11 octobre 2011

Mais où est passé San Secondo ?

Saint Second d'Asti, vous connaissez ? La légende raconte que ce jeune soldat romain originaire d'Asti refusa d'abjurer sa foi en dépit d'atroces tortures. Il aurait été décapité le 30 mars 119 de notre ère, date qu'a choisi le martyrologe romain pour fêter le saint. On ne sait rien de de lui que par ce qu'en écrit Jacques de Voragine dans sa Légende dorée. L'auteur se serait inspiré de l'histoire de Saint Marcianus de Tortona. Toujours est-il que le corps de ce saint vénéré dès le IXe siècle à Asti dont il est depuis lors le saint patron, fut transporté un temps à Venise. C'était en 1237. on le déposa dans la chapelle d'un couvent bénédictin de la lagune dédié à San Erasmo, sur une toute petite île à laquelle il donnera plus tard son nom, suite à un de ces miracles dont nos ancêtres étaient friands. On raconte ainsi qu'au moment où le corps fut débarqué, un puits d'eau miraculeuse surgit du sol de l'île. San secondo existe toujours. c'est ce petit îlot couvert de verdure sauvage devant lequel passe le pont qui relie la terraferma à Venise. Vue du ciel, l'île abandonnée a une forme circulaire. Envahie par la végétation, elle abrite encore les vestiges d'un fort construit par les autrichiens qui était destiné à protéger l'entrée de la ville après la construction du pont. On sait qu'en 1030 s'installèrent à cet endroit des bénédictines. Puis le couvent fut dévolu aux dominicains qui agrandirent les bâtiments et refirent la chapelle. Ils furent chassés par Buonaparte devenu empereur et roi d'Italie, quand il décida de la fermeture de nombreuses communautés (décret du 28 juillet 1806 - lire à ce sujet l'excellent ouvrage de Monsieur de Fournoux, Napoléon et Venise). L'île devint alors domaine militaire, ce qu'elle restera jusque dans les années 50. L'image ci-contre montre l'état de l'église quand les armées françaises envahirent la lagune. Plus grande qu'aujourd'hui, elle était protégée de l'érosion par le travail commun des moines et de l'Administration des Eaux qui veillait partout à diminuer les effets de l'érosion naturelle sur l'ensemble des territoires lagunaires de la Sérénissime. depuis le pont, l'île ressemble à un pauvre atoll abandonné et personne ne se doute que se trouve là les vestiges du plus ancien couvent bénédictin de toute la lagune. Les sbires du corse vidèrent l'église et le monastère de tout ce qu'il contenait de précieux. Certaines œuvres d'art considérées comme trop mineures pour être rabattues vers la France comme prise de guerre, furent réparties dans les églises et les couvents de la ville que l'ennemi voulait bien laisser ouverts. les autrichiens installèrent dans l'île une réserve de munitions qui explosa en 1848 au moment de l'ultime et héroïque tentative de soulèvement des vénitiens pour regagner leur indépendance. 




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1 commentaire: 

Veneziamia a dit…

Merci Lorenzo pour cet épisode très intéressant de l'Histoire lagunaire.
Cela me donne envie de lire "Napoléon et Venise". Napoléon, ce prédateur en liberté.
En attendant, j'ai bien hâte de me plonger dans votre livre que je devrais recevoir prochainement.

Bonne soirée.
Françoise


01 octobre 2011

Le Spanglish sandwich (Keller sandwich)

Les pauvres malheureux pour qui le sandwich s'arrête au simple jambon-beurre ou au pâté-cornichon n'ont pas idée des merveilles gastronomiques, époustouflantes trouvailles pour les papilles qu'on trouve autour de la planète ! Il y a tout d'abord les tramezzini - Tramezzinimag, vous le savez, se veut depuis 2005 l'infatigable zélateur de cette merveilleuse invention ; Il y a le Club Sandwich dont la version la plus aboutie est celle d'Arrigo Cipriani, toujours servi au Harry's bar et au Harry's Dolce...

Et puis, il y a tous ceux que d'émérites chefs inventent. Le spanglish sandwich est un des plus grands. On lui donne le plus souvent ce nom car sa préparation figure dans une scène mémorable du film de James L. Brooks, Spanglish, sorti en 2005 avec Adam Sandler, la ravissante Tea Leoni et la non moins superbe Paz Vega. 
 
Peut-être certains d'entre vous s'en souviennent. cette comédie typiquement américaine raconte l'histoire d'une jeune femme mexicaine qui s'installe à Los Angeles avec sa fille et qui rentre au service d'une famille américaine dont le mari est un célèbre restaurateur. Dans une scène mémorable du film, le personnage principal revenant de son service au restaurant, se prépare avec amour ce fameux sandwich. Rien que de le voir à l'écran donne faim ! Il a en fait été créé par un célèbre Chef californien (mais oui, il y en a), un certain Thomas Keller, ancien de chez Taillevent. Reconnu aujourd'hui comme un des meilleurs cuisiniers du monde, il officie depuis 1994 au French Laundry, l'un des plus fameux restaurants de la Napa valley,
 
Les ingrédients (pour une personne) : 3 ou 4 tranches de bacon / 2 tranches de Monterey Jack (fromage californien créé par les franciscains au début du XVIIIe et qui ressemble un peu au cheddar blanc très frais) / 2 tranches de pain de campagne ou 2 tranches de pain de mie anglais complet / 1 cuillère à soupe de mayonnaise / 4 tranches de tomates bien mûres / 2 feuilles de laitue / beurre / 1 œuf frais.

3 commentaires: (Archives Google)

ytaba36 a dit…
Ho fame!
Yvonne
Michelaise a dit…
Thierry Marx, du temps où il était encore "par chez nous" avait accepté de parrainer une formation avec pôle emploi (qui ne s'appelait pas encore ainsi !) pour de la cuisine rapide de qualité !! De jeunes bordelais avaient ainsi acquis une qualification en suivant un cursus de 6 mois je crois et avaient appris à faire du "à consommer rapide" mais original, attrayant etc... j'avais trouvé l'idée sympa
Lorenzo a dit…
Effectivement. Il serait intéressant de savoir ce qu'ils sont devenus et ce qu'ils en ont retiré. Quant à la cuisine moléculaire... je trouve l'idée moins sympa, mais je dois tourner au vieux machin réactionnaire...

Les anglais et Venise

A
ntoine
, mon ami, tu n'aurais jamais dû me donner ce texte sur la conception romantique qu'avaient les anglais au XIXe siècle. Cela m'a plongé dans une rêverie qui, loin d'être stérile, m'a donné envie de rouvrir certains ouvrages de ma bibliothèque, et de ressortir ces antiques journaux de voyage dont ma famille était fervente. J'ai donc cherché aussi d'autres ouvrages consacrés au sujet et cela m'a mené, plusieurs nuits de lecture plus tard vers un dossier drôlement passionnant. Mais quelle fatigue. Je ne te remercie pas ! Enfin si, je te remercie pour le coup de pouce et les idées qui en découlent. Sacrés anglais, nous avons raison, nous les français de leur garder une certaine animosité.

Cela n'est mauvais ni pour eux, ni pour nous. Comme dit la chanson, "...A la santé du roi de France et M.... pour le roi d'Angleterre qui nous a déclaré la guerre !". Sa Gracieuse Majesté n'a rien à voir avec son ancêtre le roi Georges III et nous n'oserions pas penser à elle en entonnant ce refrain. Elisabeth II me fait davantage penser aux bonnes tasses de thé qui rythme mes journées, où que je me trouve. Je pense aussi à la Queen Mother qui aimait beaucoup Venise et qui a contribué financièrement à plusieurs chantiers de restauration, comme la rénovation des vitraux de San Giovanni e Paolo. Mais, ces digressions d'ancien combattant t'agacent un peu, je le sais et avant que de me perdre, laisse-moi revenir à mon sujet. Les anglais et Venise au XIXe siècle. Nous pourrions penser que leur proximité historique, culturelle et artistique vis à vis de leurs cousins prussiens, aurait amené bon nombre d'intellectuels britanniques à considérer Venise du même point de vue que les romantiques allemands. 

En fait, il n'en fut rien et ce depuis toujours. Tout d'abord, Venise avait tout pour déplaire aux britanniques. Pas assez méridionale pour attirer les amateurs d'exotisme, trop aristocratique pour ne pas leur faire craindre une concurrence dans les goûts et les mœurs et surtout terriblement puissante, terriblement cynique et terriblement redoutable en affaire. En fait, l'Angleterre ne supportait pas la suprématie navale de la Sérénissime, comme elle détestera Louis XVI d'avoir conçu la meilleur flotte maritime du monde commandée par de meilleurs officiers mieux formés que les siens. Mais au XIXe siècle, la Sérénissime n'était plus qu'un fantôme exsangue surgissant parfois aux détours d'un couloir dans le palais des doges. Non la Venise du XIXe ne leur plaisait pas car son style, son architecture, son climat n'étaient pas à la mode. Les ruines de la République n'étaient que de sombres et repoussantes guenilles pour les touristes faisant leur Grand Tour.

Il faudra attendre le milieu du règne de Victoria, pour que l'anglais s'éprenne du pittoresque de la Venise. Les filles faciles (et les garçons aventureux) au regard sombre et ténébreux, le parfum des eaux saumâtres, et les mots de quelques écrivains. Turner et Bonington - dont il était question dans le texte que je citais plus haut - montrèrent une Venise n'existant plus ou n'ayant jamais existé. Avant que de la comprendre enfin, W. H. turner s'ingéniait à reproduire des vues de camera scura à la Canaletto (les anglais écrivaient "Canaletti" confondant le nom donné aux tableaux du maître avec son patronyme...)

Lord Byron est un des responsables de ce manque d'attirance pour la Venise ruinée des premières années du XIXe siècle. Terriblement anglais, il vécut trois années sur les bords du Grand Canal sans jamais daigner écrire sur la Venise de son temps ni sur les vénitiens. Du haut de son insolente supériorité, il ne considéra jamais la ville de son temps mais se plut à en décrire le passé mirifique. Témoin au quotidien de la vie vénitienne sous l'occupation autrichienne, il ne prit jamais position dans aucune de ses lettres ni ne montra un soupçon d'intérêt pour la vie à Venise sous cette occupation. 

On connait hélas l'ambivalence confuse des opinions du lord anglais finalement très conservateur et réactionnaire. Shelley non plus ne su voir de la cité des doges autre chose qu'un décor exotique et pittoresque. Il faut dire que les ruelles sombres et humides de Venise la faisaient ressembler davantage aux bas-fonds miséreux des docks de Londres et le choléra faisait peur. Le XVIIIe siècle finissant, des aristocrates et des artistes britanniques vinrent à Venise, mais comme on alla au Maroc ou aux Philippines pendant des années. Pour l'attrait exotique et érotique qu'exerçaient les "péripatéticiennes" et les "ténébreux et musculeux gondoliers peu farouches." On venait y jouer beaucoup d'argent au Ridotto, et le délice de ses cafés attirait bien davantage que son histoire et ses monuments... Venise n'était qu'un musée décati et les vénitiens de pauvres hères.

Turner jeune vint passer quelques jours à Venise et en ramena plus de cent trente croquis et seulement quatre aquarelles. Ces esquisses rapides témoignent de l'excitation du jeune homme à la vue des effets de l'eau et de la lumière. Toute la vérité profonde de la Sérénissime est dans ces dessins. Pourtant, revenu en Angleterre, il traduisit son travail par des peintures et des gravures dénuées de toute cette spontanéité qu'il avait pourtant perçu et qu'il avait parfaitement su transcrire. Venise n'était ainsi un décor, un prétexte. Une veduta à la mode de Canaletto. Inspiré par les descriptions de Byron, dans le canto IV de Childe Harold, qu'il devait avoir dans ses bagages, sa peinture sera historique et surtout pas contemporaine. Jamais Turner ne voulut montrer la Venise de son temps. Trop triviale pour le public anglais...

I stood in Venice, on the Bridge of Sighs;
A palace and a prison on each hand:
I saw from out the wave her structures rise
As from the stroke of the enchanter's wand:
A thousand years their cloudy wings expand
Around me, and a dying Glory smiles
O'er the far times, when many a subject land
Look'd to the winged Lion's marble piles,
Where Venice sate in state, thron'd on her hundred isles! (1)

Les carnets vénitiens de Richard Parkes Bonington eux étaient peuplés de portraits des vénitiens rencontrés dans la rue. Des scènes pittoresques très vivantes, des visages et des attitudes montrant la vie courante. Les tableaux qu'il présenta ensuite dans les différentes exposition publiques étaient toujours historicisées. Richard Hollier écrivait en 1831, que «sans Shakespeare, Lord Byron et quelques peintres locaux éminents, Venise et les vénitiens auraient depuis longtemps été oubliés.» Les voyageurs anglais se rendaient à Venise avec des idées très précises pour ne pas dire préconçues, et leur regard sur la ville restait terriblement étroit.
Les vénitiens qui subirent ce mépris à peine caché que les sujets de Sa Très Gracieuse Majesté montrent généralement pour tout ce qui n'est ni anglais ni prussien, n'ont pas oublié. Les anglais sont nombreux à Venise, mais Venise leur garde une certaine rancœur. C'est peut-être pour ce la que le thé y est si mauvais, mis à part quelques bonnes maisons où, fair play, la maîtresse de maison sait le servir tout à fait… à l'anglaise [sur le sujet, voir le Tramezzinimag de mars 2010].
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(1) : «J'étais à Venise, sur le pont des soupirs, entre un palais et une prison : je voyais jaillir la ville du milieu des vagues, comme si la baguette d'un enchanteur l'eût élevée tout à coup. Dix siècles étendent autour de moi leurs ailes sombres et une gloire agonisante sourit à ces temps éloignés où maintes contrées subjuguées admiraient les monuments de marbre du lion ailé de Venise, qui avait assis son trône au milieu de ses cent îles.» (traduction libre des premiers vers du Canto IV du Pèlerinage de Childe Harold )

24 septembre 2011

L'union entre l'eau et l'écriture

Souvent celui qui écrit sur Venise et qui en a fait sa patrie d'élection - ils sont nombreux - n'est lié à cette ville que par la nécessité vitale et littéraire de se "réfléchir" en elle. Cette analogie, si gratuite puisse-t-elle paraître, n'en est pas moins fondatrice : elle est l'anneau qui scelle l'union entre l'eau et l'écriture, et qui relie Venise à la quête biographique et artistique. (Noté d'après un texte de Nicoletta Salomon à propos d'Ezra Pound).

2 commentaires:

ladivinecomédie a dit…
Il est magnifique ce coucher de soleil entre le squero san trovaso et les Zattere !
Avez-vous déjà envoyé votre recueil de textes aux souscripteurs ?

Anonyme a dit…
Nous avons quitté la petite terrasse sur le toit de la maison à droite le 23 septembre ! cette photo est magnifique et je viens de réserver un séjour en février dans cette même maison avant de venir "visiter" TraMeZziniMag, quel bel hasard.

23 septembre 2011

Echauffourée entre les manifestants anti fascistes et la police à Venise


La manifestation organisée par les élus municipaux du groupe des Centri sociali (regroupant divers mouvements de gauche) pour dénoncer les dérives fascisantes, racistes et sinistres de la Ligue du Nord de Bosi, s'est transformée en une véritable rixe avec plusieurs blessés, dont le conseiller municipal Bepe Caccia, et des policiers. Les manifestants, après avoir bloqué les arrivées des trains à Santa Lucia, se sont heurtés aux force de l'ordre qui barraient les marches du pont des Scalzi, près de la gare, Très vite il y a eu des échanges de coups, des grenades lacrymogènes ont explosé au milieu du cortège formé de près de 500 personnes, essentiellement des jeunes, étudiants, militants écologistes ou contre le racisme. Tout avait pourtant commencé padaniens. Puis tout a basculé. 

Venise n'avait pas vu cela depuis de nombreuses années. La tension qui s'est mise soudain à régner, montre bien le degré d'exaspération de la population face à la montée de la xénophobie et du racisme de la ligue, devant la gabegie ultra-libérale de l'arrogant Berlusconi et de l'absence d'une alternative solide et d'homme d'état courageux et probes. Décidément, comment ne pas penser que nos sociétés arrivent à un point de non retour et qu'il va bien falloir avoir le courage de tourner la page, quant on voit que même dans la paisible Venise, le peuple gronde de plus en plus fort...
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ytaba36 a dit…
That is not a scene I expected to see enacted in Venice!

Lorenzo a dit…
it's unfortunately the same everywhere in the world.
douille a dit…
C'est au moins la preuve que tout n'est pas perdu pour Venise...

Les hordes ne sont pas responsables

Mon amie Claire, qui séjourne à Venise comme elle le fait plusieurs fois dans l'année pour ses affaires, vient de m'adresser un texto pour le moins inhabituel. D'ordinaire mesurée, elle a rarement un mot plus haut que l'autre et le respect qu'elle manifeste en toutes circonstances pour les autres, est bien connu de son entourage. Pourtant, cette fois, ses mots expriment un désarroi qu'hélas nous sommes nombreux aujourd'hui à partager : "Je suis écœurée par cette marée de touristes déversée chaque jour par d'énormes navires. Impossible de reconnaître la Venise des années 70-80 que nous avons connu et où il faisait si bon vivre." Inquiète de virer à la vieille ronchon, elle me dit son bonheur de se réfugier à Murano où ses activités l'appellent. La foule y est moins dense et moins longtemps.

Bien sur ces hordes de touristes sont faites d'individus qui ont comme nous tous le droit de venir admirer les beautés incroyables de la Sérénissime ; et il faut se réjouir bien sur de la démocratisation des voyages. Nous ne pouvons qu'apprécier les facilités d'aujourd'hui qui permettent de visiter le monde à peu de frais. Mais Venise est en train de sombrer sous ce flot ininterrompu de visiteurs. 21 millions de personnes qui envahissent chaque année des lieux rendus fragiles par le temps, la pollution et où ne vivent plus qu'un peu plus de 50.000 habitants... Le mal est sans issue. On ne peut interdire le tourisme, il est impossible de réguler ces flux à la croissance exponentielle et les pires conclusions apparaissent ça et là dans les rapports officiels. La récente initiative de Venessia.com qui organisa avec un humour grinçant l'inauguration de Veniceland, vaste parc d'attractions sur le modèle de Dysneyland. On n'avait jamais été aussi près de la réalité qui semble attendre Venise et les vénitiens et le cauchemar revient souvent qui montre un vénitien - le dernier - ouvrir le matin et fermer le soir les portes de la cité-lunapark... 
 
Les élus planchent depuis trente ans maintenant sur les moyens de sauver la ville et ses habitants. Toutes tendances politiques confondues, personne à ce jour n'a trouvé la solution : taxe de séjour, numerus clausus quotidien, nouveaux itinéraires, blocage des autorisations d'ouverture de commerces touristiques et de création de nouveaux hébergements... Rien n'y fait. Les vénitiens continuent de fuir le centre historique pour les banlieues modernes et équipées, les commerces de proximité disparaissent les uns après les autres, les écoles et les dispensaires ferment leurs portes. A chacun de nos séjours, nous constatons la disparition d'un commerce, l'ouverture d'une boutique ou d'un bar à touristes, des immeubles entiers sont vides et il y a moins de linge aux fenêtres, moins d'enfants sur les campi à la sortie des écoles et dans les églises, les rares paroissiens s'excusent presque d'occuper les lieux pour rendre grâce au Seigneur empêchant ainsi les visites...

Pourtant la magie des lieux reste entière, fascinante qui suffoque à chaque fois comme à la première fois. Mais combien de temps encore pourrons-nous profiter tous autant que nous sommes, de ce trésor unique ? Pourtant la Venise vivante est toujours là, à quelques pas de la foule. En faisant l'effort de sortir des circuits touristiques, on se retrouve assez vite dans des lieux paisibles où le bruit de la foule n'est plus que lointaine rumeur. Mais si ces lieux sont tranquilles, ils sont aussi de plus en plus dénués de vie : tel marchand de fruits et légumes qui se dressait sur cette petite place, a disparu. Plus loin, la petite école maternelle a fermé ses portes, là le droguiste qui vendait aussi des bonbons est remplacé par un cyber-point... Le progrès, l'évolution des choses et des esprits me dira-t-on...

Certes, il faut aller avec son temps et aucune civilisation n'est immortelle. Les plus belles créations humaines meurent toutes un jour, mais l'agonie de Venise dont nous sommes les témoins est douloureuse pour ceux qui l'aiment avec passion. A ce point de notre raisonnement, tout est question d'état d'esprit et de mentalité. Il y a ceux qui ont décidé de serrer les poings et de ne voir que ce qu'ils aiment voir à Venise, les reflets, la lumière, les milliers de sollicitations esthétiques qui semblent échapper aux outrages du temps. Ils vont à travers la ville, le visage marqué d'un sourire béat et les yeux tout imbibés d'émotion. Ils vibrent au même rythme que l'histoire de la ville. La foule ne les encombre pas, ces bienheureux ne la voient pas. Ils passent (le plus souvent possible) quelques jours au milieu de l'histoire, de la beauté et du calme. 
 
Venise est pour eux comme une princesse assoupie qui bouge juste assez encore pour les accueillir et ils en sont chaque fois très émus. Il y en a d'autres qui évoluent aussi dans les méandres de la ville, fascinés eux aussi mais indifférents à la foule qu'ils y ont toujours connu. Ils ont souvent la chance d'être propriétaires et peu à peu, ils ont l'illusion de devenir vénitiens, comme les vacanciers du Cap Ferret se sentent arcachonnais ou ceux de l'ïle de Ré se pensent rétais... N'avoir que quelques fournisseurs attitrés pour remplir leur frigo ne les surprend pas, ils vont au restaurant. ils ignorent les centaines de boutiques qui existaient là auparavant et la foule très dense de vénitiens qu'on croisait avant les matins au marché, vaut pour eux celle qui joue les figurants désormais... Leur béatitude masque les problèmes mais eux au moins - dans leur grande majorité - respectent la ville et son art de vivre. Ils seront peut-être un jour, et nous avec eux, les ultimes habitants de Venise sans jamais avoir été réellement vénitiens...

4 commentaires:

Condorcet a dit…
Ce que j'ai vu cette année de Venise m'inquiète beaucoup : la hausse exponentielle des hébergements touristiques n'a d'égale que la marchandisation sans cesse plus accrue des activités.

Douille a dit…
Avec le temps, je trouve tes articles de plus en plus en phase avec les opinions... En effet la foule "n'en peut rien"...
dominique a dit…
bonjour Lorenzo, tout d'abord bravo et merci pour ce blog (que je visite régulièrement) j'aime particulièrement le ton de votre billet d'aujourd'hui d'autant plus que j'ai eu le bonheur de visiter Venise en plein hiver (janvier 2006).J'étais venue chercher les brumes des aquarelles de Turner, donc je ne sais pas ce que sont les hordes de touristes, j'ai de magnifiques photos de la pace San Marco vide. J'ai même eu la chance d'avoir un peu de neige.
Mais ce qui me pousse à vous faire ce petit clin d'oeuil est votre remarque sur les touristes ferretcapiens qui se prennent pour des arcachonnais !!! rien à voir mon bon Monsieur! Temoin privilégiée puisque j'habite Andernos puis maintenant Cassy depuis 22 ans, je compte les points entre les 4 populations: le sud du Bassin, le fond du Bassin, la presqui'île du Ferret et les touristes. Et je peux vous dire que c'est du sport, les enjeux entre projets d'aménagements et protection du milieu naturel fagile donnent lieu à de vifs échanges parfois cocasses voire houleux lors de réunions publiques.Le Bassin d'Arcachon aussi est une lagune, où les modestes pignots se prennent pour des palines.
a binetôt
cordialement
Dominique

Michelaise a dit…
oui oui, belle analyse et ???? car comment sortir de l'impasse dont le tourisme de masse n'a fait que révéler le manque définitif d'issue ???

21 septembre 2011

Appendicite par Thomas Nispola

Thomas Nispola est journaliste professionnel, éditorialiste et rédacteur de Radici, le magazine culturel italien édité à Toulouse, qui s'adressait à l'origine aux émigrants et aux descendants des immigrants italiens, surtout installés dans le Sud-Ouest, et a trouvé depuis quelques années un lectorat bien plus large, celui des passionnés d'Italie comme celui des étudiants. 64 pages en couleurs, bilingue, avec une ligne éditoriale libre de toute soumission à un moment ou l'information est sérieusement malmenée en Italie, une présentation de plus en plus agréable et un contenu vraiment intéressant. Le texte que nous reproduisons ci-dessous est un extrait d'un article paru dans le numéro 48 de la revue. Il permet de mieux comprendre l'origine de ce mouvement dont les dérives xénophobes sont très inquiétantes. Si vous ne connaissez pas Radici, allez jeter un coup d’œil sur le site, c'est ICI.

"Padania. Ce nom est celui d’un pays imaginaire. Vous ne le trouverez pas dans Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter ou une autre épopée de ce genre, mais dans les discours des membres de la Ligue du Nord (nom officiel : Lega Nord per l’Indipendenza della Padania). Né au début des années 90 comme fédération de ligues régionales autonomistes du nord de l’Italie (Liga Vèneta, Lega Lombarda, Piemont Autonomista, etc.), ce parti a rapidement accédé au pouvoir national grâce à une alliance avec Silvio Berlusconi (1994). Jalouse de sa spécificité, la Lega s’est cependant avérée intransigeante et s’est retirée du premier gouvernement Berlusconi, provoquant sa chute. L’épisode est connu sous le nom de "ribaltone"(litt. « grand retournement »). Suivit une dizaine d’années de vaches maigres pour la Lega, dont le discours se radicalise et dont les pratiques virent au folklore ("cérémonies" à Venise où le drapeau italien est abaissé et remplacé par le drapeau portant le "Soleil des Alpes", cérémonies païennes au cours desquelles les dirigeants recueillent l’eau du fleuve Pô à sa source – au pied du Monviso, à l’ouest du Piémont –, célébration de mariages selon un rite pseudo-celtique, etc.) Puis, au cours des années 2000, et particulièrement avec le troisième gouvernement Berlusconi en fonction depuis 2008, la Lega s’est à nouveau affirmée comme un acteur majeur sur le plan national. Ouverte à des collaborations avec des formations du sud de l’Italie comme le Movimento per le Autonomie (Sicile), avec lequel elle partage quelques intérêts, elle poursuit son chemin avec toujours les mêmes chevaux de bataille : réduire la pression fiscale sur les entrepreneurs du Nord (dont l’argent serait dilapidé par le gouvernement de Rome au profit de catégories sociales et de régions moins méritantes), lutter contre l’immigration et l’insécurité (systématiquement assimilées), réduire les gaspillages publics... Un programme que l’on qualifierait aujourd’hui de « populiste » et qui permet à la Lega de flirter avec les 10 % aux élections nationales, avec des pics approchant la majorité absolue dans quelques places fortes, notamment en Lombardie, comme Bergame ou Lecco, mais aussi en Vénétie, avec Trévise. C’est à Trévise que le maire Giancarlo Gentilini fait souvent parler de lui pour ses coups d’éclat. Régulièrement réélu depuis 1994, celui que l’on surnomme Lo Sceriffo a imprimé sa marque sur la ville, donnant un aperçu de ce que pourrait être une gestion du territoire à la charge exclusive de la Lega. Il est depuis 2007 imité par Flavio Tosi, maire de Vérone." (extrait)
© Thomas Nispola - Radici press - 2011.
 
La ligue en Vénétie s'organise. Comme si la sécession était dans les tuyaux... Les mouvements padaniens rêvent d'autonomie et prétendent que la sécession permettrait aux régions concernées de recouvrer enfin une aisance économique largement obérée selon eux par l'instabilité congénitale des populations du sud. Comme tous les mouvements xénophobes, l'étranger est dangereux, il est responsable de tous les maux et rien ne contraint les peuples élus à tendre la main à ces laisses pour compte. Ce "eux ou nous" et "nous avant tout sans eux" a galvanisé le peuple allemand jusqu'au massacre de millions de juifs et de tziganes. La peur de l'Islam la crise économique, une vision idyllique de l'histoire des peuples du nord de la péninsule, mènent à cet amalgame de nationalisme de plus en plus fascisant qui ne doit plus faire sourire : la ligue du Nord est arrivée au pouvoir. A Venise, comme ailleurs, des tas de gens, souvent honnêtes et intelligents la suivent et la soutiennent pourtant. Fasse que l'histoire ne se répète pas !

7 commentaires :

Anonyme a dit…
Merci de nous parler de ce magazine, que je ne connaissais pas. Si je comprends bien, après un passage rapide sur le site, il est rédigé en Français et en Italien ?
Lorenzo a dit…
Oui, dans les deux langues. Il est très diffusé parmi les classes d'italien des collèges et lycées mais mériterait d'être mieux connu en effet ! Il faut les soutenir.
Anonyme a dit…
C'est ce que je vais faire. Merci encore.
Pas très joyeux votre blog ces temps-ci. Que faire, pour Venise et pour tout le reste du monde ?
Soazig

Lorenzo a dit…
Il faut être optimiste mais réaliste.
Rester éveillés, soutenir les initiatives qui permettent de limiter les dégâts, défendre un tourisme respectueux, une conception soutenable et "organique" de l'usage des voyages etc... Ainsi, au moins, nous aurons fait ce qui pouvait être fait !

Condorcet a dit…
La Lega est d'autant plus dangereuse qu'elle sait se nourrir des incertitudes du présent et surtout se lover derrière certaines luttes des autochtones plus (comme la défense du patrimoine vénitien) ou moins légitimes(contre les "Vu' compra" entre autres).
ytaba36 a dit…
You write so well, and so evocatively of this wonderful city. Like your friend Claire, I was fortunate to see it many (30) years ago. Venice still holds my heart very tightly, and I hope I can come and adore her for many years to come.
Yvonne

douille a dit…
Heureusement la Lega n'a pas encore atteint le même score que la NVA chez nous en Belgique...

20 septembre 2011

Gigantesque opération de spéculation immobilière à Venise

Il s'agit en fait, on aurait envie de dire tout simplement, d'une vaste et gigantesque opération de spéculation immobilière conçu dans les années 90 et qui,pas à pas, s'achemine vers la réalisation en levant année après année les obstacles des lois et des règlements urbains. Le danger est aux portes de Venise désormais. en effet, tout est demeuré à l'état de plans et de projets tant que les sites concernés étaient protégés par un Plan d'Occupation des Sols favorable au maintien des terres agricoles, respectueux des sites naturels et historiques. Mais les promoteurs sont parvenus à contourner l'illégitimité de l'opération en obtenant la modification du POS ! La voie est libre désormais pour les promoteurs et, si personne n'a encore acheté le moindre m& de terrain constructible, les prix montent déjà par le jeu d'artifices bien connus par les spéculateurs. L'expulsion des agriculteurs et les travaux de voirie, d'adduction d'eau qui ont été réalisés ne sont que la partie la plus visible de l'opération. Ce qui est en jeu derrière tout cela, c'est l'équilibre écologique de la lagune et au-delà, l'avenir pur et simple de Venise et de son environnement. En effet, l'aéroport de Tessera agrandi de nouvelles pistes, les centres commerciaux et les centres d'affaires, comme les zones résidentielles de la nouvelle Tessera City, tout ce nouvel univers devra être desservi par des transports en commun. Déjà présent dans l'agglomération de Mestre, le tram sera étendu. Mais le plus grave, c'est qu'apparait maintenant la raison de cette ligne de métro souterrain, dont Tramezzinimag a déjà parlé, la fameuse et épouvantable Sublagunare dont on cherche par tous les moyens à imposer l'idée auprès de la population, faisant de cette aberration une nécessité vitale pour la Venise de demain ! Nécessité, ce projet dantesque dont tous les experts s'accordent à décrire le danger.

Le métro qui partirait de Tessera et mènerait les voyageurs, après un long périple sous la lagune, directement aux Fondamente Nuove et à l'Arsenal, déversant à ces deux stations plusieurs centaines de milliers de passagers par jour. L'argument était au départ la volonté de faciliter la circulation des pendulaires, ces vénitiens qui vivent à mestre et travaillent à Venise dans le centro storico ou le contraire. comme si le fait d'être parfois retardé par les flots de touristes était à ce point prégnant qu'il faille prendre le risque de détruire ce qui reste de l'éco-système lagunaire. heureusement, les exigences de sécurité imposées par les pompiers vénitiens ont apporté le premier bémol d'une longue série qui n'a pas échappé aux vénitiens, majoritairement opposés à l'idée même d'un métro : Il faudra obligatoirement prévoir le long du trajet, des issues de secours qui émergeront de plusieurs mètres au-dessus de l'eau et ressembleront à des champignons géants. Belle esthétique dans un environnement apprécié pour sa beauté sauvage que ces tours de métal et de béton. Ensuite, pour éviter les risques d'acqua alta, les stations seront construites à la hauteur d'un immeuble de deux étages. De quoi ravir les riverains... mais ce ne sont que d'infimes détails de cette gigantesque opération spéculative dont les seuls vrais bénéficiaires seraient les actionnaires des sociétés instigatrices, comme par exemple la société qui gère le Casino de Venise et aimerait bien un troisième établissement sur la terre ferme...





4 commentaires:


Magnolia75 a dit…
Consternant !!! Il faut espérer que ces "projets" aberrants ne verront jamais le jour !

Lorenzo a dit…
Cela rappelle les films du cinéma italien des années 50 : Fantasmi a Roma, Main basse sur la ville, etc... Rien ne change dans la péninsule et les années Berlusconi n'y sont pas pour rien...
Condorcet a dit…
Il règne ces dernières années comme une voracité de la destruction qui confine à la bêtise sidérale.
Condorcet a dit…
Ce PAT est une catastrophe qui va engager la ville (centre historique et terre ferme) pour quinze ans au moins : les conditions d'une fuite en avant foncière sont réunies.

Ciao, Eric e a presto !

Depuis le début du mois, Radio France a un nouvel envoyé permanent en Italie, Anaïs Feuga, à qui nous souhaitons la bienvenue. Venue de Metz, où elle était depuis adjointe au rédacteur en chef de la radio France Bleu Lorraine Nord, la nouvelle correspondante s'installe et nous n'avons pas encore eu de contact avec elle. Souhaitons-lui de se sentir aussi bien à Rome que le fut son prédécesseur, Eric Valmir qui intervient désormais le samedi matin sur France Inter dans une chronique sur la prochaine campagne électorale.
 
Qui est-elle ? La fiche de radio France nous apprend que la dame a 37 ans, qu'elle est diplômée de Sciences Po Strasbourg (promotion 95) et de l’école supérieure de journalisme de Lille, qu'elle a commence sa carrière à Europe 1 en 1996, qu'elle écrit (notamment dans la presse quotidienne régionale). elle a publié un ouvrage remarqué, Passion Charbon aux Editions Serpenoise, qui a obtenu le Prix de l’Académie Nationale de Metz et le Prix des Conseils généraux de Lorraine en 2002. En 1998, elle M6 Nancy en 1998 en qualité de rédactrice en chef adjointe. Après plusieurs collaborations dès 1999 à Radio France dans les régions (Lorraine, Belfort-Montbéliard, Breizh Izel, Bourgogne, Armorique et Périgord), elle est recrutée en 2000 à France Bleu Sud Lorraine, dont elle rejoint la rédaction l'année suivant. Depuis 2008, elle est adjointe au rédacteur en chef.

Difficile de trouver autre chose. Tramezzinimag n,'a pas encore eu la chance de s'entretenir avec la nouvelle correspondante à qui je souhaite, au nom de tous les lecteurs, français et italiens, une bonne installation et un bon travail à Rome. Elle succède à Eric Valmir, Fou d'Italie, qui a su montrer, durant les années de sa mission de correspondant, l'Italie telle qu'elle est, au-delà des clichés imposés par le régime de Berlusconi. Chacune de ses chroniques, complété par les billets de son blog, était un régal. Toujours enthousiaste, élégant jusque dans ses colères et ses répulsion, totalement professionnel dans sa pêche aux informations, il n' a jamais rien dit ni écrit qui ne corresponde à la véritable vérité de ce pays exsangue mais plein de volonté et de force qu'on ne regarde plus en France qu'à travers la focale floue et truquée des agences de notation et de la propagande berlusconienne.

Il est en Italie une médaille qui a une grande valeur morale et presque spirituelle, celle du Président de la république, qui fait de son récipiendaire une sorte de Juste dont les actions ou la pensée honorent l'Italie et son peuple. Eric Valmir mériterait cette médaille. En tout cas, Tramezzinimag lui décerne un tramezzini d'honneur à déguster en notre compagnie un de ces prochains jours sur le campo Santa Margherita. Prenons date !

Signalons le livre d'Eric, qui regroupe ses chroniques et des extraits de son blog. Tramezzinimag ne l'a pas encore lu mais nous en ferons prochainement un commentaire. En attendant, voici le lien vers les billets qu'il a écrit sur Venise : cliquer ICI.

1 commentaire:

Condorcet a dit…
Eric Valmir avait à cœur de comprendre l'Italie jusque dans ses fondements : je regretterai profondément sa culture et son sens de la mesure, son appétit de savoir et sa justesse de vue, ses analyses fines et son style enlevé.

19 septembre 2011

Coups de Cœur N°45

Taverna Ciardi
calle dell'Aseo
Cannaregio
, 1885
Tél. : 041 5241026

Sympathique ciccheteria typique où on sert les plats traditionnels. Armando Ciardi le propriétaire et son compère Giuliomaria Garbelotto sontde vrais vénitiens, parfois bougons, toujours passionnés. Ouverte en 2006, la maison semble avoir été là depuis toujours, tant on y respire l'authenticité. L'idée de départ : maintenir la tradition des bars à ciccheti qui disparaissent les uns après les autres au profit de restaurants à touristes chers et snobs. Chez Ciardi, on y grignote de très bonnes choses comme avant. Ne pas y demander des pizzas genovese-coca-cola, pas plus que des spaghetti bolognese, vous vous feriez mal voir. Ici, on mange des ciccheti, des vrais, et on boit du bon vin ! Tout est frais (pas de poisson surgelé comme c'est souvent le cas ailleurs) et préparé avec passion. "Question de rééducation" explique en substance le patron : "il faut de la pédagogie pour que les touristes comprennent la vraie gastronomie locale et que les vénitiens se souviennent du bien manger de chez nous". Prix modérés (pour 10 euros, un plat et un verre de vin à midi.) Situé calle de l'Aseo à deux pas de l'ex-Cinema Italia, sur le campo dell'Anconetta, tout près du Ghetto. En passant devant le 1859, vieille façade de briques moulurées, pensez à votre serviteur... J'y ai vécu deux ans dans un petit appartement tranquille, au rez-de-chaussée. Deux fenêtres sur jardin. Souvenirs de jeunesse.
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Vinicio Capossela
Marinai, profeti e balene

Label La Cupà - Warner
. 2011.

Découvert par hasard à Paris, chez un ami italien, "la nave sta arrivando", petit CD livré avec le numéro d'avril de Xl, le nouveau mensuel culturel de La Repubblicà. Emballé par le thème et les airs entendus, je me suis laissé emporter par la beauté du double album qui a suivi et qui a remporté un vif succès en Italie. Vinicio Capossela, auteur-compositeur et interprète, connu pour son magnifique CD, "Il ballo di san vito" et plus récemment par "Ovunque proteggi", plusieurs fois lauréat du prix Luigi Tenco, présente la mer, le voyage, les grands espaces de liberté qui depuis l'antiquité ont inspiré les plus grands auteurs. Homère, Joseph Conrad, Herman Melville, ils sont tous là dans cette musique très belle qui donne soif d'évasion et porte l'esprit vers le rêve. On le trouve sur le site d'Amazon et sur celui de la Fnac. C'est beau, plein de poésie et de vie. Écoutez-le vite, vous ne serez pas déçu !
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Alexandre Jollien
Le philosophe nu

Éditions Le Seuil

Recommandé par une fidèle lectrice, j'avais acheté ce livre avant de partir en vacances mais j'avais tant de choses à lire qu'il était resté sur mon bureau. Je l'ai ouvert ce matin pour ne le refermer qu'une fois ma lecture achevée. Un réel bonheur. Éprouvé dans sa chair, l'auteur né en 1975, tente ici de dessiner un art de vivre qui assume tout ce qui résiste à la volonté et à la raison. Il se met ainsi à nu pour ausculter la joie, l’insatisfaction, la jalousie, la fascination, l’amour ou la tristesse, bref tout ce qui s'avère plus fort que nous ; ce qui nous résiste… Comment vivre plus librement la joie quand les passions nous tiennent ? Comment oser un peu de détachement sans éteindre un cœur ? Convoquant Sénèque, Montaigne, Spinoza ou Nietzsche, il explore la difficulté de pratiquer la philosophie au cœur de l’affectivité. Loin des recettes et des certitudes, avec Houei-neng, patriarche du bouddhisme chinois, il découvre la fragile audace de se dénuder, de se dévêtir de soi. Dans l’épreuve comme dans la joie, il nous convie à renaître à chaque instant à l’écart des regrets et de nos attentes illusoires. Cette méditation inaugure un chemin pour puiser la joie au fond du fond, au plus intime de notre être.


Marcel ProustDu côté de chez Swann
Éditions La Martinière,
Coll. Point Deux, 2011

864 pages.
"Peut-être l’immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par notre certitude que ce sont elles et non pas d’autres, par l’immobilité de notre pensée en face d’elles." Il y a bien longtemps que ce fondamental de la littérature m'est un coup de cœur. Non, ce qui est nouveau qui m'a emballé et trouve donc sa place dans cette rubrique, c'est le format du livre. On ne peut pas faire davantage poche. (80 x 118 mm : format in-12° comme les Elzevirs !) Le concept est intelligent et joyeux. Le livre - qui contient l'intégrale du texte de Proust en 864 pages - s'ouvre comme un carnet, la tranche étant en haut et non pas à gauche. Pratique, le livre posé sur une table reste ouvert et les pages se tournent de haut en bas et plus de droite à gauche. Dans la même collection existe un sympathique livre de cuisine consacré aux gâteaux et aux tartes par Christophe Felder. Chaudement recommandé par Tramezzinimag. Et en plus, le prix est plus qu'abordable (9,9€) ! Je ne résiste pas au plaisir de joindre le petit clip de présentation de la collection. Révolutionnaire et ma foi, pas désagréable à lire et feuilleter. Pratique et esthétique ! Pour davantage d'informations :