01 janvier 2012

Bonne Année 2012 !


Bonne Année 2012
à tous les Lecteurs et Amis Fidèles
de TraMezziniMag

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7 commentaires:

J@M a dit…
Buon 2012 !
Lorenzo a dit…
Grazie mille !
Nathanaëlle a dit…
Très belle et douce année à vous et mille mercis pour ce passionnant blog.
Les Idées Heureuses a dit…
Meilleurs Vœux Lorenzo pour cette nouvelle année qui risque de nous faire trembler.... Souhaitons espérance et sérénité, cultivons la Connaissance afin de maintenir et de construire un monde en pleine mutation. Que la passion de Venessia, pour notre part, nous aide à tenir le cap! Martine de Sclos
Condorcet a dit…
Tanti Auguri, Lorenzo !
Gérard a dit…
Bonne année 2012 à ce journal merveilleux . S'il en sort de l'acier rouge , c'est qu'il y a des mains d'or . Tous mes voeux , pour tout !
Tietie007 a dit…
Venise se vide de ses habitants ...C'est triste.

31 décembre 2011

Le royaume de France en gloire résonne encore à la Madonna dell'Orto

La belle église de la Madonna dell'Orto, sur le joli campo qui porte son nom est surtout connue pour abriter, dans la chapelle à droite du chœur, la dépouille du Tintoret et de deux de ses enfants, Marietta, la fille adorée, morte en couche et Domenico. Tous deux peintres et musiciens.  

L'édifice un peu en retrait, situé dans un quartier pittoresque sans rien de somptueux est pratiquement le seul monument des environs et n'en impose pas. Datant d'une époque où Venise dominait une partie du monde, ou du moins des mers du monde, elle devrait être chère au cœur des français. En effet, ce fut jusqu'à la chute de la République, la paroisse de l'ambassade de France. Les bancs d'honneur réservés au ministre du roi que l'on drapait selon l'usage à Venise de somptueuses parures de soie damassée de lys d'or étaient lors des offices un peu des bribes du royaume. 

Ce temple (comme d'ailleurs San Giobbe où est enterré un ambassadeur de Louis XIV, voir le billet s'y référant ICI) a vu de nombreuses cérémonies organisées pour fêter les évènements importants de la monarchie : naissances et mariages princiers, décès de nos rois, leurs couronnements, tout donnait matière à des messes ou des Te Deum (dont un qui fut composé par Vivaldi et dont on n'a pas retrouvé à ce jour la partition). Les ambassadeurs, au nom du roi, commandaient aux plus grands musiciens des œuvres spécialement pour ces moments où la France devait célébrer sa grandeur et montrer à Venise son importance. Longtemps ces manifestations ostentatoires furent des actes de politique. Avec la perte d'influence internationale de Venise, les évènements se réduisirent peu à peu. Les visites princières officielles, dûment mandatées par le roi cessèrent et seul le train de vie de l'ambassadeur et la somptuosité de ses réceptions rappelèrent la puissance et la grandeur du royaume. 

Un jour sombre de 1797, le général Buonaparte, mal mis comme à son habitude, ses cheveux noirs sales et décoiffés, suivi de toute une cohorte de va-nu-pieds devenus par leur bravoure de brillants officiers, tout aussi dépenaillés que leur chef, vinrent visiter l'église. Une messe y était dite, organisée par les français de Venise et les amis de la France, pour célébrer la grandeur retrouvée de la France et sa victoire contre le despotisme autrichien. Buonaparte pas plus que ses officiers n'étaient croyants, pourtant leur éducation, la tradition chrétienne qui dominait la pensée et les actions des hommes de cette époque, les fit s'agenouiller là-même où des rois et des princes s'agenouillèrent. A peine modifiés, les mots employés dans le rituel, priaient pour la république et ses héros là où elle priait peu avant encore pour la santé et la longue vie du roi. 

On m'a raconté qu'un jeune séminariste dont le père était employé aux écritures à l'ambassade, pria à haute voix pour l'infortuné Louis XVI mort quatre ans plus tôt... Le jeune chef de l'Armée d'Italie ne broncha pas. La révolution, sûre d'elle ne craignait plus la dissidence ni l'ombre du roi assassiné. Après cette ultime grande cérémonie où tous les ors et les parures que possédait l'ambassade furent déployés pour la dernière fois, la Madonna dell'Orto redevint une simple paroisse de quartier. La somptueuse ambassade du palazzo Surian-Bellotto sur la Fondamenta di Cannaregio, aux Tre Archi, dont les jardins s'étendaient jusqu'à la lagune, et où furent organisés de mémorables soirées musicales perdit faste et utilités. Après le passage du corse, Vnise allait devenir une bourgade colonisée par et nul besoin désormais d'une ambassade... Son histoire mériterait un billet spécial. A suivre donc. 

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Petits riens...

L'année bientôt va s'achever. Plus que quelques heures et nous découvrirons une nouvelle année. Le ciel est gris. Il fait froid. Mais nulle tristesse ne semble vouloir se répandre dans l'air en ce jour tranquille. Gérard Jarry et l'Orchestre de chambre Jean-François Paillard illumine la maison avec les concerti pour violon de Bach. Le chat ronronne près du feu. Dehors, le marché bat son plein. pourtant peu de bruits nous parviennent protégé que nous sommes du froid et des rumeurs de la ville par les fenêtres closes. Sur la table de la cuisine la pâte pour les shortbreads repose. Il y aura aussi des petits gâteaux au chocolat, crémeux et fondants. Ma tasse de thé fume à côté de moi. Il fait bon. Un de ces petits moments de bonheur simple comme je les aime, où rien d'extraordinaire ne se passe. Où rien ne se passe en fait. L'odeur des jacinthes, l'ambre sur les radiateurs, et bientôt le délicieux fumet des gâteaux qui vont cuire... Ces petits riens qui font ricaner les esprits supérieurs toujours trop occupés de grandes choses. 

C'est toujours dans ces moments-là que j'aime prendre mes carnets et noter. Souvenirs, idées, recettes, bribes de conversations partagées ou volées en passant. Je faisais ce matin une liste. Celle des choses à faire en 2012. Traditionnelles résolutions qu'on parvient rarement à tenir ? Plutôt une série de tout ce que j'ai envie de faire ou que je dois faire. Il y a notamment l'idée d'un petit livre de cuisine, des textes à peaufiner pour parler de Venise aux enfants. 

Car Venise sied bien aux enfants. L'esprit d'enfance, voilà le seul bagage indispensable pour découvrir Venise ou la savoir bien connaître. Les enfants savent d'instinct ce qui est important. Ils reconnaissent instantanément ce qui compte vraiment. Leur art spontané du temps perdu, leur capacité d'émerveillement, ces yeux neufs qu'aucun a-priori ne vient encore voiler... Avec les chats, ils sont les vrais princes de Venise. 

Leur consacrer un livre qu'illustrerait des images anciennes et des photographies d'aujourd'hui. Ci penso... Les shorbreads sont dans le four. Je les ai fait en forme de bâtonnets piqués de trou. J'ai découvert sur un site gourmand un tampon qui permet de marquer les biscuits du label fait maison. Envie soudaine d'avoir le même. Commande passée sur Amazon. 

Un de ces objets peu coûteux qui ajoutent au quotidien une once de plaisir supplémentaire. Le ciel est blanc. Comme s'il contenait des flocons de neige prêts à tomber et à embellir la ville. Hélas, ce ne sera que de la pluie, fine et glacée. Trop tôt encore pour la neige. En février certainement. Deux moineaux picorent les miettes déposées sur le rebord d'une des fenêtres du salon. Les violons de Bach s'harmonisent à merveille avec l'atmosphère de ce samedi matin... Dans quelques heures nous découvrirons 2012. Bonne journée à tous. 
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Recette des shortbreads 
C'est tout simple, et tout est en fait dans la qualité des produits utilisés et dans la lenteur de la cuisson (trente minutes à 150°). Pour la forme, vous avez le choix : soit des bâtonnets - les "fingers" anglais - piqués à la fourchette, soit en rond à l'emporte-pièce (6cm environ), soit en grand, genre fonds de tarte, marqué en portion et piqué avant la cuisson). Autre truc pour bien les réussir : mettre les biscuits au frais avant de les enfourner. 

Il vous faut 100 g de sucre en poudre, 200 g de beurre demi-sel et 300 g de farine tamisée. Si vous n'avez pas de beurre salé, prévoir une 1/2 cuillère à café de sel fin à rajouter à votre mélange. C'est plus long à la main mais cela donne un très bon résultat et c'est bon pour les muscles des bras et des mains ! 

Mélanger le beurre ramolli (mais pas fondu !), le sucre et la farine jusqu'à l'obtention d'une belle pâte moelleuse et compacte. Préparer une feuille de papier à cuisson sur la quelle vous étalerez les biscuits de la forme que vous souhaitez, la tradition les voulant ronds et lisses ou en bâtonnets piqués à la fourchette. Mettre l'appareil ainsi préparé au frais puis mettre au four (150°) pendant 30 minutes environ. Ils doivent rester clairs. a déguster avec un bon thé anglais (mon préféré reste le mélange de thés d'Assam de l'Irish breakfast appelé aussi "Builder's tea" . mais un verre de bon lait frais ou chaud se mariera bien aussi avec ces merveilleux petits sablés écossais. 

Photo ci-dessus extraite de l'excellent blog Sucrissime 

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L'enfant et les pigeons







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28 décembre 2011

Luigi Nono au conservatoire de Venise

Fascinante oeuvre pour flûte, petit chœur et live electronics, du compositeur vénitien, sur des textes de Rainer Maria Rilke et des hymnes orphiques réunis par Massimo Cacciari créée à Florence le 30 mai 1981. En exergue de cette composition, Luigi Nono cite ce passage de L'Homme sans Qualité de Robert Musil : « S'il y a un sens du réel, il doit y avoir aussi un sens du possible. C'est la réalité qui éveille les possibilités... Néanmoins, dans l'ensemble et en moyenne, ce seront toujours les mêmes possibilités qui se répéteront, jusqu'à ce que vienne un homme pour qui une chose réelle n'a pas plus d'importance qu'une chose pensée. C'est celui-là qui, pour la première fois, donne aux possibilités nouvelles leur sens et leur destination, c'est celui-là qui les éveille. » .  

Les Brèves

Bonne nouvelle pour nos amis belges : 
Vol quotidien low-cost Bruxelles-Venise 
La compagnie aérienne Air One a annoncé la prochaine ouverture (prévue le 4 mai prochain) d'une base à Venise, sa troisième en Italie après Milan et Pise. A la clé le lancement de onze nouvelles liaisons. La filiale low cost d’Alitalia va ainsi baser deux Airbus A320 sur l’aéroport de Venise -Marco Polo, et y lancera ses quatre premières routes. Bruxelles sera desservie quotidiennement avec un départ de Venise à 7h50 et un retour de Belgique à 10h25. ligne créée pour concurrencer la compagnie Brussels Airlines. Air One desservira aussi Barcelone chaque jour. Venise sera également reliée à Prague et à Tirana. Enfin, dès le 15 juin 2012, la low cost lancera d'autres lignes : Athènes, Bucarest, Istanbul, Sofia et Varsovie. Venise sera ensuite reliée à Mahon dans l’île de Minorque et Palma de Majorque, faisant de l'aéroport de Venise une véritable plate-forme européenne. Cela voudra dire encore plus de visiteurs sur la lagune, mais permettra aussi à l'aéroport Marco Polo de devenir une place de transit ce qui présente de nombreux avantages. A noter que la France n'est pas desservie par cette compagnie. . 

La saint Sylvestre 2012 
sous haute surveillance à Venise 
La mode est au sécuritaire même à Venise. Cette année, prévoyant que le traditionnel Love kiss de minuit au pîed du campanile de San Marco animé par la charmante Betty Senatore, attirera du monde, le Commandant Marini, chef de la police municipale a pris des mesures draconiennes. Les habitants sont prévenus que la circulation pédestre pourra être déviée si besoin et que certains axes seront à sens unique. En cas d'une affluence trop massive de véhicules, le stationnement sera interdit Piazzale Roma et les automobilistes déviés vers le Tronchetto. Cela ne devrait pas décourager les 100.000 personnes attendues sur la piazza où sont prévues cette année encore de nombreuses attractions : concerts, théâtre, bal avec le célèbre DJ vénitien Maci, et brindisi avec le Bellini dans sa fameuse bouteille rose et argent de la société Canella, en attendant le compte à rebours et le feu d'artifice sur le Bacino di san Marco. Bonne soirée à tous ceux qui se rendront sur la piazza le 31 décembre ! . 

Vous aimerez peut-être: Venise au quotidien Bucolique et tranquille, le printemps fait le reste. Qui Le vol d'Isard  

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27 décembre 2011

Concert de Noël : le Gloria de Vivaldi

Ceux qui ont lu mon livre où sont fidèles à mon blog savent combien le Gloria de Vivaldi est une de mes musiques favorites liées depuis plus de trente ans maintenant à ma vie vénitienne. C'est avec le Magnificat, le morceau qui m'accompagnait le plus souvent dans mes promenades nocturnes à travers la ville, c'est aussi ce que j'écoutais quand je travaillais à la bibliothèque de la Querini-Stampalia. Les trompettes du Gloria ont souvent résonné sous les voûtes de la galerie de Bobbo ferruzzi à San Vio... Voici une vidéo d'un concert de Noël donné en 2008 à Pescara, par le choeur et l'orchestre de l'Université Gabriele D'Annunzio de Chieti. Joyeuses Fêtes de Noël a tutti ! 



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Ombre et lumière : Ponte dei Pugni, San Barnabà.



© Giuseppe Crimi, 2011 - Tous Droits Réservés.

15 novembre 2011

L'abat-jour était rose. Récit. (Work in Progress)

,,Il ne voulait pas être là. Tout en lui l'avait poussé à renoncer. Le temps qui venait de se mettre au froid, la lumière qui baissait et la nuit qui trop vite recouvrait tout d'un manteau de mystère. Encore un pont, puis la fondamenta, le passage étroit avec la jolie figure de la vierge dans son petit autel toujours fleuri. Il avançait machinalement, serrant nerveusement les poings dans ses poches. Il aurait dû mettre un autre pull. Il marchait en regardant ses pieds. Peu de monde dans les rues. Le silence de Venise soudain lui pesait. Pourquoi accepter ce rendez-vous ? Il savait bien que la silhouette jaune qui irradiait les couloirs du musée quand il l'avait vu pour la première fois, son rire chatoyant, la blancheur de ses dents, rien jamais plus d'elle ne pourrait être à lui. Il y a longtemps... Elle s'était abandonnée, prête et soumise à leur destin. D'un geste il avait balayé toutes les promesses de bonheur qui soudain s'offraient à lui. Trop imprégné encore de chimères bien trop lourdes pour son jeune cœur, il resta fermé à tout ce qu'elle s'apprêtait à représenter pour lui. L'autre, devenant chaque jour une vision un peu floue, attendait quelque part, loin d'ici. Il s'en persuadait, désirant avec force qu'il n'en soit rien. Il croyait être pur et agir comme un saint en ne cédant pas à celle qui déjà lui cédait. Peut-être préférait-il souffrir ? 
,,Elle était revenue. Son rire à l'autre bout du fil avait ranimé en un instant mille sensations qu'il croyait oubliées : - 19 heures 30, au Vapore. Les abats-jours sont-ils toujours aussi délicieusement roses ? Sois-bien à l'heure. Je t'embrasse. Le petit accent traînant, les roulades qu'il ne pouvait plus entendre depuis sa rencontre avec Luisa, sans voir sa chevelure brune, ses yeux verts, sa peau délicate et tremblante, tout resurgit et le troubla comme avant. Quel était ce mystère qui le renvoyait en quelques secondes à une vie qu'il croyait disparue, comme un rêve envolé ? Deux jours étaient passés. Maintenant, il fallait se décider. Luisa serait au restaurant, dans la petite salle du fond, près des grands miroirs. Sur la table damassée, la lampe avec l'abat-jour un peu mièvre répandrait sur son visage une douce lumière. 

,,Quelques années plus tôt, au même endroit, ils avaient prononcé la même phrase, avec la même intensité et le même désir. Son "que tu es belle" avait résonné en même temps que son joli "qué tou es beau". Il avaient ri tellement fort que tout le monde un court instant avait cessé de parler. La soirée fut merveilleuse. Elle le suivit chez lui. Quand elle s'étendit sur le lit étroit, il pensa à l'autre, l'élue, celle qui l'attendait dans sa vie d'avant. Il prit la main de Luisa, l'embrassa avec fougue puis, hésitant, les yeux dans le vague, il se détacha d'elle et lui proposa de la raccompagner à son hôtel. Elle eut un sourire incroyablement bon. Elle se leva. Il crut apercevoir dans l'ombre de la chambre mal éclairée, une larme sur son visage qu'elle essuya du revers de la main. Discrètement... Ils marchèrent main dans la main jusqu'au petit hôtel, près du traghetto. Elle devait partir pour Malaga le lendemain... Il ne la revit plus. Les années passèrent. Leurs vies... 

,,Et ce soir, elle était revenue. Enfin. Hélas. Qu'allaient-ils se dire ? Qu'avaient-ils à se dire ? Il ne voulait pas être là. Le quartier lui semblait laid. La ville, le ciel bas, le froid, il avait tout en horreur. Pourtant, il poussa la porte du restaurant, accueilli par Carlo, le serveur, qui ne semblait pas surpris de le voir surgir là après tant d'années : - La signorina vous attend, Monsieur, la table sous le miroir. Celle qui a l'abat-jour rose...


Work in Progress : 
Inédit extrait d'un récit à paraître, 
déjà initié sur Tramezzinimag en 2009. 

13 novembre 2011

L'automne est là avec ses gourmandises

© photographie Pierre - Tous Droits Réservés.
Lorsque la saison avance, après les poires juteuses et très sucrées qui viennent de l'arrière pays mais qu'on trouve aussi sur l'île de San'Erasmo, les raisins blancs ou le muscat noir des vignes du Veneto, les coings parfumés à souhait et les châtaignes, arrivent aussi les champignons.

Funghi porcini (cèpes) en tête, girolles, morilles, trompettes de la mort, costozza typiques des environs de Trévise et autres délices dont la cuisine vénitienne raffole. Quel parfum alors sur les étals du marché, au Rialto comme sur la Lista di Spagna ou chez ce petit marchand de Castello qui ne vend que la production d'une ferme amie, derrière Castelfranco Veneto et qui part chaque dimanche à la recherche des cèpes sur les collines d'Asolo, dans les bois touffus qui appartenaient autrefois à Catherine Cornaro, la divine Reine de Chypre. Ce qui était à Rome «il cibo degli Dei» (le Plat des Dieux) et en Egypte uniquement consommé par Pharaon, est très prisé dans toute la Vénétie. Avez vous déjà goûté le risotto ai Funghi que toute bonne trattoria inscrit à sa carte dès le mois de septembre ? Si vous insistez je vous en donnerez une des recettes. Comme pour le foie de veau ou les fritelle, chaque famille a la sienne…


1 commentaire:

Anne a dit…

Eh bien, puisque vous le proposez si aimablement, j'ose insister pour connaître votre recette...
Anne

06 novembre 2011

Agenda culturel 1986

Lorsque en 1986, il y a vingt cinq ans déjà, je vivais ma cinquième année vénitienne, j'étais ébahi par le nombre et la qualité des évènements et des manifestations qui avaient lieu à Venise. S'il y a encore de grandes choses qui se passent ici, on sent bien - et quelles qu’en soient les raisons - que rien n'est plus tout à fait pareil. Les italiens osaient déjà ce que nous ne ferons en France que bien plus tard, l'appel au sponsoring avec l'apparition systématique sur les affiches, dépliants et programmes du logo des institutions et entreprises donatrices. Ajoutée aux subventions d’État, cette manne facilitait les folies.

La particularité de la ville permettait une signalétique omniprésente, souvent originale, reprise aujourd'hui de manière encore plus ostentatoire, par les grandes firmes commerciales quand elles s'emparent des façades en restauration. Dans les rues, des murs entiers étaient couverts d'affiches portant toutes le tampon officiel de la municipalité leur évitant d'être impitoyablement arrachées par les agents municipaux. De magnifiques dépliants étaient édités et les cartons d'invitation, magnifiques bristols en quadrichromie étaient adressé aux quatre coins du monde à qui avait pris soin de laisser ses coordonnées. Bref, la culture n'était pas un luxe.

Voyez plutôt : Outre la 42e Biennale d'Art contemporain qui s'ouvrit en juin, septembre la 43e Mostra del Cinema, la ville organisa huit grandes expositions de très haut niveau : au palais des doges, on inaugura en grande pompe "Civilisation chinoise", qui présentait somptueusement près de 150 pièces jamais sorties de Chine en provenance du Musée de Pékin, de la Dynastie Han à Liao-Jin-Song (soit des années 20 aux années 1280 de notre ère). Au Palais Grassi, on faisait la queue pour admirer la plus grande exposition organisée jusque là sur le Futurisme, "Futurismo e Futurismi", La Ca'Pesaro abritait des peintures, des gouaches, des gravures et des dessins de Paul Klee venus de collections privées du monde entier, des peintures et des gravures de Visentini et Canaletto à la Ca'Rezzonico qui allait être restaurée. Des œuvres inédites de Le Corbusier ornaient les salles de l'Ala Napoleonica du Musée Correr. Le Palais Fortuny surveillé pour l'occasion par un bataillon de carabiniers présentait des joyaux français des années d'entre deux guerres créés par Cartier et d'autres grands noms. Sans parler de la Querini-Stampalia, du Musée de la communauté juive, du muséum d'histoire naturelle... La Fondation Cini à San Giorgio, organisait un colloque sur "les Univers du Fantastique", puis un autre sur "Venise et Paris" consacré à l'art du mélodrame. 

Il y eut aussi au Casino du Lido, le XXe Festival International de Bridge, le XIe Salon du Livre Ancien qui attira des libraires et des collectionneurs du monde entier à la Scuola Grande di San Giovanni Evangelista. C'est dans une cour d'honneur du palais des doges bondée que fut remis le Premio Campiello (le prix littéraire le plus célèbre d'Italie créé à Venise en 1962), à Paolo Ongaro, pour son roman La Partita. Le lendemain, la Regata Storica bénéficia d'un temps particulièrement agréable et la presse de l'époque nota la présence de nombreuses célébrités et d'un public encore plus nombreux que les autres années.

A la Mostra, on disait au-revoir à son directeur, Gian Luigi Rondi, qui sera remplacé l'année suivante par Guglielmo Biraghi. Bon millésime qui nous permit de découvrir Storia d'amore de Francesco Maselli, avec la splendide Valeria Golino (qui reçut le prix d'interprétation) que j'ai mieux connue par la suite, Mélo de Alain Resnais, La Puritaine de Jacques Doillon, Autour de minuit de Bertrand Tavernier, Fatherland de Ken Loach, Aliens de Cameron... Le lion d'Or fut attribué cette année-là à Eric Rohmer pour son film Le Rayon vert.

C'est Daniel Buren qui occupait le pavillon français de la Biennale et avec "Aperto 86", la section internationale réservée aux jeunes artistes, le monde découvrit In Situ, l'excellent travail du français Patrick Raynaud. En feuilletant les pages de mes carnets de cette année-là, les brouillons des articles écrits pour Sud-Ouest ou pour des revues au tirage confidentiel, je me rends compte de la richesse de notre vie vénitienne d'alors. Il était facile de rencontrer des gens passionnants, souvent célèbres. c'était cela aussi la magie de Venise, cette facilité avec laquelle tout le monde se croisait, se mélangeait et souvent sympathisait. Ailleurs qu'à Venise, je n'aurai jamais rencontré Eugène Ionesco, Arbit Blatas et Regina Reznik et leur ami Rostropovitch, Hervé Guibert, Margaret Zimmermann, Jean-Claude Brialy, Guillaume Depardieu, Marie Laforêt, Fabienne Babe, Rob Lowe, Robert de Niro, Dachine Rainer et Olga Rudge. Tant d'autres dont je n'aurai certainement pas croisé le chemin pas plus à Bordeaux qu'à Paris...

Illustration © Paolo Barrufaldi

2 commentaires:

VenetiaMicio a dit…

Je pense que je suis un peu comme vous, "passéiste". Il y a beaucoup d'évènements que j'ai connus à Venise
et qui restent, ancrés à tout jamais, je me dis que ce sont de beaux souvenirs et que j'en connaîtrai d'autres je l'espère. J'ai beaucoup de plaisir à revoir cette illustration de Paolo Barrufaldi que je connais.
Quelques nouvelles de votre livre me feraient plaisir...
Bien à vous
Danielle

Lorenzo a dit…

Il est prêt, à côté de mon bureau mais je dois maintenant réussir à faire venir l'artiste qui a réalisé les gravures pour qu'il les signe. J'avais quelques exemplaires signés qui ont été expédiés aussitôt. Les autres attendent sagement.

04 novembre 2011

Déjà dans les années 80

 
© Anna-Livia - Tous Droits Réservés.
Toujours cette foule bigarrée et pressée. Horde débraillée. Triste spectacle. Pourtant, au détour d'une ruelle, dans un quartier éloigné, la fraîcheur sui semble s'être amassée là nous accueille comme un monde nouveau. Parfois un rouge-gorge s'essaye. Des enfants jouent autour d'un puits. Un chat qui dort. Réveillé par le bruit d'une porte qui claque, il s'échappe en courant vers un autre silence. Une cloche quelque part vient de se mettre à sonner… Lieux paisibles à deux pas de la foule. Un de ces lieux heureux qui justifient en un instant mon exil volontaire. 

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4 Commentaires : 

AnnaLivia a dit…

Merci de bien vouloir indiquer la référence de la photo et le nom de son auteur (AnnaLivia): 

Micha Venaille a dit…

Pas mal ce commentaire, ça donne l'occasion de consulter le blog de AnnaLivia et de découvrir le pavillon du Luxembourg, merci ! Parmi les artistes de la Biennale, assez décevante, j'ai aimé l'écossaise Karla Black dans les pièces en enfilade du palais Pisani près de Santa Maria Formosa, elle est dans les 4 finalistes du Turner Prize, c'est fragile mais intense.

Lorenzo a dit…

Pardon Anna Livia, quand je programme les photos, le recadrage passe par picasa et la référence enregistrée saute presque à chaque fois, il faut que je fasse des listes pour respecter les droits d'auteurs ! Merci pour la photo donc et désolé pour l'emprunt qui ne se voulait pas indélicat ! Bon weekend à vous dans votre merveilleux Québec (pays qui m'est aussi très cher) où il doit déjà faire bien froid !


AnnaLivia a dit…

Merci Lorenzo, je n'en demandais pas tant. Oui, le froid commence à s'installer ici, mais nous échappons encore à la neige (contrairement à NY qui y a goûté la semaine dernière). Bon WE!

02 novembre 2011

La foule

Un lecteur que j'avais aujourd'hui au téléphone me disait ce matin son désarroi devant les nombreux gros navires qui déversent chaque jour des milliers de visiteurs à Venise. la foule ainsi débarquée se rue vers San Marco et le Rialto, flot ininterrompu et désordonné de touristes pressés comme un ouragan. Comme mon amie Claire qui se rend régulièrement à Venise et à Murano pour ses affaires, revenue atterrée l'autre jour devant cette marée humaine débraillée et bruyante qui se répand à la vitesse d'un cheval au galop dans toutes les rues du centre historique. Personne ne put nier l'aberration de ce tourisme d'ultra-masse que personne ne semble contrôler. Mon interlocuteur s'interrogeait sur la responsabilité de la municipalité. Tout le monde a le droit de se rendre à Venise, sa beauté appartient à l'humanité toute entière mais comment ne pas s'interroger sur la finalité de ce mode de tourisme pendulaire à l'extrême qui ne permet pas de regarder mais permet au mieux d'avoir vu et de pouvoir le dire au retour à ceux qui ont déjà vu ou qui espèrent bientôt voir à leur tour... 


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8 commentaires: 

Micha Venaille a dit… 
Oui, moiau ssi j'ai des nouvelles de ces déversements de touristes par l'intermédiaire du site Facebook : Fuori le maxinavi dal bacino di San Marco, composé de Vénitiens très intéressants, dont Saverio Pastor, le " sculpteur " de forcole que vous connaissez certainement ou Matteo Secchi, je me demande comment ils font pour ne pas baisser les bras face à la puissance des armateurs quand le matin j'ouvre mon ordinateur et que je vois ce qu'ils ont devant leurs yeux, ces immenses paquebots (peut-on encore appeler paquebots ces monstrueux immeubles flottants ?) avec 3000 personnes à bord qui étouffent le canal, et que certains jours il y en a 3 ou 4 qui font débarquer leurs passagers en même temps dans la ville... Leurs débats avec la mairie n'avancent pas beaucoup mais ils ne se découragent pas. moi si. Et Costa annonce l'arrivée un paquebot encore plus grand, 3500 personnes, avec la promesse de partir de la plus belle ville qui soit : 
Venise. 02 novembre, 2011 

Robert M a dit… 
Il y aurait une solution : faire passer un examen d'entrée ! 
03 novembre, 2011 

Lorenzo a dit… 
D'une manière plus prosaïque, la municipalité avait pensé à un ticket d'entrée... Mais ne serait-ce pas s'engager officiellement vers la disneylandisation de Venise ? Nos amis de Venessia.com l'ont proclamé en organisant la fameuse opération Veniceland il y a quelques mois... 
04 novembre, 2011 

Sophie a dit… 
Hélas, cela me rappelle une conversation entendue dans le métro il y a quelques semaines, j'étais le nez dans un livre sur... Venise, deux personnes assises en face de moi cherchaient un lieu pour un voyage, le monsieur propose Venise, mes oreilles se tendent, et la dame répond : « ah non ! Venise je connais très bien, j'y suis allée trois jours, j'ai tout vu !!!! » Je suis resté sidéré, depuis des années je fais trois séjours par an à Venise et je n'estime pas en connaître le quart ! 
06 novembre, 2011 

Tietie007 a dit… 
Heureusement que la foule se concentre à deux, trois endroits ! Il y a encore plein de lieux déserts, à Venise. 
 15 novembre, 2011 

Christel a dit… 
Tout d'abord merci pour vos écrits. Ils décrivent si bien la Venise qui m'a éblouie. Je ne l'ai pas très souvent visitée, mais la dernière fois c'était pour le mariage d'amis, qui avaient décidé de noces intimes en décembre 2007. Nous nous sommes donc retrouvés une dizaine, pour une semaine à San Pietro . Nos appartements, le marché de la via Garibaldi, le café du campo de Ruga, la température "polaire", la neige dans le jardin sont restés gravés dans nos esprits à jamais. Une ville sans touristes pour les touristes que nous étions. Jusqu'au soir de la Saint Sylvestre où nous nous sommes rendus à San Marco. Et là… horreur ! Je me suis même demandée si le sol n'allait pas se dérober sous nos pieds avec tous ces gens qui bondissaient partout. Il est vrai que cette ville mérite mieux qu'une "muséification", mais quelle est la vraie solution ? En attendant je ne désespère pas de retourner poser mes valises à San Pietro. 
13 décembre, 2011 

Christel a dit… 
Mais pourquoi mon commentaire apparaît trois fois ? 
C'est pas de ma faute, promis, juré ! 
19 décembre, 2011 

Lorenzo a dit… cela arrive et même trois fois identiques, c'est un plaisir d'avoir votre commentaire ! 
Bonne semaine. 
 20 décembre, 2011

30 octobre 2011

C'est une histoire qu'on a peine à croire et qui fait froid dans le dos. Bien sur, nous savons tous que les commères et de nombreux esprits faibles, de tout temps ont aimé colporter des rumeurs fantasmagoriques et se faire peur. Venise est une ville où le surnaturel est à l'aise. Entre les mythes et la réalité, il y a le plus souvent bien plus que la largeur du grand canal. Mais pourtant, parfois... Fait réel et avéré, tout droit sortie des rapports de police et des journaux vénitiens de l'époque, l'histoire du campo san Boldo laisse pantois. Mais lisez plutôt.

Quand Tullio Gioppo se rendit à la questure ce matin de juillet 1929, il ne savait pas que la malheureuse affaire qui l'amenait sur la Fondamenta San Lorenzo ferait la une de tous les quotidiens de la ville. Agacé par une mésaventure qu'il ne comprenait pas, il venait déposer plainte pour des troubles de voisinage. Chaque jour depuis plusieurs jours des pluies de pierraille s'abattaient sur la maison qu'il occupait à Santa Croce, sur le campo San Boldo avec sa femme et ses deux enfants. Venu de Toscane, le sieur Gioppo âgé de cinquante-sept ans (il était né à Florence en 1872) n'est pas homme à s'en laisser compter. On sait peu de chose sur lui. Son nom apparait sur les liste du bureau de recrutement de Venise où il est inscrit comme élève sergent au 54e bataillon d'Infanterie. On apprend aussi que son père Pietro Gioppo, était ingénieur et que sa mère se nommait Adalgisa Brandani.
Ce florentin avait d'abord pensé à des plaisantins du quartier qui se moquaient souvent de l'accent de ses enfants. pour les petits vénitiens, la pureté de la prononciation toscane - qui est à l'italien ce qu'est la manière de parler angevine au français - est objet de moquerie.

De tout temps la différence attire les quolibets et la haine des esprits simples et obtus. Mais, même en surveillant depuis la fenêtre de son salon ou celle de la chambre, les persiennes tirées pour ne pas être vu, il n'a pu trouver le ou les lanceurs de pierre. Peu à peu l'affaire a pris des proportions très dérangeantes : des vitres brisées, la porte de l'immeuble endommagée, sa femme et un de ses enfants touchés par ces jets de pierre. Heureusement à chaque fois, plus de peur que de mal, les cailloux ne blessèrent jamais personne. Mais ce n'était pas une raison.

Dans la Nouvelle Italie (nous sommes l'été de l'An VII de l'ère fasciste), on ne plaisante pas avec la loi et la sécurité. L'affaire est prise au sérieux à la questure, au point que l'on envoie plusieurs policiers pour surveiller les lieux et arrêter les coupables. Jour et nuit, les équipes se relaient afin de surprendre les voyous qui s'en prennent avec autant d'acharnement à la famille Gioppo. Mais, malgré leurs efforts, cela ne servit à rien et ils ne purent trouver les coupables. On affirma que els pierres qui parfois tombèrent sur madame Gioppo ou sur ses enfants, ne les blessèrent jamais. Il apparut même que l'impact ne faisait jamais mal en dépit de la taille des cailloux et des morceaux de briques.

Selon les articles parus alors dans la Gazzetta di Venezia, la police fasciste parvint seulement à maintenir à distance la foule de badauds qui venaient voir chaque soir la pluie de pierres tomber sur la maison de la pauvre famille toscane… Comme le précise le rapport de l'officier de police chargé de l'enquête dont la Gazette se faisait l'écho : "la pluie de pierres semblait tomber du ciel"... Dans les derniers jours du mois d'août, un témoin certifia que des trous apparaissaient sur le mur qui entourait la maison puis se refermaient. C'était depuis ce mur que les pierres étaient lancées d'après l'enquête de la police. Mais on ne trouvait toujours pas qui les lançait… Puis l'automne arriva, et le phénomène s'arrêta.


Finalement tout le monde se rendit à l'évidence : Il n'y avait aucune explication logique et la présence à plusieurs reprises de policiers et de témoins de chaque côté du mur, sur le campo et dans la maison des victimes le confirma, on voyait les pierres jaillir mais personne ne les lançait… On déclara avec beaucoup de sérieux qu'il s'agissait d'un phénomène de Poltergeist, en d'autres termes, d'une manifestation d'esprit frappeur. L'histoire ne dit pas ce qu'est devenue la famille Gioppo. Quant à l'affaire, laissons à chaque lecteur conclusion et interprétation.





Cette histoire
est magistralement racontée par
Gianni Nosenghi dans son ouvrage
"Il grande libro dei misteri di Venezia risolti e irrisolti".
Éditions. Newton-Compton
2010
J@M a dit…

Nota:
L'histoire est aussi racontée par Alberto Toso Fei dans VENEZIAENIGMA
2008 Editions Elzeviro

Lorenzo a dit…

J'oubliais effectivement cet ouvrage de mon ami Alberto. Merci de ce rappel !