mais aussi aux grands, avec ses illustrations très détaillées et poétiques. Un cadeau idéal pour déposer sous le sapin de Noël et aux Étrennes.
 

Veneto cuisine 
 
Rosa Maria Rossomando Lo Torto 
Illustrations de Sara Arosio
Éditions Linea d'acqua 
Venise 2020
72 pages
ISBN 9788832066258

Ce petit recueil très agréablement écrit présente les recettes que Rossomando Lo Torto a publié en anglais depuis 2015 dans le magazine InTime Magazine. «Dans son analyse approfondie, l'auteure décrit les produits et les plats typiques de Venise et de la Vénétie, révélant une gastronomie variée où coexistent des traditions séculaires et des influences internationales. Le livre est complété par une sélection de recettes provenant de certains des restaurants les plus célèbres de la Vénétie, du Harry's Bar à Venise à la Trattoria da Romano à Burano et Le Beccherie à Trévise.» Malheureusement, le livre n'a pas été encore traduit en français. 

Valdobbiadene Rive di R
efrontolo 
Extra Brut '24 - Santa Margherita - 
Fossalta di Portogruaro (VE)
25 euros

C'est le temps des fêtes, le moment de goûter des alternatives aux champagnes français et aux spumante des autres régions d'Italie. Nous avons bien aimé parmi les vins sélectionnés par Gambero Rosso, un vin pétillant du Veneto qui allie des arômes raffinés, une joyeuse gouleyance et un prix abordable. Le Rive di Refrontolo Extra Brut ’24 reflète bien l'identité du territoire vénitien et le savoir-faire de la famille Marzotto, dont l'histoire dans le monde du vin commence avec Santa Margherita et son pinot grigio connu désormais dans le monde entier et s'étend aujourd'hui à toute la péninsule. Cet Extra Brut se distingue par ses arômes délicats de fruits blancs qui se reflètent en bouche de façon harmonieuse et agréable. Sa structure élégante le rend idéal pour accompagner le réveillon du Nouvel An ou pour trinquer entre amis et en famille, alliant tradition, qualité et légèreté. Et n'oubliez pas de trinquer en l'honneur de tramezzinimag !

27 novembre 2025

Vision de la Régate de Burano

Regata di Burano, 1947, aquarelle | Coll.privée

 Sur l'aquarelle, on voit les vainqueurs, le fameux couple Albino Dei Rossi, dit  “Strighetta” et son compère, Marcello Bon dit “Ciapate”. Toujours premiers pour six années consécutives, entre 1947 et 1952. De grands messieurs acclamés par la foule à chaque régate. Le souvenir d'une grande époque pour le sport vénitien !

 
Regata Storica de 1947 | ©comune.venezia.it

24 août 2025

Faire son marché à Venise

Dans tous les pays du monde, à la ville comme à la campagne, il y a des marchés. L'atmosphère y est souvent très roborative. Les plus chagrins se dérident au milieu des étals de fruits et de légumes, parmi cette foule bon enfant le plus souvent qui traîne, regarde les marchandises, compare, discute. Nulle agressivité sur un marché, ce n'est pas comme dans ces grandes surfaces impersonnelles ou, derrière son caddie, la ménagère énervée part en guerre contre ceux qui hésitent dans les rayons, contre la caissière trop lente ou le qui manque bien sur quand on en a besoin.  
 

A Venise, plus encore qu'ailleurs, aller faire son marché est un réel plaisir. D'abord parce qu'on se retrouve vite hors du temps : pas de camion, d'odeur de pots d'échappement, d'embouteillages. Lorsque vous habitez de l'autre côté du grand canal, le meilleur moyen d'y arriver est de prendre le traghetto, ces gondoles avec deux gondoliers qui vous transportent d'une rive à l'autre pour quelques centimes depuis mille ans. Il y a aussi le pont du Rialto toujours gorgé de monde comme c'était déjà le cas au Moyen-âge.


Les ruelles sont remplies de monde, les marchands de fruits, de légumes, d'aromates, mais aussi les bouchers, les poissonniers, les charcutiers, tous rivalisent d'ingéniosité pour présenter leur marchandise aux vénitiennes tirant leur chariot. 
Jusque dans les années 90, quasiment toutes les marchandises provenaient des environs proches de la Sérénissime :  Mazzorbo, Padoue, Vicenza.... les étiquettes sur les caisses le signalaient. Du locavore avant que le mot soit inventé.
 
Le jeune Andrea derrière le ban familial (années 70). ©Maurizio Rossi.

Mais d'autres lieux plus paisibles abritent aussi de petits marchés. Pour ne citer que ceux-là : le campo santa Margarita, avec un des meilleurs poissonniers de la ville et un fleuriste sympathique, la barque delle erbe à deux pas, au pied du ponte dei Pugni de San Barnabà, les marchands des quatre saisons de la Lista di Spagna, ceux du campo Santa Maria Formosa, ceux encore de Castello, sur la Via Garibaldi... Un univers vivant, pittoresque où l'on trouve une marchandise qui échappe encore aux règlements imbéciles établis par les fonctionnaires obtus du Parlement européen.  Hélas, comme partout ailleurs le libéralisme l'emporte et bien des étals n'existent plus.
 
Lorsque je vivais sur la calle Navarro, il y avait un petit "frutariol" installé en bas de chez moi. Son échoppe semblait sortie d'une de ces gravures d'autrefois : quelques mètres carrés où s'entassaient  légumes et fruits de sa production, variant selon la saison.  Les pêches en été comme les poires en automne étaient toujours des délices. Cueillies souvent la veille ou le matin même, elles arrivaient en bateau de tous les îlots maraîchers de la lagune et parfois de villages des environs sur le delta du Pô ou de la Brenta. (Photo ©VenetiaMicio)
 
Les plus exotiques étaient les oranges de Siçile ou les pommes de terre du Piémont. Chicorée dite de Vérone, choux et carottes de Torcello ou d'une île-jardin du nord de la lagune... Rien à voir avec ces fruits insipides et ses légumes calibrés arrivant du bout du monde, que l'on trouve dans nos supermarchés aseptisés ! Il avait de beaux œufs, énormes, provenant d'une ferme de San'Erasmo. Les deux jolies sculpture brillantes comme du fer luisent toujours de chaque côté de la devanture comme deux hiératiques gardiens. Hélas, le rideau est baissé depuis longtemps maintenant. Dans la boutique se retrouvaient chaque matin toutes les vieilles dames du quartier, les étrangers qui résidaient dans les beaux immeubles de Dorsoduro et les cuisiniers des trattorias du coin. Une grande famille en quelque sorte. Le marchand ne parlait que le vénitien et je n'étais pas peu fier quand il m'accueillait le matin me gratifiant d'un très sonore "Buon di, sior Lorenzo, cosa ti vuoi, oggi?"... 

[Réédition après corrections d'un billet paru en novembre 2005 que Google n'avait pas indexé. Allez savoir pourquoi...]

21 juin 2025

C'est aujourd'hui l'ouverture de la librairie Giovanni !

Non, il ne s'agit pas seulement d'un «bookshop» de musée ou d'un coin livres comme on en trouve souvent, mais d'une véritable librairie indépendante, « autonome dans sa proposition, radicale dans ses choix» proposant, en plus des catalogues d'expositions, des œuvres d'art et des objets de design attendus dans ces lieux, un véritable choix éditorial en collaboration avec les éditions Tlon et d'autres éditeurs indépendants. Tramezzinimag et Deltae Edizioni se félicitent de cette ouverture et adressent les meilleurs vœux de réussite à la nouvelle structure. 

La librairie combinera deux dimensions souvent perçues comme distinctes : celle de la librairie muséale avec des livres, des objets et des catalogues et celle de la librairie indépendante, qui se distingue par son autonomie une proposition originale (orientée ?) et sa vocation à la recherche. Tlon explique 
ainsi l'idée générale qui présida à la création de sa librairie  : 

«...Avec la Libreria Giovanni, nous voulons nous adresser aux citoyens de Venise, aux lecteurs affectueux et passionnés de la Fondation, à ceux qui cherchent un livre ou un objet, à lire, à posséder, à offrir, à partager.

Pour les Vénitiens et les Vénitiennes, et pour ceux qui sont de passage, nous voulons que la Libreria Giovanni soit un centre de gravité permanent, au milieu des vagues bondées de la ville que Joseph Brodski appelait l'aquarium du monde, la plus métaphysique de toutes les villes.

Il s'agit du quatrième point de vente géré par les Edizioni Tlon, après la Libreria Teatro de Rome, la librairie de la Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea et la sélection de livres de l'Académie française de Rome, Villa Médicis. Avec l'ouverture de la Libreria Giovanni, Tlon entame un dialogue avec la majestueuse et vivante région vénitienne.

Une librairie indépendante qui se veut un cadre culturel social, capable de contribuer activement à la transformation du tissu urbain et à la vie culturelle des communautés.»

La Fondation Querini Stampalia, en lançant la librairie Giovanni, continue son chemin de renouvellement culturel. Le chois d'en confier la gestion aux éditions Tlon plutôt qu'à d'autres éditeurs indépendants ou à un regroupement d'éditeurs n'est pas anodin. La prise en charge par Tlon d'un lieu conçu dès l'origine pour intégrer et amplifier l'expérience du musée, est une gageure. Ce n'est pas une simple librairie, mais une librairie indépendante, conçue pour accueillir différents publics et déployer un dialogue avec les vénitiens, avec la ville. «Un point de rencontre. Un endroit en évolution continue, où revenir et revenir, pour découvrir de nouvelles idées et suggestions à emporter avec vous.» dit le communiqué de la Fondation.

La librairie nouvelle de la QS est signée
 Martí Guixé. Elle est dédiée au fondateur Giovanni Querini, fondateur de l'institution qui doit sûrement froncer les sourcils et s'interroger. « Eller eprésente un point de rencontre entre deux âmes complémentaires: celle de la librairie du musée, qui étend l'expérience du musée à travers des livres, des catalogues, des objets, des gadgets et celui de la bibliothèque indépendante, avec une proposition éditoriale autonome, raffinée et accessible. Un espace dans lequel le livre devient un instrument d'analyse et de stimulus en profondeur pour la compréhension du présent». On retrouve dans ces propos (officiels), les mêmes arguments qu'à Harvard où les classiques et les livres politiquement opposés aux idées des nouveaux maîtres à penser ne sont plus vendus et impossibles à commander, à défaut d'être interdits pour l'instant et les lecteurs mis au pilori au nom de cette nouvelle idéologie mortifère.
 
Message reçu donc. On ne peut que se réjouir de voir une autre librairie s'ouvrir à Venise. Mais restons vigilants, l'épidémie serait-elle en train de gagner Venise aussi ? Gageons que celle-ci sera simplement à l'image des éditions Tlon, un rien iconoclaste, libre, ouverte sur le monde et les temps modernes. Mais espérons qu'elle ne devienne pas une sorte d'annexe de ces officines militantes ultras qui ne voient la littérature que comme un outil révolutionnaire, éliminant de leurs rayonnages tout ce qui n'est pas politiquement correct selon leur définition personnelle. Tant qu'on y trouve de belles et grandes choses, qu'on peut y découvrir de nouveaux auteurs, des idées nouvelles, n'est ce pas ce qu'on cherche en furetant chez un libraire ? 
 
Ce qu'on cherche en tout cas n'est pas cette nouvelle pensée unique, démultipliée à l'infini et à toutes les sauces. Ce n'est pas ce qui attire la grande majorité des lecteurs, même les plus curieux. Non, il serait étonnant que cet esprit délétère exporté des États-Unis - en fait de certains foyers intellectuels américains heureusement minoritaires - devienne la marque de La librairie de la Querini Stampalia et soit le choix de la direction pour faire rentrer la Fondation, son musée et sa bibliothèque dans la modernité... Nous en reparlerons dans quelques mois, le temps de voir ce qu'il en est de l'accueil du public et des vénitiens. en attendant, bonne visite et si vous êtes à Venise pour le solstice, ne manquez pas les réjouissances prévues !
 
 Crédits Photographiques ©Adriano Mura - Querini Stampalia

 

18 juin 2025

Notes retrouvées (1) : La très singulière impression que San Giacomo del Rialto lui faisait depuis toujours

Au détour d'une page du journal de Nicolas Weyss de Weyssenhöff, Antoine découvrit une carte postale. Un vieux cliché jauni montrant une vue de l'église de San Giacomo del Rialto. Au verso était griffonnée au crayon une vue de l'église que quelques traits  au pastel rendaient vivante. Elle portait la mention, « Pour mon ami plus vénitien que russe, de la part de son anarchiste préféré, Paul Signac, 28 avril 1908  »... Antoine n'en revenait pas, il avait entre les mains un dessin du peintre dont il avait découvert le travail en visitant le musée de l'Annonciade.  

Plus il avançait dans sa découverte du journal de Nicolas, plus il s'émerveillait de la vie d'un garçon à peine plus âgé que lui aujourd'hui et qui avait déjà connu l' les grands-parents d'Antoine ne vivaient de romanesque que les expéditions dans les réserves de la maison pour voler des confitures où les baisers furtifs volés aux cousines quand la gouvernante tournait le dos. Eux passaient de la grande maison en ville au collège, de la propriété des grands-parents à la villa d'Arcachon. Il posa la carte postale sur la table et poursuivit sa lecture :

28 avril 1908.
« [texte en allemand rayé illisible, quelques mots en russe.] Aujourd'hui, visite des Miracoli en compagnie de Paul S. et de sa charmante épouse, rencontrés récemment au Florian et avec qui j'ai sympathisé. Le peintre et sa muse aiment beaucoup la ville.Paul, avec son regard aiguisé et sa muse à ses côtés, semble avoir trouvé en Venise une source inépuisable d'inspiration.   Pris beaucoup de plaisir à leur montrer  les lieux que j'aime particulièrement et qu'on ne cite pas dans le Baedeker. Ces recoins empreints de souvenirs et de significations personnelles.J'avais six ans quand notre mère nous amena avec elle à Venise. J'en garde l'impression d'émerveillement et de joie qui s'était emparée de moi quand nous sommes descendus du bateau.
« Les idées libertaires de Paul, bien qu'en décalage avec l'univers dans lequel j'ai grandi, éveillent en moi une curiosité et une réflexion stimulante. Berthe, avec son sourire bienveillant, semble apprécier nos échanges passionnés, où l'artiste et le jeune aristocrate russe confrontent leurs visions du monde. Il est fascinant de constater comment des perspectives si différentes peuvent se rencontrer et s'enrichir mutuellement.
Agréables moments donc qui m'ont inspiré quelques mauvais vers. Ma chère maman aurait voulu que je les conserve.

Le feuillet où était copié le poème manquait. On voyait nettement qu'on l'avait arraché du carnet. Mais certainement dans un repentir, Nicolas l'avait conservé. Antoine le retrouva plié en quatre, glissé entre des pages. Il était couvert de dessins et de graffitis à la plume. Le sonnet était en allemand :

Im sanften Schatten eines alten Traums,
Schleicht ein Flüstern, geheim und fern,
Die Schleier aus Nebel umarmen sich leise,
Enthüllen Welten, wo Seelen sich malen.

Die Sterne flüstern vergessene Geschichten,
Im ätherischen Himmel, ihre Lichter umschlungen,
Dort, wo die Zeit ihren leichten Atem anhält,
Finden verlorene Herzen endlich Frieden.
(*)

La nuit venait de tomber. Le temps comme à chaque fois qu'il se replongeait dans les papiers de Nicolas, n'avait plus de prise sur lui, Antoine en oubliait le monde réel autour de lui. Surpris par l'obscurité, il alluma la lampe et  reprit sa lecture, avide d'en savoir davantage.

«[...] Cette promenade matinale m'a rappelé une autre époque, un autre matin, où je m'étais aventuré à la rencontre d'Edmund, cet ami anglais.......... (mot illisible). Nous avions pratiquement le même âge. Je l'avais rencontré lors d'un thé chez les Giovanelli, chez qui nous résidions à l'époque. Une rencontre fortuite qui marqua un tournant dans ma vie. Il y a un peu plus de dix ans déjà. 

In flüchtiges Treffen, am Wendepunkt des Schicksals, / In den Äther gemeißelt, durch göttlichen Atem, / Wo Wege sich kreuzen, in geheimem Reigen, / Und Seelen erwachen zum seltsamen Reiz. / Unter dem Schleier des Zufalls verweben sich Schicksale, / Goldene Fäden spinnend in unendlicher Dunkelheit, / Und im Schweigen legt sich ein Versprechen nieder, / Das für immer das Gewebe der Dinge verändert." (**)

Bien sûr, voici quelques vers inspirés par cette phrase, dans le style des Symbolistes :Une rencontre fugace, au détour du destin, Sculptée dans l'éther, par un souffle divin, Où les chemins se croisent, en un ballet secret, Et les âmes s'éveillent à l'étrange attrait.Sous le voile du hasard, les destins se lient, Tissant des fils d'or dans l'ombre infinie, Et dans le silence, une promesse se pose, Changeant à jamais la trame des choses.J'espère que ces vers reflètent l'esprit et l'émotion que vous recherchiez. Si vous avez d'autres demandes, n'hésitez pas à me le faire savoir !
Bien sûr, voici quelques vers inspirés par cette phrase, dans le style des Symbolistes :Une rencontre fugace, au détour du destin, Sculptée dans l'éther, par un souffle divin, Où les chemins se croisent, en un ballet secret, Et les âmes s'éveillent à l'étrange attrait.Sous le voile du hasard, les destins se lient, Tissant des fils d'or dans l'ombre infinie, Et dans le silence, une promesse se pose, Changeant à jamais la trame des choses.J'espère que ces vers reflètent l'esprit et l'émotion que vous recherchiez. Si vous avez d'autres demandes, n'hésitez pas à me le faire savoir !
Je me rends compte qu'à travers les années, Venise a toujours été pour moi le théâtre de rencontres significatives, de ces croisements de destin qui, à leur manière, sculptent le cours de notre existence. Aujourd'hui, je ne peux m'empêcher de me demander quelles nouvelles aventures et quels nouveaux liens cette ville magique me réserve encore. [...]»

Antoine était un peu perdu. Il tourna les pages du journal en espérant avoir le détail de ce à quoi Nicolas faisait référence. Soudain, il trouva. L'entrée portait la date du 14 octobre 1897 :

« Rialto ce matin. J'avais craint que le brouillard ne s'attarde, mais il était à peine neuf heures lorsque je posai le pied sur le ponton. Le marché battait son plein, bien que les couleurs familières me parussent délavées, telles une aquarelle estompée. J'espérais croiser le jeune Anglais avec lequel j'avais échangé quelques mots l'autre soir chez les Giovanelli. Il m'avait confié qu'il se rendait chaque matin dans ce quartier animé, dans l'espoir de revoir une jeune femme dont l'allure l'avait, selon ses propres termes, ensorcelé. Il prétendait connaître son adresse, et la contrada San Zuane ne lui était plus étrangère. Ce vieux quartier, partiellement insalubre dès que l'on s'éloigne des placettes bordant le canalazzo, abrite la chiesa San Giacometo, si vieille qu'on la croirait prête à s'effondrer, à l'instar du pauvre campanile de San Marco. La grisaille de ce matin accentuait cette impression de décrépitude [mots illisibles en russe].
« Un mendiant s'empara de la manche de mon manteau. Son apparence était repoussante, avec une large bouche dévoilant deux dents jaunes. Il marmonna des paroles que je ne compris point. Un prêtre finit par le chasser. Derrière ce triste personnage, deux jeunes femmes avançaient, chacune la tête et les épaules recouvertes d'un châle de cachemire. Leurs motifs si semblables me donnèrent d'abord l'impression qu'elles partageaient une même écharpe. le vieil accordéoniste qu'on croise souvent sur les Schiavoni, jouait au pied des marches du pont, tandis que la messe semblait s'achever. Peu de fidèles en sortaient. Parmi eux, je ne remarquai que ces deux jeunes femmes.
« Je ne sais pourquoi, mais dès l'instant où je posai les yeux sur elles, je compris pourquoi Edmund cherchait à revoir cette jeune fille dont il avait parlé dans le salon du prince. Il s'agissait certainement de la plus jeune. Elle se tenait droite, le visage protégé des miasmes de la rue par son châle. Il émanait d'elle une sorte de lumière. Le prince Alberto s'était gentiment moqué de notre pauvre anglais; J'avais ri avec lui sans entendre vraiment le motif de la plaisanterie. Giovanelli a notre âge. Il est drôle, impétueux et débonnaire. C'est un bergamasque. Un peu l'équivalent des cosaques chez moi.
« Toutes ces pensées qui m'étaient venues en cheminant du palais jusqu'au Rialto s'évanouirent quand je vis sortir les deux jeunes femmes. Je sus aussitôt qu'elles me plaisaient. Je m'empêchais de les dévisager davantage. Juste derrière, Edmund suivait à quelques pas des jeunes femmes. Il ajustait son chapeau. Impossible de ne pas le reconnaître pour un Anglais, non seulement à cause de ses cheveux roux et bouclés, mais aussi par son manteau dont le ton tranchait avec ceux des gens qui sortaient comme lui de l'église. Ah, ses vêtements ! Je lui fis un signe, et lorsqu'il me vit, il agita son chapeau avec un large sourire. Des manières fort anglaises, ma foi.
Antoine connaissait bien les lieux évoqués par Nicolas. Mais ils avaient depuis longtemps été restaurés et plus aucune trace ne subsiste de l'impression misérable du bâtiment. L'église semble presque pimpante, les maisons attenantes recouvertes d'un joli torchis, les volets repeints. L'horloge qu'on voit sur la photographie trouvée dans le journal de Nicolas a été remplacée par celle du XVIIIe siècle qui avait été déposée par l'occupant autrichien. Elle occupe presque tout le fronton de l'église. Il n'y a plus de mendiants assis sur le rebord du parvis. 
 
Même par un jour de brouillard, les lieux n'évoquent en rien la tristesse et la pauvreté qui choqua tant Nicolas. Avait-il été mal à l'aise aussi en Russie, devant la misère de certaines rues de Petersbourg ou de Moscou ? Il l'avait appris dès les premières pages du journal vénitien de Nicolas. Car les Weyss de Weyssenhoff occupaient depuis plusieurs mois le dernier étage du palais Donà Giovanelli que leur louait la princesse, une grande amie de la comtesse. Mais ceci fera l'objet d'un autre récit. 

(*) :
Dans l'ombre douce d'un vieux rêve, / Se glisse un murmure, secret et lointain, / Les voiles de brume s'enlacent doucement, / Révélant des mondes où les âmes se dessinent. / Les étoiles murmurent des histoires oubliées, / Dans le ciel éthéré, leurs lumières entrelacées, / Là où le temps retient son souffle léger, / les cœurs perdus trouvent enfin la paix.
 
(**) 
Dans une rencontre fugace, au tournant du destin, / Gravés dans l'éther par le souffle divin, / Là où les chemins se croisent, dans une danse secrète, / Et les âmes s'éveillent à un étrange attrait. / Sous le voile du hasard, les destins s'entrelacent, / Tissant des fils d'or dans l'obscurité infinie, / Et dans le silence une promesse est faite, / Qui change à jamais la trame des choses.
 
 

 
Plusieurs années séparent ces deux clichés. Le bureau que j'avais aménagé dans une petite colocation où j'ai vécu quelques semaines le temps d'un été, est celui sur lequel j'ai déchiffré et retranscrit les pages du journal de Nicolas Weyss de Weyssenhoff et pris mes premières notes sur ce texte qui n'en finit pas de grossir sans pour autant me sembler satisfaisant. J'aimais bien cette chambre aménagée dans le grenier d'un des palazzi de la Fondamenta dei Preti, à Sta Maria Formosa. Il faisait terriblement chaud cet été-là et nous tentions de créer des courants d'air pour que ce soit moins suffocant. Ma fenêtre donnait sur les toits et encadrait le haut du campanile. Je m'installais souvent sur le poggiolo, assez large pour y disposer des coussins. Avec la vue, la brise pleine de senteurs marines, de la musique, du thé et des biscuits, tout était réuni pour les moments heureux et solitaires qui m'aident depuis toujours à me concentrer avant que d'écrire.
 
La seconde photographie - «selfie » maladroit -  a été prise dans la chambre de l'appartement où j'ai eu la joie d'habiter après le départ contraint du campo Aant'Angelo par la mort de la propriétaire du palazzo à l'entrée de la Calle degli Avvocati. C'est à ce petit bureau de dame que j'ai poursuivi mon travail d'écriture autour de la vie et de la disparition de Nicolas W. de W., personnage ô combien mystérieux dont je découvrais peu à peu sous ma plume la consistance et les émotions. C'est là que furent rédigées les notes autour de cette carte postale montrant l'église San Giacomo au Rialto.
 
à suivre.