TraMeZziniMag
VENISE, UN LIEU MA ANCHE UN VIAGGIO NELL'EUROPA CHE MI PIACE NOT THE ONE OF THE GLOBALIZATION, MAIS CELLE DES NATIONS, DES PEUPLES, DES CULTURES, PATRIA DELLA DEMOCRAZIA DELLA FILOSOFIA DELLA STORIA LA REINE DES VILLES AU SEIN DE L'EUROPE, REINE DU MONDE
25 décembre 2025
Joyeuses Fêtes à tous nos lecteurs !
24 décembre 2025
Ma Venise en hiver V : Promenade à San Barnaba
En rangeant mes livres restés depuis des mois dans des cartons, j'ai retrouvé un très beau texte de François Lerbret paru chez Le temps qu'il fait.Retrouvé le même bonheur qu'à ma première lecture (voir le Coups de Cœur n°53). En revenant du café où j'aime prendre mon macchiato matutinal et lire le journal, passant comme chaque matin par le campo San Barnaba, j'ai eu envie d'inviter à nouveau les mots du livre. J'ose croire que ces quelques lignes de François Lerbret donneront à mes lecteurs l'envie de le découvrir (ou de le relire).
« Coincé entre un rio étroit, une église et les façades blanches et roses de ses maisons, le petit campo San Barnaba est un carré que les passants traversent sans paraître le remarquer, attirés sans doute par le campo Santa Margherita tout proche, vaste triangle semé d'arbres, de bancs et de terrasses qui fait office de piazza Navone du Dorsoduro. Aussi cette petite place aménagée au xvre siècle est-elle un endroit propice à l'observation, sorte d'intime avant-poste à l'animation de sa voisine, d'autant plus appréciable qu'il n'en possède pas la carrure mondaine. Le campo rayonne d'une aura populaire depuis que Katharine Hepburn y fut filmée par David Lean et qu'Indiana Jones, poursuivi par les sicaires d'une société secrète, y émerge d'un égout au milieu de dineurs effarouchés. La bouche d'égout n'existe plus- elle fut comblée après le tournage -, décor éphémère dans le grand théâtre immobile de Venise, réinventant la ville avant de lui laisser la plaisante cicatrice de l'imaginaire. J'aime par-dessus tout cette place si favorable - me semble-t-il - à l'arrêt du temps, coupée du reste de la ville comme le sont ici mille lieux, visage parmi d'autres d'un même cœur de labyrinthe toujours renouvelé et que l'on n'attend pas. »Je ne résiste pas au plaisir de rediffuser cet extrait mythique du film de David Lean cité par François Lerbret.
20 décembre 2025
Coups de Cœur N°64
Cavalli, le deuxième texte, est écrit sur un rythme de ballade et nous transporte des espaces ouverts : deux frères reçoivent de leur père deux chevaux. C’est le début de leur destin. « Il fut immédiatement clair pour tout le monde que les chevaux emmèneraient les deux frères dans des endroits différents ». Le premier utilise le sien pour aller et venir de la ville à la recherche d'expériences et d'aventures ; l'autre reste, avec l'intention laborieuse de monter un élevage. Une blessure ouverte à soigner les retrouve côte à côte et révèle qui est déjà un homme et qui doit encore le devenir. L’économie des mots et des descriptions rend bien le côté sauvage, frustre des deux garçons et de leur univers, rendant encore plus significatif leur cheminement vers l’âge adulte.
Si les deux premières histoires traitent de l'entreprise des jeunes hommes pour devenir ce qu'ils sont, la troisième, La scimmia (Le singe), raconte le désir de disparaître comme une voie possible qui guette. L’auteur veut nous faire toucher du doigt la fragilité invincible des êtres : l'ami connu comme le plus riche, le plus chanceux, décide soudainement d'être un singe, et le voile impénétrable du délire montre un certain sens de la vie qui, à partir de ce moment, s'attache à l'ami sain comme le double qui est toujours à ses côtés. Un coup de téléphone qui n’est pas celui attendu par le protagoniste, celle qu’il a tant aimé dans sa prime jeunesse lui demande de venir voir son frère qui fut longtemps son meilleur ami, qui se prend et agit comme un singe. Il va le voir sans s’attarder. Promet de revenir mais ne reviendra pas. Fuite devant une réalité incompréhensible à laquelle il faut donner un sens pour ne pas rompre son équilibre intérieur. Lui, le technicien de théâtre qui a du mal à joindre les deux bouts, qui a peur de la vie se retrouve face à son ami, nanti, entouré qui pourtant a quitté le monde réel en se prenant pour un singe…
Pietro Grossi, exprime dans ces trois courtes nouvelles, une épopée du quotidien ; ses personnages, tous unis par des liens doubles sont destinés à se sauver ou à céder ensemble (l'adversaire-ami pour toujours, l'antagoniste-frère, l'alter ego vaincu), et vont lutter chacun à leur manière, par l’expérience qu’ils vont vivre, pour retrouver du sens, pour retrouver leur unité. Le roman, déjà traduit en allemand, en anglais, en chinois même, ne l'est pas encore en français. Espérons que cela ne tarde pas.
Roland de Lassus
Ce petit recueil très agréablement écrit présente les recettes que Rossomando Lo Torto a publié en anglais depuis 2015 dans le magazine InTime Magazine. «Dans son analyse approfondie, l'auteure décrit les produits et les plats typiques de Venise et de la Vénétie, révélant une gastronomie variée où coexistent des traditions séculaires et des influences internationales. Le livre est complété par une sélection de recettes provenant de certains des restaurants les plus célèbres de la Vénétie, du Harry's Bar à Venise à la Trattoria da Romano à Burano et Le Beccherie à Trévise.» Malheureusement, le livre n'a pas été encore traduit en français.
C'est le temps des fêtes, le moment de goûter des alternatives aux champagnes français et aux spumante des autres régions d'Italie. Nous avons bien aimé parmi les vins sélectionnés par Gambero Rosso, un vin pétillant du Veneto qui allie des arômes raffinés, une joyeuse gouleyance et un prix abordable. Le Rive di Refrontolo Extra Brut ’24 reflète bien l'identité du territoire vénitien et le savoir-faire de la famille Marzotto, dont l'histoire dans le monde du vin commence avec Santa Margherita et son pinot grigio connu désormais dans le monde entier et s'étend aujourd'hui à toute la péninsule. Cet Extra Brut se distingue par ses arômes délicats de fruits blancs qui se reflètent en bouche de façon harmonieuse et agréable. Sa structure élégante le rend idéal pour accompagner le réveillon du Nouvel An ou pour trinquer entre amis et en famille, alliant tradition, qualité et légèreté. Et n'oubliez pas de trinquer en l'honneur de tramezzinimag !
27 novembre 2025
Vision de la Régate de Burano
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| Regata di Burano, 1947, aquarelle | Coll.privée |
Sur l'aquarelle, on voit les vainqueurs, le fameux couple Albino Dei Rossi, dit “Strighetta” et son compère, Marcello Bon dit “Ciapate”. Toujours premiers pour six années consécutives, entre 1947 et 1952. De grands messieurs acclamés par la foule à chaque régate. Le souvenir d'une grande époque pour le sport vénitien !
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| Regata Storica de 1947 | ©comune.venezia.it |
24 août 2025
Faire son marché à Venise
Les ruelles sont remplies de monde, les marchands de fruits, de légumes, d'aromates, mais aussi les bouchers, les poissonniers, les charcutiers, tous rivalisent d'ingéniosité pour présenter leur marchandise aux vénitiennes tirant leur chariot. Jusque dans les années 90, quasiment toutes les marchandises provenaient des environs proches de la Sérénissime : Mazzorbo, Padoue, Vicenza.... les étiquettes sur les caisses le signalaient. Du locavore avant que le mot soit inventé.
[Réédition après corrections d'un billet paru en novembre 2005 que Google n'avait pas indexé. Allez savoir pourquoi...]
21 juin 2025
C'est aujourd'hui l'ouverture de la librairie Giovanni !
Non, il ne s'agit pas seulement d'un «bookshop» de musée ou d'un coin livres comme on en trouve souvent, mais d'une véritable librairie indépendante, « autonome dans sa proposition, radicale dans ses choix» proposant, en plus des catalogues d'expositions, des œuvres d'art et des objets de design attendus dans ces lieux, un véritable choix éditorial en collaboration avec les éditions Tlon et d'autres éditeurs indépendants. Tramezzinimag et Deltae Edizioni se félicitent de cette ouverture et adressent les meilleurs vœux de réussite à la nouvelle structure.
«...Avec la Libreria Giovanni, nous voulons nous adresser aux citoyens de Venise, aux lecteurs affectueux et passionnés de la Fondation, à ceux qui cherchent un livre ou un objet, à lire, à posséder, à offrir, à partager.
Pour les Vénitiens et les Vénitiennes, et pour ceux qui sont de passage, nous voulons que la Libreria Giovanni soit un centre de gravité permanent, au milieu des vagues bondées de la ville que Joseph Brodski appelait l'aquarium du monde, la plus métaphysique de toutes les villes.
Il s'agit du quatrième point de vente géré par les Edizioni Tlon, après la Libreria Teatro de Rome, la librairie de la Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea et la sélection de livres de l'Académie française de Rome, Villa Médicis. Avec l'ouverture de la Libreria Giovanni, Tlon entame un dialogue avec la majestueuse et vivante région vénitienne.
Une librairie indépendante qui se veut un cadre culturel social, capable de contribuer activement à la transformation du tissu urbain et à la vie culturelle des communautés.»
La librairie nouvelle de la QS est signée Martí Guixé. Elle est dédiée au fondateur Giovanni Querini, fondateur de l'institution qui doit sûrement froncer les sourcils et s'interroger. « Eller eprésente un point de rencontre entre deux âmes complémentaires: celle de la librairie du musée, qui étend l'expérience du musée à travers des livres, des catalogues, des objets, des gadgets et celui de la bibliothèque indépendante, avec une proposition éditoriale autonome, raffinée et accessible. Un espace dans lequel le livre devient un instrument d'analyse et de stimulus en profondeur pour la compréhension du présent». On retrouve dans ces propos (officiels), les mêmes arguments qu'à Harvard où les classiques et les livres politiquement opposés aux idées des nouveaux maîtres à penser ne sont plus vendus et impossibles à commander, à défaut d'être interdits pour l'instant et les lecteurs mis au pilori au nom de cette nouvelle idéologie mortifère.
18 juin 2025
Notes retrouvées (1) : La très singulière impression que San Giacomo del Rialto lui faisait depuis toujours
Au détour d'une page du journal de Nicolas Weyss de Weyssenhöff, Antoine découvrit une carte postale. Un vieux cliché jauni montrant une vue de l'église de San Giacomo del Rialto. Au verso était griffonnée au crayon une vue de l'église que quelques traits au pastel rendaient vivante. Elle portait la mention, « Pour mon ami plus vénitien que russe, de la part de son anarchiste préféré, Paul Signac, 28 avril 1908 »... Antoine n'en revenait pas, il avait entre les mains un dessin du peintre dont il avait découvert le travail en visitant le musée de l'Annonciade.
Plus il avançait dans sa découverte du journal de Nicolas, plus il s'émerveillait de la vie d'un garçon à peine plus âgé que lui aujourd'hui et qui avait déjà connu l' les grands-parents d'Antoine ne vivaient de romanesque que les expéditions dans les réserves de la maison pour voler des confitures où les baisers furtifs volés aux cousines quand la gouvernante tournait le dos. Eux passaient de la grande maison en ville au collège, de la propriété des grands-parents à la villa d'Arcachon. Il posa la carte postale sur la table et poursuivit sa lecture :
28 avril 1908.
« [texte en allemand rayé illisible, quelques mots en russe.] Aujourd'hui, visite des Miracoli en compagnie de Paul S. et de sa charmante épouse, rencontrés récemment au Florian et avec qui j'ai sympathisé. Le peintre et sa muse aiment beaucoup la ville.Paul, avec son regard aiguisé et sa muse à ses côtés, semble avoir trouvé en Venise une source inépuisable d'inspiration. Pris beaucoup de plaisir à leur montrer les lieux que j'aime particulièrement et qu'on ne cite pas dans le Baedeker. Ces recoins empreints de souvenirs et de significations personnelles.J'avais six ans quand notre mère nous amena avec elle à Venise. J'en garde l'impression d'émerveillement et de joie qui s'était emparée de moi quand nous sommes descendus du bateau.
« Les idées libertaires de Paul, bien qu'en décalage avec l'univers dans lequel j'ai grandi, éveillent en moi une curiosité et une réflexion stimulante. Berthe, avec son sourire bienveillant, semble apprécier nos échanges passionnés, où l'artiste et le jeune aristocrate russe confrontent leurs visions du monde. Il est fascinant de constater comment des perspectives si différentes peuvent se rencontrer et s'enrichir mutuellement.
Agréables moments donc qui m'ont inspiré quelques mauvais vers. Ma chère maman aurait voulu que je les conserve.
Le feuillet où était copié le poème manquait. On voyait nettement qu'on l'avait arraché du carnet. Mais certainement dans un repentir, Nicolas l'avait conservé. Antoine le retrouva plié en quatre, glissé entre des pages. Il était couvert de dessins et de graffitis à la plume. Le sonnet était en allemand :
Im sanften Schatten eines alten Traums,
Schleicht ein Flüstern, geheim und fern,
Die Schleier aus Nebel umarmen sich leise,
Enthüllen Welten, wo Seelen sich malen.
Die Sterne flüstern vergessene Geschichten,
Im ätherischen Himmel, ihre Lichter umschlungen,
Dort, wo die Zeit ihren leichten Atem anhält,
Finden verlorene Herzen endlich Frieden. (*)
La nuit venait de tomber. Le temps comme à chaque fois qu'il se replongeait dans les papiers de Nicolas, n'avait plus de prise sur lui, Antoine en oubliait le monde réel autour de lui. Surpris par l'obscurité, il alluma la lampe et reprit sa lecture, avide d'en savoir davantage.
«[...] Cette promenade matinale m'a rappelé une autre époque, un autre matin, où je m'étais aventuré à la rencontre d'Edmund, cet ami anglais.......... (mot illisible). Nous avions pratiquement le même âge. Je l'avais rencontré lors d'un thé chez les Giovanelli, chez qui nous résidions à l'époque. Une rencontre fortuite qui marqua un tournant dans ma vie. Il y a un peu plus de dix ans déjà.
Je me rends compte qu'à travers les années, Venise a toujours été pour moi le théâtre de rencontres significatives, de ces croisements de destin qui, à leur manière, sculptent le cours de notre existence. Aujourd'hui, je ne peux m'empêcher de me demander quelles nouvelles aventures et quels nouveaux liens cette ville magique me réserve encore. [...]»
Antoine était un peu perdu. Il tourna les pages du journal en espérant avoir le détail de ce à quoi Nicolas faisait référence. Soudain, il trouva. L'entrée portait la date du 14 octobre 1897 :
« Rialto ce matin. J'avais craint que le brouillard ne s'attarde, mais il était à peine neuf heures lorsque je posai le pied sur le ponton. Le marché battait son plein, bien que les couleurs familières me parussent délavées, telles une aquarelle estompée. J'espérais croiser le jeune Anglais avec lequel j'avais échangé quelques mots l'autre soir chez les Giovanelli. Il m'avait confié qu'il se rendait chaque matin dans ce quartier animé, dans l'espoir de revoir une jeune femme dont l'allure l'avait, selon ses propres termes, ensorcelé. Il prétendait connaître son adresse, et la contrada San Zuane ne lui était plus étrangère. Ce vieux quartier, partiellement insalubre dès que l'on s'éloigne des placettes bordant le canalazzo, abrite la chiesa San Giacometo, si vieille qu'on la croirait prête à s'effondrer, à l'instar du pauvre campanile de San Marco. La grisaille de ce matin accentuait cette impression de décrépitude [mots illisibles en russe].
« Un mendiant s'empara de la manche de mon manteau. Son apparence était repoussante, avec une large bouche dévoilant deux dents jaunes. Il marmonna des paroles que je ne compris point. Un prêtre finit par le chasser. Derrière ce triste personnage, deux jeunes femmes avançaient, chacune la tête et les épaules recouvertes d'un châle de cachemire. Leurs motifs si semblables me donnèrent d'abord l'impression qu'elles partageaient une même écharpe. le vieil accordéoniste qu'on croise souvent sur les Schiavoni, jouait au pied des marches du pont, tandis que la messe semblait s'achever. Peu de fidèles en sortaient. Parmi eux, je ne remarquai que ces deux jeunes femmes.
« Je ne sais pourquoi, mais dès l'instant où je posai les yeux sur elles, je compris pourquoi Edmund cherchait à revoir cette jeune fille dont il avait parlé dans le salon du prince. Il s'agissait certainement de la plus jeune. Elle se tenait droite, le visage protégé des miasmes de la rue par son châle. Il émanait d'elle une sorte de lumière. Le prince Alberto s'était gentiment moqué de notre pauvre anglais; J'avais ri avec lui sans entendre vraiment le motif de la plaisanterie. Giovanelli a notre âge. Il est drôle, impétueux et débonnaire. C'est un bergamasque. Un peu l'équivalent des cosaques chez moi.
« Toutes ces pensées qui m'étaient venues en cheminant du palais jusqu'au Rialto s'évanouirent quand je vis sortir les deux jeunes femmes. Je sus aussitôt qu'elles me plaisaient. Je m'empêchais de les dévisager davantage. Juste derrière, Edmund suivait à quelques pas des jeunes femmes. Il ajustait son chapeau. Impossible de ne pas le reconnaître pour un Anglais, non seulement à cause de ses cheveux roux et bouclés, mais aussi par son manteau dont le ton tranchait avec ceux des gens qui sortaient comme lui de l'église. Ah, ses vêtements ! Je lui fis un signe, et lorsqu'il me vit, il agita son chapeau avec un large sourire. Des manières fort anglaises, ma foi.











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