01 janvier 2012

Bonne Année 2012 !


Bonne Année 2012
à tous les Lecteurs et Amis Fidèles
de TraMezziniMag

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7 commentaires:

J@M a dit…
Buon 2012 !
Lorenzo a dit…
Grazie mille !
Nathanaëlle a dit…
Très belle et douce année à vous et mille mercis pour ce passionnant blog.
Les Idées Heureuses a dit…
Meilleurs Vœux Lorenzo pour cette nouvelle année qui risque de nous faire trembler.... Souhaitons espérance et sérénité, cultivons la Connaissance afin de maintenir et de construire un monde en pleine mutation. Que la passion de Venessia, pour notre part, nous aide à tenir le cap! Martine de Sclos
Condorcet a dit…
Tanti Auguri, Lorenzo !
Gérard a dit…
Bonne année 2012 à ce journal merveilleux . S'il en sort de l'acier rouge , c'est qu'il y a des mains d'or . Tous mes voeux , pour tout !
Tietie007 a dit…
Venise se vide de ses habitants ...C'est triste.

31 décembre 2011

Le royaume de France en gloire résonne encore à la Madonna dell'Orto

La belle église de la Madonna dell'Orto, sur le joli campo qui porte son nom est surtout connue pour abriter, dans la chapelle à droite du chœur, la dépouille du Tintoret et de deux de ses enfants, Marietta, la fille adorée, morte en couche et Domenico. Tous deux peintres et musiciens.  

L'édifice un peu en retrait, situé dans un quartier pittoresque sans rien de somptueux est pratiquement le seul monument des environs et n'en impose pas. Datant d'une époque où Venise dominait une partie du monde, ou du moins des mers du monde, elle devrait être chère au cœur des français. En effet, ce fut jusqu'à la chute de la République, la paroisse de l'ambassade de France. Les bancs d'honneur réservés au ministre du roi que l'on drapait selon l'usage à Venise de somptueuses parures de soie damassée de lys d'or étaient lors des offices un peu des bribes du royaume. 

Ce temple (comme d'ailleurs San Giobbe où est enterré un ambassadeur de Louis XIV, voir le billet s'y référant ICI) a vu de nombreuses cérémonies organisées pour fêter les évènements importants de la monarchie : naissances et mariages princiers, décès de nos rois, leurs couronnements, tout donnait matière à des messes ou des Te Deum (dont un qui fut composé par Vivaldi et dont on n'a pas retrouvé à ce jour la partition). Les ambassadeurs, au nom du roi, commandaient aux plus grands musiciens des œuvres spécialement pour ces moments où la France devait célébrer sa grandeur et montrer à Venise son importance. Longtemps ces manifestations ostentatoires furent des actes de politique. Avec la perte d'influence internationale de Venise, les évènements se réduisirent peu à peu. Les visites princières officielles, dûment mandatées par le roi cessèrent et seul le train de vie de l'ambassadeur et la somptuosité de ses réceptions rappelèrent la puissance et la grandeur du royaume. 

Un jour sombre de 1797, le général Buonaparte, mal mis comme à son habitude, ses cheveux noirs sales et décoiffés, suivi de toute une cohorte de va-nu-pieds devenus par leur bravoure de brillants officiers, tout aussi dépenaillés que leur chef, vinrent visiter l'église. Une messe y était dite, organisée par les français de Venise et les amis de la France, pour célébrer la grandeur retrouvée de la France et sa victoire contre le despotisme autrichien. Buonaparte pas plus que ses officiers n'étaient croyants, pourtant leur éducation, la tradition chrétienne qui dominait la pensée et les actions des hommes de cette époque, les fit s'agenouiller là-même où des rois et des princes s'agenouillèrent. A peine modifiés, les mots employés dans le rituel, priaient pour la république et ses héros là où elle priait peu avant encore pour la santé et la longue vie du roi. 

On m'a raconté qu'un jeune séminariste dont le père était employé aux écritures à l'ambassade, pria à haute voix pour l'infortuné Louis XVI mort quatre ans plus tôt... Le jeune chef de l'Armée d'Italie ne broncha pas. La révolution, sûre d'elle ne craignait plus la dissidence ni l'ombre du roi assassiné. Après cette ultime grande cérémonie où tous les ors et les parures que possédait l'ambassade furent déployés pour la dernière fois, la Madonna dell'Orto redevint une simple paroisse de quartier. La somptueuse ambassade du palazzo Surian-Bellotto sur la Fondamenta di Cannaregio, aux Tre Archi, dont les jardins s'étendaient jusqu'à la lagune, et où furent organisés de mémorables soirées musicales perdit faste et utilités. Après le passage du corse, Vnise allait devenir une bourgade colonisée par et nul besoin désormais d'une ambassade... Son histoire mériterait un billet spécial. A suivre donc. 

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Petits riens...

L'année bientôt va s'achever. Plus que quelques heures et nous découvrirons une nouvelle année. Le ciel est gris. Il fait froid. Mais nulle tristesse ne semble vouloir se répandre dans l'air en ce jour tranquille. Gérard Jarry et l'Orchestre de chambre Jean-François Paillard illumine la maison avec les concerti pour violon de Bach. Le chat ronronne près du feu. Dehors, le marché bat son plein. pourtant peu de bruits nous parviennent protégé que nous sommes du froid et des rumeurs de la ville par les fenêtres closes. Sur la table de la cuisine la pâte pour les shortbreads repose. Il y aura aussi des petits gâteaux au chocolat, crémeux et fondants. Ma tasse de thé fume à côté de moi. Il fait bon. Un de ces petits moments de bonheur simple comme je les aime, où rien d'extraordinaire ne se passe. Où rien ne se passe en fait. L'odeur des jacinthes, l'ambre sur les radiateurs, et bientôt le délicieux fumet des gâteaux qui vont cuire... Ces petits riens qui font ricaner les esprits supérieurs toujours trop occupés de grandes choses. 

C'est toujours dans ces moments-là que j'aime prendre mes carnets et noter. Souvenirs, idées, recettes, bribes de conversations partagées ou volées en passant. Je faisais ce matin une liste. Celle des choses à faire en 2012. Traditionnelles résolutions qu'on parvient rarement à tenir ? Plutôt une série de tout ce que j'ai envie de faire ou que je dois faire. Il y a notamment l'idée d'un petit livre de cuisine, des textes à peaufiner pour parler de Venise aux enfants. 

Car Venise sied bien aux enfants. L'esprit d'enfance, voilà le seul bagage indispensable pour découvrir Venise ou la savoir bien connaître. Les enfants savent d'instinct ce qui est important. Ils reconnaissent instantanément ce qui compte vraiment. Leur art spontané du temps perdu, leur capacité d'émerveillement, ces yeux neufs qu'aucun a-priori ne vient encore voiler... Avec les chats, ils sont les vrais princes de Venise. 

Leur consacrer un livre qu'illustrerait des images anciennes et des photographies d'aujourd'hui. Ci penso... Les shorbreads sont dans le four. Je les ai fait en forme de bâtonnets piqués de trou. J'ai découvert sur un site gourmand un tampon qui permet de marquer les biscuits du label fait maison. Envie soudaine d'avoir le même. Commande passée sur Amazon. 

Un de ces objets peu coûteux qui ajoutent au quotidien une once de plaisir supplémentaire. Le ciel est blanc. Comme s'il contenait des flocons de neige prêts à tomber et à embellir la ville. Hélas, ce ne sera que de la pluie, fine et glacée. Trop tôt encore pour la neige. En février certainement. Deux moineaux picorent les miettes déposées sur le rebord d'une des fenêtres du salon. Les violons de Bach s'harmonisent à merveille avec l'atmosphère de ce samedi matin... Dans quelques heures nous découvrirons 2012. Bonne journée à tous. 
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Recette des shortbreads 
C'est tout simple, et tout est en fait dans la qualité des produits utilisés et dans la lenteur de la cuisson (trente minutes à 150°). Pour la forme, vous avez le choix : soit des bâtonnets - les "fingers" anglais - piqués à la fourchette, soit en rond à l'emporte-pièce (6cm environ), soit en grand, genre fonds de tarte, marqué en portion et piqué avant la cuisson). Autre truc pour bien les réussir : mettre les biscuits au frais avant de les enfourner. 

Il vous faut 100 g de sucre en poudre, 200 g de beurre demi-sel et 300 g de farine tamisée. Si vous n'avez pas de beurre salé, prévoir une 1/2 cuillère à café de sel fin à rajouter à votre mélange. C'est plus long à la main mais cela donne un très bon résultat et c'est bon pour les muscles des bras et des mains ! 

Mélanger le beurre ramolli (mais pas fondu !), le sucre et la farine jusqu'à l'obtention d'une belle pâte moelleuse et compacte. Préparer une feuille de papier à cuisson sur la quelle vous étalerez les biscuits de la forme que vous souhaitez, la tradition les voulant ronds et lisses ou en bâtonnets piqués à la fourchette. Mettre l'appareil ainsi préparé au frais puis mettre au four (150°) pendant 30 minutes environ. Ils doivent rester clairs. a déguster avec un bon thé anglais (mon préféré reste le mélange de thés d'Assam de l'Irish breakfast appelé aussi "Builder's tea" . mais un verre de bon lait frais ou chaud se mariera bien aussi avec ces merveilleux petits sablés écossais. 

Photo ci-dessus extraite de l'excellent blog Sucrissime 

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L'enfant et les pigeons







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28 décembre 2011

Luigi Nono au conservatoire de Venise

Fascinante oeuvre pour flûte, petit chœur et live electronics, du compositeur vénitien, sur des textes de Rainer Maria Rilke et des hymnes orphiques réunis par Massimo Cacciari créée à Florence le 30 mai 1981. En exergue de cette composition, Luigi Nono cite ce passage de L'Homme sans Qualité de Robert Musil : « S'il y a un sens du réel, il doit y avoir aussi un sens du possible. C'est la réalité qui éveille les possibilités... Néanmoins, dans l'ensemble et en moyenne, ce seront toujours les mêmes possibilités qui se répéteront, jusqu'à ce que vienne un homme pour qui une chose réelle n'a pas plus d'importance qu'une chose pensée. C'est celui-là qui, pour la première fois, donne aux possibilités nouvelles leur sens et leur destination, c'est celui-là qui les éveille. » .  

Les Brèves

Bonne nouvelle pour nos amis belges : 
Vol quotidien low-cost Bruxelles-Venise 
La compagnie aérienne Air One a annoncé la prochaine ouverture (prévue le 4 mai prochain) d'une base à Venise, sa troisième en Italie après Milan et Pise. A la clé le lancement de onze nouvelles liaisons. La filiale low cost d’Alitalia va ainsi baser deux Airbus A320 sur l’aéroport de Venise -Marco Polo, et y lancera ses quatre premières routes. Bruxelles sera desservie quotidiennement avec un départ de Venise à 7h50 et un retour de Belgique à 10h25. ligne créée pour concurrencer la compagnie Brussels Airlines. Air One desservira aussi Barcelone chaque jour. Venise sera également reliée à Prague et à Tirana. Enfin, dès le 15 juin 2012, la low cost lancera d'autres lignes : Athènes, Bucarest, Istanbul, Sofia et Varsovie. Venise sera ensuite reliée à Mahon dans l’île de Minorque et Palma de Majorque, faisant de l'aéroport de Venise une véritable plate-forme européenne. Cela voudra dire encore plus de visiteurs sur la lagune, mais permettra aussi à l'aéroport Marco Polo de devenir une place de transit ce qui présente de nombreux avantages. A noter que la France n'est pas desservie par cette compagnie. . 

La saint Sylvestre 2012 
sous haute surveillance à Venise 
La mode est au sécuritaire même à Venise. Cette année, prévoyant que le traditionnel Love kiss de minuit au pîed du campanile de San Marco animé par la charmante Betty Senatore, attirera du monde, le Commandant Marini, chef de la police municipale a pris des mesures draconiennes. Les habitants sont prévenus que la circulation pédestre pourra être déviée si besoin et que certains axes seront à sens unique. En cas d'une affluence trop massive de véhicules, le stationnement sera interdit Piazzale Roma et les automobilistes déviés vers le Tronchetto. Cela ne devrait pas décourager les 100.000 personnes attendues sur la piazza où sont prévues cette année encore de nombreuses attractions : concerts, théâtre, bal avec le célèbre DJ vénitien Maci, et brindisi avec le Bellini dans sa fameuse bouteille rose et argent de la société Canella, en attendant le compte à rebours et le feu d'artifice sur le Bacino di san Marco. Bonne soirée à tous ceux qui se rendront sur la piazza le 31 décembre ! . 

Vous aimerez peut-être: Venise au quotidien Bucolique et tranquille, le printemps fait le reste. Qui Le vol d'Isard  

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27 décembre 2011

Concert de Noël : le Gloria de Vivaldi

Ceux qui ont lu mon livre où sont fidèles à mon blog savent combien le Gloria de Vivaldi est une de mes musiques favorites liées depuis plus de trente ans maintenant à ma vie vénitienne. C'est avec le Magnificat, le morceau qui m'accompagnait le plus souvent dans mes promenades nocturnes à travers la ville, c'est aussi ce que j'écoutais quand je travaillais à la bibliothèque de la Querini-Stampalia. Les trompettes du Gloria ont souvent résonné sous les voûtes de la galerie de Bobbo ferruzzi à San Vio... Voici une vidéo d'un concert de Noël donné en 2008 à Pescara, par le choeur et l'orchestre de l'Université Gabriele D'Annunzio de Chieti. Joyeuses Fêtes de Noël a tutti ! 



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Ombre et lumière : Ponte dei Pugni, San Barnabà.



© Giuseppe Crimi, 2011 - Tous Droits Réservés.

15 novembre 2011

L'abat-jour était rose. Récit. (Work in Progress)

,,Il ne voulait pas être là. Tout en lui l'avait poussé à renoncer. Le temps qui venait de se mettre au froid, la lumière qui baissait et la nuit qui trop vite recouvrait tout d'un manteau de mystère. Encore un pont, puis la fondamenta, le passage étroit avec la jolie figure de la vierge dans son petit autel toujours fleuri. Il avançait machinalement, serrant nerveusement les poings dans ses poches. Il aurait dû mettre un autre pull. Il marchait en regardant ses pieds. Peu de monde dans les rues. Le silence de Venise soudain lui pesait. Pourquoi accepter ce rendez-vous ? Il savait bien que la silhouette jaune qui irradiait les couloirs du musée quand il l'avait vu pour la première fois, son rire chatoyant, la blancheur de ses dents, rien jamais plus d'elle ne pourrait être à lui. Il y a longtemps... Elle s'était abandonnée, prête et soumise à leur destin. D'un geste il avait balayé toutes les promesses de bonheur qui soudain s'offraient à lui. Trop imprégné encore de chimères bien trop lourdes pour son jeune cœur, il resta fermé à tout ce qu'elle s'apprêtait à représenter pour lui. L'autre, devenant chaque jour une vision un peu floue, attendait quelque part, loin d'ici. Il s'en persuadait, désirant avec force qu'il n'en soit rien. Il croyait être pur et agir comme un saint en ne cédant pas à celle qui déjà lui cédait. Peut-être préférait-il souffrir ? 
,,Elle était revenue. Son rire à l'autre bout du fil avait ranimé en un instant mille sensations qu'il croyait oubliées : - 19 heures 30, au Vapore. Les abats-jours sont-ils toujours aussi délicieusement roses ? Sois-bien à l'heure. Je t'embrasse. Le petit accent traînant, les roulades qu'il ne pouvait plus entendre depuis sa rencontre avec Luisa, sans voir sa chevelure brune, ses yeux verts, sa peau délicate et tremblante, tout resurgit et le troubla comme avant. Quel était ce mystère qui le renvoyait en quelques secondes à une vie qu'il croyait disparue, comme un rêve envolé ? Deux jours étaient passés. Maintenant, il fallait se décider. Luisa serait au restaurant, dans la petite salle du fond, près des grands miroirs. Sur la table damassée, la lampe avec l'abat-jour un peu mièvre répandrait sur son visage une douce lumière. 

,,Quelques années plus tôt, au même endroit, ils avaient prononcé la même phrase, avec la même intensité et le même désir. Son "que tu es belle" avait résonné en même temps que son joli "qué tou es beau". Il avaient ri tellement fort que tout le monde un court instant avait cessé de parler. La soirée fut merveilleuse. Elle le suivit chez lui. Quand elle s'étendit sur le lit étroit, il pensa à l'autre, l'élue, celle qui l'attendait dans sa vie d'avant. Il prit la main de Luisa, l'embrassa avec fougue puis, hésitant, les yeux dans le vague, il se détacha d'elle et lui proposa de la raccompagner à son hôtel. Elle eut un sourire incroyablement bon. Elle se leva. Il crut apercevoir dans l'ombre de la chambre mal éclairée, une larme sur son visage qu'elle essuya du revers de la main. Discrètement... Ils marchèrent main dans la main jusqu'au petit hôtel, près du traghetto. Elle devait partir pour Malaga le lendemain... Il ne la revit plus. Les années passèrent. Leurs vies... 

,,Et ce soir, elle était revenue. Enfin. Hélas. Qu'allaient-ils se dire ? Qu'avaient-ils à se dire ? Il ne voulait pas être là. Le quartier lui semblait laid. La ville, le ciel bas, le froid, il avait tout en horreur. Pourtant, il poussa la porte du restaurant, accueilli par Carlo, le serveur, qui ne semblait pas surpris de le voir surgir là après tant d'années : - La signorina vous attend, Monsieur, la table sous le miroir. Celle qui a l'abat-jour rose...


Work in Progress : 
Inédit extrait d'un récit à paraître, 
déjà initié sur Tramezzinimag en 2009. 

19 octobre 2011

Quand la nuit envahit la ville…

Qui ne s'est jamais promené la nuit sans but précis ne peut prétendre connaître Venise. Il faut sortir marcher, après dîner, en ayant si possible pris du plaisir à la nourriture servie. Que le vin égaie votre esprit. Alors, d'humeur joyeuse ou un brin nostalgique, laissez vous porter par vos pas.

Allez droit devant, sans hâte et seul. C.S. Lewis, l'auteur du magnifique Narnia, disait dans «Surpris par la joie» combien il est difficile de se promener en compagnie de quelqu'un. Tellement rare sont les compagnons d'errance qui voient instantanément les mêmes choses que nous et s'en émerveille au même moment. Rare celui ou celle qui sait avancer en silence et communiquer dans une même harmonie. Si vous ne pouvez trouver ce parfait complice dans votre entourage, partez seul à la rencontre de la Venise nocturne. Mais prenez garde et prévenez votre monde, vous pourrez peut-être en avoir pour la nuit entière ! 


Cette sensation unique, je l'ai ressenti la première fois alors que je n'avais pas quinze ans. Nous logions avec mes parents au Londra, sur les Schiavoni. Après le dîner, un soir, j'avais eu l'autorisation de sortir seul. J'ai marché vers San Marco puis contournant le palais épiscopal, je suis allé vers San Giovanni e Paolo, puis vers l'arsenal pour revenir par la fondamenta qui mène à l'hôtel. Deux heures dont j'ai encore en moi la marque. J'ai souvent erré depuis dans les rues la nuit et parfois, sur les canaux quand la barque éclairée d'une simple lanterne, glissait presque au hasard de l'aviron. 

Connaissez-vous Joseph Bodin de Boismortier, ce compositeur français du XVIIIème siècle ? Il a écrit de merveilleuses pièces notamment pour flûte. C'est cette musique là qui illustre le mieux la nuit vénitienne. N'emportez pas avec vous Mahler ni Wagner, sauf si vous êtes de ceux dont l'humeur romantico-romanesque aime à entretenir un secret et délectable désespoir. Peut-être des pièces religieuses de Vivaldi (j'écoutais souvent dans mes périples nocturnes le gloria et le magnificat du Prêtre roux) ou des motets de Monteverdi. Mais pour apprécier le silence plein de rumeurs qui caractérise la nuit à Venise, la flûte de Boismortier est parfaite. 

Partez du restaurant, raccompagnez la femme (l'homme) que vous aimez, vos amis, à l'hôtel. Rassurez-les en expliquant que tout va bien mais que vous avez envie de prendre un peu l'air en solitaire et partez. 

Vous marcherez au hasard, en suivant les itinéraires que vous avez repéré dans la journée. Rien ne sera pareil. la calle del XXII marzo ou les Mercerie n'ont plus rien à voir quand la nuit est tombée et les rideaux des boutiques sont baissés. Chaque campo est comme une scène de théâtre abandonnée sous les projecteurs encore allumés. 

Un garçon de café balaie une terrasse et range les chaises, plus loin un vigile vérifie que tout est en ordre sur son chemin. Un chien errant renifle poubelles et réverbères. Des petits groupes vous croisent. certains discutent sur un pas de porte. Parfois des rires ou les bribes de conversation descendent vers vous d'une fenêtre ouverte. Le boulanger met son pain au four et une odeur délicieuse vous chatouille les narines. Des marches, un pont, le bruissement de l'eau contre un bateau amarré et toujours le martèlement de vos pas sur les dalles des rues. 

U
n autre campo, puis un autre encore, un sottoportego un peu sombre qui vous fait frissonner trente secondes, de longues ruelles prises entre de hauts murs qui semblent être le corridor silencieux et humide d'une maison abandonnée, puis une église, un puits, des marches encore qui s'ouvrent sur une grande salle déserte : le campo du théâtre. Une treille, le péristyle de la Fenice, avec quelques buveurs invétérés, assis sur l'escalier. Leurs voix qui résonnent et vous suivent longtemps après que vous ayez quitté le campo... Soudain un cul de sac. «Acqua, acqua» vous aurait crié une vieille femme du haut de son balcon. Là, le silence amplifie votre surprise. Personne. Peut-être un chat effrayé qui vous toisera avant de se glisser entre les grilles d'un magazzino. L'air se fera plus vif, la nuit sera bien avancée. 

Par une trouée entre deux immeubles, vous apercevrez des bateaux au loin qui laisseront une trace blanche comme argentée sur l'eau de la lagune. A l'horizon, la masse noire du cimetière San Michele et les lumières éclairant les chenaux qui mènent à Mazzorbo ou à Torcello : les Fondamente Nuove désertes s'offrent à vous. Vous resterez là un long moment. 

Si vous fumez la pipe, je recommande le pont qui fait face au Palais qu'habitait la mère de Casanova, ce pont où il fut arrêté en revenant de chez le Comte Bragadin, son protecteur. Face à la lagune, battu par les courant d'air du Nord, c'est un endroit magique. Paisible aussi. Derrière vous, l'hôpital et le campo Zanipolo avec la fière statue du Colleone... Je pourrais décrire ainsi des dizaines et des dizaines de lieux merveilleux à toute heure du jour mais particulièrement fascinants en pleine nuit, car ils sont alors à vous qui les contemplez dans le silence et la confidentialité de la nuit. 

Un autre bonheur - un des miens en tout cas - c'est le brouillard, l'incroyable brouillard qui les soirs d'hiver se répand parfois sur la ville. Il transforme tout et se frayer un chemin, même sur les lieux habituels connus par cœur, devient presque impossible. Parfois même votre seul mouvement crée une sorte de tunnel qui demeure ainsi ouvert jusqu'à ce que vous repassiez au même endroit. J'ai le souvenir d'un matin à Cannaregio, près du Ghetto. J'allais chercher des croissants et le journal. 
Entre la porte de l'immeuble où j'habitais et le kiosque, voisin de la boulangerie, il y avait deux cent mètres à peine. Un mur de coton semblait avoir été dressé devant moi et à chaque pas, m'enfonçant dans cette matière impalpable, je creusais comme un passage. Et à ma grande surprise, sur le chemin du retour, cette ouverture était toujours là, se refermant peu à peu derrière moi... Sensation très particulière je vous l'assure. Brodsky en a bien mieux parlé que moi dans un de ses livres. Je chercherais la page. Bonne promenade.


Cet article est la Reprise d'un billet paru sur ce septembre 2006

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11 commentaires: 

Les Idées Heureuses a dit… 
"La lumière veille quand les passants désertent la scène à la gloire de la nuit." Michel Ménaché 

20 octobre, 2011 

Lorenzo a dit… 
Belle citation. 
Merci de nous la faire partager. 

20 octobre, 2011 

Murissa Maurice a dit… 
Merci pour partager! 
Quand j'etais dans Venise l'anne derniere j'ai tombe en amour avec l'histoire, le vin, la nuit, mais je regrete quand j'ai manque le Ghetto. Je lit une livre qui s'appelle "The Midwife of Venice" par Roberta Rich. C'est magique et parle d'une femme de la 15e siecle. Elle est juif et tombe dans la trouble tres grave avec les Chrestiens et les regles contre les juifs. C'est tres interesant. Je m'excuse pour mes erreurs! Je suis Anglais, mais je sais un peux de Francaise Canadienne. 
The Wanderfull Traveler 

 20 octobre, 2011 

ytaba36 a dit… 
You have painted such a compelling picture of a solitary walk in Venice at night. I can hardly wait to see if I can produce a 'tunnel' in the fog, this winter. 
 Yvonne 

 21 octobre, 2011 

Mr Mustard a dit… 
j'aime beaucoup ces photos seul dommage : elles sont trop petites 

 21 octobre, 2011 

Lorenzo a dit… 
Il suffit de cliquer dessus pour les agrandir dans une nouvelle fenêtre. Mais effectivement, pour ne pas endommager la qualité de la vue, elles sont enregistrées en réduction. A l'époque de ce billet (déjà édité dans le blog il y a quelques années), je ne manipulais pas encore très bien les outils de blogger. 

21 octobre, 2011 

Lorenzo a dit… 
Les photos sur votre blog sont magnifiques. 

 21 octobre, 2011 

Anonyme a dit… 
De quoi plonger dans de beaux rêves ! Merci, Lorenzo. Je pars à Venise le 9 novembre, entre San Martino et la Festa della Salute, deux petits moments de bonheur. 
Fidèlement Gabriella 

 21 octobre, 2011 

Anonyme a dit…
De quoi plonger dans de beaux rêves ! Merci, Lorenzo. Je pars à Venise le 9 novembre, entre San Martino et la Festa della Salute, deux petits moments de bonheur. 
Fidèlement Gabriella 

21 octobre, 2011 

Douille a dit… 
Je dois avouer qu'il y a 2-3ans, je suis allé me prendre une vodka-Martini au Hilton... Ces gens sont des malades... En fait le shaker est rincé au Martini et on te sert une vodka quasi-pure dans un grand verre à cocktail, elle juste parfumée au Martini... Purée, le retour fut dur... 
Mais ça permet de voir la ville autrement! :D 

22 octobre, 2011 

Lorenzo a dit… 
Je peux l'imaginer. 

 24 octobre, 2011

17 octobre 2011

Une heure de ton temps

[ Billet retrouvé 
par un lecteur fidèle et assidu 
qui nous fait l'honneur 
de suivre Tramezzinimag depuis 2005 
et nous croyait disparu. 
Joie de lire son courriel et de découvrir les liens conservés. 
Je reproduis cette publication à l'identique et adresse à cet ami lointain 
un chaleureux Merci !]

17 octobre 2011

Une heure de ton temps.

Giacomo a cinq ans. Une petite bouille mignonne qui fait fondre toutes les maîtresses de l'école maternelle Diego Valeri, sur la fondamenta du rio Brati à Dorsoduro. Son papa travaille dans une agence de voyage près de la stazione. Ce soir, le petit garçon est devant la porte du palazzo où vit sa famille. il attend son père. La nuit tombe déjà quand il aperçoit enfin une silhouette déboucher du sottoportego. "C'est lui, c'est papa", se dit-il joyeusement. Le père est sorti tard de l'agence. Il est fatigué, énervé aussi, rempli de lassitude et de frustration liées à son travail et à ses collègues.
- Depuis combien de temps es-tu là ?" demanda le père en le voyant devant la porte de l'immeuble.
- Seulement depuis une heure papa." répondit timidement le petit.
- Combien de fois faudra-t-il que je te le dise ? Je veux qu'après dîner tu ailles te coucher" grogna le père.
- Mais papa, j'attendais que tu reviennes c'est pour ça que je ne suis pas couché !"
- Hmm" grommela le père pressé de rentrer pour se reposer de sa journée. Il se dirigea vers le hall de l'immeuble. L'enfant le suivit, en se faufilant pour rester à ses côtés.
- Papa, est-ce que je peux te poser une question ?
- Oui bien sur" répondit le père qui avait pris son fils par l'épaule et marchait vers l'escalier qui menait chez eux, "de quoi s'agit-il ?"
- Tu es payé combien pour une heure de travail ?" lança l'enfant en levant son joli regard vers son père. Surpris et agacé, celui-ci répliqua avec brusquerie, "Ce ne sont pas tes affaires. Pourquoi cette question ?"
- Je voulais juste savoir. Allez, dis -moi papa !" insista l'enfant tandis qu'ils pénétraient dans l'appartement.
- Je ne sais pas moi, disons 15 euros de l'heure" finit par répondre le père en posant ses affaires sur le canapé du couloir.
- Ah!" lâcha l'enfant en baissant la tête. Il resta un instant silencieux, puis il demanda : "Et si on te donnait davantage, tu ferais un autre travail ?"
- Oui peut-être" répondit le père, agacé par les paroles de l'enfant qui rejoignaient ses préoccupations du moment. Après avoir profondément respiré, le petit ajouta : "Est ce que tu peux me donner 10 euros, papa ?"
- Alors tu me poses toutes ces questions et tu m'attendais dehors au lieu d'aller te coucher seulement pour que je te donne de l'argent ! Juste pour t'acheter encore une de ces bêtises de chez Petenello! Va te coucher immédiatement"
gronda-t-il en montrant du doigt la porte de la chambre de l'enfant.
Le petit embrassa sa mère, puis son père qui s'était mis à table, et alla dans sa chambre. Il ferma la porte doucement, grimpa dans son lit, attrapa sa peluche préférée qu'il colla contre lui, et éteignit la lumière. Il cherchait encore son sommeil quand son père entra. S'approchant du lit, il demanda doucement à l'enfant : "Est-ce que tu dors, mon fils ?"
- Non papa"
répondit l'enfant.
- Tu sais, j'ai eu une rude journée au bureau. J'ai été un peu dur avec toi tout à l'heure... J' étais énervé."
En s'asseyant sur le rebord du lit, il caressa le front du petit bonhomme qui se redressa, se laissant un peu aller sous la main du père, comme un jeune chiot qu'on caresse. "C'est toi qui a pris, j'en suis désolé. Tiens, mon grand, voici les 10 euros que tu voulais."
- Oh merci papa !"
s'écria l'enfant. Il fureta sous son oreiller et en retira un porte-monnaie. En l'ouvrant, le père aperçut un billet de 10 euros. De nouveau en colère, il hurla : "Mais tu es incroyable ! Tu as déjà de l'argent et tu m'en redemandes ! Qu'est ce que cela veut dire ? "
- Et bien, maintenant que j'ai 20 euros, je voudrais t'acheter une heure de ton temps, papa !"
lança l'enfant, le regard brillant et les mains tremblantes. "S'il te plait, tu viendras plus tôt demain. Nous dînerons ensemble et je te montrerai les dessins que j'ai fait à l'école."

Photographie © Servane Pauchenne - 2009

4 commentaires:

ytaba36 a dit…

That was a lovely, warm story!

Yvonne

Veneziamia a dit…

Quelle belle histoire. Les enfants sont souvent nos maîtres !

christophe a dit…

Emouvant dialogue. C'est incroyable combien vous savez rendre visible les situations et les attitudes. notre atelier d'écriture travaille sur l'émotion. Nous avons déjà utilisé certains de vos billets.
Christophe

Lorenzo a dit…

Merci Christophe, je suis flatté !


14 octobre 2011

Bonne nouvelle !

Le service de presse de la municipalité de Venise vient d'annoncer que les épouvantables publiciés géantes qui cachent les échafaudages entourant le plaias des doges et les Prisons vont être démontées. Le public va pouvoir enfin revoir les façades restaurées et nettoyées. une bonne nouvelle pour tous !

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Enfin une bonne nouvelle, de plus très symbolique je trouve. Souhaitons que ce soit le début d'une série dans le même esprit.
Merci de nous en avoir fait part.
Soazig

Veneziamia a dit…

Ouf, quelle bonne nouvelle, d'autant plus que nous serons à Venise au printemps prochain !
Merci de nous avoir passé le message.
Françoise

ytaba36 a dit…

Hurray!

Yvonne

Maïté a dit…

Une bonne chose en effet ; bonne fin de semaine, a presto !

anita a dit…

...autre bonne nouvelle ....peut-être ? le Thello : sera-t-il plus "avenant" que l'autre ?????

Lorenzo a dit…

Anita, vous me donnez l'occasion d'annoncer un prochain billet consacré à cette nouvelle société italo-française qui va remplacer Artesia.