Affichage des articles dont le libellé est Petits riens. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Petits riens. Afficher tous les articles

06 octobre 2026

«On arrive à sainte Lucie, par le train de nuit»

John Singer Sargent, Café on the Riva degli Schiavoni
                                  (c. 1880-82) - Coll.privée

Un des plus anciens et fidèles lecteurs de Tramezzinimag qui souhaite que son anonymat soit respecté vient de m'adresser un certain nombre de billets de l'ancien site, le Tramezzinimag originel. Un long travail de relecture et de reformatage, de recherche sur les crédits photographiques et de simple correction - je relisais rarement les billets après la tension de leur création, la vérification des sources et le travail de présentation et de mise en page. A constater le nombre de fautes de frappe, les approximations stylistiques et de grammaire, les répétitions et les maladresse, j'aurai dû relire. Mais nos lecteurs ne m'en ont pas tenu rigueur. C'est en relisant ces articles, que j'ai retrouvé un texte plein de poésie et d'humour laissé le 14 octobre 2011 par un fidèle parmi les fidèles qui signait Gérard. 
Ce jour-là, il a dit…

« Bon voilà !
On arrive à Sainte Lucie , par le train de nuit .
Il fait frisquet , dans cet hiver .
Peu importe .
On s'en fiche .
On quitte les quais , nous voilà dans le hall , on bifurque à gauche au buffet ; bruits de la multitude un peu partout .
On prend un ticket , comme ça , juste pour pouvoir , l'instant d'une seconde , poser le haut de notre lèvre supérieure dans la mousse blanche d'un adorable capuccino .
L'arrivée à Venise commence quand le bas du nez frissonne de sentiments chocolatés .
Les pieds encore au sec .
Un tout petit bout de papier , déjà froissé dans la poche .
L'Italie à la lippe .
Et un amour total pour la cité des Doges .
A l'embarcadère .
Odeur là-bas , ça rime avec bonheur .»

Oui, Gérard a raison, odeur à Venise, ça rime avec bonheur. Comme bonheur rime avec cette passion partagée avec des milliers de lecteurs depuis ce printemps 2005 où Tramezzinimag vit le jour. 

En hommage aux lecteurs de Tramezzinimag, à ceux qui sont restés avec nos, à ceux qui ont disparu et qui nos manquent, à ceux qui viennent encore parfois ou régulièrement faire un tour dans la Venise que je suis heureux de partager avec vous, de ma petite équipe à géographie variable avec qui tout est toujours joie et bonne humeur. À Catherine, à Véronique, Marie, Fabienne, Maud, isabelle, Martine, Geneviève, Michèle, Danielle, Stef, Jean-Michel, Jean-Marie, Jean-Pierre, Philippe, et à tous les autres. À Gérard en particulier bien sûr, pour le remercier quinze ans après de ce sympathique petit texte. Il dit avec talent et simplicité tout l'amour que nous ressentons, nous les Fous de Venise comme nous avait surnommé un journaliste il y a des années.

Ce billet s'est écrit sous un soleil encore estival, dans un délicieux jardin nantais, en attendant que mes petits-enfants rentrent de l'école et que nous prenions le thé ensemble, avant de jeter un regard sur les devoirs à faire et les leçons à apprendre. Se mêlant au chant de la foule d'oiseaux qui peuplent l'endroit, avec une légère brise qui chasse les moustiques encore très virulents, les mélodies peu connues de La Senna Festeggiante de Vivaldi avant le son enjoué mais moins paisible et solennel de Soprano ou Orelsan que les enfants me demanderont d'écouter.

11 mars 2026

Comme une madeleine

R
etrouvé ce matin la boîte à cigares ramenée de Venise en décembre dernier et restée dans un tiroir depuis. Des lettres, des photos quelques scontrini conservés avec des annotations qui ne me rappellent rien, des noms et des numéros de téléphone inconnus, un prénom et puis des photos. Plein de clichés un peu fanés ou tachés par l'humidité. Et ce Polaroid oublié dont je me souvenais vaguement mais que j'avais cru perdu... Était-ce chez Agnès au palais Clari, qui était alors le consulat général de France et la résidence du consul général ? Etait-ce chez les Foscari ? Je ne sais plus. Ce que je sais c'est qu'il fut pris quelques semaines avant le terrible accident qui coûta la vie à Jacopo et à son cousin Marcello. Difficile d'être ainsi confronté à une image qui fait un peu l'effet d'une accusation au garçon que j'étais alors, exilé volontaire, venu à Venise pour tenter de se reconstruire après la mort du père et l'effondrement qui s'en suivit… 
«Qu'as-tu fait de ta vie depuis que tu es parti ?  Resteras-tu fidèle à nos rêves et nos désirs de jeunesse ?  » m'avait écrit un de mes meilleurs amis qui comme beaucoup n'avait pas compris mon départ soudain. J'avais fui. Le garçon sur la photo semble avoir trouvé la paix. Je sais que derrière son regard joyeux, il est loin d'être serein. C'était presque quatre ans après la mort de mon père, après l'abandon de mon DEA à Sciences-Po, "Administration et Vie Locale", j'y croyais encore… Pourtant chacun de mes pas dans Venise m'éloignait de plus en plus du Quai d'Orsay. J'avais encore l'arrogance et les prétentions d'un futur diplomate que j'avais souhaité devenir.. Par fidélité aux miens, pour honorer la mémoire de mon père aussi, lui qui l'avait souhaité...  Je n'étais plus déjà qu'un ex-futur diplomate sans vouloir m'y résoudre vraiment. La perte de « la  Maison dans les arbres» fit tout voler en éclats ! Mon monde soudain s'effondrait dont je refusais de voir les ruines fumantes. Je continuais un temps de fantasmer sur le carnet d'adresse de mon père, le réseau familial. Ces gens continueraient de s'intéresser à moi, de rouvrir les portes fermées, ils ne nous laisseraient pas tomber… J'y ai cru quelques mois, obligeant ma pauvre mère, déjà éplorée par la mort trop rapide de notre père, à conserver la grande maison le plus longtemps possible. Elle devait y dilapider ce qu'il lui restait de réserves tant financières que nerveuses. Elle le fit pour moi, ou plutôt pour ne pas contredire mes prétentions et risquer d'obérer mes prétendus talents. Mon égoïsme et mon arrogance eurent raison de sa santé et nous avons quitté le navire, abandonnant un monde qui déjà nous avait abandonné. Il fallut me résoudre à travailler pour l'aider et la soutenir au moins matériellement. C'est ainsi que je revins frapper à l'entresol de la Chambre de Commerce, chez un courtier en produits du sol… 

à suivre…

23 décembre 2025

Ma Venise en hiver V : se retrouver pour ne pas se perdre

21 décembre 2025
La froidure est là, on ne peut tout de même pas imaginer qu'à Venise en hiver, quelques jours avant Noël, on puisse continuer à se promener sans manteau ni écharpe. Pourtant le ciel est clair et aucune menace ni de pluie ni de neige. Je suis étonné du peu de monde encore. Ils vont tous arriver à partir de mercredi. Mais tout de même, j'ai connu d'autres semaines de fin décembre pleines de visiteurs, italiens pour la plupart mais les effets des tensions dans le monde, la crise économique qui atteint tout le monde, sauf les ultra-nantis, complique un peu la vie. 

Je ne me plains pas de trouver de la place sur les terrasses ou dans le vaporetto et c'est un bonheur toujours renouvelé de n'entendre parler que le dialecte dans le vaporetto ou de ne croiser sur le traghetto que des visages connus..

Mais dès 10 heures le soleil avait réchauffé l'atmosphère. Temps idéal pour amener ces dames au Rialto voir la  désormais régate des Babbi Natale. Difficile de réveiller tout le monde et de les presser. Le départ avait lieu à 10h30 et nous nous sommes mis en route qu'un peu avant midi. 

Les filles se demandaient ce que j'allais leur montrer et la foule amassée à l'Erbaria et sur le pont du Rialto les ont fait changer d'avis. videos depuis le pont, les derniers équipages arrivés, elles ont pu se retrouver au milieu d'une ambiance 100% vénitienne avec tous ces équipages déguisés en pères Noël. Il n'y avait plus grand chose à grignoter au buffet offert sur le campo mais la bonne humeur et quelques connaissances retrouvées après les discours d'usage et la remise des prix m'ont permis de trinquer avec un  délicieux soave. 


Alors que je m'apprêtais à leur proposer de déjeuner sur place de tramezzini et polpette, c'est un tour en gondole qui a eu leur préférence. Excellent moyen pou elles de percevoir Venise et le gondolier choisi avait tout pour plaire à ces dames. Après lui avoir fait mes recommandations pour qu'il leur fasse faire un tour plus ample qu'à l'accoutumée, il a   "Ne t'en fais pas je vais bien les coucouner tes amies !"

22 décembre 2025
Avant leur arrivée, je me disais que ces dames voudraient certainement vouloir voir les hauts lieux du parcours touristique et que les y accompagnerai bien sur mais que je leur montrerai le plus souvent possible des lieux méconnus et pittoresques ignorés - heureusement - par les hordes qui envahissent la ville. 


N'ayant pas cette année les revenus dont je disposais il y a encore quelques mois, ne pas pouvoir me comporter en digne vénitien m'ennuyait. Un vénitien bien élevé ne laisse jamais payer une femme ! Les usages comme les préjugés, ont la vie dure ! 

Je savais qu'il me serait impossible de les inviter à chaque fois pour un café, boire un verre ou pire, à dîner. Je l'aurai certes fait bien entendu, et de bon cœur mais avec parcimonie - ce conseiller dont je découvre la présence et le soutien. Mais leur envie de se retrouver après des mois de séparation a réglé le problème. Elles préfèrent se restaurer au gré de leurs envies pendant leurs promenades et leur léchage de vitrines que je leur ai volontiers laissé. 

Après leur départ en gondole avec le fringant gondolier, ravi de les voir folles de joie à cette petite balade sur les canaux, j'ai donc mangé mes tramezzini et bu mon birrino tranquillement et en solo, ravi de cet entracte. 


Le reste du temps, je reste à l'appartement pour écrire et lire. Il est fort agréable, bien placé et aménagé de telle sorte que nous puissions y vivre ensemble sans se déranger et, s'il manque un bureau dans ma chambre, il y a un magnifique piano à queue. Les fenêtres donnent sur les jardins de la pensione Accademia, c'est clair, propre et silencieux. 

A Sant'Angelo comme calle delle Muneghe, la configuration des lieux plus spacieux pourtant ,aurait été moins pratique. J'avais aussi dans la tête plusieurs plats que je voulais concocter à ces dames pour les régaler, notamment pour la veille de Noël et le repas du 25. 

Je ne suis pas vraiment sûr que cela leur plaise, elles ont plutôt envie  d'être ensemble et de fêter cela à Venise plutôt que de passer du temps dans l'appartement à écouter mes anecdotes sur la Sérénissime d'un fou de Venise  !

J'irai tout de même commander ce qu'il faut au Rialto demain et chez mon boucher favori à Santa Margherita.


En attendant, c'est à pied et pas en gondole que je rejoins  ce matin le campo dei Gesuiti, avant que d'aller à la Querini. J'ai des heures de libres pour travailler. En dégustant un macchiato et un croissant à une table du Combo - le bar a été déplacé depuis mon dernier passage et la terrasse sur l'eau ne sert plus que pour les fumeurs. On y était merveilleusement tranquille et le service du café était familial, tenu par des étudiants avec l'ambiance que seuls des jeunes savent instiller dans de tels lieux. 

Il faut aller avec son temps. L'entreprise - une chaîne - qui a repris l'alloggi a ouvert un café-restaurant, certainement plus rentable mais aussi terriblement bobo. Les prix demeurent encore raisonnables et le macchiato à 1,50€, soit 3 euros pour un café et una brioche, cela reste encore possible à Venise quand on connait les bons endroits.

Lecture et traduction d'un article du journal Il piccolo (25 octobre 2023) que j'avais gardé et jamais encore utilisé. C'est un texte de  Fulvio Senardi, intitulé « Saba poeta omosessuale che bramava la “calda vita” sforzandosi di nasconderla ». C'est la recension de l’ouvrage de Luca Baldoni, «L’altro Saba.L’omoerotismo nel  Canzoniere », (Firenze, Edizioni Le Lettere) qui venait alors de paraître. 

Joie de retrouver mes dossiers laissés dans le magazzino que Marie-Christine Jamet a la gentillesse de me prêter depuis mon déménagement. Cela ne devait être que pour quelques semaines et toutes mes affaires y attendent le retour définitif à Venise. L'année prochaine, dieu voulant ?


Mais revenons à ce texte sur l'auteur triestin et l'approche de l'ouvrage de Baldoni. L'article du Piccolo cite une phrase relevée dans mes carnets et qui est à l'origine de mon projet d'édition d'un ouvrage transversal qui reprendrait des textes de plusieurs auteurs italiens qui ont influencé Mario Stefani ou du moins l'ont inspiré. 

Si je parviens à voir l'ami Flavio Cogo, j'en discuterai avec lui. En attendant cet article est une mine. L'auteur y cite les propos célèbres de  Saba à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire en 1953 où il évoquait la difficulté de « naître avec un tempérament classique dans une ville romantique et avec un caractère paisible dans une ville dramatique », Trieste, une cité où des communautés ethnolinguistiques s’affrontaient âprement, religieuses mais aussi sociales, une ville, vouée à Mercure, dieu du commerce, qui ne savait pas trop quoi faire des poètes et des écrivains — hormis les porte-voix de l’irrédentisme —, comme Italo Svevo.

24 août 2025

Faire son marché à Venise

Dans tous les pays du monde, à la ville comme à la campagne, il y a des marchés. L'atmosphère y est souvent très roborative. Les plus chagrins se dérident au milieu des étals de fruits et de légumes, parmi cette foule bon enfant le plus souvent qui traîne, regarde les marchandises, compare, discute. Nulle agressivité sur un marché, ce n'est pas comme dans ces grandes surfaces impersonnelles ou, derrière son caddie, la ménagère énervée part en guerre contre ceux qui hésitent dans les rayons, contre la caissière trop lente ou le qui manque bien sur quand on en a besoin.  
 

A Venise, plus encore qu'ailleurs, aller faire son marché est un réel plaisir. D'abord parce qu'on se retrouve vite hors du temps : pas de camion, d'odeur de pots d'échappement, d'embouteillages. Lorsque vous habitez de l'autre côté du grand canal, le meilleur moyen d'y arriver est de prendre le traghetto, ces gondoles avec deux gondoliers qui vous transportent d'une rive à l'autre pour quelques centimes depuis mille ans. Il y a aussi le pont du Rialto toujours gorgé de monde comme c'était déjà le cas au Moyen-âge.


Les ruelles sont remplies de monde, les marchands de fruits, de légumes, d'aromates, mais aussi les bouchers, les poissonniers, les charcutiers, tous rivalisent d'ingéniosité pour présenter leur marchandise aux vénitiennes tirant leur chariot. 
Jusque dans les années 90, quasiment toutes les marchandises provenaient des environs proches de la Sérénissime :  Mazzorbo, Padoue, Vicenza.... les étiquettes sur les caisses le signalaient. Du locavore avant que le mot soit inventé.
 
Le jeune Andrea derrière le ban familial (années 70). ©Maurizio Rossi.

Mais d'autres lieux plus paisibles abritent aussi de petits marchés. Pour ne citer que ceux-là : le campo santa Margarita, avec un des meilleurs poissonniers de la ville et un fleuriste sympathique, la barque delle erbe à deux pas, au pied du ponte dei Pugni de San Barnabà, les marchands des quatre saisons de la Lista di Spagna, ceux du campo Santa Maria Formosa, ceux encore de Castello, sur la Via Garibaldi... Un univers vivant, pittoresque où l'on trouve une marchandise qui échappe encore aux règlements imbéciles établis par les fonctionnaires obtus du Parlement européen.  Hélas, comme partout ailleurs le libéralisme l'emporte et bien des étals n'existent plus.
 
Lorsque je vivais sur la calle Navarro, il y avait un petit "frutariol" installé en bas de chez moi. Son échoppe semblait sortie d'une de ces gravures d'autrefois : quelques mètres carrés où s'entassaient  légumes et fruits de sa production, variant selon la saison.  Les pêches en été comme les poires en automne étaient toujours des délices. Cueillies souvent la veille ou le matin même, elles arrivaient en bateau de tous les îlots maraîchers de la lagune et parfois de villages des environs sur le delta du Pô ou de la Brenta. (Photo ©VenetiaMicio)
 
Les plus exotiques étaient les oranges de Siçile ou les pommes de terre du Piémont. Chicorée dite de Vérone, choux et carottes de Torcello ou d'une île-jardin du nord de la lagune... Rien à voir avec ces fruits insipides et ses légumes calibrés arrivant du bout du monde, que l'on trouve dans nos supermarchés aseptisés ! Il avait de beaux œufs, énormes, provenant d'une ferme de San'Erasmo. Les deux jolies sculpture brillantes comme du fer luisent toujours de chaque côté de la devanture comme deux hiératiques gardiens. Hélas, le rideau est baissé depuis longtemps maintenant. Dans la boutique se retrouvaient chaque matin toutes les vieilles dames du quartier, les étrangers qui résidaient dans les beaux immeubles de Dorsoduro et les cuisiniers des trattorias du coin. Une grande famille en quelque sorte. Le marchand ne parlait que le vénitien et je n'étais pas peu fier quand il m'accueillait le matin me gratifiant d'un très sonore "Buon di, sior Lorenzo, cosa ti vuoi, oggi?"... 

[Réédition après corrections d'un billet paru en novembre 2005 que Google n'avait pas indexé. Allez savoir pourquoi...]

18 mai 2024

La part de la beauté

Je parlais à ces jeunes alumni, que j'accompagne comme je peux dans une société en train de se défaire, de l'importance de l'esthétique, et en particulier de la beauté. De sa part dans le réel. L'esthétique, cette science du sensible, longtemps désignée comme science du beau et de nos jours réduite à n'exister que comme philosophie de l'art. 
 
Les échanges sont riches, chacun évoque ce à quoi il pense immédiatement quand le mot «beauté» est prononcé. Très vite, ils sont d'accord entre eux pour dire que, comme l'argent dans un autre domaine, la beauté n'est pas une fin en soi ; qu'il s'agit d'un moyen, d'un outil. Ils peinent à définir un ordre dans la liste des choses belles. On en vient aux paysages et aux constructions humaines. Il y a des milliers de lieux dans le monde où la beauté règne, j'avance le nom de Venise bien sûr. Où mieux qu'à Venise peut-on pérorer sur le sujet ?  La Sérénissime possède quelque chose d'unique dont bon nombre de grands lettrés, écrivains ou poètes ont parlé mieux que je ne le ferai jamais. 
 
J'évoque donc Venise avec mes télémaques, après l'avoir fait avec mes propres enfants. Je me sers depuis toujours de la ville de Saint-Marc comme modèle de LA Ville, comme exemple ou mieux encore comme preuve de ce que j'essaie de leur expliquer. Lorsque cela s'avère possible, les leçons ont lieu sur place. C'était du moins en train de devenir un rite auquel la pandémie et les aléas qui suivirent ont mis un terme.
 
N'entendez pas dans ces propos, chers lecteurs, que je me prétende enseignant (Un de ces jeunes un jour m'a qualifié avec beaucoup d'esprit et sans forfanterie d'enseigneur [en-seigneur...]). Trop dilettante depuis toujours pour pouvoir m'astreindre à la discipline nécessaire, le travail de préparation et la méthodologie obligée pour donner un enseignement. Je ne suis qu'un humble passeur, passionné par ce qu'il cherche à transmettre. 
 
Apparemment ce mentorat fonctionne. A une exception près, il a même donné de surprenants résultats. Je n'en tire ni fierté ni arrogance. Plutôt de la joie. Celle de transmettre l'amour de ce que j'ai appris. Comme le font les professeurs, mais aussi les artisans, tous ceux qui par leur métier font office de passeurs. 
  
Dans je ne sais plus quel texte, Kenneth White citait Buchanan l'écossais de Saint Andrews qui enseigna à Bordeaux, au Collège de Guyenne et fut le maître apprécié - moqué aussi - de latin de Montaigne. L'auteur des Essais a aimé son maître qui ne faisait que transmettre ce qu'il avait appris et qui l'avait aidé à devenir ce qu'il était. Le disciple et le maître trouvaient du bonheur dans cet échange.  
 
Il ne s'agit pas que de contenu, pas seulement de techniques et de ficelles - il y en a forcément mais elles sont communes à toutes les disciplines - il s'agit d'aider ces jeunes gens à appréhender le monde et les autres, à se connaître, à se passionner, à être curieux, inventifs... Les aider à vivre en les mettant sur la voie, la leur qui n'est pas forcément celle que la société, la famille trace pour eux... 
 
 

17 mai 2024

Archives : images de souvenirs heureux parmi d'autres à Venise

C
lasser des photos est une chose ardue. Bon nombre de mes lecteurs sont confrontés à cette difficulté. On en prend tant désormais qui s'entassent dans nos smartphones ou nos tablettes...Au hasard des relectures de mes disques durs, clés USB et autres archives électroniques en ligne, j'ai retrouvé ces clichés datant de l'été 2015. Je n'étais plus venu à Venise l'été depuis dix ans et depuis dix ans, nous n'avions plus la maison de la Toletta n'était plus disponible. Contre toute attente, la Providence, une fois encore, s'était manifestée. Il y avait sur la Fondamenta dei Preti, celle qui longe le rio Santa Marina et mène au campo Sta Maria Formosa un appartement en duplex au dernier étage d'un palazzo occupé par quatre étudiants. Deux étaient repartis dans leurs familles pour les vacances, et un troisième travaillait et ne devait partir que plus tard dans l'été. La mansarde, un ancien grenier, était libre, l'étudiante suédoise qui venait d'y passer l'année était rentrée dans son pays. C'est là que je m'installais. Un espace assez vaste sous d'énormes poutres anciennes. Éclairé par une fenêtre donnant sur les toits qui face au campanile de l'église, la chambre disposait d'un lavabo. 
 
J'y emménageais pour quelques semaines en attendant l'arrivée de Baptiste, le jeune étudiant dont j'étais le mentor et à qui j'avais fait découvrir la Sérénissime deux ans plus tôt (voir billet du 25/VI/2020) qui venait passer quelques mois à l'université.


Le seul colocataire présent travaillait et rentrait tard. J'avais les lieux pour moi. Très rapidement, j'aménageais la mansarde dont la décoration ad minima et le confort spartiate me ramena des années en arrière, à l'époque où j'étais encore étudiant. Mon premier logement fut ce que les agences appellent pudiquement à Venise un  «  monolocale» pianoterra de 18 m² qui était en réalité un cellier doté de deux fenêtres.
 

 

02 mars 2024

Les années passent, l'essentiel demeure

© Yves Bauchy -2012 - Tous Droits Réservés.

Republié à sa date d'origine, «Le Gardien du pont» (30/09/2012) un billet de fantaisie comme les appelait un vieil ami vénitien aujourd'hui disparu. En relisant ce petit texte léger et sans prétention, j'ai revu la scène originale qui donna ces lignes, près de douze ans plus tôt. Encouragé par les 452 lecteurs (dix fois plus que d'habitude !)du précédent article qui évoquait la médiocrité et l'imposture, je ne résiste pas au plaisir de vous en donner le lien, car il n'est pas évident qu'en passant par nos pages, le visiteur ait l'idée, l'envie ou le temps d'aller voir dans les années passées...

Pourtant, on ne peut que constater que rien n'a vraiment changé. Les images que nous donnions à voir alors de Venise sont pour la plupart semblable à la Venise d'aujourd'hui. Un peu plus de monde, des tensions plus prégnantes qu'avant, d'autres disparues ou soignées. Venise montre qu'elle demeure bien vivante.

Sur Instagram, l'amie Ilona, pianiste et vénitienne d'adoption dans son @quiviviamobene poursuit cet état d'esprit positif que l'on retrouvait dans tous les blogs consacrés à Venise. Dans ses publications,
je retrouve depuis toujours une certaine familiarité de coeur et d'esprit. Je vous les recommande, si vous ne les connaissez pas encore.

Pou l'occasion, Tramezzinimag a invité dans ses pages un ravissant matou bordelais de  nos relations, qui a bien voulu accepter de prendre la pause et d'avoir son élégance posture publiée dans nos pages.

Bonnes lectures et bon dimanche ! 

Venezianamente

25 décembre 2023

avec Giorgione, Tramezzinimag vous souhaite un Joyeux Noël !

 

 TraMeZziNiMag

est heureux de vous souhaiter 

 un 

Très Joyeux Noël !

Bonnes Fêtes de Noël à nos fidèles lecteurs et amis, aux auteurs, photographes, illustrateurs, journalistes, tous les Fous de Venise du monde entier qui nous soutiennent depuis la création du blog, en 2005 !  



23 décembre 2023

En dépit de tout, que la joie de Noël illumine nos jours !

Brouillard à Venise. ©Alexandra E Rust. 2023.
 
On trouvait le mois de décembre long à démarrer et les Fêtes paraissaient encore très loin. Mais non, nous y sommes. Venise est une ville où le Temps de Noël prend vraiment sa signification, comme ailleurs en Autriche, en Suisse, dans les pays germaniques, scandinaves et bien sûr chez les britanniques.

Depuis plusieurs années le marché de Noël concurrence ceux qu'on trouve depuis des lustres dans ces pays. La lumière se fait presque monochrome et il y a dans l'air quelque chose d'encore plus magique. Babbo Natale est en bon terme avec la Befana et Saint Nicolas est aussi dans les parages...

Je n'ai pas souvent fêté Noël à Venise - la Befana oui, de nombreuses fois - Mais la messe de minuit, les cadeaux sous le sapin, le lait et les biscuits sur la cheminée pour le Père Noël, grand amateur de Digestive Mc Vities.

Un raté dans mon existence. Le rêve ancien (il date de mon adolescence) de voir naître et grandir mes enfants à Venise ne s'est pas réalisé. Dans une autre vie peut-être, mais encore faut il croire que nous en avons plusieurs... Voir grandir ses enfants dans ce lieu unique, hors du monde et pourtant au centre de tout, et donc d'y vivre ce moment magique avec eux n'a encore jamais pu se réaliser. Les enfants grandissent et s'en vont, rien de plus naturel. 

Organiser des retrouvailles pour fêter la naissance du Christ et la joie d'être ensemble, de former une famille, devient plus difficile avec les années. Il y a les conjoints et compagnons dont les familles souhaitent aussi la présence. La plupart du temps, un système d'alternance se met en place. Quand on a la chance de tous vivre non loin les uns des autres, on s'entend pour que la veille de Noël se déroule à tour de rôle chez les parents de l'un et le jour de Noël chez ceux de l'autre. Ou bien, ceux qui ne peuvent se déplacer, qui ne viennent pas, sont là pour la Saint-Sylvestre. Combien cela doit être compliqué pour les familles recomposées quand les enfants se marient, et qu'ils ont à leur tour des enfants... Nous sommes nombreux à connaître cela.


Il y aurait bien une autre solution puisque nous venons de traditions plurielles : Fêter ces moments uniques dans l'année à des dates différentes, celles les plus commodes pour chacun : pour la Saint-Nicolas, le 6 décembre, les 24 et 25 décembre comme nous le faisons depuis toujours, mais aussi le 5 janvier, pour la Befana, qui est aussi le jour des Rois... 

Trois fêtes merveilleuses, trois dates cohérentes pour les enfants qui, vivant naturellement les moments joyeux en famille n'en perçoivent pas la rareté et l'impermanence. Joie de l'enfance innocente qui ne peut concevoir que rien jamais ne dure et que tout cesse un jour. Mais pour parvenir à se réunir ainsi, il faut une volonté active de la part de tous les concernés. Et ce n'est pas évident.

Les temps changent et nous changeons aussi, parce que nous vieillissons, parce nous y sommes contraints, que les mentalités évoluent face à un noyau familial qui est activement ou passivement remis en cause. On ne voit plus que ce qu'il peut produire de terrible et de négatif.  

Mais peu importe ce que nous aimerions, il nous faut vivre sans nostalgie ni regret, dans l'espérance et la joie. Nous ne savons pas pour combien de temps nous sommes là, alors Carpe Diem, jouissons en simplicité de ce qui nous est offert. Le mieux étant l'ennemi du bien, réjouissons-nous devant les yeux émerveillés des enfants, devant leur plaisir, sous le regard bienveillant et ému de leurs parents, tout comme nous quand ces parents n'étaient encore que nos enfants.

Bonne Fête de Noël à tous nos lecteurs !

Éclairage du sapin 2023 sur la Piazza par le maire Brugnaro

Le Campo San Luca et ses illuminations





30 août 2023

Se chiama Venezia e canta bene / Il se nomme Venezia et chante bien !


Les hasards du net. Mon moteur de recherche joue son rôle d'informateur-rabatteur et m'envoie parfois, parmi la foule de choses inutiles que son intelligence (tellement artificielle) pense devoir m'intéresser a eu du nez cette fois. Un lien vers un -à la belle voix de son temps, une musique qui emballerait même les plus réticents, des paroles intelligentes et pratiquement aucune information sur le type. Il se fait appeler Venezia et on trouve sur Spotify deux morceaux. Il apparait aussi, enfin sa voix, dans un titre d'un certain Marco. Pas mal aussi musicalement et tout aussi peu d'information sur l'artiste. Je n'ai guère plus à vous mettre sous la dent. Ces jeunes gens aiment ce qu'ils font mais restent discrets et visiblement loin de toute arrière-pensée commerciale. Nous ne pouvons que les en féliciter à tramezzinimag.

 

Si les éditions Deltæ parvenaient à avoir pignon sur rue à Venise, avec la galerie-librairie Page Blanche - dont il faudrait peut-être traduire le nom sur le principe incontournable du «when in Rome do as the romans do» inventé par les anglais qui ne respectent pas souvent cette règle (*) - nous l'inviterions pour faire connaître sa musique dans nos locaux et s'il a publié des CDs, on les commercialiserait à l'occasion d'une exposition ou d'un évènement. 

Peut-être serait-il invité du coup par ces autres brillants jeunes gens, vénitiens 100% appellation d'origine, d'Indiemoon qui ont lancé il y a quelques années avec l'association Il Caicio, des sessions musicales sur le modèle des Black Cab Session américaines. Mais, au lieu de faire joue des musiciens en direct depuis une limousine dans les rues de New York ils ont eu l'idée de les faire jouer en bateau sur la lagune. Tramezzinimag en a parlé il y a quelques années, à l'époque de l'émission Détours de la RTS réalisée par mon ami Antoine Lalanne-Desmet (ICI).

A vos oreillettes et vous verrez que ces morceaux très contemporains sont de belle qualité. en tout cas ils ont un succès certains chez les jeunes, l'été sur les plages vénitiennes (et d'ailleurs) et le soir dans les bars. Vous nous donnerez votre avis.

Notes

(*) Ces sacrés insulaires qui ont bien des points communs avec les vénitiens - des insulaires aussi qui prétendent pourtant - j'ai toujours soutenu leur position - que «si on démontait le ponte della Libertà, l'Europe deviendrait une île !»

20 août 2023

Où il est question du passé bien rangé dans de belles boîtes et de la lune bleue joliment jaune

Un titre inhabituellement long pour ce billet inspiré par les semaines passées et cet été 2023 qui fut à la fois somptueux et misérable. Il n'est pas loin de sa fin bien que demeure encore dans l'air l'espérance d'autres belles journées à venir avant l'automne. Demain, ce sera la (deuxième) pleine lune d'août, une de ces splendides lunes bleues qui font rêver les enfants poètes. 

Déjà depuis deux jours elle est là, jaune comme du sable avec son visage immortalisé par Méliès (*), sans la fusée dans l’œil mais jaune comme le réalisateur l'avait imaginée. Avec elle un changement de température mais aussi un air plus fluide, plus léger et presque frais. Un ciel bas aussi prémices de l'automne qui n'est plus très loin ; comme un avertissement. 

Surpris, les gens délaissent les terrasses et les rues sont presque vides. Il n'y a pas que le climat bien sûr, l'ambiance est morose depuis plusieurs mois et le retour des vacances s'avère encore plus douloureux que d'habitude. Les prix qui flambent (pourtant la valeur des matières premières diminue), la crainte de ceux sur qui on continue de faire pression dans les medias et qui appréhendent le retour de la pandémie. Ils me donnent envie de raconter une fois encore ce que furent les vraies pandémies de notre histoire, la fulgurance de leur extension, la mort se propageant partout à une échelle qui rend ridicule les chiffres des victimes du Covid.. 

Mais ne repartons pas dans les polémiques même si la colère est grande devant la gigantesque esbrouffe des nos dirigeants et ce presque partout dans le monde... Bref bien des raisons de se sentir tendu sur cette planète... Pourtant le beau temps revient toujours après la pluie et jamais les entreprises diaboliques - que l'on croit au démon ou pas - ne triomphent jamais. 

Rester positif, résister à la morosité, sourire à la vie... C'est certes plus facile dans nos régions méridionales où le soleil se fait bien plus rieur qu'ailleurs, où les cœurs sont rompus aux petites joies, aux bonheurs du quotidien. N'est-ce pas tout ce dont l'être humain a besoin ? 
 
Ne plus craindre, croire en Dieu, en l'autre, aux lendemains meilleurs, à la paix, à la solidarité, à l'amour, à la main tendue... Il y a du chemin à faire pour que tous nous comprenions la nécessité de nous unir, de nous entraider, de nous accepter. Les religions semblent ne plus attirer beaucoup de monde, sauf les extrêmes dont la violence, la hargne sont bien éloignées des valeurs d'amour, de paix et de tolérance pour n'être que des codes moraux rigides et hypocrites, des organisations au service des pouvoirs les plus corrompus et les plus indignes de lever un seul regard vers le Créateur. 
 
Certes, il ne faut pas généraliser, bien des communautés, des Églises, des femmes et des hommes aux vies consacrées sont des ilots de paix et d'amour, d'écoute et de patience. Ils montrent la route et ce n'est pas celle que les pouvoirs tracent pour les peuples. Ils ne veulent que des petits soldats, des esclaves soumis et pour être de notre temps, des consommateurs dociles. Ce n'est pas l'esprit de Tramezzinimag ni de ses lecteurs.

Les circonstances ayant obligé votre serviteur à passer bien plus de temps que de coutume en France (**), à la maison, j'en ai profité pour faire du rangement, trier, classer, jeter. Rester en ville, calfeutré pendant les heures les plus chaudes comme on le faisait autrefois à Palerme dans les palais de l'aristocratie où une salle sans fenêtre, souvent aux murs très épais, au sol de marbre permettait d'échapper au vent torride venu d'Afrique et aux températures semblable à celles que nous avons connu, souvent une fontaine d'eau claire rafraîchissait les lieux. Nos temps disposent de l'air conditionné, qu'on nous interdira bientôt d'utiliser car peu écologique pour les smart cities, ce projet que d'aucuns disent fascisant, concocté par des ayatollahs du marketing et relayés par dls écologistes ultras, qui nous interdira de trop se doucher, de trop manger de viande ou d'arracher les herbes folles qui enlaidissent les trottoirs. 

J'ai rangé donc. Et comme toujours j'ai redécouvert mille vestiges, humbles souvenirs de jolis moments de vie comme nous en avons tous. La première boite ouverte contenait des pochettes de photos datant de l'époque pas si lointaine où nos souvenirs restaient visibles et palpables, fixés durablement sur du papier, dans des cadres sur les meubles ou aux murs. 

Longtemps j'ai fait le choix de faire tirer mes photographies. Après l'argentique (Ah combien je regrette mon petit laboratoire avec son agrandisseur Crocus, l'odeur si particulière du révélateur, les clichés mis à sécher sur un fil avec des pinces à linge, l'ampoule rouge...), il y a eu les tirages en machine à la FNAC ou chez les photographes qui tentèrent de s'adapter pour subsister. Parmi les photographies retrouvées, ces petits fragments de vie vénitienne, comme les témoins d'un temps révolu. 
 
J'y reconnais l'entrée de la Biennale à l'Arsenal, impossible de bien lire la date du journal mais au livre que je lisais il doit s'agir de l'été 2015, l'année du reportage pour la RTS avec mon ami et complice Antoine Lalanne-Desmet, de l'appartement de Santa Maria Formosa, de la disparition du premier Tramezzinimag pour une raison encore jamais expliquée... Mais je suis en train de lasser le lecteur par toutes ces digressions qui se bousculent au fil de ma plume (cf. les billets de cette époque). 

Cet été-là, le hasard m'avait fait retrouver un ami de jeunesse. Je prenais un verre à la Misericordia. Il était dans le même bar avec une autre de mes amies d'avant, «du temps où je vivais à Venise». Joie des retrouvailles. Tellement de choses à nous dire. Sont arrivés des jeunes, parmi eux il y avait son fils. Même génération que mes enfants. Présentation, échanges de propos avec une bienveillance réciproque. Quelques jours plus tard, pressé de me rendre à un rendez-vous du côté de Sant'Elena, je le recroisais. Le ragazzo avait déposé sa petite amie à la bibliothèque et avait amarré sa barque sous le pont qui mène à la Querini Stampalia. Comprenant que j'étais en retard, il se proposa de m'amener là où je devais aller.
 
Cette balade improvisée jusqu'à Sant'Elena fut une sorte de flashback comme dans un film. Je me suis revu avec mes amis d'alors parcourant - à la rame, il y avait encore peu de barques à moteurs encore chez les jeunes - les rii, traversant le canalazzo, bavardant et riant.

Mes lecteurs les plus fidèles sauront pour l'avoir lu souvent lu dans mes billets que mon coeur depuis toujours se partage entre la France, l'Italie - particulièrement Venise bien évidemment -  et la Grande-Bretagne. 

L'âge venant, la nostalgie se fait bien plus assidue qu'autrefois, quand la vie active, les enfants, la nécessité d'aller à l'essentiel occupaient suffi-samment ma vie pour que remontent à la surface les souvenirs d'autrefois, petits et grands moments de l'enfance et de la jeunesse. Cette période unique où nous voulons être plus grands, plus forts, plus libres tout en nous félicitant d'être aimés, protégés, portés. Paradoxe de l'homme qui se satisfait rarement du présent, pressé d'entrer dans un avenir rêvé, promesse d'indépendance et de liberté. 



 

 

 

 

__________________

NOTES

(*) - Le voyage dans la lune, Georges Méliès, 1902.

(**) - En expliquer le pourquoi serait digne d'un mauvais roman de non-aventure avec des non-héros et des nuages toxiques. Ne perdons pas de temps avec cela. Une page tournée.